SECTION IL
DB LIIVSTITUT AGRICOLE.
SoMUAiRE. — Nombre habituel des élèves. — Leurs occupations et leur organisation.! — Direction de renseignement. — Réfutation d'aune opinion généralement répandue sur rinstruction agricole. — Nombre des élèves qui en sont sortis jusqu^à ce jour. — Association formée entre eux , sous le titre de Société Rovillienne. — Observations sur Farticle de correspondance placé à la fin de ce yolume*
Le nombre des élèves continue à être généralement de 15 à 20, presque tous fils de propriétaires , âgés communément de 18 à 30 ans, et qui se destinent à diriger les exploitations pour leur compte, soit comme propriétaires, soit comme fermiers. Un petit nombre cependant sont venus avec rintention d^embrasser la profession de régisseurs agri* coles. En général , je ne puis que m'applaudir de l'application , du zèle et de Tintelligence qu'ont montré presque tous les sujets qui sont venus prendre part à cet enseignement. Avec des jeunes gens de cet âge, j'ai pu les traiter déjà comme des hommes raisonnables, et il a été établi entre tous les élèves présent», une société nommant ellemême à des périodes fixes» un bureau composé d'un président, d'un secrétaire et d'un trésorier; Cette société a, par ses règlements, certaines attributions d*brdre et de discipline intérieure , que je n'aurais pu remplacer en aucune lEaiçon par l'exercice de l'autorité. Cette institution élective qui dure depuis dix ans, a été fort utile à l'ordre dans certaines circonstances et jamais n'a présenté aucun inconvénient. Le choix des membres du bureau sur lequel
je ne m'étais réservé aucun contrôle, a toujours été excellent et tel que j'aurais pu le feire moi-même.
L'instruction est à Rorille plus pratique que théorique, c'est-à-dire que je m'efforce de placer les jeunes gens en contact aussi immédiat que je le puis avec toutes les opérations agricoles de l'établissement, et à leur faire acquérir la connaissance des motifs qui dirigent diaque opération, en leur faisant comprendre les différences que devraient y apporter d'autres circonstances. Cest en un mot une véritable clinique agricole.
En parlant'ici de pratique^ je dois expliquer ce que j'entends par ce mot : beaucoup de personnes semblent crcrire que la pratique agricole consiste essentiellement dans les travaux manuels qu'exigent les opérations : ainsi , on regarderait comme bon praticien, celui-là seul qui excelle dans l'art de tenir les manches de la charrue , de semer le froment ou le trèfle à la volée , de charger une voiture de foin ou de gi^rbes , de faucher, lauciller, etc. C'est là la pratique des valets de fermes et des manouvriers. Mais un chef d'exph>itation peut être un habile praticien, sans se livrer jamsis lui-même à ces travaux. Il est nécessaire qu'il en connaisse les détails, afin de pouvoir exiger une bonne exécution de ses gens. Il n'y a pas de mal qu'il soit lui* même habile laboureur ou trôsradroit à charger une voiture de gerbes, mais cela n'est pas très-utile aux succès de ses opérations; car il y aurait beaucoup plus à perdre qu'à gagner pour lui, à occuper son temps à l'exécution d'une branche de ses travaux, au lieu de les surveiUer toutes. Un habile manu&cturier ne serait presque jamais en état d'exécuter lui-même les divers travaux de sa fabrique , avec autant de perfection que les ouvriers qui en sont chargés. Il en est entièrement de même pour le cultivateur qui dirige les travaux d'une exploitation un peu vaste : pour l'un comme pour Tautre, la pratique est toute intellec-
tueUe, qaoiqu'elle ait pour objet la direction de Topératioa matérielle. Connaître et prévenir l'effet de ces opérations , les diriger 9 les combiner entre eUes, et les modifier selon les circonstances : voilà en quoi consiste Tart du praticien dans la classe des chefe d'exploitations agricoles.
C'est vers la pratique de l'agriculture ainsi comprise, que Ton dirige l'instruction des jeunes gens à l'institut de Roville. A cet effet, des dispositions ont été prises pour qu'ils aient connaissance des travaux qui s'y exécutent. chaque jour et à chaque heure de la journée, afin qu'ils puissent y assister et en observer l'exécution. Ces jeunes gens m'accoDQipagnent dans une tournée que je &is chaque matin dans les terres de l'exploitation, afin d'inspecter les travaux, et d'observer les circonstances qui peuvent me déterminer à £ûre exécuter teUe ou telle opération. Chaque soir ils assistent à l'ordre où Ton passe écriture de toutes les opérations de la journée, sous la dictée des- chefs qui les ont fait exécuter , où ceux-ci me rendent un compte détaillé de ces opérations , et où ils reçoivent des instructions motivées pour le travail du lendemain. Le secrétaire élu par les élèves eux-mêmes est chargé d'inscrire chaque jour le détail des opérations qui s'exécutent dans la ferme, sur un registre qui reste déposé dans la salle de leurs réunions* Chaque semaine, je donne sous forme de conférence, une leçon dans laquelle je réponds avec détails aux questions qui ont été posées d'avance par ceux des élèves qui le désirent. Ces questions qui roulent presque toujours sur des points de pratique agricole , sont discutées , approuvées ou supprimées avant de m'étre présentées, dans une réunion de la société des élèves , présidée par leur président élu.
J'ai pris l'habitude de charger les élèves que je désigne, de surveiller et de diriger d'après les instructions que je leur donne , certaines branches particulières de l'exploitation , comme la bergerie , l'engraissement des bœufs , etc.
C'est toujours aussi quelqu'un d'entre eux, que je charge de suivre les expériences agricoles auxquelles je veux me livrer , et de tenir sous ma surveillance seule les notes qui y sont relatives. Quant aux travaux manuels, le labourage, c'est-à-dire la conduite de la charrue sans avant-train, est la seule opération à laquelle les élèves soient exercés : à cet effet , toutes les fois qu*on laboure dans les terres de la plaine , une charrue leur est spécialement affectée ; et ils la conduisent à tour de rôle , sous la direction du plus habile laboureur de la ferme.
Voilà, je crois, tout ce qu'il est possible de &ire pour l'enseignement de la pratique agricole , dans un établissement du genre de celui-ci. Les sujets ainsi formés ne seront sans doute pas d'habiles praticiens en sortant de l'école ; et ils se trouveront bien neufs encore pendant quelque temps, lorsqu'ils seront âans une position où ils devront prendre eux-mêmes leurs déterminations pour toutes les circonstances. Mais je pense qu'ils sont préparés autant qu'il est possible de le Êdre par quelque enseignement que ce soit, à acquérir en peu de temps, et sans commettre trop de fautes, la pratique personnelle qui peut seule faire le véritable cultivateur. Quant aux connaissances accessoires qui font partie de l'enseignement de l'institut , on trouvera l'indication des divers cours, dans, le prospectus ' placé à la fin de ce volume , où l'on pourra prendre également connaissance de la position des élèves près de l'établissement.
D'après une opinion répandue chez beaucoup de personnes , les établissements du genre de celui-ci ne seraient propres qu'à former des cultivateurs pour la localité où ils sont situés; et l'on a dit souvent que, pour que les exemples fussent bons à imiter, il fendrait qu'ils fussent donnés dans chaque canton et appropriés aux circonstances de chaque localité. Cette opinion prend sa source dans une
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manière beaucoup trop étroite et etitiërement feusse , de considérer les améliorations de l'agriculture. Lorsque cet art ne s'exerçait que sur deux ou trois espèces de pbmtes , les combinaisons étaient très-peu variées ^ et Ton comprend que le même mode de culture ait été adopté sur de grandes surfaces de pays; mais depuis l'adoption des assolements alternes nés de l'introduction dans la grande culture ^ de ■plusieurs plantes de diverses femilles, le nombre des combinaisons agricoles que chaque cultivateur peut adopter, est devenu immense ; et il ne peut plus être question de recommander l'imitation d'un mode de culture donné , même ^ans des localités très-rapprocbées. Iln'est pas rare qu'entre deux communes du même arrondissement, les drconstances 4e nature du sol, de situation, de population, d'état des -chemins, etc., présentent moins d'analogie qu'entre de«x eonamiines, prises, Tune dans le Nord et l'autre dans le Midi du royaume , relativement aux motife principaux qui peuvent déterminer à adopter dans les unes ou dans les autres, telle combinaison agricole plutôt que telle autre.
Dans un tel état de choses, il est clair que l'instruction agricole ne peut consister nidle part à recommander rimitation servile de tel mode de culture ; et une exploitation ne peut mériter le titre d'exemplaire, même pour les lo^ ealités qui l'entourent^ qu'en disant à tous les cultivateurs : Faites comme on a tait ici ; Recherchez quelles sont les pratiques qui conviennent le mieux aux circonstances agricoles où vous êtes placés. Le but de l'instruction que les jeunes gens reçoivent dans ces établissements, doit donc être de leur ùire connaître les pratiques des pays les mieux cultivés, la culture des plantes diverses , l'usage des instruments perfectionnés , de leur apprendre à juger de la diversité des sols, des climats et des situations, et des différences qu'elles peuvent exiger dans les méthodes de culture, en un mot, de leur apprendre à observer les £sdt$ , et à en tirer les
conséquences , relativement à la pratique de Fart , dans la situation où ils pourront se trouver. C'est la direction que j'ai constamment donnée à renseignement dans l'Institut de Roville, et je me suis efforcé de mettre les élèves qui en sortent en état de s'orienter, dans quelque situation agricole qu'ils pussent se trouver ensuite. Aussi, je crois que l'instruction reçue dans l'établissement a été à peu près aussi utile aux jeunes gens venus du Midi de la France , de l'Espagne ou même de l'Egypte qu'à ceux qui devaient pratiquer dans les départements voisins du nOtre.
Le nombre des élèves qui ont fréquenté jusqu'ici l'institut de Roville , dépasse 250 ; et un assez grand nombre d'entre eux dirigent aujourd'hui des exploitations , la plupart pour leur compte, dans diverses parties du royaume. Cependant ce nombre est restreint, si on le compare au chiffre total des élèves sortis de l'établissement, et l'on comprendra qu'il doit nécessairement en être ainsi : en effet , ce n'est que de 1826 à 1830 qu'il a commencé à sortir de l'Institut un nombre un peu considérable d'élèves ; et les conseils qu'ils reçoivent à Roville, ne tendent pas à les exciter à se hâter de former des établissements. J'engage au contraire presque tous les jeunes gens à attendre la maturité et l'aplomb que l'âge seul peut donner , et surtout à attendre qu'ils aient fait choix d'une épouse , avant de s'établir comme cultivateurs. Comme les maximes enseignées dans l'école sont d'ailleurs celles d\me sage lenteur dans l'introduction des changements dans les pratiques locales , on concevra facilement qu'un assez grand nombre d'élèves nouvellement établis, en soient encore aux premiers tâtonnements dans la carrière des améliorations. C'est seulement dans un quart de siècle que l'influence d'un institut comme celui-ci peut prendre de grands développements dans les diverses parties du territoire français. Une telle attente paraîtra sans doute longue à beaucoup de personnes ; mais il faut bien s'y résigner, si
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FoD yeut réussir : tout ce qui se rapporte à l'agriculture présente un caractère particulier; c'est qu^aucun succès n'est possible , si Ton ne £adt entrer le temps c(Mnme un des premiers éléments de ce succès, et souvent un temps assez long, malheureusement pour Timpatience naturelle à nos dispositions nationales. Quelques uns des premiers élèves sortis de TÉtablissement , se soiU livrés , en trèspetit nombre , à la vérité , à des opérations hasardeuses qui ont compromis le capital appliqué à Texploitation. Cet exemple a formé pour tous les autres un préservatif salutaire, en donnant plus de poids aux conseils de prudence et de circonspeetion qu'ils recevaient à Tinstitut ; et aujourd'hui presque tous les anciens élèves qui ont formé des établissements , marchent de manière à ne &ire présager que des succès.
Un grand nombre d'élèves sortis de TÉtablissement ont désiré continuer à former entre eux une société qui a été constituée sous le titre de Société RofoUlienne, et qu'il ne &ut pas confondre avec la Société formée par les élèves présents à rinstîtut. Tous les membres de l'association entretiennent des relations avec l'établissement central d^où ils reçoivent au besoin des conseils, et où ils transmettent des détails sur leiur» opérations agricoles. Chaque année, une Uste imprimée^ indiquant la nouvelle composition de la So^ eiété, est adressée individuellement à tous les membres ; en sorte que chacun connaît les nouveaux membres admis ainsi que les changements de résidence de tous les autres, et sait qu^ a dans tel canton un correspondant agricole , disposé à lui rendre les services dont il pourrait avoir besoin : tels sont les liens encore bien faibles d'une association certainement utile. Peut-être pourrai -je, dans un avenir peu éloigné, leur donner plus de force en instituant des voyages exécutés périodiquement par quelque membre de la Société , pour aller visiter les exploitations rovillien-
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nés, et ùire à FÉtabliasement central nn rapport sur leur situation» Je m'efforcerai de constituer cette association sur des bases assez solides pour la Ëdre survivre à l'existence, de l'Établissement qui lui a donné naissance. Dans la liste qui a. été distribuée au conamenc^^at de 1837 , le nombre des membres de la Société se trouve porté à 164.
Dans l'article de correspondance qui se trouvera à la fin de ce volume , je. placerai , soit inté^alement, «oit par extraits , des notices et des lettres qui m'ont été adressées par plusieurs anciens élèves de rÉtablissement, et où ils ont consigné les détails de leurs opérations agricoles. On comprendra £aicilement , d'après ce que j'ai dit tout à l'heure^ qu'on n'y trouvera guère encore de ces grands résultats qui puissent frapper l'imagination, ou que l'on puisse produire comme des triomphes : c'est presque toujours la bâtisse encore incomplète d'un édifice qui se construit et qui s'achèvera avec le temps. Considérés dans leur ensemble , et comme des fragments des travaux auxquels se livrent en ce. moment un grand nombre de propriétaires, ces relations offrent le tracé d'un vaste plan d'améliorations agricoles dont l'exécution est commencée sur toute l'étendue du territoire français. J'aurais pu multiplier beaucoup plus» ces documents ; ùiais j'ai craint de me Mre illusion à moi-même sur les dispositions des lecteurs , par l'intérêt que m'inspire naturellement cette causerie de jeunes agriculteurs avec lesquels j'ai été lié par de douces relations pendant leur séjour à RoviUe, et qui m'entretiennent de, leurs affaires, quelquefois de leurs succès, souvent des difficultés qu'ils éprouvent.
COUPTI IBNDU. 31
SECTION m.
DE LA FABRIQUE D^INSTRUMCNTS ARATOIRES PERFEOTIOZVZVÉS.
Somf AiRB. Situation de la fabrique de Koville* — Améliorations apportées à la fabrication. — Charrues à soc américain. — Leurs «Yantages. — Emploi des socs de fonte. — Adoption*de Fâgecourbe -ou cintré pour les charrues. — Âvant-train applicable à volonté anx charrues sortant de la fabrique. — Rouleau squelette. — - Scarificateur. — Herses légères. — Tarare. — Coupe-racines à disque en fonte. — Semoir pour les betteraves. — Rayonneur à pieds en fonte. — Tableau de distribution par département des instrumenta fournis par la fabrique.
L'Institut et la £aibrique d'instruments aratoires étaient les deux principaux moyens par lesquels devaient se propager les améliorations que l'établissement pourrait introduire dans les pratiques agricoles* Ces deux grands accessoires ont pris à la fois, en effet, leur développement, et c'est de 1828 à 1830, qu'elles ont atteint la situation que l'on peut regarder pour elles comme normales dans les circonstances où eUes sont placées. Dans le S^ volume des Annales, j'ai parlé de la stagnation qui s'était fait remarquer en 1831 dans les opérations de la fabrique d'instruments , de même que dans toutes les branches de l'industrie du pays. Ce temps de repos a été mis à profit pour l'amélioration de la fabrication : dans ime £aJ>rique où les travaux sont en grande activité , on peut à peine s'occuper de rechercher les perfectionnements dont la Ëibrication est susceptible. En 1831 , on s'est livré avec activité à Roville à établir de pou\eaux modèles de plusieurs instruments dont la construction demandait quelques perfectionnements,
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et l'on a établi la fabrication de plusieurs instruments nouveaux: Dès 1832, la fabrication a repris son niveau ordinaire, en livrant annuellement environ 500 charrues ou autres gros instruments.
L'introduction de la charrue à soc américain constitue certainement une des principales améliorations que la fabrique de Roville ait reçues; et depuis que Ton connaît cette nouvelle charrue, on lui a donné partout une préférence tellement décidée, que Ton n'en construit plus d'autres à la £stbrique. Considérée dans sa forme générale, cette diarrue ressemble beaucoup à l'ancienne charrue de Roville, et elle marche également sans avant-train. Elle en diffère principalement par quelques modifications rendues nécessaires par l'agencement particulier du soc qui présente des avantages incontestables sur tous ceux qui étaient connus jusque-là. Ce soc si simple, si solide, si économique , nous présente un exemple de ce caractère particulier qui distingue toutes les inventions qui nous viennent de l'Amérique du Nord, dans les arts de la mécanique. Un des avantages particuliers à ce soc , c'est qu'il peut facile-, ment être construit en fonte , ce qui en rend l'usage trèspeu dispendieux. Dans tous les cantons où l'on manque d'ouvriers habiles pour faire rechausser ou rebattre les socs , l'emploi des socs de fonte a facilité infiniment l'introduction des charrues perfectionnées. Dans la ferme de Roville même , où Ton a toutes les &cilités désirables pour la construction et la réparation des socs d'acier , on n'emploie plus guère que des socs de fonte, parce qu'on en trouve l'emploi moins dispendieux. Ces socs, à la vérité, ne peuvent se rechausser ni se rebattre, et sont hors de service lorsqu'ils sont usés à un certain point ; mais comme le prix en est très-peu élevé, il en coûte beaucoup moins pour prendre un nouveau soc, que pour rechausser un soc d'acier ou de fer aciéré. L'expérience a bientôt appris d'ailleurs à
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ceux qui en foui usage qa'ua soc de foate ëmoussé par des labours exéeutés dans un temps de sécheresse , peut être mis de c6lé pour être employé plus tard, et marchera encore fort bien, lorsque la terre sera moins dure.
Une autre amélk>ration fort importante apportée ^à nos charmes, eon«ste dans 1 adoption de Tâge courbe ou cintré. Je connaissais depuis longtemps, par des essais, les avantages de cette forme , qui est généralement appliquée aux charmes anglaises ; m^is j*ai été longtemps arrêté par la difficulté de procurer à la £ibrique un nombre suffi* saut de pièces de bois naturellement courbes , et précisé* ment de la courbure qui convient à Tâge de la charrue ; car la solidité exige que le bois soit par&itement de fil dans la longueur de Tége. J'ai pu enfin prendre les moyens de réunir diaque année plusieurs centaines de pièces de bois courbes , propres à des Ages de charrues ; et le prix de rinstrument n'en est que très«peu augmenté. Maintenant on n'en demande presque plus que de cette espèce à la fabrique, parce que tous les praticiens qui ont éprouvé ce genre de axastruefion, en ont reconnu les avantages.
C'est en 1833 que je me suis déterminé à &ire construire des avant-train qui peuvent s'appliquer aux charrues de Roville , en sorte que ces dernières fonctionnent à volonté avec ou sans avant-train. Quelques personnes qui avaient reconnu par leur expérience les avantages de la fiiarrue simple , ont semblé craindre que je n'eusse commis, par cette concession, une fiiute capable d'arrêter la propagation de l'araire. J'en avais jugé jsiutrement , parce que j'étais à portée de eonnaltre par m^s correq>ondances jusqu'à qud point l'emploi de l'araire a jeté de profondes racines d»is presque tous nos départ^ooents , et combien on y apprécie les avantages qu'il offi^ dans l'exécution de presque tous les labours. L'expérience m'a afqpris que je ne m'étais pas trompé , car depuis qu'on construit des avant-
train dans la &brique de Roville , on n'en a demandé que 167, tandis qu'on a livré dans le même espace de temps, plus de mille charrues. Encore faut-il &ire remarquer qu'une bonne partie des avant'-train demandés étaient destinés à être appliqués à des extirpateurs , des rayonneurs ou des scarificateurs. En efifet , ces avant-train sont construits de manière à pouvoir s'appliquer indififéremment à toutes les charrues qui sortent de la Êdirique , et aux instruments que je viens de nommer. Cette destination multiple exigeait, pour la construction des avant-train, une forme entièrement nouvelle. La construction qu'on a adoptée répond fort bien à son but; et l'emploi de cet avant-train est très-commode pour les laboureurs.
Ces avant-train construits presque entièrement en fer, sont d'ailleurs d'une extrême solidité. Les roues sont en fonte , d'une seule pièce, et parmi toutes celles qui sont sorties delà fabrique, je n'ai connaissance que d'un seul accident qui ait causé la rupture d'une roue. L'addition de l'avant-train à la charrue n'est utile que dans un petit nombre de cas; mais il est certain qu'il est quelques circonstances où cette construction présente des avantages réels. Pendant dix ans , aucun avant-train n'a été appliqué aux charrues dans la ferme de Roville : et aujourd'hui on ne l'y emploie que rarement, c'est-à-dire dans des cas où l'on reconnaît qu'il est vraiment utile. On trouvera dans les planches à la fin de ce volume , les figures de la charrue à soc américain et de l'avant-trairi.
Après la charrue à soc américain , je citerai comme les meilleurs instruments dont la construction a été introduite depuis quelques années dans la &brique de Roville , le rouleau êqudette et le scarificateur. J'ai déjà parlé du premier dans le 8^ volume des Annales ; mais chaque jour accroît la boffiSe^iDion que je m'étais &ite de cet instrument , et je croîs qu'elle est partagée par toutes les personnes
qui en font usage. Il n'est pas de moyen plus énergique pour briser les mottes durcies par la sécheresse. Cet instrument est d'ailleurs d'uue durée presque indéfinie, par la solidité de sa construction. Quant au scarificateur , c'est seulement depuis une couple d^années que la construction en a été établie dans les ateliers de la fabrique. L'action de cet instrument est analogue à celle de Textirpateur; mais il est beaucoup plus énergique , et convient mieux à un grand nombre d'opérations. Il porte latéralement deux roues qui fixent la profondeur à laquelle les pieds peuvent s'enfoncer , et s'appuie en outre , à sa partie antérieure, sur un âvant-train. Il peut pénétrer dans les sols les plus durcis, et convient par &itement pour les déchaumages , pour les cultures intermédiaires entre les labours , et pour enterrer les semences. Cet instrument sera figuré dans les planches à la fin de ce volume.
n n'a rien été changé à la forme des herses ; mais on en construit aussi de plus légères qu'on ne Favait fait jusqu'ici, et qui sont destinées au tirage d'un seul cheval.
Le tarare a reçu dUmportants perfectionnements , non pas sous le rapport de la propreté du grain qui en sort , et qui ne laissait rien à désirer ; mais avec la nouvelle construction , on peut passer une plus grande quantité de grain dans un temps donné. On a obtenu cet effet, en augmentant un peu la largeur du bâtis , ainsi que les dimensions des passoires et des cribles. Outre les c(mp€' racines à disque en bois , on en a établi à disque en fonte , ce qui les préserve de Pusure à laquelle les premiers sont
On a établi , pour les semoirs , une disposition particu* liëre qui les rend spécialement propres à la semaille des betteraves. Parmi toutes les semences il n'en est aucune qui présente plus de difficultés que celle-ci, pour la ré^ pandre avec égalité à l'aide des instruments. Ces diffi-
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cultëfl ont pour causa b légèreté de cette graine , riaégalité degrosieur des grains, et les rugosités dont sont couvertes leurs enveloppes. Le nouveau semoir porte une lanterne ou cylindre extérîeiiir 9 qui répand les semences avec autant d'égalité qu'il est possible. L'ouvrier qui conduit Tinstrument peut d'ailleurs observer constamment le travail de la lanterne distributive , et compter en quelque sorte les grains qu'il répand. C'est toujours dans le système du semoir & brouette qu'il est établi; et les raies sont ouvertes à Favanoe par un rayonneur traîné par un cheval. Dans cette combinaison, l'instrument peut fonctionner daps les sols bien ou mal préparés^ On a remplacé depuis quelques années le rayoïmmr à pieds de fer ps^r un instrument à pieds en fonte, qui fonctionne mieux, et dont le prix est beaucoup moins élevé. On placera à la fin de ce volume le catalogue général des instruments qui se confectionnent à la Êibrique de Roville, avec les prix.
Il est intéressant d'observer dans quelle proportion se sont distribués les instruments fournis par la &brique, entre les diverses parties du territoire finançais. J'ai &it Étire ce travail pour les cinq dernières années, et l'on trouvera dans le tableau suivant cette distribution établie par département d'après un dépouillement des livres de la fabrique.
COMPTE nKPU*
ÉTAT^par département, des eniwn$ de diarrue$ perfectionnées et autres gros instruments fournis par la fabrique de RoûUle y du !«' Janvier 1832 du V Janvier 1837.
nous
DBS OBPAmTBMBIfTS.