‹ Annales agricoles de Roville (volume 2)Chapitre 76 sur 88 · DE LA GRANGE S\-PIERRE · texte numérisé non relu

DE LA GRANGE S\-PIERRE

DÉPARTEMENT DE SAONE ET LaiRE.

EXTRAIT

D'UNE LETTRE DE M, CHAMBORRE, Aifçuzf ihkvB DB l'institut db boyilu.

Mai 1837.

... La ptoftiété que j'exploite dans le département de Saôtte-et'Loire , presqu'àla porte de Màoon , se compose de 40 hectares de terreg arables et de 4 hectares de {Hrës. C'est an terrain argilo-siliceux , de consistance moyenne, blanc dans <pielques parties désignées sous le nom de terres blaaches ; le soas*sol est un argile rouge , compacte , se lais* gant difficilement pàiétrer par l'eau qui regorge à la sur&ce dans les hivers humides. Lorsque j'en pris la direction en 1829, je la trouvai couverte d'une plante que Ion appelle traînasse dans le pays (ayroUîf stohmifora). Cetteplantey prend une végétation merveilleuse, mais aux dépens des récoltes qu'elle étouffe. L'assolement en usage était un assolement biennal ; la moitié des terres en culture portaft invariaUement du froment de deux années l'une; l'autre moitié 9 à l'exception de quelques parties rapprochées de l'habitation, resU^it en herbes jusqu'à la fin de juin , polur servir de pâturage à âO tètes de bétes à cornes qui devaient suffire à la fumure de toute la ferpoie. En juin, les prés étant

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ftuehës y on labonnit pour semer en froment au mois de septembre ; un hectare de cette sole feuniissait les pomme^ de terre et le maïs à l'usage du granger ou métayer, quelquefois un hectare en trèfle et quelques areé en channe. Voilà Tassolanent du pays , approprié du reste à la position des cultirateurs qui , générdement , n'ont d'auttes capitaux que leurs bras et ceux de leur fionille , et cultivent à moitié fruit des propriétés trop étendues pour leurs forces, dans lesquelles d'ailleurs, en supposant qu'ils le puissent, ils ne voudraient fiiire aucun sacrifice d'amélioration &i dehors de leurs moyens ordinaires , puisqu'ils doivent partager le produit brut ; le propriétaire dirigé par les mêmes motife de jalousie ou d'économie , n^en £adt pas de son cAté, et la culture reste à peu près stationnaiie dans les domaines exploités ainsi.

La culture se faisait avec des charrues dont le soc allongé et étroit, labourait à la profondeur de 4 à 5 pouces environ, tandis que l'oreiUe ou vecsoûr, composé d'uii^ planche droite qui dbûmge de teôlé à chaque extrémité du «illon, déchirait la terre à la smr&ceen la repoussait , sans pénétrer à la profondeur du soc, de telle sorte que dâque siUon formait un escalier; d'où féaukait la nécessité de croiser les labours ^ chose souvent impo^Me d'après la division du sdl*

Leprodvdtétaiten moyenne de 190 hectoUtrês de frdment, de quelques hectolitres de blé noir et colza acridentell^nent, lorsque la saison permettait d'en semor «près b levée de la moisson , et encore de quelque peu dé poaoïies de terre, de mats et de chanvre, cranme je l'ai éît ; pub dis la récolté des foins servant à la nourrit^ife des héstîanx, et d<mt la valeur pouvait être de 800 à 1^000 fr. et aivtant pour les pailles : ainsi je pense que le ptoduit brat de là propriété converti en argent pouvait étie ^mé 6 S^OOOfr, par an.

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Voilà, Monsieur, Fëtat dé là propriété à Tëpo^ed» mon entrée en 1829 ; voymig maintenant ce qu'elle est dévenue.

Pour ne pas m'éloicpoier trop subitement des habitudes du pays , j'adoptai d'abord un assolement de quatre ans , qui devait être mon point de départ , mais auquel je n'avais pas l'intention de m'astreindre régulièrement ; car Fesiploitatiôn étant petite et près d'une ville, se prétait par&itement aux combinaisons irrégulières d'un assolement libre ; mais il Mlait simplifier dans le conunjencemeùt. Je divisai donc ma ferme en quatre soles :

.1'* Plantes sarclées, pommes de terre, betteraVes, carottes, fëveroUes , etc. , avec fumure.

2" Céréales de printemps , avoine ou orge.,

3"* Trèfle, colza, cardères.

4* Céréales d'automne , froment.

Puis à la seconde rotation , sarclage^ aVec fumUre , de telle sorte que le fumier revient tous les quatre ans et ainsi de suite. Cet assolement était dénature à se prêter à toutes les modifications qui me paraîtraient utiles à mes iiitérôts $ ainsi chaque fois que le temps me le permettait, je semais en froment d'hiver une partie de la sole des céréales de printemps, et j'augmentais la quantité de colza en prenant sUr la sole de racines et légumineuses ; puis, comme je ne tardai pas de m'apercevoir que le bénéfice le plus certain obtenu avec le moins de peine était, dans ma position exceptionnelle , sur les fourrages attificiels que je vendais sur pied de 300 à 400 fr, l'hectare, j'ai successivement créé des luzernes qui, diminuant la quantité des labours, m'ont laissé plus de temj[>5 et plus de fumier pour améliorer lés terres, qui à leur tour porteront des luzernes lorsque je rendrai les premières à la charrue^

Je n'ai pas augineiité le nombre des bestiaux , parce que ma comptabilité tn'à promptement appris que dans ma po-

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ntbn, j^afab plus de profit à Tendre directement mes fourrages, racines et pailles, sans employer le bétail pour intermédiaire, ce dernier ne les payant jamais autant que le marcbë t et pouvant à moindre frais me procurer des engrais en plus grande abondance que ceux que j'obtiens par la eonsomniation de mes récoltes sur place, je n'ai donc conservé que des bétesde travail , partie en chevaux , partie en bœu6, ordinairement quatre de chaque eq>èee ; six à sept vaches, dont le lait vendu à 10 centimes, me rembourse avec profit la nourriture; quelques élèves de races bovines que j'entretiens momentanément pour améliorer la race de mes vaches , car sans cette rabon j'y renoncerais, n'y trouvant pas d'avantage. J'engraisse aussi chaque hiver les 4 ou 6 bœufs qui ont ùlt la campagne, car à cette époque ils seraient sans valeur, si je lés vendais maigres ; mais je me trouve heureux lorsque leur accroissement en graisse et leur fumier paient leur consommation.

J'emploie pour le travail la charrue de Roville , l'ex tirpateur pour les seconds labours et pour couvrir la semenoet des céréales de printemps après un labour d^hiver à la charrue ; je trouve dans cette pratique le double avantage d'expédier plus promptement l'ouvrage en profitant des beaux jours, et de conserver à la terre une humidité convenable, en ne remuant que la sur£aice au moment de la semence, tandis qu'en l'ouvrant avec la charrue, on la soulève dans toute la profondeur de la couche cultivée, de telle sorte que les hâles du printemps la dessèchent promptement, avant que les plantes recouvrent le terrain. J'emploie aussi la houe à cheval pour les sarclages, partout où l'espacement des plantes le permet : c'est vous dire que je sème en lignes toutes les plantes à sarcler.

C'est ici le cas de vous parler de mes observations sur les labours profonds. Je pense qu'il en est de cela comme de toutes les pratiques en culture , il ne faut rien générali-

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ser ; c'est an bon sens des cultivateurs à juger des drcoDstances dans lesquelles ils sont profitaUes;. quant à moi , je n'y vois qu'avantages partout où le sol est profond, partout encpre où le sous-sol peut jservir. d'amendement; ainsi dans une terre légère brûlante, si le soussol est argileux , il devient un correctif; 4ans une terre forte au contraire, si Ton rencontre du saUe ft 8 ou 10 pouces de profondeur, il faut fomller . jusque là: maïs dans d'autres circonstances, il peut y avoir inconvénient à mélanger le sous^sol, s'il est composé d'un tuf .infertile, de mine de fer, de craie, ou autres matières rebelles à la végétation. Pour moi, Monsieur, j'ai trouvé dans des labours de 7, 8 et 9 pouces dans des terres qui n*étaiei|t précédemment labourées qu*à 4 et 5 pouces, l'avantage précieux de les assainir; mais je n'ai Jamais approfondi la coudie que par des. labours d'hiver, lorsqu'au printemps la terre devait recevoir du fumier et.porter des plantes sarclées. Je comftfends l'inconvénient qu'il j aurait avec^nn sous-sol semblable an mien, à .rompre un trèfle ou une luzerne pour la première fois à 7 ou 8 pouces, pour y soner une céréale ; il est dair qu'enterrant la couche végétale sous une couche de terre qui n'a pas eneofe vu le soleil, une plante traçante qui lui serait confiée, ne pourrait prospérer.

Il me reste, Monsieur, à vous parler des produits actuels de mon exploitation. Vous avez vu par l'exposé. de mon assolement que tout est simplifié, aucune pratique nouvelle ne se recommande à l'attention ; peu de bestiaux , beaucoup de plantes pour le marché qui est à ma porte, des fourrageai à vendre sur pied, telle est la marche qui mlestcomnuindée par ma. position : du reste, attention dans le travail po«r tout &ire en temps utile ;. là se trouve ce .que je considènç comme le plus important dans, les procédés. Enfin, Mout r, pour, r^^mef* cet e:iposé, je trouvç actuellement

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dans mon exploitation un {iroduit bnit annuel de IÇ à 18,000 fr. Le fermage que j'en paie est de 4,â00 fr. : les frai» d'exploitation, y compris Tintéiét d'un capital de 20,000 fr. spécialement affecté à la fenœ , se portent en nombre rond à 8,800 fr. : total 13^000 fr.

Tous voyez y Uonsieur, que ce résultat est assez satisftiisant par rapport au capital employé et à l'étendue de la propriété. Si Ton considère le ppint de départ, c'està-dire un produit brut de 5,000 fr. dont âOOO fr. foimaient le revenu du propriétaire ^ l'on verra que ce revenu, plus que doublé par le seul fiiit du fermage, serait triplé pour le propriétaire, s'il eût exploité lui-même : il est vrai qu'il y eût donné son tempfj , mais combien de gens qui n'en ont pas remploi, trouveraient dans cette oœupatiiw boa* beur et profit!

Quelques détails sont nécessaires pour l'intelligence des produits avant et depuis mon entrée en ferme. Vous auref vemarqué comlnen étaient feiUes les produits du granger par rapport à l'étendue des terres semées m froment; comme vous f en suis étonné , mais je ne puis en douter, ear je tiens mes renseignements d|i propriétaire, mon beaupère , qui en a feit le relevé sur son livre de partages. C'était, avec les feins, tout le produit à peu près, icar le reste était tout à feit accidentel. Ces résultats. s'expUqueat néanmoins par la ma^ropreté des terres que j'ai trouvées tellement couvertes de traînasse, chardons, oseille saUr vage, etc, qu'après la levée de la moisson <m avait peine à v<»r de la terre sous cette épaisse chevelure qui devait nécessairement nuire aux récoltes.

Quant à l'évaluation en argent de mes produits aetoels, elle est prise dans ma comptabilité , c'est dcmc du positif; mais pour l'inteUigence de ce résultat , je dois vous dire que les fipoments me donnent de 20 à â$ hectolitres et plus à l'hectare; les colzas, depuis 20 jusqu'à âd; les ponunes

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de terre, de 300 à 375 j et que tout cela se Ycad bien dans ce pays où les blés ont toujours un haut prix; les pommes de terre y valent de 2 à 3 francs et même quelquefois plus l'hectolitre ; les fourrages, de 5 à 10 francs les 100 kilogrammes , suivant leur nature ; les pailles , jusqu'à 6 et 7 francs les 100 kilogr. Je joins à cela quelques cultures industrielles, notamment celle des cardères qui m'est profitable. En résumé , j'ignore si j'augmenterai mes produits , mais j'ai lieu de le penser. Mes terres commencent leur troisième rotation ; toutes sont propres, et leur fertilité paraît s'accroître.

PROSPKCmS

DB

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