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LE LIÈVRE : RUSES

oDt à craindre de leur ogre et de leut satyre de père, qui les étrangle parfois de ses propres dents parce qu'il sait que la femelle n'entrera pas en rat tant qu'elle allaitera. Enfin, chez nous surtout, le gibier populaire par excellence, c'est le lièvre, et il n'en est malheureusement pas de plus facile à tirer ou à colleter. Tous les paysans savent les endroits du pays où les lièvres ont la fâcheuse habitude d'habiter de génération en génération. Rien n'est plus aisé que de reconnaître les passes de œs animaux — et c'est pourquoi il est bien raie qu'une hase ou un bouquin meure de vieillesse, à sept ou huit ans.

RUSES Très dur à la fatigue, plein de courage et d'une vitalité étonnante, le lièvre chassé à courre peut galoper durant des heures devant la meute sans être rejoint, et il faut non seulement des chiens de tout premier ordre, mais des veneurs bien expérimentés pour le forcer, car il n'est pas d'animal plus habile que lui à ruser et à embrouiller ses voies. Il sait fort bien, par exemple, longer les ruisseaux et galoper sur la terre mouillée, ou rechercher les guéiets et les lieux sablonneux dont il fait voler la poussière afin de dépister les chiens.

« J'ai vu, dit le Verrier de la Conterie, un lièvre fort v^oureux qui, au bout de deux heures de diasse, donnait le change d'un autre lièvre qu'il forçait à sortir de son gîte à coups de pattes. Après quoi il faisait un hourvari snr ses doubles voies de plus de cent mètres et se jetait de côté sur le ventre, s Croirait-on cela ?

Certes, lorsqu'il a sur les talons deux grands lévriers féroces et qoi galopent comme le vent, le lièvre n'a point le loïsii de multiplier les ruses, mais ce serait une erreur, je le répète, de croire qu'il perd la tête et qu'il s'enfuit au hasard. Tant qu'il le peut, il manœuvre, il feinte, il calcule ses angles pour gagner le buisson ou le couvert qui sera son refuge, et, lors même que les greyhounds lui soufflent au poil, il sait encore briser leur élan par des crochets savants.

Teb les vieux veneurs, les amateurs de coursing abtmdent en récits sur l'ingéniosité des lièvres courus. Dès qu'il y a une mare en quelque endroit du terrain on peut être assuré que la journée ne se passera pas sans qu'une ou deux paires de greyhounds y fassent le plongeon, précipitées par quelques crochets habilement placés des petits animaux qu'ils poursuivent. Dans les plaines d'Attcar, sillonnées de chemins creux, on raconte qu'un lièvre sauta un jour dans une charrette de foin qui passait au moment précis qu'il arrivait, et il s'y blottit tandis que les deux lévriers bondissaient par-dessus la route et s'arrêtaient aussitôt, tout surpris de ne plus trouver leur gibier que la voiture emportait sans qu'ils s'en doutassent. Enfin il paraîtrait que, en certains cas, un bon lièvre poursuivi par des lévriers médiocres semblât les défier à la course et s'éloigner exprès des endroits où it serait en sûreté, comme s'il voulait véritablement se moquer de ses adversaires impuissants à l'atteindre : c'est là, du moins, ce qu'affirmait, au n« siècle, le grec Arrien, l'auteur du premier des traités de coursing, et si je le cite ici, c'est parce que son amusante allégation se trouve corroborée, à dix-sept siècles de distance, par un récit de M. de Sauvenière.

Un jour que je jugeais, raconte celui-ci, je vis le Uèvre gagner le couvert et s'arrêter ; puis, tandis que les chiens le cherchaient dans les buissons, il « revint sur ses pas, traversa les sapins et s'en alla faire tme randonnée dans la plaine, suivi des greyhounds qui avaient repris vue sur lui. Deux fois mon lièvre fit cette manœuvre bizarre, inexpliquée... Évidemment, pour moi, ce lièvre se sentait d'une vitesse tellement supérieure aux deux lévriers poursuivants qu'il s'est absolument moqué d'eux. Aucune autre expUcation de ce fait n'est possible ».

Pourtant, en dierchant bien... Mais il vaut mieux qu'Arrien et M. de Sauvenière aient raison : cette bravade du hèvre est alarmante et conclut comme il faut une étude sur le coursing.

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