LA QUADRILLA ET LE PASEO
LE président ayant pénétré dans sa loge à l'heure prévue par les affiches, cependant que les alguazils font évacuer le redondel par le public, il agite un mouchoir blanc et la fanfare éclate aussitôt. Far la porte située à droite du toril, et grande ouverte, débouche, en bon ordre, la cuadrilla. On sait que tel est le nom que l'on donne à l'équipe de Vespada (celui qui tue avec l'épée).
Chaque espada a sa cuadrilla qui se compose de trois banderilleros et de deux picadors, sans compter les valets et les chulos. Mais en outre, l'imprésario est tenu de fournir en plus un picador de réserve par espada et^^ée pour la course.
LE PASEO Alors a Heu le paseo, c'est-à-dire la promenade triomphale des cuadriUas, qui, précédées de deux alguazils, vietment d'abord saluer le président. I^a cuadrilla se présente sous la forme d'une colonne sur deux ou trois rangs. S'il y a deux diestros, le plus ancien se tient à droite, et le plus jeune à gauche ; s'ils sont trois, le plus ancien occupe la droite et le plus jeune le milieu. Le sobresaliente ou demi-espada le suit immédiatement. Viennent ensuite par ordre d'ancienneté les combattants de la première cuadrilla, à pied, chargés de leurs manteaux, puis les picadors, puis enfin suit la troupe nombreuse des aides et des valets de cirque, chulos et conducteurs (ou Mozos) des mules A'arrastre attelées par trois, harnachés de pompons et dont l'office tout à l'heure sera de
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tirer hors du drque les cadavres des chevaux éventrés et des taureaux estoqués. Âiiivée à proximité de la loge présidentielle, la cuadriUa saine le président, la montera en main, puis se disperse; les mnles rentrent dans le couloir, par la porte d'où elles sont venues ; les espadas, les banderilleros, les chulos gagnent le pasillo et se postent pour le combat.
L'ESPADA Celui qui tue avec l'épée est le premier des toreros, le plus haut placé dans la hiérarchie tauromachique.
C'est en général un ancien banderillero devenu sobresalierUe (assistant auxiliaire), puis matador de novillos ou noviUero et qui, après avoir fait ses preuves comme tel, a reçu d'un de ses midtres dans une grande course l'alternative qu'il doit faire confirmer en plazza de Madrid. Nous parlerons plus loin de cette cérémonie intéressante.
I,a carrière d'espada — c'en est une — est entourée en Esp^ne de la plus grande faveur. Reçu, fêté, célébré partout, le diestro (mutre) est aussi recherché des grands seigneurs que par le petit peuple, aussi adulé, aussi admiré. On le paie dans les courses des prix considérables, qui aujourd'hui atteignent 5 à 6.000 francs par course, parfois 7.000. Personnage à part, l'espada ne vit que pour son art, y acquiert, quand il sort du peuple, une certaine noblesse, une grâce particulière qui tient peut-être à ce qu'il se sert de l'épée, vit magnifiquement et traîne après soi une clientèle innombrable d'amis, d'admirateurs et de fidèles, sans compter les bonnes fortunes, que sa situation en vue, sa bonne grâce, son courage et l'éclat qui s'attachent à son nom, rendent nombreuses, voire même communes. I,a chronique galante, en Espagne, compterait un long chapitre, s'il fallait y noter tous les succès qu'un torero remporte sur un autre champ de bataille que le sable fin du redondel...
D'abord, il semble que le futur diestro, si nous le prenons à l'adolescence, soit destiné dés son plus jeune âge à combattre le
2i8 LES COURSES DE TAUREAUX
tauieau dans le drqae, plus tard. On le voit, tout enfant, passionné de courses, s'introduire dans la suite d'un matadoi célèbre, prendre part aux tientas, capeas et novilladas (petites courses de taureaux où participent les amateurs), jouer de la cape, planter des banderilles, sauter à la lance et mettre même à mort l'animal (en général un petit taureau appelé noviUo) de deux ou trois ans, ou le taureau imparfait que la tienta défavorabls a fait écarter de la ganadeiia ou du moins empêché de prendre part aux grandes courses.
Engagé dans une cuadrilla par un espada réputé, le débutant est d'abord peon ou banderillero ; il conquiert ses grades par son mérite seul jusqu'à devenir premier banderillero puis sobresaliente, en qualité de quoi il sert d'auxiliaire au diestro. Parfois il peut recevoir du président l'autorisation de mettre à mort le dernier taureau : en général le dernier taureau de réserve à la fin d'une feria.
IfOrsqu'il a fait ses preuves, le sobresaliente, devenu matador de novillos ou novillero, reçoit l'alternative, c'est-à-dire que dans une grande course, au moment de tuer le taureau, le diestro à qui échoit cette tâche, au lieu de marcher sur l'animal, va à l'aspirant espada et, la montera à la main lui tend l'épée et la muleta, et le prie de tuer à sa place, en prononçant un petit discours ainsi conçu : • Vaya, kombre tonte usted esto y Dios quiera que le hoja bien frovecho ! » — a Allons, homme, prenez ceci et fasse Dieu que vous en tiriez bon profit ! »
Lorsque son tour de tuer arrive au second espada, il agit de même, et cède son tour au débutant qui se trouve avoir ainsi reçu l'alternative, c'est-à-dire le droit d'alterner, en toute autre course, avec d'autres diestros plus anciens.
Le diestro est le chef absolu de sa cuadrilla. C'est lui qui la recrute, qui la paye à son gré, la dirige, y fait régner l'ordre, la concorde et l'obéissance, assigne à chacun sa place et son rang et réclame du président, s'il y a lieu, les punitions contre ceux qui se sont rendus coupables de quelque infraction aux lois de l'art ou