‹ Ango drame en cinq actes, six tableaux, avec un epilogueChapitre 63 sur 83 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

FURSTEMBERG , LE ROI, Suite, le ROI.

En vérité, c’est une honte, comte de Furstemberg; ce marchand me fait rougir et m’humilie, il m'écrase. Il a un palais beau comme Chambord et plus tort que Vlncenncs... Des peintres que j’avais demandés à ma cour n'y sont pas venus , parce qu'il les payait plus que moi ; des statuaires ont laissé’ mes royales galeries encombrées île blocs informes, parce que le marchand Ango avait la fantaisie de voir sa face et son blason sculptés eu marbre. Il tn’a fait traverser, en venant ici , un vestibule pavé d’argent , entre deux haies de ses gardes plus noblement habillés que les seigneurs de ma cour. 11 m’a promené eu mer au pied de son château , sur une gondole dorée jusqu’à la quille, tendue de velours à broderies qui traînait dans l’eau ; et derrière l'eue gondole, j’en ai compté douze aussi rirhes qu’elle. I.e camp du drap d’or u’élait pas plus splendide , foi de gentilhomme!

FimSTEMUERK.

C’est vrai ; je crois qu’Ango aurait assez de trésors pour acheter un trône, s’il voulait.

LE noi.

l'n trône !

fcrstemherg , montrant la fresque, ou de l'ambassadeur est peinte.

Regardez , sire ; il s’y est assis déjà. Un jour viendra , j’cu suis stlr, où l’or sera la seule puissance humaine , où tous les droits pourront s'acheter, où magistrats, prêtres et nobles n'auront d'action que par la richesse. Alors , les hommes prendront pour roi celui qui aura le j plus d’argent : alors, sire, les couronnes et les peuples seront des objets de commerce que l’on vendra publiquement sur le marché du monde, comme aujourd’hui les femmes à la cour et les pardons à l'église.

LE noi , regardant toujours ta fresque.

Comment ! c’est ainsi que ce pauvre ambassadeur a été reçu, et personne ne s’en est plaint !

Fl'RSTF.Mnr.RG.

Et qui donc eût osé se plaindre ? I.a ville tout entière est maintenant inféodée au puissant Ango. Ceux qui ne l’aiment pas, tremblent à sa voix. Le peuple en a fait son idole. Un signe de lui , et Dieppe soulevée en masse irait s'abattre demain sur Londres, sur Madrid, sur Paris, comme elle a été s’abaltre sur Lisbonne.

Et c’est là celui que j’ai méprisé , que j’ai traité de fou ; j’ai eu la sottise de voir un nain dans ce géant ; parce que le neuve était détourné de son lit, je l’ai pris pour un ruisseau. Je veux m’assurer de ect homme, Furslemberg, sa tète | me gêne ; il faut que je me hausse pour la rcj garder. François 1" est eu danger chez Ango ;

le marchand ne peut avoir oublié l’injure que le ■ roi lui a faite au tribunal.

FURSTEUBERG.

Vous vou ; trompez, sire : celle-là , le marchand ne sc la rappelle plus ; mais il en a reçu une autre qu'hcurenseuient il ignore , car il ne la pardonnerait jamais.

le noi.

Que voulez-vous dire? (Aux gens de sa suite.) Nous vous rejoignons, messieurs...

(La suite sort, et les rideaux de la fresque, écartés

au commencement de la scène, la recouvrent

alors entièrement)

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