‹ Annales agricoles de Roville (volume 3)Chapitre 47 sur 72 · EXPÉRIENCES · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES

Sur les procédés agricoles de M* le Majora Général Beatson ^ par M. de Dombasle.

Il y a^ je crois^ une douzaine d^années , qu^on a parlé pour la première fois dans le monde agricole, des procédés pratiqués et recommandés par M. le général Bealson^ et dont la singularité attira fortement Tattention de beaucoup de personnes : cultiver une ferme sans employer la charrue, et |)ar des procéda de culture que Ton présentait comme beaucoup préférables à remploi de cet instrument, était déjà une idée dont la nouveauté du moins avait quelque chose de pi-^ quant. M. Beatson y joignait encore celle de renoncer à Fusage du fumier, comme devant être remplacé avec de très-grands avantages par celui de Fargile calciné. Il paraît qu^en Angleterre, où ce système prit naissance, il n^attira pas autant Fattention qu^en France, où il fut bientôt connu par des traductions insérées dans plusieurs recueils périodiques; cependant on en parla beaucoup et la chose en resta là.

Il y a deux ans, de nouveaux écrits de M. Beat-

SUR US P&OCiOÉS AGEIGOLES. 35 1

soTtp dont il a été publié en France des extraits étendvis , ont attiré de nouveau Tattention sur ces méthodes^ et cette fois, comme on les présentait avec la sanction dWe assez longue expérience ^ il était naturel que les hommes qui recherchent le positif, crussent du moins devoir les examiner de plus près. La société royale et centrale d a— griculture de Paris ^ a, je crois , chargé une commission de prendre en Angleterre des informations sur les succès obtenus par la pratique des procédés de M« Beatsarif soit dans le domaine dont il dirige lui-même lexploitation , soit chez les Cultivateurs qui auraieat imité ses méthodes. J^ignore les résultats de cette enquête, et je n^ai encore lu aucune publication à ce sujet. Dans la position où je me trouve placé, j^ai cru devoir travailler aussi par une autre voie, à résoudre les doutes que Ton pouvait conserver sur Tefficacité des procédés* de M. Beatson , et je me suis livré à cet égard à une série d^expériences dont je vais rendre un compte succinct.

L^instrument presque universel que M, Beatson emploie à la culture de la terre est un petit eoc^ tirpateur à pieds étroits , dont la figure a été publiée dans plusieurs ouvrages, et en particulier dans les Annales d'agriculture française. Je donne à cet instrument la dénomination d'extii-^ Dateur ^ parce quUl porte des pieds ou socs hori-

353 MxpinimaEs

zontaux, qui le rangent dans la même classe que les^ instrumens qui ont été désignés sous le nom à^eac" tirpateurs par M. Thaety dont je crois devoir suitrela nomenclature^ Repense ainsi que Ton doit réserver le nom de scarificateur que Ton a ap-« pliqué à celui de M. Beatsariy aux instrumens qui agissent par des lames placées dans un plan vertical en forme de contre.

Tai fait construire un instrument entièrement semblable à celui de M. Beatson^ et je Taî employé dans des circonstances fort variées, en augmentant graduellement la profondeur des cul* tures, comme Tindique Fauteur. Tai reconnu que cet instrument ne fonctionne réellement bien, que dans un petit nombre dé circonstances, c^està-dire, dans un sol exempt de pierres, et à un état moyen d^'humidité. Lorsqu^un sol un peu argileux est durci par la sécheresse, cet instrument ne peut Tentamer, surtout si la terre est mêlée de galets même assez petits. Cest encore bien • pis , lorsque le sol est un peu trop humide ; Finstrument bourre, s'engorge, et ne peut fonctionner. Lorsque le terrain contient des pierres ou des galets d'un volume un peu considérable, l'opération devient impossible, dans quelque état que se trouve le sol. Tout ceci se rapporte à l^emploi de Textirpateur sans labour préalable comme le propose M. Beatsmi cependant il

SUR US PROCaÎD^S AGRIGOIES. 353

Ait aussi que Ton peut employer son instrument après un labour à la charrue^ mais ce procédé n'est pas nouveau, et c'est ainsi que Ton emploie communément l'extirpateur* Au reste , dans ce cas, les extirpateurs ordinaires, qui portent des pieds beaucoup plus larges que celui de M. Beat^ son y sont bien préférables à ce dernier, parce que les tiges étant moins rapprochées^ Tinstrument est moins disposé à s'engorger , et les pieds étroits de l'extirpateur de M. Beatson ne pourraient présenter d'autres avantages que de pénétrer plus facilement dans une terre non labourée. Je conclus de là que le procédé de culture imaginé par M. Beatson y ne pourra jamais xecevoir qu'une application très-bornée , et que son instrument est loin de pouvoir réaliser la prétention de rivaliser avec la charrue*

Quant à l'amendement des terres au moyen de Ta^rgile ou marne calcinée, en remplacement du fumier, Toicî quel a été le résultat de mes expériences. J'ai éprouvé quelque embarras pour déterminer le point auquel il convenait d'arrêter la calcination, parce que M. Beatson^ du moins dans tout ce que j'ai lu de ses écrits, ne donne aucune indication précise à ce sujet 5 on voit bien, par la petite quantité de fagots qu'il emploie pour calciner une très -grande masse de terre, que la calcination ne peut êtie poussée S* MVR. ^3

354 «xpÉntENCis

loin , et que , dans cette opération ^ la tertre tA plutôt séchée à la fumée, que réellemeat calci- Qée; mais il n indique aucun sigae qui puisse faire reconnaître que la terre a été exposée à un degré de chaleur suffisant. En général , en lisant les écrits de M. BecUson^ il est facile de remarquer cette disposition à se complaire dans des calculs étendus sur les avantages que présenterait Tadoption universelle de la méthode qu'il recommande^ mais, de ces faits, de ces observations de détails, qui viennent si volontiers sous la plume du praticien, et qui sont si utiles à ceux qui veulent se livrer à l'imitation , il ne faut guère en chercher^ Il calcule à un schelling près , combien de centaine de millions rAngletei;re ga* gnerait, si les cultivateurs voulaient abandonner la misérable routine qui leur fait employer le fumier, et s'ils le remplaçaient par Fargile calcinée^ on poursuit la lecture, parce que Ton espère toujours que Ton va rencontrer quelques faits positifs sur les moyens de préparer et d'employer ce nouvel engrais, ou sur les résultats que l'auteur en a obtenus , comparativement avec ceux du fumier^ mais le malheureux lecteur est toujours déçu : si la tendance inévitable du sujet amène un instant l'auteur à quelque chose de matériel et de positif, il semble s'en repentir aussitôt, et il s'indemnise par dix pages de généra-

SUA lES ï»ROCÛ)KS AGRICpiES. 353

iîtés^ de qujslques lignes qui semblaient annoncer quelque chose d'instructif.

Privé de toute indication de Tauteur sur le degré de calcination qu'il était convenable de donner à la terre , j'ai ipris le parti de soumettre à mes essais, des terres calcinées à difFérens degrés. J'ai fait exécuter cette opération dans un fourneau cylindrique en fonte, dé dix— huit pouces de diamètre sur trois pieds de hauteur, et entièrement découvert à sa partie supérieure; au-dessus de la portière , à dix pouces environ de, la base du cylindre, était placée une grille sur laquelle on entassait la terre que Ton voulait calciner, et qui remplissait tout l'espace supérieur 5 on avait soin de terminer la charge eu plaçant par-dessus quelques pouces d'épaisseur de la même terre en très-petits morceaux, afin d'étouffer modérément la combustion. Des branches de fagotage étaient placées sous la grille, et la portière du fourneau étant fermée, la flamme et la fumée étaient forcées de traverser toute la masse de terre. On continuait d'entretenir le feu jusqu'à ce que la surface supérieure de la terre fût parfaitemein desséchée et très-chaude, ce qui exigeait six ou huit heures. Après le refroidissement, on fractionnait la terre en trois portions à peu près égales , en vidant le fourneau : on plaçait sous le n* 1 , la terre de la partie infé-

356 £XP:éRlENGES

rieure , qui avait éprouvé le plus haut degré de chaleur, et qui ordinairement conservait une couleur rouge dans quelques parties-, le n® 2 était formé de la partie moyenne du cylindre, dont la calcination avait été un peu moins avancée; et enfin la terre de la partie supérieure formait le n* 3. Tai fait calciner ainsi successivement six charges du fourneau , de terre , de différente nature , savoir : des argiles marneuses , et de Targile sablonneuse et non calcaire*

Ces opérations ont été faites au mois de septembre 1827, et dans le courant d^octobre, on a répandu ces terres grossièrement pulvérisées, dans diverses pièces de terre de différente nature et sur diverses récoltes. Ces expériences , au nombre de douze , ont été faites de la manière suivante : en choisissant la partie d^un champ où le sol était uniforme , on a tracé un carré de deux mètres de côté, et à la suite de celuici deux autres carrés semblables 3 sur chacun de ces carrés on a répandu vingt kilogrammes de terre calcinée, en mettant dans le premier, de la terre n*^ 1, et de celle des n®* 2 et 3 dans les deux autres. Celte proportion de cinq kilogrammes par mètre carré , est un peu supérieure à celle quHndique M. Beatsoriy du moins diaprés ce que j'ai pu juger sur ce qu'il en dit assez vaguement On a tenu note exacte de l'emplacement^ qui est

SUR LES PROGÉDISS ▲GRICOLES. 35;

d^ailleurs resté désigné sur le terrain par de petits piquets placés à chaque angle des carrés. Quelque peu d^efBcacité que Ton puisse supposer à une substance qui agit comme engrais ou comme amendement^ il est impossible que VtSet ne sVn fasse pas apercevoir facilement de cette manière^ en comparant sur un aussi petit espace , la vé-^ gétation des plantes qui y sont contenues^ avec celles des parties voisines : la couleur verte plus intense des feuilles , la plus grande hauteur des tiges ^ la différence de longueur des épis , ne peuvent échapper à Tœil d'un observateur attentif^ et je regarde cette manière d'essayer un engrais, ou plusieurs engrais comparativement entre eux , comme présentant beaucoup plus de certitude qu^une expérience comparative faite sur une grande étendue de terre, et dans laquelle on voudrait peser les produits de chaque portion 5 en effet , dans ce dernier cas , les résultats peuvent être influencés par un grand nombre de circonstances indépendantes de celles que Ton cherche à apprécier^ et si, dans la culture ordinaire, on voulait recueillir à part et peser les produits des deux parties égales du même billon, ou de deux billons voisins égaux entre eux , cultivés , amendés et semés de la même manière et le même jour , on trouverait presque toujours de très - grandes différences, que Ton pourrait attribuer très-faus-

Page 1