SCENE XVI
ANNA, MADAME BOURGEOIS
Mais qu'est-ce qui lui prend donc ?
anna , cachant ses larmes dans les bras dé sa mère. Maman , ne me quittez pas : il ne me reste que vous; je suis bien malheureuse.
MADAME BOURGEOIS
L'un qui rit, l'autre qui pleure... Ah! çà, êtes-vous devenus fous tous les deux ?
ANNA
Maman, monsieur Albert? il va être riche.
MADAME BOURGEOIS
Ah ! en vérité ? eh bien ! tant mieux : il paiera mon loyer.
ANNA
Il aura un hôtel , des trésors , et une femme charmante.
MADAME BOURGEOIS
Est-ce possible? mais il n'y a pas là de quoi se désoler.
ANNA
Une femme! une femme qu'il aimera; et moi , moi qui n'aime que lui, je ne le verrai plus... Ah! il faut que je meure.
MADAME BOURGEOIS
Ah! mon Dieu , qu'est-ce que j'apprends-là ! tu as de l'amour pour ce pauvre poète qui n'a pas le sou ?
ANNA
Hélas ! que n'est-il encore aussi pauvre , et à moi pour toujours !
En voilà bien d'une autre , à présent! voir ma fille au désespoir , c'est pis que tout le reste.
ANNA
Je ne savais pas combien je l'aimais ; mais , depuis qu'elle est venue , depuis que je le vois prêt à nous quitter , je sens que je ne peux vivre sans lui.
Ain de l'Angélus.
Je l'adorais sans le savoir ;
Mais lorsqu'on est venu m'apprendre
Qu'il faudrait cesser de le voir,
La douleur m'a fait tout comprendre î
Oui , j'ignorai jusqu'à ce jour
Le mal cruel qui m'a saisie ;
Et je n'ai deviné l'amour
Qu'en souffrant de la jalousie.
( Elle se jette sur un siège.)
MADAME BOURGEOIS
Ça n'a pas le sens commun , Anna. Eh ! mon Dieu , je n'ai pas le courage de la gronder.