LE COSTUME
aux règles de la discipline. Le plus ancien des diestros qui prennent part à une course, dirige seul la marche générale de la corrida jusqu'au moment de la mise à mort, où alors l'espada qui va tuer est seul juge de la méthode à suivre. I<e diestro directeur de la course fait observer la loi du toreo dans tous ses détails, assise à chacun son poste et veille à ce que tout se passe dans l'oidie.
LE COSTUME H convient id de dire quelques mots du costume des toreros. Celui des espadas est fort riche, et présente aux yeux, dès l'abord, un éclat sii^;ulier de paillettes, de broderies et de couleurs claires. Tout habillé de soie, pour n'être pas gêné dans ses mouvements, le diestro n'est vêtu que de vêtements collants : une culotte courte, en soie galormée d'épaisses broderies d'or sur les coutures et se serrant au genou fortement, une vaste et lot^;ue ceinture étroitement enroulée autour de la taille, une petite veste chamarrée, bossuée, caparaçonnée de broderies et de passementeries élégantes et roides d'or et d'argent sur une soie de couleur violente, rose, orangée, verte, violette ou jaune et qui disparaît presque sous les broderies qui la couvrent, les bas de soie rose chair, des escarpins bas et sans talons, un gilet très ouvert sur une (Remise brodée et ajourée, une mince cravate tombant d'un col très bas; il est coiffé d'une toque frisée en chenille de velours noir et ornée sur les côtés de deux boursouflures, posée bien dr<àte sur la tête : c'est la montera ; les cheveux soigneusement peignés, lissés et enduits de cosmétique, sont coupés court, à l'exception, sur l'occiput, d'une longue mèche, la coUta, emblème indispensable du torero et qtii dénote sa profession.
Menacer un torero de lui couper la coleta est une injure difiBdle à laver ; on ne laisse pas de la prodiguer à ceux qui n'ont pas, dans le cirque, satisfait aux exigences du public. Lorsque le diestro renonce à son métier et se retire, il se coupe cette coleta. C'est la signature de l'abdication.
En attendant, il la porte tressée en une sorte de chignon, orné de rubans, la mona, qui pend jusqu'à ses épaules, bien droite, et servira à amortir les chocs si, dans la course, le diestro tombe.
LES CAPES Lorsque la cuadriUa pénètre dans le redondel pour le paseo, le diestro port« sur l'épaule une cape luxueuse, éclatante de broderies et d'une couleur variée. Mais le paseo accompli, la cuadtiUa dispersée dans l'arène, en attendant que le taureau sorte du toril, il va offrir parmi les spectateurs, à quelque ami ou à quelque dame qu'il veut honorer, cette cape de parade, qui, déployée en entier au premier rang, est étendue sur les bords du gradin de façon à jeter une tache lumineuse dans la masse sombre des spectateurs et la pierre grise des gradins. A la place, le diestro prend sa cape de travail, d'étoffe rouge, usagée, et d'autant plus bdle que plus vieille, et maculée, comme autant de sanglants souvenirs, de taches glorieuses.
CE QUE GAGNENT l,es honoraires des toreros sont aujour- LES TOREROS d'hui très élevés. E est curieux de noter la progression des prix qui furent donnés, depuis deux siècles, aux meilleurs d'entre eux. Elle montre d'une façon frappante combien la profession de matador est tenue en honneur chez nos voisins.
Les Romero, Costillares, Pepe Hillo touchaient vers la fin du xvm* siècle de 2.500 à 3.000 réaux par corrida complète (le réal vaut 25 centimes) et les corridas de ce temps-là avaient lieu le matin et le soir, et l'on y mettait à mort de douze à vit^ taureaux. Mais, sur ces sommes, les diestros ne payaient pas leurs cuadrillas. Les banderilleros touchaient i.ooo réaux par course et les picadors de 300 à 500 réaux.
Jeronimo José Candido, Curro Guillen, Jimenes recevaient j.ooo réaux et plus. Montés, en 1841. en toucha 4 à 3.000. El Tato,
LES BANDERILLEROS MT LES PEONES ut
qui le premier eut une cuadriUa à loi (2 picadors et 3 banderilteios) reçut 10.000 réaox, à charge pour lui de payer sa cuadiilla. I<e prix augmente alors senablement. I,agartijo, Frascuelo furent payés 22.00O léaux ce qui fait environ 5-5oo francs. Guerrita, 24.000 réaux. Aujourd'hui, les chiffres varient entre 28 et 30.000. Bombita touche couramment 6.500 francs par corrida. Fuentes est ea%agk, dit-on, à Madrid pour la saison de 1912 et touchera la plus forte somme qui ait jamais été donnée à un matador, pour une courge où deux espadas doivent courir : 8.000 francs. ^^Les corridas de novilios rapportaient 400 réaux, au début du dernier siècle, aux novilleros engagés. Aujourd'hui, elles font g^ner à certains noinUeros des prix parfois plus importants que n'en gagnent certains matadors de corridas.
Four les picadors et les banderilleros, ils étaient autrefois eng^és séparément, un à un. Ils touchaient une somme fixe pour leur travail ; et leur séjour, leur voyage étaient payés en plus. On leur donnait aussi un costume. I^es picadors recevaient en plus du voyage, des frais de séjour, du fixe et des ccœtumes, un cheval. Aux corridas de Cordoue, en 1770, on paya les picadors jusqu'à 5.000 réaux, outre ce que nous venons de dire.
Aujourd'hui, les courses coûtent cher à organiser. Il ne faut pas compter que la moindre d'entre elles — honorable, s'entend t — revienne à moins de 25.000 francs. Aussi, des souscriptions pubUques sont-elles ouvertes par les corporations commerciales des villes pour pouvoir célébrer avec plus de luxe les grandes ferias, et y introduire des éléments plus rares : taureaux de choix, espadas célèbres, etc.
LES BANDERILLEROS Nous avons dit comment ils étaient ET LE S PEONES jecTutés. I/Cur costume diffère peu de celui des espadas ; mais il est moins luxueux et moins riche.
Comme l'espada, ils portent la veste courte {chique^Ua). la culotte (calzones), la capa et la monUra ; mais les bioderies en sont d'argent et non d'or. Et selon qu'ils sont banderilleros ou capeadores, ils combattent l'animal en lui plantant dans les épaules leurs dards aigus ou l' excitent avec la cape. En général le peon cumule et se double d'une banderillero.
LES PICADORS Ceux-d sont vêtus d'une façon différenteet plus en rapport avec ce que l'on demande d'eux. Ils ont d'abord des vestes courtes bien caparaçonnées aux épaules de lourdes broderies, mais ils ont surtout un pantalon de cuir jaune, dont les jambes sont doublées d'une armature métallique propre à protéger l'homme des coups de cornes. Cette armature est la mono. On l'appelle aussi espinUlera ou gregoriana, du nom de celui qui l'inventa au xvn^ siècle, un certain Gregorio Gallo, écuyer du roi. Hs ont eu outre le chef couvert d'un vaste chapeau de feutre, très rembourré, le castoreno, qui se fixe par une mentonnière de cuir, et s'orne sur le côté d'un pompon de couleni. Us ont pour arme la pique (vora, garrocha ou pica), une lance de 3 mètres de longueur en bois de hêtre, d'une résistance éprouvée, et munie à son extrémité d'un fer triangulaire de 3 ou 4 centimètres de largeur, et qu'un bourrelet de corde empêche de pénétrer trop avant dans le cou du taureau.
On se sert aujourd'hui de piques qui ne sont pas munies de ce bourrelet de corde. Cest une innovation qui n'est pas sans darder ; car un coup trop rudement porté peut fort bien tuer net le fauve.
Notons en passant que la dimension de la pointe de fer varie suivant les saisons ; le poil et la peau du taureau étant plus durs à la fin de la saison des courses (l'hiver) qu'au début.
I^ picador est monté, ou plutôt mis en selle sur son pauvre cheval par les chulos. Car sa pesante armure intérieure, ses lourdes chaussures lui enlèvent toute agilité. Il doit se tenir presque droit