‹ Anita [microforme]Chapitre 4 sur 5 · FORCE TA · texte numérisé non relu

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nicipal, où l’on me fit attendre le bon plaisir de Son Excellence le général commandant supérieur.

Si l'exactitude est la politesse des rois, il nous a toujours paru évident que les rois du Mexique devaient être d'une impolitesse criante, à en juger par la conduite des fonctionnaires de la républi-

que actuelle.

On me fit attendre deux longues heures sans boire, ni manger ce qui me parut d’un mauvais augure pour la bonne humeur du général.

Quand la vie d’un homme est en jeu, il devient superstitieux en diable, et les événements les moins importants sont à ses yeux des pronostics sérieux.

On me transmit enfin l’ordre d'avancer, et je me trouvai, en présence de celui qui allait décider, si, selon la coutume, je devais aller avant longtemps me balancer au bout d’un lasso, suspendu

aux branches de l'arbre le plus voisin.

J'entrai d’un pas ferme et en prenant un air assuré qui s’accordait

assez mal avec les idées noires qui se croisaient dans mon cerveau,

Plusieurs officiers étaient assis autour d’une table couverte de cartes et de dépêches. Le général, en petite tenue, arpentait la salle

de long en large et semblait absorbé dans ses pensées. Au bruit que

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firent mes gardes en entrant, il leva la tête et me fit, de la main, signe d'avancer près de lui.

— Mes hommes m'apprennent, dit-il, qu'ils vous ont arrêté sur la route de Monterey à Salinas; et il me paraît pour le moins curieux que vous ayez eu l'audace de vous aventurer sur un terrain complètement au pouvoir de nos troupes depuis plusieurs mois. Ceux qui vous ont fait prisonnier vous accusent d'espionnage, et m'est avis qu'ils ont raison. Qu’avez-vous à dire pour vous défendre ?

— Rien, général. Il est permis à vos gens de m'accuser d’espionnage quand vous savez que je ne puis apporter aucune preuve pour les contredire. Je connais les lois de la guerre pour les avoir plusieurs fois exécutées moi-même sur l’ordre de mes supérieurs. Je ne suis pas un espion, mais il m'est probablement impossible de vous le prouver. Les raisons qui m'ont porté à entreprendre le voyage de Salinas sont d'une nature tout à fait pacifique ; je vous en donne ma parole de soldat.

Le général fixa sur moi un œil scrutateur, mais je supportai son regard avec une assurance qui me parut produire un bon effet. — Kit ces raisons, quelles sont-elles ?

Je baissai la tête en souriant et je relatai au générai étonné, mon amour pour Anita et ma résolution de lui dire bonjour en passant par

Monterey. Je lui fis part de ma résolution de me rendre à Salinas, malgré les avis que j'avais recus de la présence des juaristes en cet endroit, et je lui racontai mon arrestation subséquente par ses hommes.

Il continua sa promenade pendant quelques minutes, en paraissant réfléchir à la plausibilité de mon histoire ; puis se tournant vers moi tout à coup :

— Vous me paraissez un bon diable, dit-il et je crois que vous me dites la vérité. Mais si vous n'étiez un des hommes de Dupin, j'ajouterais à peine foi à vos paroles, Votre régiment se bat comme une brigade et les bons soldats sont amoureux en d'able les Français surtout. Que diriez-vous, sergent, si je vous off :is les épaulettes de capitaine dans un de mes régiments de lanceros ?

— Je dirais, général, que vous voulez probablement vous moquer de moi, ce qui serait à peine généreux de votre part.

— Rien de plus sérieux. Dites un mot et vos armes vous seront rendues avec votre liberté. De plus, comme je vous l'ai déjà dit, une compagnie de braves soldats de la République Mexicaine sera placée sous vos ordres. 4

— Général Trevino, répondis-je en me redressant et en le regar-

dant en face, si quelque malheureux, oubliant son devoir et son

x honneur de soldat loyal, a pu sans mourir de honte prêter son épée dans de telles conditions, apprenez que je ne suis pas un de ces hommes-là. Plutôt mille fois mourir simple soldat fidèle à mon devoir d’honnête homme, que de vivre avec un grade que j'aurais acheté au prix d’une trahison honteuse.

— Est-ce à votre dernier mot ?

— Oui, général.

— Et vous avez bien réfléchi ?

— J'ai bien réfléchi.

Le général parut absorbé dans ses pensées pendant quelques ins-

tants, puis se tournant vers l’un de ses aides-de-camp :

— Capitaine Carrillos, dit-il vous verrez à ce que le prisonnier soit couduit sous bonne escorte au camp de Santa Rosa, pour y être interné jusqu'à nouvel ordre. Et faisant signe de la main aux gardes qui m'avaient introduit, il me renvoya au corps de garde en attendant mon départ qui ne devait pas longtemps tarder.

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Pour le moment j'avais la vie sauve; mais, s’il me fallait en croire les récits de ceux de nos soldats qui avaient eu l'expérience de quelques mois de captivité chez les Mexicains, je n'avais guère à m'en féliciter.

Les Mexicains, à de rares exceptions près, traitaient leurs prisonniers un peu à la manière des Indiens des plaines de l'Ouest.

Chez eux, c'était l'esclavage accompagné de tous les mauvais traitements que suggérait à ces soldats demi-brigands leur nature sauvage et vindicative.

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I] me restait cependant une dernière chance : l'évasion. Coûte que coûte, j'étais bien décidé à tout risquer pour recouvrer ma liberté. Aussi, commençai-je à l'instant même à former des |

plans plus ou moins pratiques pour m'échapper des mains des | Chinacos.

Le leudemain, de grand matin, flanqué de deux cavaliers et ficelé

de nouveau des pieds à la tête, je prenais la route de Santa Rosa.

Comme nous étions en pays ami pour les juaristes, mes gardes me laissèrent une certaine latitude ; et n’eussent été les liens qui me gênaient terriblement, je n'aurais pas eu trop à me plaindre de ces messieurs, Trente-six heures de route devaient nous conduire au camp, et, en attendant, je me creusais la tête pour trouver le moyen de tromper mes Mexicains.

Si j'avais eu de l'or, j'aurais pu les acheter corps et âmes, car il est proverbial que ces braves descendants de Cortez — comme leurs ancêtres — ne savent guêre résister aux appas d’une somme un peu respectable ; mais je n'avais pas un sou. On m'avait tout enlevé.

Nous campâmes, le premier soir, aux environs de Monclova, et je passai la nuit à méditer des plans d'évasion, tous les uns plus impossibles que les autres.

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Nous nous remîmes en route de bonne heure, dans l'espérance — pour mes gardes, bien entendu — de pouvoir atteindre le soir même le but de notre voyage.

Je commençais à croire, après tout qu'il me faudrait attendre une occasion plus favorable, et je me résignais à subir mon sort tant bien que mal, quand vers trois heures de l'après-midi, nous nous arrêtâmes à la Æacienda de los Hermanos pour reposer nos chevaux

et prendre nous-mêmes un dîner dont nous avions grand besoin.

Là, j'appris d’un péon — domestique — que les Français avaient été vus la veille sur la route de Paso del Aguila, et un rayon d'espé-

rance vint relever mon esprit abattu.

Mes gardes se hâtèrent de prendre un mauvais repas composé de tortillas et de frijoles dont ils m'offrirent une part assez libérale

que j'acceptai avec plaisir.

Ils avaient appris comme moi que les Français rôdaient dans les environs, et ils tenaient probablement à atteindre Santa Rosa le soir même, afin de se trouver à l'abri des attaques des éclaireurs impé-

riaux qui battaient la campagne.

Ils ignoraient que je fusse au courant de la cause de ce départ

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précipité, mais comme je l’ai dit plus haut, j'en avais été informé

aussitôt qu'eux.

Je désirais donc ardemment ce qu'ils paraissaient redouter : — la rencontre de quelque détachement de troupes françaises qui auraient bien pu intervertir les rôles et les faire prisonniers à leur

tour en me rendant la liberté,

Nous nous mîmes en route en grande hâte et je crus m'apercevoir,

cette fois, que j'étais devenu l’objet d’une surveillance beaucoup plus sévère. On avait resserré mes liens avec une sollicitude qui ne me présageait rien de bon; et il était à craindre qu’en cas d'une attaque soudaine je fusse le premier à recevoir les balles amies des

Français.

Nous galopions cependant depuis une heure et nous n'avions en-

core rien aperçu qui pût donner raison aux craintes de mon escorte,

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