‹ AnkylostomatoseChapitre 7 sur 46 · SA UTE · texte numérisé non relu

SA UTE

Larrier qui fut frappé de l’état de faiblesse extrême de son client.

Au premier abord, il crut être en présence d'un cas de maladie du sommeil, mais après l’examen des selles, il porta le diagnostic d’ankylostomatose, diagnostic complété par celui de filariose probable, d’après les symptômes décrits par le malade, et naturellement celui de paludisme chronique, apanage presque obligatoire de tout colonial.

Sur la proposition du docteur Nattan-Larrier, notre malade entrait à l'Hôpital Boucicaut. Pour expulser les ankylostomes dont il est porteur, on lui fait prendre en un jour 16 èapsules d'extrait éthéré de fougère mâle, 4 cachets de 10 centigrammes de calomel, 16 globules d'éther et 50 grammes d'huile de ricin. Au dire du malade, beaucoup d’ankylostomes furent expulsés, mais l'examen des selles, pratiqué trois jours après ce traitement, révélait encore la présence d'œufs.

Le 5 novembre 1909, A. D... sur les conseils du docteur Nattan-Larrier, venait au service de notre Maître le Professeur P. Spillmann, et cinq jours après, nous commencions un traitement anthelmintique plus énergique que le premier.

Auparavant, M. le Docteur Thiry, qui examina les selles, trouva quelques œufs d’ankylostome, d’ankylostome duodénal très probablement ; le nombre des œufs découverts fut de 1, 2, 3, quelquefois 4 par pré-. paration. Nous-mêmes en trouvèmes quelques-uns.

I n’y avait donc aucun doute : le malade était bien porteur d’ankylostomes. Le traitement institué alors fut le traitement allemand d’une pratique courante dans

les mines de Westphalie. Ce traitement dure six jours pleins; aux dispensaires allemands, on fait coïncider, pour les facilités du service, son début avec un lundi.

Chez notre malade, il ne put être entrepris que le mercredi 10 novembre.

Le premier jour du traitement, mercredi 10, on lui administre un purgatif composé de 25 centigrammes de poudre de jalap et de 25 centigrammes de poudre de calomel.

Le jeudi matin, on lui fait absorber 8 grammes d'extrait éthéré de fougère mâle avec 30 grammes de sirop de séné.

Le jeudi soir, on donne un repas léger.

Le vendredi soir, nouvelle purgation comme celle du mercredi.

Le samedi matin, on renouvelle le traitement du jeudi matin.

Le samedi soir, repas léger.

Le dimanche soir, troisième purgatif analogue à celui du mercredi.

Le lundi matin, on administre seulement 4 grammes d'extrait éthéré de fougère mâle et 20 grammes de sirop de séné.

Avec ce traitement, qu’on peut qualifier d’intensif, les médecins allemands estiment que la guérison complète se rencontre dans 80 p. 100 des cas. Néanmoins, dans le cas présent, il fut sans résultat aucun.

Malgré un examen quotidien minutieux, il ne nous fut pas possible de découvrir dans les fèces le moindre nématode, et, de plus, à quatre reprises successives, le microscope nous révéla toujours la présence d'œufs,

un ou deux par préparation, au lieu de deux ou trois, quatre même comme auparavant.

L'analyse des urines ne relève rien de particulier ; l’urée, l’acide urique, les chlorures, l'acide phosphorique y sont dans les limites normales ; il n’y a également ni pigments, ni acides bihaires, ni sucre, ni albumine.

Un peu affaibli par cette saignée blanche de six Jours consécutifs, notre malade quitta l’hôpital avec l’intention d’y revenir dans une huitaine.

Depuis sa sortie de l’hôpital, tout se passa normalement jusqu'au samedi 4 décembre. A cette date, un œdème non douloureux, assez considérable, envahit subitement la portion nasale de la paupière supérieure droite, et, une demi-heure après environ, celle de la paupière inférieure du même côté.

La fente palpébrale, à ce moment, est réduite à bien peu de chose, la paupière supérieure offrant l'épaisseur du petit doigt.

Néanmoins, le malade entreprend le voyage qu'il avait l'intention de faire. Le dimanche matin, après avoir éprouvé une douleur légère, douleur qu’il ne peut localiser en un point précis de l'œil, il voit cet œdème disparaître en grande partie, sans aucun traitement.

La filaire, dont notre malade est probablement porteur, est seule accusée du méfait.

Le lundi matin, 6 décembre, notre colonial est de retour à Nancy; on ne constate plus, à ce moment, qu’une légère hyperhémie de l'œil droit, au niveau de sa portion temporale.

À part cela, rien de spécial ; aucune gêne dans les

mouvements de l’œil, aucun trouble visuel, aucune douleur, quand, subitement, à midi, nous trouvant à déjeuner avec le malade, ce dernier perçoit une sensation de corps étranger sur la cornée. Relevant alors la paupière supérieure de l’œil droit, nous apercevons un petit boursouflement, une petite saillie de la conjonctive oculaire, portion temporale supérieure ; celte saillie est animée de mouvements de reptation exécutés à la vitesse de un chaque deux secondes environ.

Il n’y avait donc plus de doute: nous avions là, sous les veux, la fameuse filaire qui, quelques jours auparavant, passait alternativement d’un bras à l’autre, d’une main à l’autre et qui, jusqu'alors, n'avait été qu’un mythe.

Après instillation de quelques gouttes d’apathin, spécialité composée d’un mélange de cocaïne et d’adrénaline, nous faisons une petite boutonnière dans la conjonctive oculaire, au niveau de sa portion supéroexterne. Cette boutonnière étant faite, nous introduisons par là les pointes fines d’une petite pince et sommes assez heureux pour saisir la filaire par le milieu environ de sa longueur et l’extraire.

Cette dernière, placée aussitôt sur une lame de verre, exécute encore, pendant une minute, quelques mouvements de reptation dans un plan vertical. Elle nous paraît complète, ne constatant aucune hernie au niveau de sa cuticule.

Dès l’extirpation de la filaire, le léger œdème qui siégeait au niveau de la paupière supérieure disparut ; un quart d'heure après, il n’y avait plus ni douleur, ni gêne. Par mesure de précaution, nous faisons, dans la

LA

soirée, un pansement occlusif de l’œil après lavage préalable à l’eau boriquée tiède et insufflation de xéroforme.

Le jour même, lundi 6 décembre, le malade rentre au service.

Le lendemain matin, on le purge avec 15 grammes d’eau-de-vie allemande associés à 15 grammes de sirop de nerprun et, le mercredi, il prend 16 capsules tænifuges de Bocquillon-Limousin, à l'extrait de fougère mâle et calomel: ces capsules sont ingérées de cinq en cinq minutes ; une demi-heure après, il absorbe 12 globules d’éther, et, deux heures après, 15 grammes d’eau-devie allemande.

Nous procédèmes à l’examen des selles le jour même ; malheureusement, sur huit Selles. nous ne pûmes examiner que les six premières, les deux dernières ayant été jetées par mégarde.

Deux ankylostomes femelles, jeunes, mortes, furent découvertes sur le tamis.

Trois jours après cette expulsion, il nous fut impossible de voir un œuf d’ankylostome dans les selles. A ce moment, nous pensions qu'ils avaient peut-être été tous expulsés.

Tout semblait donc fini ! Plus d’ankylostomes, plus de filaires ! Mais ce n’était là qu’une vue de l'esprit, car le 13 décembre, le malade percevait une légère douleur au niveau du tendon du muscle cubital antérieur de la main droite, douleur suivie bientôt de l’'empâtement caractéristique occasionné par une filaire voyageuse. Néanmoins, comme À. D...se portaittout-à-fait bien à la suite de l’absorption d’arsenic et de quinquina donnés périodiquement et successivement, et, d'autre part, comme sa Com-

paguie le pressait de repartir le plus tôt possible au Congo, nous examinons les selles, le 24 janvier 1910, pensant naturellement ne plus rien trouver. Mais, à notre étonnement, nous comptons jusqu’à 12 œufs d’ankylostome par préparation.

Notre malade est alors, plus que jamais, décidé à traiter ses ankylostomes, mais, rappelé dans sa Famille, il ne subit un nouveau traitement que le 7 mars. Une partie de ce traitement est empruntée à celui réalisé au Dispensaire du Mineur de Liége, par MM. les Docteurs Malvoz et Lambinet; l’autre nous est personnelle. Hâtons-nous de dire qu’actuellement, le traitement employé au Dispensaire est tout autre.

Le premier Jour du traitement, A. D... absorbe 10 grammes d’eau-de-vie allemande et 10 grammes de sirop de nerprun. Il ne prend qu'une alimentation liquide.

Le deuxième jour, à 6 heures du matin, il absorbe 16 capsules de Bocquillon-Limousin, chacune de 5 en o minutes.

Pour aider à leur absorption, le malade prend, avec chaque capsule, une cuillerée à soupe de la potion :

LES PRO AR 3 grammes.

Sirop simple... 30 »

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