‹ Annales agricoles de RovilleChapitre 23 sur 67 · DE LA PRODUCTION · texte numérisé non relu

DE LA PRODUCTION

Des cliei^auac en France y et de V amélioration des races y par C.-'J.'-A* Mathieu ine

DOMBASLS.

Il n'est aucune branche de Fart agricole sur laquelle on ait plus écrit que sur Tamélioration des races de chevaux , et il n'en est aucune dont le gouvernement se soit occupé avec plus d'activité et de persévérance \ je prie néanmoins qu'on me permette d'aborder encore ce sujet, en l'envisageant d'une manière plus agricole qu'on ne le fait communément , et en examinant de plus pr^s s^ divers rapports avec la pratique de l'agriculture.

L'éducation des animaux en général forme incontestablement une des branches les plus importantes de l'art agricole 5 et de toutes les espèces d'animaux, il n'en est sans doute aucune qui offre un plus haut degré d'importance et d'intérêt que le cheval , soit pour l'agriculture elle-^même, soit pour la société en général : Tagriculture y trouve non-seulement un produit important de son industrie , mais aussi un de ses principaux

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moyens d^action^ et dans Tétaf de civilisation où sont parvenues nos sociétés, l'espèce du cheval doit être considérée comme formant un des objets les plus importans de la richesse publique, et comme un des ressorts les plus essentiels de rindustrie. De même que toutes les autres productions industrielles, celle des chevaux est assujétie i une loi générale qui exige que les producteurs coosultent avant tout les besoins de la consommation^ car rien ne se produit avec profit, que ce' qui trouve un débouché assuré. Les chevaux, dans Tétat avancé de nos sociétés , s^emploient à des usages très-variés, qui exigent pour chacun des qualités particulières que les éleveurs doivent recherdier, selon la classe de consommateurs à laquelle ils les destinent^ il convient donc de jeter d'^abord un coup d'œil rapide sur les diverses espèces de chevaux que réclame le commerce , c'est-à-dire, la consommation du pa js.

L'espèce des chevaux de trait, c'est-à-dire, ceux que Ton applique généralement au roulage ou aux autres services du même genre, a reçu une très - haute importance par les immenses àéveloppemens qu'a pris le commerce depuis un demi-siècle-, et sans compter la multitude de c&evaux de trait qui sont employés comme raoteui^ dans un grand nombre de genres d'industrie, et de ceux qui sont employés au halage 6"^ WVB. 7

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des bateaux , le long des canaux et des rivières navigables, toutes les routes de la France tont constamment couvertes d un nombre tellement considérable de chevaux de roulage, que Ton doit sans doute mettre cette classe de la race chevaline au premier rang, sous le rapport de Fimportan^ce et des besoins de la consommation.

11 est cependant un autre genre de chevaux dont l'importance ne le cède guère aujourd'hui à celui dont je viens de parler : c'est celui des chevaux de poste et de messagerie. L'activité tou-r jours croissante des communications par le môyea des voitures publiques sur toutes les routes du royaume ^ et le peu de durée des animaux dans un service aussi fatigant, donnent lieu à des besoins extrêmement étendus de chevaux de cette classe, qui se rapproche de celle des chevaux de trait par la faculté de tirer de lourds fardeaux , mais qui doit y réunir plus d'agilité et d'aptitude à l'allure du trot.

Les chevaux de troupe présentent aussi ua haut degré d'importance y autant par le nombre de ceux qui sont employés à cette destination , que par des motifs de politique qui doivent faire désirer que la France puisse se suffire à ellemême en tout temps , pour un besoin qui forme un des principaux élémens de sa force militaire» Dans cette cla$se y les chevaux de grosse cavalerie

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se rapprochent beaucoup, pour les formes, de celle des chevaux de carrosse^ le servite de la cavalerie légère exige des animaul qui ne diffèrent des chevaux de selle proprement dits, qi^e par des formes moins distinguées ^ quant à celui de Tartillerie , les chevaux de cette classe se confondent avec ceux qui sont employés, soit au trait, soit au service des postes et messageries.

Les chevaux de carrpsse ne peuvent être rangés , sous le rapport de l'importance , comme objet de richesse publique, que bien après ceux que je viens de désigner^ cependant quoique remploi de ces chevaux soit presque concentré dans les grandes, villes , la consommation en est encore assez considérable pour mériter une place distinguée dans Téchelle des productions industrielles.

Viennent enfin les chevaux de selle. Autrefois cette classe devait être placée dans un rang bien supérieur à celui que je lui assigne ici, puisque je la place au dernier degré de Téchelle ^ mais que Ton veuille bien se rappeler qu'ici je considère uniquement les choses sous le rapport des intérêts matériels de la production , qui sont nécessairement circonscrits dans les demandes qu'exige la consommation ; et .il est impossible de ne pas reconnaître l'immense déplacement qui s'est opéré successivemement depuis deux

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OU trois siècles dans remploi, et par conséquent daDS la demande des chevaux de selle comparés à ceux de trait ou de carrosse. Dans le 16^ siècle encore, le petit nombre des -communications par les routes , le mauvais état de celles-ci , Tétat peu avancé de l'industrie qui produit les véhicules à roues, et aussi des restes d,'habitudes contractées dans des temps où Tétat des routes était encore bien plus défectueux , restreignaient presque exclusivement à Tusage de la selle, remploi des chevaux destinés à transporter les hommes d^un lieu dans un autre. D'un autre côté, Tusage personnel des chevaux, soit dans la p^ix , soit à la guerre , était presque exclusivement réservé aux classes privilégiées de la société; et il est facile de concevoir que, dans de telles circonstances, il se soit attaché aux exercices et au maniement du cheval , des idées de noblesse et de grandeur , dont il ne nous reste guère de traces que dans la signification littérale de quelques mots qui expriment encore aujourd'hui des titres ou des dignités , comme ceux èiécujery maréchal j chevalier ^ etc.

Cette situation des choses a changé progressivement , à mesure que les routes se sont multipliées et ont été mieux appropriées au service des voitures de tout genre , que Tindustrie créait chaque jour pour les besoins les plus varias ^ et

tujourd'^htir que les hommes des classes élevées dé la société montent beaucoup moins à chevai que les paysans; aujourd'hui que Ton voit sans «urprîse le fils d'un pair de France marcher à $ la tête d une compagnie d'infanterie de la garde royale, tandis que les hommes de la dernière classe servent dans un escadron de hussards ou de carabiniers, il ne s'attache plus à la qualification d'homme de chei^al^ rien de cette idée de noblesse et de grandeur qui la faisait si vivement rechercher, dans d'autres siècles, par la noblesse française. ^

Il est résulté naturellement de là que les exer-» eices de l'équitation sont négligés de notre temps, et que , même parmi les classes élevées , rien n'est plus rare que de rencontrer un homme biéa placé à cheval. Cest un mal sans doute ; mais à côté de cela^il est des compensations que l'on né doit pas dédaigner : il ne faqt pas considérer rhomme de cheval seulement à un carousel ou dans une promenade publique , ^nanœuvrant son coursier avec grâce et dextérité ; il faut aussi penser aux misères du cavalier voyageant par un temp$ affreux, le visage frappé de la pluie et du vent, arrivant crotté jusqu'à l'échiné et trempé jusqu'à la peau ; nous serons forces de reconnaître qu'aujourd'hui le plus mince fermier voyageant dans sa cariole recouverte d'un berceau de toile

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rirée, se trouve bien plus à Faîse qu'un baron faisant route au quinzième siècle, suivi de ses écuyers, et lorsqu'un descendant de ce même baron se rend de nos jours à sa maison de campagne , dans sa berline, avec son épouse et ses enfans en bas âge, pendant que la neige tombe à gros flocons ,il lui prendra rarement fantaisie de regretter la manière de voyager de son aïeolj Et remarquons qu'ici Téconomie se joint parfaitement à la commodité; car aujourd'hui deux chevaux attelés à un carrosse transportent quatre ou six personnes avec les effets dont elles peu-* Vent avoir besoin en route, tandis que dans Tancien système, il eût fallu autant de chevaux de selle que d'individus , et de plus des chevaux de bât. Lorsque Ton considère encore une messagerie attelée de quatre chevaux, transportant pour un prix très-modique et avec une admirable rapidité, une dixaine d'individus d'une extrémité du royaume à l'autre , et de plus une quantité d'effets ou de marchandises d'un poids équiva-* lent à trois ou quatre fois celui des voyageurs, on ne peut méconnaître l'immense amélioration que l'adoption générale des véhicules à roues a apportée à l'art d'employer le cheval au service personnel de l'homme. Au reste , je n'avais nul besoin de faire ici l'apologie des usages de nos jours ^ j'ai seulement voulu faire sentir que l'es^

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pèce de discrédit dans lequel est tombé ehez nous Tusage du cheval de selle, tient à des causes sur lesquelles il ne serait pas facile de réagir, parce qu^elles ont leur source dans les progrès mêmes de la civilisatipn. Le cheval de selle est aujourd'hui, pour Tusage des classes aisées, ce qu^il peut et doit être dans Tétat ac» actuel de nos mœurs et de Tindustrie : cVst l'objet d^un exercice corporel aussi salubre qu'agréable^ mais dont Tusage, si Ton excepte le service militaire , est restreint dans des limites telles que cette classe de chevaux n'occupe qu'un rang trèsinférieur dans la consommation générale^ et même en y réunissant les chevaux qu'exige le service des officiers supérieurs , qui sortent de la classe des chevaux d'escadron , le nombre des chevaux de selle demandés annuellement n'occupe encore qu'une place bien exiguë dans les besoins de la France en chevaux de toute espèce. £n Angleterre, des causes particulières ont concouru à rendre l'emploi des chevaux de selle ^ dans les classes élevées de la société , beaucoup plus fréquens qu'en France ] et parmi ces causes on doit placer en première ligne le goût pour ia chasse à courre qui est encore si générât parmi les grands propriétaires de ce royaume, où ce f oAt est favorisé , d'une part par la grande étendue et la réunion des propriétés foncières,

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€t de Tautre par Thabitude qu^ ont conservée tous les grands propriétaires , de placer à la campagne leur résidence habituelle. La chasse étant un des emplois les plus importans d^s chevaux de selle en Angleterre^ la vitesse est une des qualités que Ton y recherche le plus dans cette classe d'animaux^ et comme ils font Pobjet d^un comrmerce considérable , la spéculation s^est attachée d^une manière particulière à reproduire et développer cette qualité spéciale. De là les courses de chevaux qui se sont établies naturellement comme objet d^émulation entre les producteurs de chevaux de selle; et en effet, les chevaux de course en Angleterre , ne sont que Télitc des chevaux de chasse 5 mais chaque éleveur est vivement intéressé à faire distinguer, dans cette élite, les animaux dont il est possesseur, parce que leurs succès dans la lice donnent un prix très— élevé à ses animaux et à leurs produits, comme chevaux de rfelle.

^ Chez nous , au contraire, où Pemploi des che- Taux pour la chasse est prescjue nul , des qualités fort différentes sont recherchées pour les services auxquels sont destinés les chevaux de selle : lelégance des formes ,' la grâce et la souplesse des mouvemens , des allures douces et agréables pour le cavalier, sont réellement les qualités .qui constituent le mérite d'un cheval de selle,

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pour les neuf dixièmes de ceux qui en font u^e ; et Textrême vitesse est pour eux sans aucune utilité. Si cette dernière qualité ajoute quelque chose à la valeur réelle d^un cheval de selle en France, c^est que, par une imitation qui me semble très^déplacée, d'un usage adopté en Angleterre, ' on a fait d'un cheval doué d'une vitesse remar* quable, un animal avec lequel on peut gagner quelques milliers de francs aux courses du champ de Mars. La fantaisie peut aussi engager un jeune homme opulent à payer à un taux élevé un cheval qui a remporté un prix , sans qu'il ait l'intention de tirer jamais aucun serviqe de cette qualité dans le cheval qu'il achète^ et peut-être sans qu'il soit personnellement capable d'en tirer ce service*, mais c'est là la création d'une valeur entièrement faétice , qu'il n'était nullement utile d'encourager, parce qu'elle ne se fonde pas sur un besoin de la société.

En observant l'état des chevaux en Angleterre, on remarque facilement que ce n'est pas seulement la classe des chevaux de selle qui s'y est améliorée : pour les services du trait, du carrosse et des voitures publiques, il y a été créé des racés qui se distinguent par les qualités les plus désirables pour ces divers emplois, tout autant que le race horse pour le service de la course^ et il n'est aucun Anglais éclairé qui n'attache à

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