‹ Anna, comédie en un acte mêlée de coupletsChapitre 1 sur 24 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ALBERT , seul.

{ Il est assis près de la table , la tête appuyée sur sa main .)

Allons ! je ne peux rien faire aujourd'hui : mon esprit ne peutselancer dansées riantes fîctionsqui me consolent ordinairement de la réalité. ( Il regarde tristement autour de lui. ) Si pauvre!... dans un temps où la richesse est tout, n'avoir rien ! . .. je suis pourtant plus heureux que mon riche colon de l'île Bourbon qui se plaignait toujours de n'avoir pas d'appétit : moi je n'en manque jamais!... Il est vrai qu'il v a des jours où cela est un peu gênant; et pourtant, je le répète, je ne changerais pas ma position contre celle de cet homme si opulent qui tourmentait ses esclaves et sa pauvre fille!.. Sa fille!.. (Il tire un portrait de son sein. ) Voilà tout ce qui me reste de cette bonne Adèle!., tout!.. Malheureuse femme !. .. Mais chassons cette idée ; elle me fait mal ! Ah ! depuis bien long-temps ce n'est que dans mon imagination qu'il existe pour moi des plaisirs ! Ouvre-toi , monde idéal, où parfois me transportent mes songes! Céleste poésie, enlève-moi pour un instant à mes mau\ réels!

Air de Teniers.

De ma demeure, à la voix embellie , Le passé fuit avec le souvenir; Anna. i

Je suis heureux , car je rêve et j'oublie ; Quel doux prestige enchante l'avenir!

Mes longs travaux vivent dans la mémoire : Amis , parens , sont pressés dans mes bras ; Le bonheur vient amené par la gloire... O vérité.' ne me réveille pas!

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