RÉPONSE
De M. DE DoiVEBASLE à la lettre précédente.
Koville) le 17 septembre 1828»
lYloNSiEUR, j'ai lu avec beaucoup d'intérêt les détails que vous me donnes^ dans votre lettre du i4 de ce mois. L'assolement adopté parM.it/ax^m me paraît parfaitement bien adapté à la nature du sol ] et en général , tous vos procédés de culture me paraissent raisonnes si judicieusement, que je crois que les conseils que vous recevrez de Fexpérience et des observations, vaudront beaucoup mieux que ceux que l'on pourrait vous donner de loin. Je me contenterai de vous dire que je croîs qu'il y aurait beaucoup d'inconvénient à cultiver la pomme de terre sans fumier sur un sol semblable : les récoltes suivantes s'en trouveraient probablement très-mal. Je pense aussi que vous feriez bien de n'essayer d'abord qu'en petit, le mélange du trèfle et de la luzerne avec le sainfoin* Si la luzerne réussit bien, il vaudrait certainement mieux la semer seule 5 en général, ces diverses plantes se marient mal •2nsemble , et quoiqu'on les mélange quelquefois , je crois que
A LA LETTRE Pb£cÉD£I1T£. l^Q-J
cela présente beaucoup plus d*încanvîent que d'avantage.
L^époque hâtive à laquelle vous devez semer le seigle, forme un obstacle majeur à la suppression de la jachère sur la partie qui doit porter cette récolte; au reste, cet inconvénient est peu grave , dans un sol dont le prix de loyer n^est sans doute pas élevé; car c^est là la plus forte dépense de la jachère*
Je vous remercie des détails que vous me don nez sur la culture du blé après les pommes de terre; je désirerais par ce motif publier votre lettre dans les Annales , mais j'aurais voulu que vous entrassiez dans plus de détails sur la préparation de la terre, la culture des pommes de terre, Fépoque de la plantation et de l'arrachage, etc.
Agrées, je vous prie^ etc.
4o8 LETTRE
DEUXIÈME LETTRE
De M. A. Barbet à M. i>E Dombasle^
EXTRAIT
Paris, le 6 décembre i8x8v
. . . jyioNSiEUR, le terrain de Vaudepart, comme celui de la plus grande partie de la Champagne, est crayeux. Nous trouvons la craie immédiatement sous la couche de terre végétale, et cette couche superficielle varie de quatre et cinq pouces, à douze et quinze pouces d'épaisseur. Ce terrain, par sa nature , ne peut donc conserver long-temps rhumidîté.
Dans les environs de la propriété , on cultive peu ou point de pommes de terre, parce que les paysans prétendent qu'ils perdraient "leurs soins et leurs peines , et que d'ailleurs cette plante est épuisante. M. Mcissin est le seul qui ne se soit pas laissé arrêter par cette prévention, et qui ait introduit cette culture* Voici la méthode que nous suivons»
Avant le \^^ mars, la terre destinée à recevoir les pommes de terre, a eu un labour profond, un second labour de six pouces environ est donné
DE M. A. BAKBET. 409
dans le courant de mars, et un troisième à la fin d'avvU , au moment de la semence. On fume de quatre fortes voitures à trois chevaux , par arpent, soit au second, soit au troisième labour. Cette fumure est faible, dès Tannée prochaine elle sera portée à cinq voitures 5 mais il a fallu jusqu'à ce jour nous maintenir dans les limites que nos ressources nous imposaient. A la fia d'avril, quand on donne le troisième labour, une fille marche derrière la charrue, et place les tubercules en ligne , de manière qu'ils soient enterrés, quand le laboureur trace un nouveau sillon. Les lignes sont séparées entre elles par un espace de dix-huit pouces. Quand les pommes de terre sont bien levées, on donne un premiei5 binage , au moyen de la houe à cheval , et un second un mois après , c'est-à-dire vers le milieu de juin. Les filles de la ferme achèvent à la main l'extraction des mauvaiises herbes. Enfin , le buttage s'opère avec le cultivateur, quand les plantes ont déjà pris assez de force. Ces trois façons ont toujours suffi pour maintenir la terre dans un état de propreté satisfaisant.
On récolte les pommes de terre, à la bêche ^ du 10 au 20 octobre^ on sème immédiatement le froment, et on laboure de suite pour l'enterrer* La terre .étant légère et peu consistante, le froment demande à être enterré à quatre pouces en-
i^lO LETTRE
viron. ÏJp sol propre et bien meuble ^ peu de main-d'œuvre pour faire venir le froment , enfin la facilité dlensemencer plus tôt que tous nos voisins, tels sont les avantages que nous retirons de cette méthode^. Xoubliais de dire que le froment est chaulé avant d'être semé.
On plante quatre hectolitres et demi de pommes de terre par arpent. Cette année ^ chaqtie arpent a rendu cinquante hectolitres. La variété de blé qu'a adopté M. Massin ^ est le blé lamma: de sept huitièmes d'hectolitre que nous avions semés par arpent, nous en avons récolté cinq hectolitres. Si Ton compare cette récolte à celle des terres appelées terres à froment , sans doute elle paraîtra bien minime ^ mais si Ton considère que le domaine de Vaudepart était, il y a quinze ans, presque stérile, et que sur douze cents arpens, dont il se compose aujourd'hui , à peine la vingtième partie était ensemencée, on jugera quels immenses progrès M. Massin a déjà faits. Un des côtés de là pièce qui vient de produire des pommes de terre, n'est en culture que depuis se[^ ans, et n'a été fumé que trois fois : l'on y trouve la craie sous une couche de terre qui n'a pas plus de quatre pouces. J'ai vu des pommes de terre très-belles dans la craie purej mais cette craie mélangée avec le fumier fait promptement une terre végétale. L'autre partie de la pièce, en cul-
DE M. A. BABBET. 4^^
ture depuis douze ans , et fumée cinq fois , présente une couche superficielle de neuf à dix pouces de terre 5 néanmoins la pièce entière était parfaitement suivie ^ et Tapparence des tiges , comme le produit des racines ^ ont été exactemeixt les mêmes sur toute la superficie* Cette expérience nous confirme dans Popinion que la pomme de terre -prospère dani^ un terrain crayeux, et nous fera donner une extension considérable à sa culture. Il est d^ailleurs à remarquer qu'à Vau* départ elle est succulente ^ et d'une qualité particulière.
4l2 LETTRE