CHAPITRE TROISIÈME
ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE
Comme l’ankylostomatose est une affection parasitaire, et par ce fait contagieuse, son évolution est intimement liée à une cause déterminante, spécifique, à une graine, c'est-à-dire à l’ankylostome, et à des causes favorisantes, c’est-à-dire à des conditions de terrain et de milieu.
Spécrficité de l’ankylostome. — Sans doute on a pu nier la spécificité de l’ankylostome dans la production de l’anémie des mineurs. On a pu voir, en effet, que le traitement anthelmintique, qui, dans certains cas, produisait un résultat merveilleux. n’était suivi, dans beaucoup d’autres, d'amélioration d'aucune sorte. Mais c’est que, de parti pris, on avait voulu ne tenir compte que des conditions de terrain et de milieu, capables à elles seules de produire un état morbide mimant l’ankvylostomatose. Actuellement, au lieu de vouloir trouver une incompatibilité absolue, d’une part :
1° Entre des maladies bien spéciales sans rapport avec l’ankylostomatose, telles que, par exemple, le cancer du tube digestif ou du poumon, certaines lésions de l'appareil cardio-vasculaire, la néphrite chronique, la leucémie, la tuberculose, l’anémie pernicieuse progressive, l’alcoolisme, la syphilis ;
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2 Entre des conditions de milieu particulières au travail des mines : travail à l’obscurité, pauvreté du milieu respiratoire en oxygène, par contre richesse en gaz où vapeurs toxiques (CO* — gaz hydrocarbonés, produits de combustion d’explosifs, vapeurs mercurielles provenant des capsules de fulminate);
Et, d’autre part, l’anémie ankÿlostomatosique — il est Juste de reconnaître que toutes ces causes ne sont que favorisantes et ne servent que de troncs malades sur lesquels vient se greffer l’ankylostomatose.
La clinique nous a montré, en effet, que sur les 25.000 mineurs allemands, belges ou français atteints d’ankylostomatose, en 1900, les plus malades ont été ceux qui présentaient déjà une lésion organique quelconque ou travaillaient dans des conditions hygiéniques tout-à-fait mauvaises.
En un mot, on a eu tort : 1° de ne pas croire à la spécificité de l’ankylostome dans la production d’une anémie des mineurs ; 2 de n’avoir pas voulu admettre qu'il n'existait aucun antagonisme entre l’ankylostomatose et les maladies auxquelles sont sujets les mineurs, mais que celles-ci étaient plutôt une cause favorisante de celle-là.
Comme preuve indubitable de la spécificité de l’ankylostome, nous dirons que, si dans une mine on trouve réalisées les conditions nécessaires à l’évolution de l'œuf en larve, il ne faut pas oublier qu'un unique «porteur du ver » suffit à infecter, toute une mine et même un bassin, et qu'avec un traitement opportun et une prophylaxie soutenue on aboutit à des résultats dignes de tout éloge (Schemnitz, dès 1880).
Modes de contagion
L'infection, chez l'homme, peut se produire de trois facons : par voie buccale, par voie cutanée, peut-être par voie pulmonaire.
Vote buccale. — Les larves peuvent être introduites dans la bouche et, delà, dans l'intestin, par des aliments (légumes souillés, aliments ayant séjourné à même sur le sol), des mains sales, la pipe ou la cigarette, la lampe, les vêtements, etc.
D’après Looss, l’eau doit être tenue pour peu dancereuse, car, dans l’eau stagnante les larves tombent au fond et sont seulement amenées à la surface du liquide par agitation. Boycott et Haldane partagent son avis.
Habituellement, on dit que c’est l’action du suc gastrique qui fait perdre aux larves leur gaine; cela n’est peut-être pas l'expression de la vérité, car Lambinet a démontré que le dépouillement de la larve résultait d’une action mécanique plutôt que chimique. Et en effet. sur une couche de gélatine durcie, il a répandu des larves mûres, recouvertes donc de leur gaine calcifiée; au bout de quelque temps, il a pu remarquer que les mouvements de reptation de lanimal suffisaient pour déterminer une fissure de l'extrémité céphalique de cette gaine, par où la larve ne tardait pas à sortir. Le même fait se passe lorsque le milieu de culture est assez consistant ; il en est de même quand les larvestraversent la peau: comme leur manteau semble les gêner, elles le laissent à la porte. |
Dans l'intestin, nous avons vu, précédemment, que
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les larves parcouraient rapidement leurs 3°, 4 et 5° stades.
Dès le 3 stade, elles se fixent à la paroi de l'intestin, si fortement que l’épithélium s'enfonce dans leur cupule buccale comme un bouchon dans le goulot d’une bouteille (Planche I, fig. 5).
Ce sont presque exclusivement les cellules épithéliales intestinales qui servent à leur nourriture (Looss).
Au bout d’une vingtaine de jours, les organes génitaux sont complètement développés et l’accouplement peut se faire. Looss a pu se rendre compte que cet accouplement se répétait- fréquemment. Quelques jours après, la ponte a lieu; elle augmente avec le temps, de telle sorte que, dès la cinquième semaine consécutive à l'infection per os, on a toujours trouvé des œufs dans les selles. Le pouvoir d'ovulation diminue sensiblement avec l’âge de la femelle.
Vote cutanée. — Si des larves mûres arrivent en contact avec la peau de l’homme, elles la pénètrent en se servant des follicules et bulbes pileux comme de galeries d'entrée.
Si le nombre des larves qui se trouvent sur la peau est restreint, leur voyage sous-cutané s'effectuera sans aucun symptôme, soit objectif, soit subjectif, Mais si ce nombre est important, alors survient tout d’abord une rougeur subite de la peau, au point de pénétration intraépidermique, puis une sensation intense de brûlure est perçue. C’est ce fait qui attira l’attention de Looss et lui fit découvrir, en 1898, sur lui-même, la pénétration des larves par voie cutanée.
Généralement, après une sensation de brûlure, il y