SCENE II
MADAME BOURGEOIS , ALBERT
madame bourgeois, à la cantonade.
C'est bon, c'est bon, je ne tarderai pas à descendre.
Mon hôtesse!...
MADAME BOURGEOIS
Bonjour , monsieur Albert , comment cela va-t-il ce matin ?
ALBERT
Je suis bien reconnaissant, madame Bourgeois : je n'ai point à me plaindre de ma santé ; que n'en puis-je dire autant de ma fortune ! v*'
MADAME BOURGEOIS
Hélas , oui ! l'argent est rare aujourd'hui.
ALBERT
A qui le dites-vous?
MADAME BOURGEOIS
Vous le savez , monsieur Albert , je suis une pauvre veuve; je n'ai pas d'autre ressource que le produit de cette petite maison garnie... Monsieur Albert, voilà le second terme échu , et je venais. . .
ALBERT
Ah ! mon Dieu ! déjà ! comme ça revient vile !
MADAME BOURGEOIS
Oui, pour ceux qui doivent payer, mais pour ceux qui doivent recevoir, c'est différent.
ALBERT
Hélas ! madame Bourgeois, je ne peux encore vous satisfaire : je cherche tous les moyens de vous donner l'argent que je vous dois; mais où le trouver? Ce recueil de poésies, pas un libraire n'en veut! ils disent tous qu'ils n'achètent que les ouvrages des auteurs qui écrivent dans les jour-
naux, parce qu'ils peuvent en faire l'éloge eux-mêmes. J'ai tenté bien des démarches : rien ne me réussit.
MADAME BOURGEOIS
Comment ! vous ne pouvez pas trouver un parent , un ami?
ALBERT
Je vous l'ai déjà dit, madame Bourgeois, je suis orphelin : élevé par un riche créole , je le suivis dans les colonies... et... quand il fallut le quitter... revenir dans mon pays... rien ! point d'amis, point de parens!.. C'est un miracle encore que , depuis quinze ans, la poésie ne m'ait pas laissé mourir de faim.
MADAME BOURGEOIS
Pourquoi quitter ce riche colon?
ALBERT
Ah!., chut!., ne parlons pas de cela... Qu'il vous suffise de savoir que je suis seul ! seul au monde !