EXTRAIT DUNE LETTRE DE H. PIGEARD
ANC»N JÊlAvS DB d'iNSTITUT Dl AOVIUB.
Ayril 1837.
.... Bien jeune raoore lorsque je quittai Roville en 1832, je vins auprès de mon père alors très-soulSrant, l'aider dans les soins qn^exigeait notre exploitation. Tous sentez qfi*à 19 aQs, il. n'était pas raisonnable que je songeasse à fiiire une entreprise particulière : aussi résolûmes-nous, mon père et moi, dlntrodiûre une cpltyre raisonnée sur notre propriété. Il pratiquait depuis vingt ans, je n'avais qu'un peu de théorie ; tous voyez que c^est de sa culture plutôt que de h mienne que je vais vous parler. Mais comme je suis resté trois ans sur les lieux , que j'ai suivi attentivement toutes les op^ations, et dirigé d'après ce que j'avais vu A Rovifie celles qu'on n'avait pas encore pratiquées , vous pouvez compter sur l'exactitude des détails que je vais vous donner.
Dans les environs de Bergerac , comme dans tput le dé-
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partement , on suit le système de métayage ; c'est vous dire que Fagriculture y esl forl airiérée. Cependant aux environs de la ville et sur les bords de la Dordogne, s'étend une vaste plaine ii^turellemeot fertile ^ ^ ne demanderait que des soins pour se couvrir des plus belles récoltes. Le sol est un loam plus ou moins sablonneux, qui repose dans quelques endroits sur Un lit de gravier; dans d'autres le sous-sol est argileux, et ces derniers terrains sont plus froids et moins fertiles que les autres. L'assolement biennal : blé , jachère , y est seul usité ; une petite partie de celle-ci est semée en trèfle incarnat et en vesoes. On cultive aussi quelques légumes comme pois , fèves , citrouilles , haricots et pommes de terçe, i]|iais.soplçmpot.poqr h coi\so«nmation du ménage. Ces plantes occupent toujours les meilleures terres qui reçoheot tout ie fumier, au détriment des médiocres qui n'en ont jamais. Les bœufs et les vaches , attelés à un joug de trois pieds ou trois pieds et demi , sont seuls employés 4IU labovlrage. L'araire très-imparfait est à timon raide, et ne &it qu'une rigole dont le fond forma un angle aigu ; la Jbande de Umst fui en sort est jetée ft cûté sur le sol non Tem<aé; <m ferme ainsi des hîiloaB de quatre taies, qui ont 4 pieds de largeur. La semence s'entwre soufl me , tm ne liAoure qu'à trois ou quatie pouœs dç prolpiutelir. En général, un tiers des terres est «emé eu S0^1e4vn méteU^ le reste en Aroment. La prodoctiott des oérénles dane les métairies eit de six pour «n, tandis ^e k pcÉît propriétaire qui cultive lui-^éme obtient dix fi^ la semenoe.
Une cause qui, arec ie sy^ttoie de métayage , eonoouit à perpétuer le misérable état de notne agiricuItuDe , e'eiA sans idonte l'attrait que la vinieullnre-effi» aux propriétaires. Ik iront d'autant plus portés à y oonseicser leurs ftem^ et leucs capitaux , qu'à une époque peu r^MsuIée leurs vignobles leur donnaient des produits incomparablement supérieurs à ceux de leurs métairies , quoiqu'on général ils n'occupent que
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des terrions qui par leur mauvaise nature, sont impropres à la culture des céréales. Nous avons pensé que ces deux cultures n'étaient pas absolument exclusives Tune de l'autre y et nous nous sommes livrés avec ardeur à leur amélioration.
La propriété de Bazet , dont je vais vous entretenir, était, il y a 10 ans, cultivée conune toutes les métairies de la contrée. Dès 1830 mon père, avec le secours des Annales de Roville, y introduisit des améliorations importantes ; la culture du trèfle entre autres. Elle se compose de 50 hectares de terres arables, 10 de prairies naturelles , 22 de vignes et 24 de bois taillis de chênes donnant outre le bois , de la bruyère et ie l'ajonc qui nous sont d'un grand secours pour Eure litière.
Je ne vous parlerai pas ici de la culture de nos vignes ; si cependant vous désiriez quelques détails à ce sujet je me ft^rai d'autant plus un plaisir de vous les fournir, que mon père y a introduit des améliorations très-import;»)tes.
De nos 50 hectares déterres arables , 13 environ , situés dans la plaii^e , sont un loam sablonneux reposant sur le gravier qui s'y trouve à deux pieds environ de profondeur : un. hectare est en luzerne de 6 ans. Dès que nous nous apercevrons que son produit diminue , elle sera rompue pour rentrer dans l'assolement, et remplacée par une égale ^tendue semée en automne avec une céréale. Le reste est soumis à Tassolement suivant : l*"^ Plantes sarclées, fumées à raison de 27 voitures du poids de 800 kil. par hectare. 2^ Blé avec trèfle commun dans la moitié , dans l'autre trèfle Ëirpuch ^vec raves, semés ensemble après la moisson. 3"* Trèfle , et sur la partie en farouch lorsqu'il a été Êiuché, sarrasin sur un seul labour, i"* Blé; celui qui vient sur le sarrasin reççjt deini-fumure. Ces terres donnent en moyenne 20 hectolitres par hectare, dix fois la semence. Vingt-
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quatre autres hectares sont d'une nature un peu plus consistante, et soumis à l'assolement suivant : l'épiantes sarclées dans les meilleures parties , le reste en jachère , le toutïumë comme plus haut, à raison de 27 voitures de fomier. S» Blé avec trèfle. 3'' Trèfle plâtré; on £aiuche le plus beau et on &it pâturer le reste. V Blé.
La moitié environ de ces terres était médiocrement fertile : elles ont beaucoup gagné depuis qu'on y cultive le trèfle, et produisent aujourd'hui seize hectolitres de lEroment par hectare. L'autre partie , qiu était très-mauvaise , et a reçu les mêmes engrais et la même culture , était restée à peu près la même. Il y a deux ans, nous avons essayé de marner ces terres , et les résultats de cette expérience ont été si satisfaisants que nous ne doutons plus de leur amélioration, d autant que nous avons au milieu de ces mêmes champs et à très-peu de profondeur, des bancs inépuisables d'une marne très-riche qui contient 73 p. 7» ^^ carbonate de chaux.
Autrefois, ces terres n'étaient labourées qu'à trois ou quatre pouces de profondeur > et le sous- sol était réputé infertile : peu à peu , et d'année en année, nous en sommes venus à labourer à 6 ou 7 pouces. Il en résulte que le froment y est moins sujet à verser, que les récoltes sarclées y résistent mieux aux sécheresses , et y donnent des produits beaucoup plus élevés. Le trèfle réussit bien partout , mais il devient superbe dans les treize hectares dont je vous ai parlé d*abord. Nous cultivions dans le principe beaucoup de betteraves , mais comme nous avons reconnu que le ^lé qui leur succédait n'était pas ce qu'O aurait dû être , nous en avons restreint la culture à environ deux hectares. Les fèves et les pommes de terre occupent la plus grande partie de notre sole de plantes sarclées. Environ la moitié de ces terres ne produisaient que du seigle et du méteil ; elles sont aujourd'hui toutes en
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froment, et donnent^ comme vous avez vu^ d^assezbons produits.
Nous avons encore treize hectares de terres très-argileuses et exposées aiu inondations d*un ruisseau qui les divise. Leur culture est très- difficile, et leur produit très-casnel; mon père depuis longtemps les considérait comme le chancre de spn exploitation. Après avoir fait creuser un canal pour conduire les eaux à un moulin, nous reconnûmes que nous pouvions les submerger à volonté ,^ et dis lors notre résolution fut prise de les mettre en prés. €e mois de mars^ huit hectares ont été semés ep avoine avec graine de foin ; au mois- de septembre , trois autres le seront également. Il nous en restera deux hectares qui seront divisés en deux soles et semés tous les ans y moitié en blé, moitié en maïs; cet assolement qui selon Arthur Young est celui qui donne le produit le plus élevé pour la nourriture de Fhomme et pour celle des animaux, est utile dans une grande partie du départenoient. Ayant peu de terrain de cette nature , il nous sa:a facile de saisir le moment favorable pour j mettre la charrue , et avec un profond labour avant Fhiver , et une forte fumure, nous espérons que le maïs et le blé viendront bien.
Après avoir vu fonctionner votre charrue à Rovilie , je ne pouvais supporter la vue d'un labour exécuté j>ar notre araire ; aus»., vous priai-je immédiatement après ma rentrée ici , de nous expédier une charrue, un buttoir et une houe à cheval. Nos laboureurs s^habituèrent trèsbien au buttoir et à la houe (nous ne faisions atteler qu'un bœuf à cette dernière). On ne laboura qu'une ou deux fois avec la charrue : mon père trouva plus commode ,. surtout pour labourer les vignes , de faire adapter le soc et le versoir de votre charrue à l'araire du pays. Amélioré ainsi , il fait des labdurs incomparablement supérieurs à ceux que nous Causions avant , mais moins réguliers , ce-
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pendant , que ceux qu'exécute la charrue de ReriDe. Je fis faire aussi des herses sur le modèle des vbtrësr nous en &isons un grand usage.
Nos attelages se composaient autrefois de quatre boeuft et de quatre vaches : on nourrissait de plus quatre on cinq veaux ou génisses pour élèves, et un cheval : etk tout, 14 têtes.
Aujourd'hui nous avons neuf bœu6 de travail (dont un surnuméraire en cas quMI 7 ait un des autres boiteux :) ils sont ferrés des quatre pieds et travaillent, <^b été , neilf ou dix heures par jour en deux attelées, et, %n hiver, environ sept heures. Nous avons aussi ^ux vaches pour les labours et les hersages légers ; elles transportent aussi le fourrage vert à la grange. 11 &ut remarquer ici que nos vingt-deux hectares de vignes sont à labourer, et que deux attelages y sont employés , pour les labours et lés transports, neuf mois de Tannée. Nous noutrissons douiÉe vaches bretonnes de très-petite race; vingt veaux potu- élèves, deux forts mulets poiur le service du moulin et deux chevaux de selle : en tout, quarante sept tètes.
L^obsiacle qui nous a le plus longtemps arrêtés , et Ipie, je pense, nous avons surmonté, c'était de £iire choix d'une espèce de bétail qui nous payât nos fotmrages à un prix moyeii de 20 fr. les 500 kilograibmes, quoique lé foin se vende toujours ici 25 ou 90 irancs.
n y a sept ou huit ans , mon père fit veiiir d'Auvergne seize vaches : il se proposait de vendre leurs vëatix ft la boucherie et de les faire travailler. Mais outre qu'elles étaient très-difficiles sur la qualité dé lèiir noutritnre, elles ne résistaient pas au travail aussi bien que celles du pays, qui ont de plus belles formes, et qui, lorsqu'elles ne sont pas «ourricés , font tous les joui*s des attelées^ de huit ou neuf heures. Enfin , leur compte se halaïki^ift toujours en perte , il fallut y renoncer.
IW tAIBT. Mfi
L'engxaîlMtteql èds lMB«fe ne novs « pas ivieim léun. Gomme «a n'ieii itet que très-peu à Bergerac^ le débit n'ea est pas assuié, pafce que IjjjfïmrcliBiids étnwgers pas- .seat qnelçiefeîs des années sans venir.
Jusqulci, nous avons tout lieu de croire que nos ûouw vadias bretonnes, qui, «aiUies par un taureau du pays, nous donnent tous les ans un veau asses beau , vendu gra^ ipour la boucbecie; qui en nourrissent ensuite un autre aebeté de naissance, et dent on vend le lait lorsqu'il devient rare à la viUe, nous donneront un bénéfice conv^QnaUe. Cette race est très-rustique et donne abondance dp lait. I^ reste c^e est impropre au tis|vail« Depuis àe^x ans, nous achetons au mois d'octobre une vingtaine de petits veaux de quatre ou cinq mois, trop maigres pour la boucherie, mais ayant de jolies formes. Ils nous coûtent de 35 à 42 francs. Nous les revendons dans le courant de Tété de 100 à 140 francs. Ils nous paient le foin 20 fr. les 500 kilogrammes , les betteraves 1 franc Phectolitre , et donnent en outre un profit de deux ou trois cents francs et le fumier. Nous nous en tiendrons là probablement.
Nous avons un maître bouvier et trois laboureurs sous ses ordres; un jeune homme et un enfant pour soigner les vaches et les veaux, couper le fourrage et le conduire à la grange ; une espèce de. chef de main d'œuvre, qui dirige toujours les manœuvres que nous employons dans les vignes, et au temps de la moisson et de la fenaison* Nous avons aussi une servante que nous plaçons à la tète des femmes et des en&nts que nous avons pour tous nos travaux. Cette dernière et le chef de main d'œuvre sont seuls nourris dans la maison : tous les autres employés prennent leur nourriture diez eux.
n a environ âO ans, la propriété de Bazet fut affermée 2500 fr. Le fermiw ne put payer le canon et s'en
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aUa. On ii'«ût pas pu trouTer ensuite à raflBrmer 2000 francs. Dèï lors mon père planta des lignes et se dëtennina à jEûre valoir tout le don4le pour son compte. Aujourd'hui sur cette même propriété, nous obtenons un produit brut de plus de seize mille francs.
Depuis le mois de Janvier 1836, j'ai entrepris pour mon e<MBipte l'exploitation du domaine du Perrot de 70 hectares environ , que mon père m^ cédé. J'ai environ 20 hectares de terres arables , douze de prairies , douze de vignes et le reste est en bois et fiîchei^ qui donneiît de la bruyère; mais mes opérations étant encore à leur début sur ce nouveau théâtre, je vous entretiendrai plus tard des résultats que j'obtiendrai.