CHAPITRE IV
COURSES EN i,a course de lévriers en ligne droite est pra- LIQNE DROITE tiquée en Belgique et dans l'extrême-nord de la France avec un certain succès. On emmène les lévriers à ane bonne distance de leurs mitres ; ceux-ci appellent et sifflent de toute leur force en agitant des bandes d'étoflfe, des mouchoirs, ou tout autre objet propre à attirer l'attention des chiens ; au signal donné par le starter, on lâche simultanément tous les lévriers, et ceux-ci s'élancent, en passant au besoin les obstacles qu'on leur a menées, vers leurs maîtres qm ont eu soin de se placer au delà de la ligne d'arrivée. A priori, l'infériorité de ce sport sur celui du coursing, c'est qu'il ne met en valeur qu'une seule des qualités des lévriers : la vitesse ; l'admirable souplesse du greyhound aux voltes du lièvre, sa science des défenses du gibiei, sa passion, son honnêteté n'y servent de rien. Mais surtout le grand inconvénient des courses en ligne droite, et ce qui fait qu'elles sont à peine un sport, c'est que le gênant n'en est pas nécessairement le meilleur coureur, il s'en faut, I^es trois quarts des chiens, en effet, galopent bien vers celui qui les appelle, mais sans donner toute leur vitesse, sans se « livrer » règlement. De plus, lorsqu'ils galopent les uns à côté des autres, presque tous les lévriers jouent ensemble ou se battent au lieu de chercher à se distancer ; aux obstacles principalement, beaucoup s'arrêtent et s'amusent à empêcher les autres de sauter. En somme, la course en ligne droite est un spectacle plutôt qu'un sport vériteble : elle est, par rapport au coursing, ce que les
courses de chevaux en liberté, qu'on faisait autrefois dans les rues de Rcmie, sont à nos courses de pur sai^. Deux lévriers ne donnent vraiment toute leur mesure que lorsque leur instinct les précipite passionnément à la poursuite du gibier fuyant.
LE CODRSINO Et ici, il faut répondre tout de suite au EST-IL CRUEL? reproche qu'on a fait au coursing d'être cruel. En quoi est-il plus cruel de chasser avec des chiens qu'avec tm fu^l ? En terrain ouvert, le lièvre échappe aux greyhounds au moins quatre ou cinq fois sur dix ; en terrain clos, il leur échappe aussi souvent, à condition qu'on ait eu soin de ménager des couverts où il se puisse réfugier au besoin, et, même sans cela, il se sauve quelquefois par sa seule endurance. Or, au tir aux pigeons, un bon fusil tue au moins dix-neuf fois sur vit^, et, à la chasse, ne manque presque jamais son lièvre; si l'animal est seulement blessé, que l'on pense un peu à l'agonie qu'il aura si le chien ne le retrouve pas, ou aux minutes qu'il doit passer dans la gueule du pointer ou du braque qui le rapporte vivant encore. I,a chasse à courre même est beaucoup plus féroce que le coursing, puisqu'elle dure beaucoup plus longtemps ; et l'agonie du cerf est pitoyable, qu'il meure de fatigue ou qu'il périsse d'un coup de couteau ou de carabine sous les morsures des chiens. La poursuite du lièvre par les lévriers ne dure parfois que quelques secondes et ne saurait se prolonger au delà de quelques minutes ; enfin, si le gibier se défend bien, il a beaucoup de chances de sauver sa vie... Vraiment, entre toutes les chasses, celle-là est la moins cruelle de beaucoup.
On a essayé de remplacer le lièvre par un renard. Mais on n'apprécie ainsi que la seule vitesse des lévriers parce que le renard fuit en ligne droite. C'est seulement sur le lièvre qu'on ji^ vraiment de la qualité des chiens. Là, ce n'est pas tout que la vélocité : il faut encore toutes les vertus de la grande race des lévriers : l'endurance, et surtout l'adresse admirable à suivre les crochets et les