NOVEMBRE
Les dix premiers jours du mois ont été trèsfroids ; le 8 il est tombé 6 pouces de neige, mais die a fondu au bout de deux jours. L'arrachage des pommes de terre n'était pas encore terminé alors , et s'est prolongé jusqu'au 1 5 : c'est une
a3o :ÉPOQUES
chose très-embarrassante et très-coûteuse que ces arrachages tardifs de racines , et Ton ne doit rien négliger pour Féviter. La récolte des pommes de terre a été au reste très-copieuse , et le tout a été serré en bon état ^ sauf une très-petite partie qui avait un peu souffert de la gelée , et qui a été mise à part.
On a continué la semaille du froment après les pommes de terre jusqu^au 7 de ce mois 5 on n'a pas jugé prudent de semer plus tard , en sorte qu'il reste quelques hectares de terre à ensemencer en blé lamma aussitôt après Thiver. A la fm du mois , les blés derniers semés sont bien levés ^ et les premiers sont très-beaux ^ ainsi que les seigles et les escourgeons. Les colzas et navettes sont beaux ^ussi.
DÉŒMBRE 1828, JANVIER et FÉVRIER
Généralités.
Le mois de décembre a été pluvieux 5 dès les premiers jours de janvier la gelée s'est établie, et a continué pendant ce mois et celui de février avec une interruption seulement de quatre jours. Au total , cet hiver a été très-long et très-rigoureux : la terre a été constamment couverte de
NATUREIXES ET AGRICOLES. 33l'
neige pendant les mois de janvier et février , et le thermomètre est descendu plusieurs fois de 1 1 à i5 degrés, division centigrade.
Comme il était facile de le prévoir, les gerbes de froment ont* produit très -peu de grains : au battage, dans les années 1825 et 1826, le cent de gerbes avait produit à Roville environ 6 hectolitres^ celui de 1828 n^a produit en moyenne que 2 hectolitres 60 litres.
233 I)£ lA CHAUX
DE LA CriAUX
Comme amendement des terres y par M. Robert Brown •, traduit de l'anglais ;wïrilf .Fawtier.
JLa chaux est considérée par quelques cultivateurs comme un véritable engrais , et par d'autres comme un amendement ou stimulant qui ne peut être appliqué avec avantage que lorsque le sol contient des principes fertilisans daùs un état d'inertie , et qu'il s'agit seulement de mettre ea action. Ce qu il y a de vrai, c'est qu'on ne comprend pas encore bien la manière dont la chaux agit sur le sol, quoiqu'un grand nombre de cultivateurs en connaissent parfaitement les bons effets. L'on sait très-bien qu'une terre qui est restée long-temps en prairie, contient une gi-ande quantité de détritus végétaux, et que le travail et la dépense du chaulage seront largement remboursés au cultivateur qui chaulerait en pareil cas; mais l'avantage de l'application de la chaux sur de vieilles terres arables a été mis eh question, non sans quelques raisons solides, par la plupart des agriculteurs praticiens , et leur opinion sur ce point a été confirmée par les expériences les plus suivies. Si la chaux était un engrais^)
COMME AWENDEMEKT. ^33
' elle serait propre à enrichir le sol ou à rendre la fertilité à une terre épuisée par une longue succession de récoltes^ mais comme un sol épuisé ne peut être ramené à Pétat de fertilité par l'application de la chaux seule , nous sommes en droit de conclure différemment, ou en d'autres termes, de considérer la. chaux comme une substance très-convenable pour mettre en action certains principes dé fertilité existans déjà dans le sol. Cette conclusion est confirmée par l'expérience, et Texpérience sera toujours pour le cultivateur un guide plus sûr que la théorie la plus plausible. Bien que la chaux ait été employée avec beaucoup de succès dans toutes les parties de la Grande-Bretagne , il est évident que les plus graves erreurs ont été commises dans la manière de traiter les terres »ur lesquelles on en faisait l'application, et ce qui est encore pire, que le résultat de ces erreurs a été d'autant plus fâcheux que la chaux appliquée produisait de meilleurs effets. Cette remarque, du reste , s'applique plutôt à l'ancienne agriculture qu'à la pratique de nos jours , parce que l'ancienne méthode avait pour principe de tirer du sol autant qu'il pouvait donner , sans que le cultivateur s'inquiétât nullement si le sol à force de produire ne finirait pas par s'épuiser complètement et en peu de temps. £n effet, lorsque la chaux opère bien|
il arrive que toutes les facultés nutritives con-^ tenues dans le sol sont mises en action ^ et sont contraintes d'agir jusqu^à ce que tous les principes fertilisans de la terre soient épuisés* Il est trèsr difficile en pratique de rendre la fertilité à un sol , même de la meilleure composition , lorsqu'il a été ainsi épuisé ^ du moins ^ il peut s^é— couler beaucoup de temps avant qu'on Fait ramené à sa première fertilité^ mais une terre légère ^ ayant peu de consistance, ne peut être restaurée lorsqu'elle a été une fois épuisée par Faction de la chaux* Si alors on la chaule de nouveau , nonseulement on perd son travail et ses frais, mais encore on s'expose à de graves inconvéniens. Les sols de cette nature après un second chaulage se trouvent dans un état tel qu'ils brûlent le grain qu'on leur confie , et que même lorsqu'on les fume abondamment , ils ne répondent pas à ce qu'on aurait pu en espérer dans d'autres circonstances.
Il serait difficile de déterminer à quelle époque le chaulage fut introduit dans la Grande-Bretagne ; mais comme cette pratique était bien connue des Romains, on peut croire aVec raison qu'elle fut introduite dans notre île par ce peuple industrieux. Quoi qu'il en soit, la chaux calcinée est depuis fort long-temps employée par les cultivateurs anglais comme un stimulant pour le sol,
et au moyen de son application on a obtenu de très-belles récoltes sur des terrains qui paraissaient d^une qualité inférieure et qui n^auraient donné que de chétifs produits si Ton n^avait pas fait usage de la chaux.
Le fait est que la plupart des sols ne peuvent être cultivés avec tout Tavantage possible qu'^après avoir reçu un amendement calcaire^ et, soit que Ton considère la chaux comme un engrais ou comme un amendement, elle sera toujours la base d^un bon système de culture, et elle doit être d^un emploi plus général que toutes les autres espèces d^engrais ou d^amendemens. Toutes les fois que Ton a appliqué convenablement la chaux, on a constamment éprouvé qu^elle remportait autant en efficacité sur le fumier, que ce dernier remporte sur les balayures des routes ou la vase des marais.
Diaprés une assez longue expérience sur le chaulage et un examen attentif donné à Taclion de la chaux, nous sommes portés à penser qu'elle agit à la fois et comme remède et comme stimulant^ dans le premier cas, en changeant la nature du sol ^ et dans le second , en mettant en action les principes nutritifs contenus dans le sol, et qui, sans Tapplication de la chaux, resteraient dans Finertle. Ces opinions, nous le savons, di£Fèrent de celles qu'ont avancées quel-
!l36 DE LA CHAUX
ques personnes de mérite j maïs elles sont confirmées par les résultats de nombreuses expériences entreprises dans le but d'éclaîrcîr comment et de quelle manière la chaux opère sur le sol, et si Ton doit remployer à Pétat de chaux caustique ou de chaux éteinte pour en tirer le parti le plus avantageux. Les écrivains théoriques sont exposés sur ce point à tomber dans Terreur 5 mais toute théorie qui ne repose pas sur des faits doit être considérée comme ces productions romantiques qui peuvent amuser, mais qui nMntéressent pas le lecteun
Depuis plus de trente ans nous sommes dans Fhabitude d'employer une grande quantité de chaux sur les terres que nous cultivons, et, dans le fait, il y a peu de professions qui aient fait une plus grande consommation de chaux que celle des cultivateurs. Dans la plupart des cas Tapplication de la chaux nous a été extrêmement profitable, en changeant en quelque sorte la nature du sol et en lui faisant produire de plus fortes récoltes 5 mais dans d'autres cas elle a été sans succas et nous a même occasionné de grandes pertes, loin de nous procurer des bénéfices. Comme ces expériences ont été faîtes sur une grande échelle et sur des terres de différentes qualités, peutêtre sera-t-il plus avantageux d'en faire un exposé succinct que de donner une longue série d'argu-
COMME AMENDEMENT. ^3j
mens* Ces expériences ont été bien constatées | et leurs résultats jetteront probablement quelque lueur sur ce sujet jusqu*aujourd%ui peu éclairci. Il convient de dire que les agriculteurs ne sont pas d accord entre eux sur les effets de la chaux ^ et que de vives discussions se sont élevées à ce sujet entre ceux qui n'en avaient fait l'application que sur une seule espèce de sol , et qui ne lavaient pas employée dans des circonstances différentes. Quelques-uns , en conséquence , ont conclu qu'il ne fallait faire usage de la chaux que lorsqu'elle était à l'état caustique et pulvérulent^ en objectant que lorsqu'elle est éteinte elle n'agit que faiblement. D'autres assurent qu'une prairie est ce qu'il y a de mieux pour l'emploi de la chaux , tandis que beaucpup de nos cultivateurs éclairés soutiennent qu'on ne peut pas placer plus avantageusement le chaulage que sur une terre en jachère. 11 n'est pas difficile d'accorder toutes ces opinions et de montrer que chacune d'elles est raisonnable dans le cas où se sont trouvés ceux qui les ont adoptées. Notre opinion est que toutes les fois que le sol a besoin d'amendemens calcaires, c'est-à-dire lorsqu'il est enrichi par une longue production de plantes de prairies ou par de bonnes fumures, il est peu important, pratiquement parlant, d'appliquer la chaux à l'état caustique, ou lorsqu'elle
est éteinte, sur une prairie ou sur une jachère 5 mais nous croyons aussi que pour que le chaulage soit avantageux, il est important de bien saisir le moment opportun. Sous le rapport de Féconomie, il n^est pas douteux que la chaux est plus économiquement employée, lorsqu'on en fait Fapplication au moment même où elle sort du four, c'est-à-dire à Fétat caustique : cette pratique diminuant aussi les dépenses de main-d'œuvre, il résulte qu'il est plus dispendieux d'employer la chaux éteinte. On peut observer, cependant , que le choix de la saison ne dépend pas toujours du cultivateur, et que cet inconvénient l'oblige souvent à laisser sa chaux sur le sol pour ne l'employer que lorsqu'elle est éteinte* Des expériences réitérées nous ont néanmoins convaincus que son action , à ce dernier état, était aussi puissante qu'à Fétat caustique , quoique les dépenses, comme nous l'avons dit^ soient plus considérables dans ce cas que dans l'autre. Quant aux autres points en litige, savoir : s'il vaut mieux répandre la chaux sur une prairie que sur une jachère et réciproquement, nous les considérons comme insignifians. Si la prairie est en état et si la chaux est employée en temps opportun, l'action de cet amendement sera tout aussi efQcace que sur la jachère la mieux cul* tivée.et la plus riche*
GOMME AMENDEMENT. ^Sg
Après avoir montré que ces opinions diverses ne sont pas des objections réelles ài Femploi de la chaux, nous allons chercher à constater des faits en donnant un exposé détaillé de nos expériences sur le chaulage. Pour rendre cet exposé plus complet, nous déterminerons la nature du sol des champs où nous avons fait nos expériences , en n'oubliant pas de mentionner Fétat de la terre et la saison , et même, lorsque ciela sera nécessaire, le genre de culture pratiquée pendant les années qui ont suivi le chaulage.
Champ n? i . Composé en grande partie d'argile peu consistante, et en partie de terre approchant de la nature des terres de marais, c'est-à-dire, avec un mélange de sol tourbeux, le tout reposant sur un sous-sol retenant fortement Thumidité.
Ce champ avait été en prairie pendant plusieurs années^ mais il ne donnait que de trèsfaibles produits. On le mit en jachère sans lui rien faire produire, et la chaux qu'on transporta sur les lieux pendant les mois d'été ne fut répandue qu'au printemps suivant avant le labour de semaille. A celte époque elle était complètement éteinte et s'attachait à la pelle. On en transporta à raison de 45 boUs de Linlithgrow-* Barley, c'est-à-dire, de ^70 bushels de Win-
a!^0 DE LA CHAUX
chester par acre d^Écosse (i 9a hectol* par hectare).
FiiEMiÈRE ANNEEt On sema de Pavolne^ mais on obtint peu d^effets du chaulage.
Deuxième année» La fermentation du sol nous montra que la chaux agissait. La culture du lin étant alors^ en vogue ^ on l'essaya sur ce champ, et la récolte fut excellente tant sous le rapport de la filasse que de la graine.
Ttoisième année. On sema, après deux labours, des pois gris qui donnèrent beaucoup de paille y mais peu de grains. Dès ce moment la partie argileuse du champ devint suffisamment meuble et pulvérulente, tandis que le sol marécageux avait pris plus de consistance.
Quatrième année. On sema du blé rouge qui produisit une forte récolte, bien que l'année fût mauvaise. La paille était forte, brillante et fort haute. Les plus fortes fumures que nous ayons faites antérieurement sur ce champ ne produisirent peut-être jamais «une aussi belle ré' coite.
Cinquième année. On fit jachère, mais sans application de fumier.
Ici Ton peut, avec justice, nous reprocher d'avoir commis une faute grave en ne fumant pas à cette époque*, il est en effet reconnu quune dose de fumier ne pourrait pas être appliquée plus avantageusement que dans le cas où se irou--
COMME ÀMENDSMEI^T. ^^t
vaît le champ. Pour justifier notre conduite dans cette ;Circon5ti|nce) nous ne pouvons alléguer aucune excuse ^ si ce n^est qu^à cette époque le iumier était rare dans la ferme, et que plusieurs autres champs ne pouvaient absolument pas s^en passer ^ «i nous voulions en tirer quelque chose. Le seul cbfmp dont il est actuellement question nous parut pouvoir encore produire plusieurs récoltes sans engrais^ en conséquence, Téconomie de la ferme étant considérée dans sa totalité, nous ju-* geâmes qu'il valait mieux agir ainsi que nous Favons raconté* Dans une grande exploitation il y a beaucoup de bonnes choses que Ton ne peut exécuter^ et il faut en pareil cas^ ainsi que dans les affaires publiques, commettre souvent up mal partiel pour faire le bien général.
Sixième ant^ee. Avoine dont la récolte fut ççyfsidérable tant en paille qu'yen grain. On sema, avec Tavoine des graines de prairie artifi^ cji^e.
Septième année. Pâturage pour le bétail. Iiherbe iut assez médiocre , ce qui a ordinaireipent lieu sur les terres nouvellemept chaulées, du mx)ins sur celles qui Font été fortement ^ c'est ee qui nous détermina à y faire entrer la charme au printemps suivant.
Hij^TiEME ANNEE. Avoine. Récolte passable.
PÎEUVIEME ANNÉE. Jachère complète ai^ee 5* J-IVR. 16
a^^ BB LA dlAdlf
fumure^ à raison de 3^ chariots dejumi& par acre d^Êcosse (64 milliers métriques pat hectare). Blé semé qn automne.-
Dixième anniée. Excellente récolte de froment, grain abondant et de première qualité*
Onzième année. Nous semâmes de Fayoîiie et des graines de prairie artificielle; aprè^ IV voine, nous fîmes pâturer, et depuis cette époque le champ a produit peu de récoltes de graios^ Quoique ces récoltes niaient jamais été vêsA productives que celles dont nous avons, parlé, ce** pendant le sol parait sensiblement amélioré sottf tous les rapports , lorsqu^on le compare à ce qu'il était antérieurement au chaulage.
Champ n? 3. C'était une vraie terre de ma* rais reposant sur un sous-sol imperméable, et ^ avait été épuisée par le fermier précédent qui y avait pratiqué le chaulage. Nous débutâmes par une jachère complète, en chaulant le sol avec la même espèce de chaux qui nous avait si biea réussi dans le champ n^ t. La chaux resta sur le sol peûdant une forte gelée : la dMe était ait 35 bolls ou aïo.bushèls par acre d'Ecosse (i6<> hectolitres par hectare ) ; la chauxr était éteinte Nous semâmes de Tavoine, mais la récolle en fiit très-médiocre , et les récoltes qui suivirent forent très-pauvres : les tiges des plantes se desséehaient et brûlaient, ce qui est un indice certain que le sb\ est épuisé par la chaux. Cet intontûûeDt
COMME AMENBEMEm*. :k^
irrivera toujours plus ou moins sur de pareils sois^ à moias qu'ion ne les fume fortement, ce que malheureusement nous ne pûmes faire dans cette circonstance»
Champ n? 3. Le sol était une terre de manûs, mais d^une qualité supérieure à celle du n^ 2*
Nous fimes jachère après un pâturage, et nous rëpaodînKâ de la chaux à Tétat caustique et sor«tant du four; mais les résultats furent à peu près les mêmes que dans le cas précédent. La récolte è^avoine parut d'abord croître avec vigueur; mai^ ensuite elle se dessécha sur pied* Nous fimes une seconde jachère en appliquant du fumier ; alors la chaux parut agir, mais non de manière i nous rembourser de nos frais*
Champ »^ 4* ^^ partie argile peu tenace; le reste d'une nature sablonneuse, et le tout repo-- $aat sur un sous-sol humide.
Ce champ était resté long-temps en pâturage, et ne paraissait pas avoir encore été chaulé* INous répandîmes la chaux éleinte sur le pâturage, et nous iabourâmes pour de Tavoitie; la récolte fut l>onne» léà. chaux ne parut cependant agir sensiblement qa'à la troisième année, lorsque nous semâmes des pois; et, pendant un bon nombre d'années 0isuîte, les récoltes que nous obtînmes de cç obwip ne le cédèrent à aucune de celles de noi meitteiirt» terres.
^44 I>K lA CHAUX
Champ n^ 5. Le sol était principalement formé d^un loam doux reposant sur un sous-sol hur* mide, il ne paraissait pas avoir été chaulé depuis fort long-temps.
€e champ fut mis en jachère après une récolte de froment et fumé fortement , parce qu'il nous parut épuisé. PIous répandîmes alors la chaux à Tétat caustique et sortant du four^ à raison de 4o bolb ou 340 bushels par acre (1 70 hectolitres par hectare). Elle opéra immédiatement. Depuis lors seize années se sont écoulées , et pendant toute cette durée le champ n'a été que trois ans en^ prairie artificielle , et cependant les bons effets du chaulage n^ont pas encore cessé de se faire sentir.
Champ ri? 6. Loam consistant reposant sur un sous-sol argileux : il avait produit cinq récoltes de grains après un vieux pâturage rompu.
Nous fîmes jachère et nous fumâmes^ nous conduisîmes la chaux dans le mois d'août, à Tétat caustique et au moment où on la sortait du four, nous la répandîmes sur le sixième labour. La quantité répandue était de 4o bolls par acre (1 70 hectolitres par hectare) ] ce qui , en moins d'un mois , produisit dans le sol une fermentation à peu près semblable à celle que produit de la levure de bière sur de la pâte. Sous ce point de vue^ VefTet opéré dans ce champ par le chaulage fut
COMME AMEN9EM£lMt. ^4^
remarquable. Avant le chaulage, Torge n^avait jamais réussi dans ce champs mais depuis lors, il produit^ de belles récoltes de ce grain. La terre fut labourée et hersée avec bien moins de .peine qu^auparavant , ce qui est toujours une preuve que Famendement a été efficace*
Champ n^ 7. Loam meuble et léger reposant en grande partie sur un sous-sol imperméable. U avait été pendant trois ans en prairie semée sur ce sol déjà en bon état : c'était donc une circons-* tance favorable pour le chauler. Nous avions des motifs de croire que cette terre avait été chaulée par le fermier précédent 5 mais nous n'en étions pas certains. Après la moisson ^ nous y transportâmes la chaux , à raison de 35 à 4o bolls par acre {de i58 à 170 hectolitres par hectare), ne pensant pas qu il fallût chauler fortement. La chaux , lorsque nous la répandîmes ,, était en partie éteinte et en partie à Tétat caustique, ainsi que cela arrive ordinairement à cette époque de Tannée.
La première année nous semâmes de Favoine , qui donna une bonne récolte^ la seconde année nous récoltâmes des féveroles , qui avaient été semées au semoir , en lignes distantes de ay pouces. La terre avait été labourée deux fois avant la semaille; nous fîmes passer quatre fois la houe à cheval entre les lignes : la récolte fut passable. lia troisième année nous semâmes sur un seul
îii^ m LA cHAtj^
labour du froment qui nous donna tine bonne récolte; la quatrième année nous fimes jathère, et nous fumâmes à raison de n^ chariots de fumier par acre (48 milliers métriques par hectare) ; la cinquième année nous semâmes du froment, récolte excellente 5 la sixième annéc^ féverolcs en lignes comme ci-dessus; la septième année, froment , récolte plus que passable ; la huitième année j orge avec semences de prairie , après trois labours : malgré la mauvaise année (1799)^ elle réussît bien. La neuvième année , prairie arti£'^ crelle , pâturée par le bétail ; elle était aussi belte que les premières du pays.
On pourra, nous objecter ici que Fassolement dont nous venons de parler formé une succession de récoltes épuisantes. Cest ici, en effet, le cas àt faire cette objection; mais nous sommes loin de reconnaître qu^une succession de récoltes épuisantes soit incompatible avec une bonne culture. Les dépenses de chaulage sont généralement si considérables , que la nécessité dé tirer beaucoup du sol en est pour ainsi dire inséparable : tû outre, celte nécessité est augmentée par la trop courte durée de la plupart des baux à ferme , ce qui s'oppose à des améliorations considérables de ia part du fermier, et le force, lorsqu'il pratique le chaulage , à chercher à retirer prompte^ ment Tinlérêt de ses avances et de sa peine.
coma èMBMJOMsm. u^j
^^mp n^ 8. Foirmé presqulea totalité d^im loitm de qualités diverses çt reposant en majciire partie sur un sous-sol imperméable.
Ce champ, de la contenance de 5o acres (25 hectares environ)^ était depuis fort long-temps soumis à la culture , et Tannée de ootre entrée en ferme,. il était tellement épuisé paf une récolte de froment qu^on venait d^en tirer , que nous ne jugeâmes pas même à propos d'y mettre la charrue^ en conséquence , nous le laissâmes en pâturage. Il resta en pâture pendant cinq ans, et ne fut rompu qu'après cç temps, et lorsque 3o acres eurent été chaulés sur le gazon , à raison de 4o bolla par acre (i 70 hectolitres par hectare ). Une petite partie de la chaux resta pendant trois ans 6i^r le. sqI avant le labour ^ une autre partie y resta pendant deux ans, et le reste fut répandu quelqpii^ jours av^int le labour. Ainsi , une partie 4e la chaux était éteinte, et Tautre partie à Vétat duutique ^ cependant, sur toute la partie chaulée^ les effets furent à très -peu de chose près les mêmes. La seule différence que nous remarquâmes , c^est que là où nous avions répandu la chaux à Tétat caustique, le sol parut en fermentaition; muis du reste, la récolte fut également belle partout où nous avions répandu de la eliatox , tandis que dai^ les 20 acres qui n'avaient pas été chaulés^ Tinfériorité de la récolte était
a48 DE LA CHAUX
très-marquée. Il résulte de là qu'il n'est pas nécessaire de répandre la chaux sur les pâturages, un ou deux ans ayant de les rompre , ainsi que Tout répété plusieurs écrivains , cette pratique étant du reste inconciliable avec l'économie, puisqu'une partie de la chaux , pendant ce temps , se trouve enfraînée hors du champ , avant le labour, par l'eau des pluies.
Champ 72° 9. Argile peu consistante reposant sur un sous-sol Imperméable , et en conséquence sujette à souffrir par excès d'humidité. Cette terre avait été épuisée par le fermier précédent
Après lui avoir donné les cultures de jachère avec autant de soin que les circonstances nous le permirent, nous la laissâmes en prairie qui fat pâturée pendant plusieurs années par le bétail. La chaux qui était en grande partie éteinte , vaX transportée sur le gazon pendant l'hiver', et en fé rier , nous labourâmes pour de l'avoine. L* récolte fut passable ^ mais pendant les six années qui suivirent, nous ne nous aperçâmes d'aucune amélioration opérée par la chaux. Cependant a la huitième année la chaux opéra énergiquement^ et une petite partie du champ qui n'avait pas été chaulée donna des produits de 5o pour % *'*'" féricurs, bien que cette partie eAt été, sous ions les autres rapports^ cultivée d'une manière abso^ lument sanbUble.
COMME AMENDEMENT. H^g
Il est difficile tf indiquer la lîause qui empêcha si long-temps la chaijx d'agir , 'quoiqu'un phé— ' nomène semblable arrive assez soutent sur des sois médiocres. Nous ne savons s'il faut Fattri-buer à un labour plus profond qui aurait , dans cette dernière année , ramené la .chaux à la suriiaice, ou bien à la grande pauvreté du sol qui s'opposa à Faction de la chaux jusqu'à ce que nous eussions ajouté une dose de fumier. D auprès notre manière de voir, la chaux n'opéra que par Papplicatidn des engrais, quoiqu'en définitif nous ne formions ici qu'une simple conjecture.
Champ n^ lo. Sol de différentes qualités, partie de loam léger, partie de nature sablonneuse, et le reste d'argile peu consistante , le tout reposant sur. un, sous-sol retenant Thumidité. Après un patuitige d'une année, nous chaulâmes sur le gazon, à raison de 240 busbels par acre d'Ecosse (170 hectolitres par hectare). La chaux était en majeure partie éteinte, ce qui est le cas ordinaire lorsque la chaux est déposée en tas, et que ces tas ne sont pas recouverts avec soin. Cependant nous n^aperçùmes aucune différence dans l'action de ces deux espèces de chaux.
PaEMiÈRE ANNEE. Ai^oine. La saison étant extrêmement sèche, la chaux n'opéra qu'une très^Iégère amélioration.
Deuxième année. Jachère, complète avec fu-
aSa DE LA QHAVX
iDier , à raison de ^ 28 chârkHs pnur acre {S6 nilliers métriques par hectare).
Troisième année. Orge av^c graine de prah ries artificielle* La récolte dWge fi|t excellente.
Quatrième année. Prairie pâtorée. par le bétail.
Cinquième année. Avoine. Récolte excellente.
Sixième anniée. Pois et féveroles semés m>i lignes au semoir après deu^ labours , et eul^ tivés ainsi que nous Vairons déjà dit. La rér coite fut considérable et donna 9 bolls par acre (38 hectolitres par hectare).
Septième anni£e. JFVam^n/. Récolte excellente.
Cfuimp r^ II. Loam de médiocre qualité reposant sur un sous-sol imperméable. Pans Tannée de jachère nous répandîmes de la chaux sur une partie seulement^ dans le but de faire une expé-* rience^ nous fumâmes partout en même temps. Ensuite nous semâmes de Forge avec des graines de prairie artificielle : nous eûmes Tannée suivante une récolte de foin , puis nous labou-* rames pour de Tavoine. Toutes ces récoltes furent sensiblement meilleures dans la partie chaulée^ au point que la différence était facil^nent aper^ çoe à une grande distance.
Ch^mp n^ 1 a. Loam profond et consistant dans une parlie, et dans Tautre partie argile forte, tenace et rouge ^ le tout reposant sur un sous-* sol imperméable.
COmiE AflE^fDlMENT. «Si
NouSs labtmrâmcs ce diamp^ ijili âait depsii ^-temps en prairie , et nous y semaines ât Tavoine. La seconde année nous fîmes jachère et nous chaulâmes avec de la chaux nouvellement apportée du four, et que nous répandîmes au momeut où elle fut délitée par la pluie dans les tas* Les deux tiers da champ forent chaulés à raison de 3oo bushels par acre ( 3 1 o hectolitres par hectare) y et le reste à raison de 36o à 4^0 bushels par acre (255 à 295 hectolitres par hectare). Les efifetsfu-* rent en proportion directe de la quantité de chaux apph'quée. Mous n^aperçûmes aucune différence entre le chaulage à chaux éteinte et le chaulage à chaux caustique. Cependant, comme la saison était remarquablement humide, une partie de la chaux éteinte était à Tétat de mortier. Ueffet fut uniformément satisfaisant et immédiat. *
Nous remarquâmes que les billons qui avaient été chaulés pendant un vent assez fort, produî-*sirent des récoltes moins belles que les billons voisins; nous avons pensé que le vent, pendant qu^on répandait la chaux , en avait emporté le^ molécules les plus actives , et nous avons condil qu^il fallait en pai:eil cas suspendre 'Popératioa du chaulage , surtout lorsque le vent est fort.
Comme on différait d^opinion isar la préférence à donner pour le chaulage des terres aux diverses pierres à chaux employée» dans le canton , noua
fhiMS Ffssai de chacune d^elles sur six blHoas de Itf dépendance du champ ci -dessus; Quoique la différence fût sensible à Fœil entre presque toutes les espèces de chaux , cependant les effets furent partout exactement semblables ; et le juge le plus expert n'eût pu y trouver la moiadre différence. La quantité de chaux employée sur chaque billon était la même^ et toutes les . opérations de chaulage et de culture avaient été faites partout d'une manière uniforme.
Champ 72^*1 3. Loam de plusieurs variétés sur un sous-sol un peu humide* ISous labourées pour de Tavoine ^ après quoi nous semâmes des féveroles au semoir qui furent remplacées par du froment. La première et la dernière de ces récoltes furent faibles. Dans la jachère qui eut lieu à la quatrième année on donna un labour croisé^ chaque billon fut labouré en croix jusqu'à ce que la surface fût complètement nivelée. Nous formâmes alors des billons de huit pieds de largeur, après quoi nous répandîmes du fumier à raison de ^4 chariots par acre ( 45 milliers métriques par hectare)^ et 5o boUs de chaux (210 hectolitres par hectare ) , qui fut répandue aussitôt qu'elle fut éteinte. Cette quantité de chaux parut trop considérable pour la partie .la plus légère du. champs mais, sur le reste la fermentation ne fut pas ti*op forte, et c'est dans la pre-
COHME AMENDEMENT, 253
Hiière partie : que nous obtînmes les plus belles récoltes, bien que les billons y fussent et plus bombés et plus larges , et qu^eu conséquence le travail de nivellement y eût été plus considérable*
Nous allons maintenant , d'après les faits que nous venons d^exposer, établir les conséquences pratiques suivantes.
1^ Que la chaux opère également bien, soit qu^on remploie éteinte où à Tétat caustique, pourvu que le sol soit dans une condition telle que Tapplication des amendemens calcaires soit nécjessaire ou avantageuse.
2^ Que sous le rapport de Taction il est indifférent que la chaux soit appliquée sur une prairie, ou sur une jachère, pourvu que dans lun et Tautre cas l'opération ait lieu en terops^ opportun. Sur de vieilles prairies il est peut-êtreplus avantageux de labourer d'abord et de faire à la deuxième année une jachère sur laquelle on peut rq)andre la chaux. Sur une jeune prairie que les mauvaises herbes n'ont point envahie, il ne faut pas hésiter ; on peut chauler immédiatement, c'est-à-dire avant le laboun
3^ Qu'il est dangereux de chauler les sols marécageux, à moins qu'on n'y répande du fumier en même temps que la. chaux ^ mais on s'expose à des pertes inévitables si Ton renouvelle le chaulage sur ces sols après qu'ils ont été soumis i
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un assolemeat qui les a épuisés; En parett ets ces sols ne peuvent être rétablis que par remploi d^an compost de chaux et de terreau*
4^ Que les loams consistans et les sols argi*leuz demandent une plus forte dose de chmi pour être mis en action , de pareils sols étant . capables d^absorber une plus grande quantité de matière calcaire. Les sols légers demandent moins de chaux pour être stimulés ^ et peuvent être détériorés par une dose qui ne pourrait être qu^avantageuse à des sols plus consistans.
5® Que sur les terrains frais et dans un état convenable pour recevoir un amendement calcaire , la chaux agit plus que le fumier. Son action a plus de durée; les récoltes produites sont d une qualité supérieure et résistent mieux aux intempéries de la sécheresse et de Thumidité. Enfin, la terre, si surtout elle est forte et consistante, devient plus facile à cultiver, à tel point que ce dernier effet seul me paraît suffisant pour devoir déterminer en pareil cas un fermier i diauler, lors même que le chaulage ne devrait avoir d'autre effet sur le soi.
Oa peut ajouter que quoique les sols argileux demandent à être stimulés par une forte dose de chaux, les sois légers ne demandent guèrv plus de la moitié de la dose que Ton répan^ Arait sur des sols consistans, eurtout si ces tefre»
lëg^ères sont fraîches ou n^oot pas encore reçii d V mendemens calcaires. Dans tous les cas, leculti^ valeur seul peut bien juger dç la quantité de chaut qa^il doit appliquer sur ses champs ; mais en rè^ gle générale, il vaut mieux en mettre plus que moins]; car dans le dernier cas Fapplication peut ébre sans effet et la dépense perdue , tandis qu'il arrive rarement que Ton s^expose à des pertes par remploi d^une trop forte dose, surtout ^ Ton ajoute bientôt après une quantité plus ou moins considérable de fumier.
De la marne»
La marne, ainsi que la chaux, peut être considérée comme un stimulant qui contraint le sol à produire des récoltes de grains et d'herbages qu'il n^eût pas produites avec autant d'abondance sans elle. Les cultivateurs de la Grande- Bretagne connaissent depuis long-temps Tusage de la marne , et si nous en croyons Pline , ils en faisaient usage avant Finvasion romaine. Les anciens écrivains latins font mention de plusieurs espèces de matnes , qui , disent-ils , faisaient toute la richesse de ceux qui les employaient.
Dans plusieurs parties de la Grande-Bretagne la vakur des terres a été considérablement aug-^
ment^ par rapplicatlon de la 'marne. Ed cobsidérant cette sabstance sous le rapport de la pratique , on peut la distinguer en deux espèces : la marne coquiliière et la marne terreuse. La marne coquiliière est composée de débris de c(h quill^^ et la marne terreuse paraît être dV rîgine, purement minérale. La couleur* de cette dernière est variable^ elle est blanche, noirâtre, bleue, rouge, et sa dureté ne varie pas moins que sa couleur; quelquefois elle est molle, et peut se façonner comme de Pargile , quelquefois elle est dure et cassante comme de la pierre , et d^autres fois on la trouve disposée en couches minces comme celles de Tardoise. La marne coquiliière se reconnaît facilement aux coquilles de diverses grosseurs que Ton y trouve en grande quantité; mais la ressemblance qui existe entre la marne terreuse et d^atitres espèces de terres ^ fait qu'on la distingue difficilement*
La nature de la marne coquiliière diffère beaucoup de celle de la marne argileuse et pierreuse, et les effets de ces deux espèces de ntarhe sur lé sol sont également différens-, c'est pour cela que l'on classe ordinairement la première parmi les engrais animaux. Le révérend M. Dickson établît « qu'elle ne se délite pas dans Teau dé » même que les autres, marnes. Elle l'absorbe et » se gonfle ensuite commme une éponge. Elle se
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» combine avec une plus forte dose diacide que » les autres marnes* » Le docteur Home ajoute qu il faut pour saturer une dose de marne coquillière^ six fois plus diacide que pour toutes les autres espèces dont il a fait Tessaié Mais la différence la plus remarquable entre là marne coquillière 6t les autres marnes , consiste en ce que celle première contient des huiles. On ignore cependant si les autres espèces de marne n^en contiennent pas aussi un peu; mais dans tous les caS) c^est la marne coquillière qui en contient en plus grande, quantité*
Il paraîtrait que , d'après les propriétés qu'elle possède, la marne coquillière exciterait lavégé-* tation de différentes manières* £lle augmente les parties nutritives des plantes; elle communique au sol la propriété d'attirer les parties atmosphériques qui contribuent à la végétation, et elle prépare les débris végétaux contenus dans le sol à être plus facilement absorbés par les suçoirs des plantes.
Le sable coquillier que Ton rencontre souvent déposé en couches sur les bords de la mer, est une autre substance que l'on peut également employer comme engrais et comme amendement, non-seulement à cause de la proportion plus ou moins forte de substance calcaire qu'on y trouve^ mais encore à cause des débris végétaux et ani-
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maux quil contient^ mais l^effet de Tapplication de ce sable sur les terres soumises à la culture est d'autant plus prononcé que la proportion de matière calcaire est plus forte, et que cette matière existe à un état plus pulvérulent. Sous ce point de vue^ la quantité de ce sable qu'il cou* -vient d'appliquer à un s.ol, doit être en raison inverse de la quantité de matière calcaire supposée ou trouvée dans ce sable.
Les marnes argileuses et pierreuses se distinguent entre elles par leur couleur qui varie du blanc au noir^ au bleu et au rouge. La marne blanche étant d'une nature molle et friable est considérée comme la meiljeure pour les prairies, et la marne bleue qui est plus compacte et plus dure^ pour les terres arables. Dans les districts oii l'on fait un grand usage de la marne, oa donne beaucoup d'attention à ces distinctions pratiques , quoiqu'au reste les marnes terreuses puissent toutes être employées indistinctement avec avantage, pourvu que dans leur application on observe les règles suivantes.
Si la marne est de couleur bleue oii de tout autre espèce d'une nature compacte et dure, répandez-la au plus tôt sur le sol^ afin que l'air puisse l'effriter avant le labour qui suivra 5 et si vous la transportez sur une prairie, répandez-la de bonne heure (avant Thiver) et en couche
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mince ^ en ayant soin tfea briser les plus gros morceaux. Si la marne est blanche ou d'une autre espèce friable et pulvérulente, il n'est pas nécessaire de se hâter autant de la répandre sur le sol, parce que cette marne sera bientôt délitée par l'action de Fatmosphère.
Il y a encore plusieurs espèces de marnes impures et mélangées qui peuvent être argileuses, ou sablonneuses, ou loameuses, ou pierreuses, suivant la nature des terres avec lesquelles on les trouve mélangées. Ces marnes sont inférieures aux marnes pures, et celle d'entre elles que Ton préfère est celle qui ressemble à de la pierre , parce que c'est celle qui agit à la longue le plus efficacemeut, bien que les autres espèces plus friables agissent plus promptementé Les marnes dures OBt toujours une action plus prolongée et sont souvent suivies de résultats fâcheux pour le sol, si l'on ne prend pas beaucoup de précautions pour ce qui regarde les assolemens pendant la durée de l'action de la marné. Après avoir développé long -temps une grande fertilité, le sol deviendra graduellement improductif et stérilte et finira par ne plus payer les travaux de culture: alors les plus grands soins pourront à peine lé ramener à sa fertilité première* et sous ce point de vue, les effets de récoltes épuisantes sur un sol marné, sont les mêmes que ceux sur une
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terre où Ton a fait usage du chaulage. Cette activité extraordinaire de végétation conduit à un apauvrissement proportionnel; mais lorsque la culture de ces terrains est dirigée avec sagesse et prévoyance, les récoltes ne sont pas aussi con«* sidérables à la vérité, mais en revanche les résultats ne deviennent pas aussi fâcheux. Dans un grand nombre de cas , le sol est tombé, par Pap* plication de la chaux où de la marne, dans un état de non -valeur presque complète. Quoique ces deux amendemens soient d^excellens agens pour l'amélioration des terres, ils ont amené souvent des résultats contraires lorsqu^on les a mal employés. Avec un bon système d'assolement, avec un emploi convenable d'engrais, ni la chaux ni la marne ne peuvent être d'une application préjudiciable. Agissez d'une manière opposée, et vous obtiendrez inévitablement des résultats fâcheux.
Observations sur le mémoire précédent. Par
Cet article me semble présenter une série d'expériences fort intéressantes sur l'emploi de la chaux et de la marne en agriculture, et il mérite d'autant plus de confiance qu'il est l'ouvrage d^un des fermiers les plus habiles et les plus expé-
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rlmentés de I Ecosse. J'espère qu'il déterminera quelques cultivateurs français à se livrer à des expériences sur Temploi de la chaux comme amendement, dans des cantons où celte pratique n'est pas usitée ] et même dans ceux où elle est connue , on croira sans doute devoir essayer les effets de la chaux employée à très-haute dose, selon Tusage des cultivateurs anglais, car on remarquera que ces derniefô ne craignent, pas de l'appliquer en bien plus grande proportion qu'on ne le fait généralement en France.
Je regrette cependant beaucoup qu'en désignant la nature des sols sur lesquels il a opéré, M. Brown n'ait pas indiqué s'ils étaient ou n'étaient pas calcaires , c'est-à-dire , s'ils contenaient de Ta chaux à l'état de carbonate. En théorie, la chaux ne doit exercer des effets utiles que sur les sols qui ne contenaient pas auparavant de substance calcaire; et j'ai lieu de croire que cette théorie sera toujours confirmée par les faits de la pratique; cependant ce principe n'a pas été constaté par des faits assez nombreux pour le mettre hors de doute; et je regarde comme fort important que les personnes qui feront des recherches sur l'emploi de la chaux ou de la marne comme amendement, s'attachent à bien constater préalablement si le sol contenait ou non des substances calcaireç. Il est assez indifférent pour
Tobjet quî nous occupe , de chercher à reconnaître la proportion dans laquelle pourrait exister la chaux carbonatée dans le sol^ car ,^ en quelque petife quantité qu'elle y fût, si cette quantité est appréciable par les moyens ordinaires, elle existe certainement en bien plus grande proportion que celle que Ton ajoute au sol par un chaulage même très-copieux^ il suffit donc de chercher £i le carbonate de chaux existe ou n'existe pas dans la terre, et l'analyse, réduite à cette recherche, devient si facile , qu'elle est à la portée de tout homme qui veut s'en donner la peine , et qu'elle n'exige aucune connaissance chimique : il n'est question , en effet , que de voir si un petit morceau de la terre que l'on veut examiner fait ou ne fait pas d'effervescence , en le omettant dans de l'acide nitrique ou hydrochlorique étendue d'eau. J'engage les cultivateurs qui voudraient se livrer à ce genre de recherche beaucoup trop négligé, à préparer à l'avance une bouteille d'acide étendue d'eau qui leur servira pour un très • grand nombre d'expériences. Pour cela, les personnes qui ne sont pas habituées à manier les acides concentrés, feront bien, afin d'éviter tout accident, de remplir d eau , aux cinq sixièmes en^•iron, une bouteille quelles enverront chez un droguiste ou un pharmacien pour achever de la faire remplir diacide hjdrochlorique y acide muriatique (ou
esprit de sel) y cet acide est le moins cher de ceux que Ton peut employer , et il est à très-bas prix. L^acide ainsi étendu dé cinq ou six fois son volume d'eau ^ ne possède plus de propriétés caustiques et peut être manié sans danger. Lorsqu'on voudra faire l'essai d'une terre., on versera dans un verre ordinaire de table, une petite quantité de cet acide , de manière à couvrir . seulement le fond du verre d'une épaisseur de liquide de deux à trois lignes ; on jettera ensuite dans le verre , un petit morceau de la terre, par exemple de la grosseur d'un pois ou un peu plus , et l'on observera pendant quelques minutes, s'il se manifeste de l'effervesceûce. Si l'on essaie ainsi une marne ou une terre contenant une grande proportion de chaux carbonatée, l'effervescence est très-vive , et se manifeste surle-champ par un bruit remarquable et par une multitude de globules qui viennent former à 'la surface du liquide une écume épaisse. Si le carbonate de chaux se trouve en très-petite pro— portioii , l'effervescence est moins prompte et moins vive , mais elle est toujours fort remarquable. Si c'est une terre argileuse ou sablonneuse, ne contenant pas de parties calcaires, il ,n'y aura aucune effervescence , et le morceau de terre se comportera dans l'acide, comme si en Teût plongé dans l'eau pure.
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Par ce moyen très-simple, tout cultivateur peut reconnaître facilement TabseuG^ ou la pré* sende du carbonate de chaux, soit dans les soh qu^il a le projet de chauler ou de marner, soit, dans les terres qu'il soupçonne être de la marne» Pour déterminer la nature d'une pièce de terre j il ne suffit ordinairement pas, d'une «seiile ex-* périènce, car il arrive trèsHM>uyent que la nature du sol varie à de très*-pettte$ distances j et à quelques toises d'une veine de terre très-cal** cair^ , il s'en rencontre souvent une qui ne Test aucunement; mais alors il est presque toupurs facile de remarquer à la simple inspection de la surface du sol, qu'il y a changement de na«* ture, et on le i^emarque encore bien mitux à la manière dont se comporte la terre dans les ia^ bours ou autres travaux de culture , ou à la végétation des plantes qui la couvrent* On doit donc répéter l'expérience dont j'ai parlé , aussi souvent que l'on reconnaît de la variation dans les veines du soL On peut procéder à ces expériences sur le terrain même, en emportait avec soi, pouf tout appareil des opérations, la bouteille d'acide, un verre de table et une bou-teille remplie d'eau pour laver le verre après chaque opération* De cette manière, on peut, entres-peu de temps, examiner soigneusement, sous le rapport qui nous occupe, des pièces de
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terre fort étendues; mais oa ne-doit jamais né* gliger de tenir note du résultat de chaque expérience, à mesure qvLon les fait, sur un croquis figuratif de la pièce de terre , en y indiquant avec précision le point où s^est fait chaque ex«périence.
Je me suis étendu peut-être trop longuement sur les détails de cette opération hien simple , parée que je crois que si la pratique s^en généralisait parmi les cultivateurs, elle répandrait beaucoup de jour sur l'emploi de la marne et de la diaux Gomme amendement des terres , et ^^elle mettrait bientôt dhaque propriétaire à por«^ tée de connaître d^avance, i coup sûr, si la marne ou la chaux peuvent être employées aveu succès^ à ramélioratMm de |el ou tel sol«
afi6 rETTRE
Adressée au Rédacteur du Farmer's Magazine , sur la moisson des céréales aux diverses époques de la maturité. Extrait traduit par J.^C. Fawtier.
XYloi^SlEuii^ il s^est élevé de longues et vives discussions chez; les agriculteurs praticiens relativement à Tépoque à laquelle il est préféraUe de moissonner les céréales ^ et le sujet est assez important en effet pour mériter Tattaention du public.
Toute innovation à un usage établi depuis long-temps, devient rarement populaire. L'histoire de la jachère, de la charrue à deux che« vaux (charrue sans avant-train), de la machine à battre, etc., nous montre clairement "qu'il existe quelque chose, soit dans la position sociale des cultivateurs , soit dans la direction des idées que leur imprime leur profession , qui rend parmi eux toute innovation en agriculture lente et difficile.
Bien que l'avantage de moissonner les grains