E ROI
Excepté vous, Marie !
MARIE
Oh ! retirez-vous , monseigneur ! je vous en conjure, plus un mot, plus un regard. Voulezvous que je meure, dites?.. Serez-vous donc sans pitié pour voire victime ?
LF. ROI.
Mais c’est parce que je suis plein d’amour et de pitié pour toi , pauvre femme , c’est parce que je ne veux pas que tu meures , qu’il faut que je te sauve , que je t’enlève d’ici.
MARIE
Ango allait me pardonner, vous dis-je ! Ce matin il m’a envoyé cette parure , il m’a fait dire de me préparer pour une fête, à moi, qui, depuis mon retour , étais restée cachée à tous les veux. Je t’attendais... je l'attends toujours... il
va venir... et tout à l'heure, quand cette porte s’est ouverte , j’ai cru que c’était lui. Oh ! ne me regardez pas ainsi, monseigneur, laissez-ntoi dans mon repentir, ne m’enlevez pas l’espoir de fléchir cet homme si bon, si généreux... Non, non , plus rien entre le roi et la pauvre Marie.
LE ROI
Et tu croisqu'il allait te pardonner.. .insensée, tu ne vois pas qu’il te faisait venir à sa fête, parce que toute ia ville sait que tu es reveuue à Dieppe après la mort de ta tante : parce que , si tu n'assistais pas à cette fête, mille regards, après s’étre portés sur ta chaise vide, iraient demander à Ango ce qu’il a fait de sa femme.
Mais ce soir, entends-tu, ce soir, dépouillée de ta belle parure, reprenant ton linceul de recluse, Ut serais retournée te coucher jusqu’à la mort dans le tombeau que mon amour t’a creusé.
MARIE, avec effroi.
O mon Dieu, cela est vrai!
Ton mari ne le pardonnera jamais : et ta veux que moi , quand je puis empêcher cette porte que je viens d’ouvrir de retomber sur toi comme le couvercle d’un cercueil , je t’abandonne ici , en lâche , je te rejette sans défense aux mains de ton juge inexorable. Foi de gentilhomme , cela ne sera pas ; par ma couronne, non, cela ne sera pas!
MARIE, Immobile.
Point de grâce à espérer, mon Dieu!,. Attendre la mort, là , dans celte tour triste et sombre !
LE ROI
Non, te dis-je, confie-toi à ton roi, à ton amant! Cette nait, après la fête... à minuit., je serai là... dans nne barque. ,,
MARIE
Non, non!,, plutôt mourir... laisscz-moi , laissez-moi !
le noi , lui prenant la main.
Vous ne m’avez donc jamais aimé, madâKie?
et pourtant, que vois-je !.. celle bague... c'est la mienne!.. Elle est restée à ton doigt, Marie, oh ! c’est que tu m’aiines toujours, c’est que tu te souviens de moi. Tu me laisseras te sauver, alors. (Bruit.) Vite ! oh! parle-moi vite!
MARIE
Que faire? que lui dire?
LE ROI
Vous ne répondez pas... Eh bien , j'attendrai ici votre mari...
MARIE
Du brait!., on vient , on vient! mon Dieu !... Fuyez , sire , ou vous êtes perdu.