‹ Annales agricoles de Roville (volume 3)Chapitre 54 sur 72 · AVIS · texte numérisé non relu

AVIS

Sur la construction et la conduite de quelques instrumensi par Mm de Dombasle.

Houe à chei^al. v^et instrument ne présente aucune difficulté réelle dans son maniement \ cependant j^ai remarqué que les personnes qui nen ont pas rhabitude sont disposées à commettre une faute, contre laquelle je dois les prémunir, et qui consiste à ne pas donner à Finstrument assez d^entrure , soit parce qu^on n^élève pas assez le régulateur ^ soit parce que le cheval est attelé trop court 5 on cherche ensuite à faire pénétrer Finstrument à une profondeur suffisante, en appuyant sur les mancherons; mais comme cette action ne s'exerce que sur les pieds de derrière, il en résulte que le soc de devant, qui doit servir de gouvernail à l'instrument, ne pénétrant pas assez profondément, la marche de la houe est

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vacillante et se maintient difficilement dans une direction régulière. On doit faire en sorte, au contraire, que le soc de devant entre toujours un peu plus profondément dans la terre que les pieds de derrière ; de Cette manière Tinstrument a beaucoup de stabilité , jet sa marche est trèsrégulière. Pour cela on élève le régulateur jusqu^à ce que Ton ait atteint ce but, et si cela ne suffit pas , on allonge les traits du cheval.

Le crochet d^attelage doit toujours être fixé au trou du milieu de la branche horizontale du régulateur, lorsque Ton travaille en terrain plat, et de même sur un sol montûeux lorsque l'ins^ trament marche en montant ou en descendant; mais si Ton travaille en revers , on fixe le crochet à droite ou à gauche, autant qu^il est nécessaire pour maintenir dans la même direction que le cheval , Tinstrument qui , sans cela , tendrait cons. tamment à descendre.

Lorsque Ton bine entre des plantes un peu élevées , comme des féveroles , du maïs , etc. , on supprime le palonnier que Ton fixe ordinairement au crochet d^attelage, et au lieu d^attacher les traits aux extrémités de ce palonnier, on les réunit et on les fixe au crochet lui-même; mais afin d'éviter que les traits ainsi placés frottent les cuisses du cheval , on les tient écartés à une distance suffisante , au moyen d^un bâton que

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Ton place horizontalement entre eux ^ immédia-*tement derrière les jarrets de TanimaL Ce bâton, placé ainsi, se trouve assez élevé pour ne pas nuire aux plantes, comme le ferait le palonnier, qui pourrait en casser ou coucher quelques-unes*

Charrue à butter. Lorsque Ton doit butter à deux reprises successives, des pommes de terre, du mais ^ etc. , beaucoup de personnes sont disposées à croire que Pon doit augmenter Técartement des versoirs dans la seconde opération, afin de compléter le buttage en rejetant la terre plus loin^ mais comme il est nécessaire que le buttoir prenne plus de profondeur à la seconde fois qu'à la première, on conçoit facilement qu'il est impossible d'atteindre ce but si Ton écarte davantage les versoirs, et que cela est même trèsdifficile si on leur laisse le même écartement; car si la pointe du soc s'enfonce , la partie postérieure du corps de la charrue est soutenue à la profondeur de la première raie, et il devient impossible que les versoirs opèrent le déplacement de terre qui serait nécessaire pour que l'instrument puisse s'enfoncer plus profondément. Il faut donc, au contraire, donner aux versoirs, dans la première opération, tout l'écartement que comporte la distance des lignes , en prenant néanmoins peu de profondeur. Dans la seconde

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opération^ à laquelle on procède ordinairement huit ou quinze jours après la première, on donne un peu moins d^écartemeat aux versoirs, et Ton peut ainsi approfondir beaucoup plus la raie.

Lorsque Ton est pressé par le temps, c'est-à-dire, lorsque la récolte est assez avancée pour que Poq craigne de ne pouvoir y revenir une seconde fois, on peut très-bien opérer un buttage complet en une seule opération ; mais alors , à moins que le sol ne soit très-léger, il vaut mieux employer deux chevaux que l'on attèle l'un devant l'autre. Dans l'un et l'autre cas, pour que le buttage soit complet, il faut que la terre, re-^ jetée des deux raies voisines, se réunisse par^ faitement et ne forme qu'une seule arête au milieu de l'intervalle qui sépare les deux raies, et au sommet de laquelle se trouvent les plantes buttées. Lorsque les lignes sont distantes de vingt-quatre à vingt-sept pouces, comme cela convient pour les pommes de terre , le maïs , les féveroles, etc., le buttoir doit pénétrer au moins à six ou huit pouces de profondeur , et l'arête qui se trouve entre deux raies est élevée de douze à quinze pouces au-dessus du fond des raies. On forme ainsi un buttage infiniment plus efficace que celui qu'il serait possible d'exécuter» à la houe à main. Dans ce travail , une charrue butte ordinairement en nnfi journée de neuf

heures de travail ^ un hectare ^t demi de terre au moios.

Semoirs. Je tfai apporté aucua changement à la coqstruction du semoir destiné aux graines fines, comme coha^ navets ou turneps^ ca-rottes^ etc*5^ cet instrument remplit bien ses fonctions. Quant à celui qui est destiné à semer les grosses graines, comme poz>, haricots y ntaisy, féçerolesy et même le froment ^ j'avais cherché jusqu^ici à éviter aux cultivateurs Tembarras de changer la lanterne du semoir pour les dififérentes graines , et j'avais adopté pour cela une lanterne à hérisson qui offre une certaine lati-titude , en serrant plus ou moins la brosse y en sorte que Ton peut avec elle varier la quantité de grain semé, et l'appliquer à des graines de différentes grosseurs^. Depuis six ans je n'emploie que ce semoir, et il est certain que l'on peut bien, par son emploi, obtenir une régularité suffisante dans la semaille des diverses espèces de graines^ mais j'ai reconnu aussi que cela exige une certaine adresse et une attention constante de la part du semeur^ d'ailleurs , les brosses s'usen*^ assez promptement par le frottement des dents du hérisson. Ces motifs m'ont déterminé à chercher une autre combi,naison , et je suis arrivé à un résultat fort satisfaisant au moyen de lanternes cylindriques présentant $ur leur surface

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circulaire, des cavités de grandeurs appropriées aux diverses espèces de graios. Il est vrai que Ton sera forcé de changer la lanterne pour di— verses espèces de grains ^ mais cette manœuvre a été rendue si facile dans Finstrument, que )e ne pense pas que cela présente de difficulté à personne. A Paide de quatre lanternes de rechange, on pourra semer tous les grains auxquels peut s^employer cet instrument, attendu que ceux dont la grosseur est à peu près semblable, par exemple', le maïs^ les fet^eroles et les haricots f se sèment avec la même lanterne. On enverra avec chaque semoir une instruction pour s'en servir.

Je regarde toujours la semaille en lignes à Faide du semoir, comme présentant de trèsgrands avantages pour toutes les plantes dont les lignes peuvent s'espacer de dix-huit pouces au moins ^ maiià j'avoue que mon opinion n'est pas aussi prononcée sur la semaille en lignes des plantes qui demandent à être plus rapprochées, par exemple, des céréales. Cette diifé^ rence tient à ce que , d'après le résultat de mes observations, je regarde l'avantage des cultures en lignes, comme dépendant essentiellement de celui de l'emploi de la houe à cheval dans les binages^ et pour les lignes de plantes très-rap^ prochées, comme celles des céréales, que lou

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ne pourrait sans inconvénient éloigner de plus cle neuf à dix pouces , Tapplication de la boue à cheval me semble présenter tant de difficulté, surtout dans les sols pierreux ou gra« veleu}^, que je n^ai pas même osé juscju'ici k tentert II est bien ,vrai que , même pour les binages à la main, la semaille en lignes facilite beaucoup Topération ^ mais je crois qu^il n^y au^ rait qu^un trè&'petit nombre d^ cas où cet avantage pût compenser les difficultés , les dépenses, et quelques incoi^véniens réels de la semaille des céréales au moyen du semoir, Temploie donc ^^clqsivement cette méthode pour les récoltes dopt les lignes demandent à être espacées de dix*i-huit pouces au moins ; pour celles-ci, U boue à cheval fonctionne très-bien entre les \U ^nes, mais mieux encore entre celles qui sont çspacées de vingt-quatre à vingt-sept pouces.

Çe$\ par le même motif qye je me suis arrêté |ku système d^s semoirs à brouette, c'est-àrdire conduits à bras par un homme , mais qui ne sèment qu^une ligne a la fois. Cette dernière circonstance est de peu dMmportance pour les récoltes dof^t les lignes solot un peu distantes, parce qu^alors }p travail sç fait aWs lestement t les lignes étapt à dîxrbuit pouces, ui| homme sème facilement dlips §a joiirnée \xn h?ptai;e ou un hectare et demi, WftlS 0» conçoit qu'il p'^ ferait qu« la pipitjé^

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isi les lignes n^étaient distaptes que de neuf pouces, et c'*est daps ce dernier cas seulement que Poa pourrait désirer des instrumens traînés par un cheval et qui sèment plusieurs lignes à la fois , mais qui devieiinent fort compliqués et fort coûteux. Les semoirs de cette espèce, que Fon construit en Angleterre et en Suisse , et qui sèment les céréales sur une largeur de quatre pieds environ, coûtent ordinairement 5oo fr. au moins.

Lorsque le labour qui précède la semaille a été exécuté avec régularité, sur une terre pré^ cédemment bien préparée , on peut très-bien se dispenser de Tusage du rayonneur , en conduisant le semoir à brouette, après le labour, entre les arêtes de terre laissées par la charrue; pour le colza ^ les carottes^ les haricots^ etc., dont on veut espacer les lignes à dix-huijt pouces , on sème de deux raies Tune , et une^ raie sur trois pour le mails , etCt La semence est alors recouverte soit par la chaîne du semoir destinée à cet usage , soit par un léger hersage dans lequel on a soin de ne jamais conduire la herse en. travers de la direction des lignes. Pour les féveroles, dont la semence demande à être enterrée profondément , il vaut mieux , lorsque le sol est passablement ineuble, conduire le semoir derrière la charrue, dans la raie même qu^elle ouvre, çt U $emmce est recouverte par U terre 4e {a

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raie suivante. Dans ce cas , on ne fait pas passer, la roue du semoir au milieu de la raie ouverte ^ afin que la semence ne soit pas dérangée par ks pieds du cheval, mais le plus près que Ton peut d'un des deux côtés du fond de la raie.

Socs de charrue en acier. La soudure d'une lame d'acier le long, du tranchant du soc, présente des difficultés très-graves pour les forgerons qui n'ont pas l'habitude de cette opération , et cette diffibullc formait un obstacle pour beaucoup de cultivateurs éloignés qui ne pouvaient envoyer leurs socs à Roville , pour les rechausser^ lorsque la lame d'acier était usée^ d'ailleurs, dans le cas même où cette opération est bien faite, il est fort difficile d'éviter que la qualité de l'acier ne soit altérée par la forte chaleur qui est nécessaire à la soudure , et il s^y forme souvent des gersures qui diminuent beaucoup la durée du soc. Afin d'éviter ces inconvéniens, je fais construire, depuis environ un an, des socs en« fièrement en acier fin, et J'ai reconnu qu'il est possible de les obtenir à un prix relativement beaucoup plus bas que celui des socs de fer acérés , parce que l'on évite l'opération toujours coûteuse de la soudure. La fabrique de Roville peut livrer ces socs à 4 &• seulement de plus par pièce que les socs -en fer acérés^ et, à ce prix , il n'est pas douteux qu'ils ne soient beaucoup

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plus économiques^ à raison de leur plus longue durée. Ces socs ne se rechaussent jamais , maïs on les rebat en attirant le tranchant^ jusqu^à ce que le soc soit devenu trop petit pour Fusage. Alors il reste encore une plaque d'acier qui a, pour tous les ouvriers qui emploient ce métal , une valeur plus que double de celle du fer neuf. Je n^emploie plus dans la ferme de Roviile que des socs en acier, et fen suis très-satisfait. J^ai appliqué le même procédé aux socs d'extirpateur , auquel il convient aussi-bien qu^aux socs de charrue.

De la Rite. J'ai parlé dans la précédente livraison , d'un instrument désigné sous le nom de rite y et qui produit un effet analogue à celui de Textirpateur. Cet instrument est employé de temps immémorial dans Tancien comté de Fau^ démont y partie du département de la Meurthe, limitrophe de celui des Vosges, et Fusage s'en est étendu, depuis une vingtaine d'années, mais avec une extrême lenteur, dans plusieurs com* munes voisines de celles où il était employé. Les cultivateurs qui font usage de la rite , ne donnent, pour la jachère quii précède le froment , que deux labours au lieu de trois : le premier se donne en avril ou mai , le second en juillet ou août^ on sème le froment vers le commencement d'octobre, par conséquent jsur

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un labour très-^vieux, et on enterre la semence à la rite. Cette pratique est généralement préférée, et elle est réellement préférable dans la plupart des sols , à la semaillë sur raies fraîches , en enterrant la semence à là herse.

LHnstrument nommé rite s^adapte à une charrue ordinaire , dont on a préalablement démonté le versoir, et consiste en une lame de fer placée horizontalement , et formant une continuation du tranchant du soc. Cette lame est fixée par sa partie antérieure, soit à Taile mèmie du soc, soit au sep de la charrue, un peu en arrière du ^oc, et elle est maintenue à son extrémité postérieure, par deux arcs«*boutans qui la tiennent dans une position horizontale, et dans un écartement convenable de la partie postérieure du sep. Cet instrument produit donc le même effet que le ferait un soc extrêmement large, et il travaille ordinairement sur une largeur d^environ deux pieds. Le soc et la rite pénètrent à la profondeur de deux à trois pouces , coupent entre deux terres et culbutent toutes les herbes qui se trouvent à la surface du sol , et donnent à celui-ci une légère culture qui enterre suffisamment la semence de froment. Le travail n^est pas aussi propre et aussi agréable à l'œil que celui de Textirpateur, parce que la terre reste un peu relevée en sillons ^ mais on peut y remédier par un coup de

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herse. La rite peut aussi être employée pour le déchaumage, dans les sols qui ne sont pas trop durs, et peut, dans la plupart des cas, remplacer Fextirpateur ^ mais elle exige un peu plus de tirage relativement à la quantité de travail qu^elle exécute, à cause de la forte résistance qu^entraîne une lame aussi large, tandis que cette résistance' est divi^^e entre les pieds de Pextirpateur. D^un autre côté, la modicité du prix de la rite recommande cet instrument aux cultivateurs qui ne voudraient pas faire la dépense qu^exige Tacquî* sition d^un extirpateur.

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