LE SA UT
fei épais et laige se plaçait à 10 mètres du toril, et, le genou en terre, il attendait le fauve à sa sortie.
Appuyant la lance par son talon sur le sol, il reçoit l'animal en le piquant au front — exactement au cervigtàUo (cervelet). Si le taureau colle, l'homme se relève d'un bond et l'esquive par des passes de la cape qu'il a eu soin de garder sur son bras gauche, pendant la première partie de la suerte. Juan^n piquait ainsi le taureau ; et pour ajouter à cette suerte, il l'^écutait monté sur les épaules d'un autre diestro. Une admirable eau-forte de la Tauromachie, de Goya, nous a conservé l'imE^ d'une de ces curieuses suertes à deux. Maïs ceci remonte aux temps homériques de la tauromachie, au xvm^ siècle.
LE SAOT Salto sobre el testuz. — Saut par-dessus la tête. Il s'effectue de deux façons. Ou bien le peon peut attendre le taureau de pied ferme, et, au moment où celui-ci humilie pour donner le coup de corne, il met le pied sur sa tête, se laisse soulever et retombe de l'autre côté du taureau, vers la queue. A moins que, courant au-devant du taureau, le torero ne profite du moment de l'humihation pour sauter, comme précédemment. Toute la différence est dans ce que le torero court sur le taureau ou l'attend de pied ferme.
Un peon armé de la cape doit toujours se trouver derrière le sauteur, pour donner le quite, s'il était nécessaire.
Sàllo de caheza a cola. — Saut de tite à queue. Ici, le torero saute par-dessus l'animal et dans sa longueur sans prendre aucun point d'appui sur lui.
Saut à la garrocka. — C'est le plus courant. Le torero, muni d'une longue pique, cite de loin et court à la rencontre de l'animal. Arrivé à juridiction, il prend son élan en s' appuyant sur la garrocha piquée en terre, saute et retombe juste après l'arrière-train de l'animal. Encore faut-il exécuter cette fantaisie avec prudence, et, par
eaiemple, avoir soin de lâcher la gairocha au moment voulu, faute de quoi elle casserait sous la poussée du taureau et l'homme tomberait sur le dos de celui-ci, ou sur ses cornes.
De plus, il ne faut jamais essayer le saut àlagarrocha sur un taureau qui vient d'avoir reçu un coup de pique — ou même d'être couru. Il y aurait une cog^da fatale pour l'homme, et trop certaine...
Birai que le travail de la cape soit purement on accessoire dans la course du taureau et reste au second plan sans constituer un tercio spécial, elle n'en est pas moins un élément des plus indispensables outre qu'élégant et rempli de grâce. Aussi bien pensons-nous tien faire en lui consacrant un chapitre, car il est fort varié et permet un grand nombre de passes très différentes les unes des autres.
Tout a son utilité dans la course. La cape sert, pour sa part constamment, dans la lutte de l'homme et du taureau; elle trouve aussi bien sa place dès l'entrée du taureau que dans les suertes de piques et de banderilles et elle est un moyen excellent pour le diestro d'amener le taureau à une condition plus favorable au travail de la muleta. Elle sert à placer le taureau comme il faut, pour les différentes suertes, à secourir les toreros en danger par le quite ; enfin à fatiguer le taureau, à le rendre aphmado et à le changer de terrain.
LE QOITE Le quite a pour but immédiat et précis de tirer du danger un torero en mauvaise posture ; il diffère en cela de la fasse ordinaire qui n'est qu'une suerte destinée à fatiguer le taureau et à lui faire exécuter des mouvements différents, prétexte très naturel à une grande quantité de coups élégants ou hardis qui ne vont pas toujours sans quelque danger pour ceux qui les exécutent.
î7o LES COURSES DE TAUREAUX
LA CAPE La cape dont se servent les toreros dans l'arène n'est pas le beau manteau étincelant et riche avec lequel ils font leur entrée lors du faseo. Contre lui ils ont troqué une cape de travail {capa de brega) de toile ou de soie, d'une couleur voyante. Le principe de toute passe de cape est d'exciter le taureau en lui faisant donner tout son effort dans Vm^ano (leurre] maïs le torero, en exécutant ses passes, ne doit pas s'écarter trop de son adversaire, tout en lui laissant sa sortie libre du côté de la querenda ; il ne doit pas non plus abandonner sa cape, sauf en cas de dai^er grave. Et pour qu'une passe soit belle, il ne faut pas que l'homme sorte de saerte trop rapidement, mais au contraire, qu'il laisse le taureau s'étonner de n'avoir trouvé que le vide sous Ven^ano, puis s'en aille d'un air indifférent.
II y a un grand nombre de suertes de cape. Chaque taureau nécessite par son caractère, son état, la façon dont il se présente, l'emploi de certaines suertes appropriées. Ainsi le taureau qui humilie sera cape à la navarraise, pour lui faire lever la tête ; les taureaux levantados, à la véronique ; ceux qui courent beaucoup seront capes de loin, pour les fatiguer : ce sont des taureaux de beaucoup de jambe, « de muchas piemas x. Cités de loin, ils poursuivrcmt le capeador qui fuit en biaisant et cape en zigzag. Le taureau, pour suivre un adversaire qui se dérobe obliquement, ralentit, perd de sa vitesse. S'il est lent, le diestro le provoquera de près, la cape lui frôlant le mufle, et, la suerte achevée, sortira par une feinte. Les taureaux qui sont de sentido demandent les passes les plus simples. S'ils sont avanlos on ciaros, des passes plus compliquées peuvent être tentées.
VÉRONIQUE la véronique et la navarraise sont les passes les
plus classiques de la cape. La véronique s'exécute
devant soi, et plus ou moins prés, suivant les jambes au taureau.
Le torero se place en face de celui-ci, dans le prolongement de ses
LE RECORTE 271
cornes. Les bras tendus, il tient sa cape déployée à la hauteur de sa poitrine. Lorsque le taureau s'élance et arrive à juridicdon, sans bouger les pieds ni le corps, le diestio chaige la suerte et, par un simple mouvement des bras, se découvrant le corps, il porte la cape sur sa droite ou sur sa gauche, suivant la direction que prend le taureau, direction qu'il est aisé au torero de recormaltre, d'après l'inchnaisoQ de l'animal, son r^ard et le pied sur lequel il galope. Le taureau suit le leurre et passe. Si le taureau poursuivant sa course est distrait par un autre adversaire, le diestro sort de suerte et ramenant la cape brusquement sur soi, il s'y enroule et va cher* cher plus loin une autre occasion de leuirer le fauve.
La véronique s'emploie surtout avec les taureaux levantados qui bondissent franchement et lèvent haut la tête.
LA NAVARRAISE Ici le diestro se place près du taureau et lui offre le flanc, les bras tendus devant lui; il laisse traîner la cape à terre très eu dehors et lorsque le taureau humilie, pivotant sur lui-même, il fait décrire à la cape un cercle autour de lui, que le fauve suivra. Un demi-tour et l'homme se retrouve en position pour une autre passe.
LE RECORTE Cette suerte s'exécute aussi bien avec les banderilles qu'avec la cape et même peut s'exécuter sans cape ; c'est alors un « a cuerio limpio » (à corps découvert). Le diestro marche sur le taureau, le dte de près, et lorsque le taureau humilie, l'homme l'évite d'une brusque pirouette sur le flanc de l'animal... Le taureau, relevant sa tête humiliée, frappe le vide, s'étoime, se retourne brusquement, l'élan cassé. La violence inutile qu'il met à chercher un ennemi qui se dérobe si aisément le f at^e vite, par suite du contre-coup que ressent sa colonne vertébrale. Les règlements de courses espagnoles interdisent d'ailleurs cette suerte. On l'exécute avec le manteau aussi aisément. Reverte et quelques
autres diestros pratiquaient le recorte, la cape plîée sur les bras. C'est en somme un simple écart.
AL GALLEO Le diestro enroule la cape autour de ses reins ou la jette sur ses épaules en la tenant par le col, et se présoitant de dos au taureau, il évite le coup de cornes par un demi-cercle, ou en se balançant.
AL COSTADO De côté. Le torero fait face au terrain de dedans et présente le flanc aux cornes du taureau, il tient la cape pendante entre le taureau et lui, un bras étendu dans la rectitude de l'axe des cornes, et l'autre replié sur la poitrine. Lorsque le taureau humilie, l'homme sans bouger le bras opère uu mouvement tournant sur lui-même, de façon à ce que son bras toujours étendu soit perpendiculaire aux cornes du taureau. Celui-ci découvre l'engano, fonce dessus et passe.
AL COSTADO C'est la même passe que la précédente, mais ici, Y DETRAS ig diestro, au lieu de tenir la cape en pliant un bras sur la poitrine, la tient par derrière, la main passée au-dessus de l'épaule, de sorte que lorsqu'il aura tourné sur lui-même, il tournera le dos au taureau, au lieu de se trouver en face de lui. Mais la cape reste dans la même position.
DE FRENTE Cette passe rappelle la véronique, mais elle POR DETRAS s'exécute le dos tourné, littéralement. Elle se nomme n passe de front par derrière ».
Le diestro donne la sortie au taureau en faisant une volte sur le flanc ; l'animal sort en passant sous la cape.
DE RODILLAS Le diestro se met à genoux, et, tenant le bras
tendu, incline le corps de façon à se couvrir la
poitrine sous l'engano, lorsque le taureau humilie, l'homme relève
te coips et laissant la cape dans sa position initiale, fait passer le taureau.
LE QUIEBRO Le quiebro de rodiUas est une passe très bril- DE RODILLAS Jante, et qui produit toujours une grande impression, mais elle est dangereuse et ne doit être exécutée qu'en face d'un taureau franc. Quelques toreros audacieux abordent de la sorte le taureau, au moment où il sort do toril.
DE FAROL La suerte de farol est une variété de véronique, c'est-à-dire que lorsque le torero vient d'exécuter cette dernière passe, en sortant de suerte, il fait passer la cape par-dessus de sa tête et la place sur ses épaules, pour être en passe d'exécuter un de frente for detras.
DE REDOHPO En rond. Le torero laisse tndner sa cape déployée devant le taureau qu'il aborde de front ou de dos, et se laisse poursuivre de près en décrivant im demi-cercle.
CAMBïO C'est une façon de donner le change au taureau, en lui marquant sa sortie d'un côté, et en la lui faisant prendre d'un autre.
A DEUX Deux mantellistes abordent l'animal en se tenant en face de lui, et la cape, qu'ils tiennent chacun par un bout, laidement déployée entre eux deux. Le taureau passe au milieu, dans la cape que les diestros relèvent brusquement. On peut recommencer plusieurs fois de suite cette suerte élégante quoique simple ; les deux toreros n'ont qu'à faire volte-face, en changeant de main.
Cette sueite s'appelle entredos ou al alimon.
274 L£S COURSSS DE TAUREAUX
On peut aussi l'exécuter à genoux. C'est alors un entredos dt rodiUas. La suerte finie, les toreros s'agenouillent devant le toro.
QOIEBRO l^ quiebro n'est pas, à proprement parler, une passe ; c'est l'élément de presque tontes les suertes, aussi tùen de cape que de banderilles ou de muleta. Cest un écart : le torero, se trouvant le corps incliné, se redresse, revient dans sa portion verticale, soit qu'il se présente au taureau de face ou de profil, et te taureau, ayant humilié, ne retrouve plus rien dans son coup de corne, lorsqu'il relève ta tête et fonce.
LE QUITE Nous avons indiqué ce qu'était le quite, une passe de cape propre à distraire le taureau pour le détourner d'un dieval renversé, d'un picador à terre, ou en toute autre occasion, d'un matador en danger. C'est l'office particulier du capeador, auxiliaire attentif et désintéressé de toutes suertes, qu'il s'agisse de la pique, des banderilles ou de l'épée. Et, pour si utilitaire que soit une passe de quite, elle est, pour de véritables amateurs, plus belle que n'importe quelle passe de cape inutile et faite seulement pour le plaisir.
Lorsqu'un torero entre en suerte, il est toujours assisté d'un ou deux capeadors, prêts à venir à son secours, s'il y a lieu. On dit qu'ils sont au gitite. Souvent lorsqu'il entre en lice pour la suerte finale, on voit l'espada écarter d'un geste impératif tous ses acolytes. Il entend aborder seul le taureau, et se tirer seul de ses cornes. C'est un beau geste auquel, d'ailleurs, n'ont pas toujours garde d'obéir exactement, même s'ils en ont l'air, les capeadors. Ils restent non loin du diestio ; leur intervention n'est pas toujours inutile.
Bien que l'on utilise pour les quites toutes les passes de cape, il n'en est que deux ou trois qui soient généralement admises.
O sont les largas ou feinte de capote, et les cuites coUando.
QUITE COLEANDO 275
LARGA ifi torero au quite ramasse sa cape en plis réguliers. Elle se déploie brusquemest devant le nez du taureau, lorsqu'on la lui j ette ; le torero se laisse poursuivre par l'animal étonné et le détourne, soit en exécutant quelques passes différentes, soit en le rejetant dans une autre direction.
QmxE COLEANDO Le quite sert avant tout à tirer un homme du dai^er. La vie étant menacée, tous les moyens sont bons. Si par exemple le taureau s'acharnait sur un homme à terre, un torero peut très bien le saisir par la queue et détourner son attention dans un autre sens, en tirant dessus. C'est le <^ite coleartdo.
Le quite est un moyen de défense très noble et pour lequel les toreros n'hésitent jamais à courir au-devant du plus certain péril : il s'agit ici de la vie d'un homme, nous l'avons vu, et tous les tauromaches s'accordent pour assurer que, dans le quite, jamais un torero n'a eu peur ni n'a reculé.
C'est dans une de ces suertes généreuses que l'illustre Pepe Hillo trouva la mort, en 1801, à Madrid.
Avec les taureaux mous, clairs, on emploie les largos. Avec les taureaux pas très courageux, on use de demi-véroniques, réservant les passes eu éventail pour les taureaux v^oureux et braves.