Comptes rendus, t. CXV, p
2. Des études intéressantes sur ce vignoble ont été faites par MM. Trouchaud- Yerdier et Chanzit.
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vées. L'azote est moins abondant, car il est constamment enlevé par la pratique de la submersion, à Tétat de nitrate soluble.
J'ai cherché à me rendre compte de Tépuisement produit dans ce sol par la végétation de la vigne et la production des raisins ainsi que des quantités de matières fertilisantes apportées par les fumures '.
Dans ce but, j'ai déterminé les quantités de feuilles, de bois, <le marcs, de vin et de lies produites pendant Tannée 1892, année de production moyenne, en considérant, non des parcelles isolées, mais la surface totale du vignoble, qui dépasse 32 hectares. J'ai ainsi obtenu les quantités suivantes des produits de la vigne rap* portées à 1 hectare :
Feuilles fralchei 4.200 k. loit lèches 1.372 k.
Sarments frais 3.280 soit secs 1.117
Marc» pressés 2.841 soit secs 847.7
Lies épaisses 142.5 soit sèches 57
Vin soutiré 190 hl.
L'analyse de ces divers produits a montré que les quantités des divers principes fertilisants absorbées dans 1 hectare par la végé» tation de la vigne ^t la production de la récolte ont été les suivantes :
kU. gr. kU. gr. kU. gr- ^H. gr. kU. gr.
Vin
Marcs secs. . .
847 kiU .
Feuilles sèches.
Sarments secs.
Lies sèches. . .
Traces.
Voilà la somme des éléments fertilisants que la vigne a absorbés dans le cours de son développement.
En ne considérant que les éléments essentiels, l'azote, l'acide phosphorique et la potasse, nous voyons que c'est surtout de Tazotc et de la potasse qui ont été enlevés au sol.
Cependant le vin lui-même, seule partie exportée de l'exploitation, n'enlève, malgré sa forte quantité, que des proportions
1. M. Mazade, préparateur à la Station de recherches viticoles de Montpellier, m'a donné un concours précieux dans ces études.
fiTUDB SUR LA VÉGÉTATION DBS VIGNES TRAITÉBS PAR U SUBMERSION 313
minimes d'azote et d'acide phosphorique. C'est surtout de la potasse qu'il emporte avec lui.
L'azote se concentre dans les feuilles et dans le marc, et quand ceux-ci font retour à la terre, ce qui arrive tout au moins partiellement, il n'y a pas, du fait de la végétation de la vigne et de Texporlation des récoltes, un appauvrissement sensible du sol.
Nous en dirons autant pour l*acide phosphorique.
Il n'en est pas de même pour la potasse, dont le vin emporte de notables quantités.
En regard de ces besoins de la vigne, plaçons les fumures données à la terre, dans ce vignoble, dont une direction intelligente étudie les besoins, les conditions de vitalité et de production.
Pendant les années qui ont précédé celle de nos essais, le vignoble a reçu :
kil. kil. kll.
1889. 20.000 kil. de fumier de ferme. .... 94 68 104
1890. 600 kil. de nitrate de loude (ou cor-
Dailles)*. 90 0 0
1891. 600 kll. — — — 90 0 0
1892. 600 kU. — — — 90 0 0
Totaux 364 68 104
Soit eo moyeone par aonée 91 17 26
Mettons en regard les produits absorbés par la vigne et ceux qui sont apportés par les engrais :
A«»^- pho4h!friqu«. *'^••••
Absorbé par la vigne 57 6 17 4 56 3
Apporté par la fumure. ... 91 0 17 0 26 0
11 y a donc un apport considérable d'azole, qui s'augmente encore par le retour au sol d'une grande partie des feuilles et des marcs. La vigne n'emploie qu'une partie de cet azote, dontl'excës est enlevé par le lavage des terres. Le vin, produit net do la récolte, en contient moins de 3 kilos, c'est-à-dire plus de trente fois moins que ce qui est donné comme fumure. A première vue, il semble qu'il y a là un véritable gaspillage d'azole, dont la plus grande partie s'en va avec les eaux employées à la submersion.
1. Ces eomailles, qu'on donne quelquefois à poids égal en remplacement du nitrate de soude, apportent dans le sol une quantité d*azote & peu prés équivalente.
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Que dirons*nous de» exploitations où, au lieu de 600 kilos de nitrate de soude par an et par hectare, nous en voyons employer 800 et jusqu'à 1,200 kilos? Une semblable exagération ne saurait être encouragée, elle entraîne des frais dont il est facile de calculer rimportance.
Mais, retournant au domaine que nous étudions spécialement ici, tout en déplorant la perte énorme de matière azotée, nous devons constater que sans cette fumure intensive on n'obtiendrait pas, dans ce sol lavé par les eaux, le développement extraordinaire du système foliacé et la production abondante de récolte sur laquelle on compte pour couvrir les frais.
C'est donc Texpérience oulturale qui a appris à donner aux vî^es submergées ces énornîes quantités d'azote immédiatement assimilable, qui permettent à la vigne de se développer plantureux sèment.
Aussi longtemps que les vins légers, que produisent les vignes submergées, se vendaient à un prix relativement élevé, les considérations économiques devaient porter à exagérer les fumures pour augmenter les rendements. Mais si les prix des vins se maintiennent bas, comme cela existe en ce moment (juin i894), on peut se demander si de nouvelles circonstances économiques ne doivent pas venir modifier des pratiques coûteuses; si, par exemple, diminuant cette fumure azotée et réalisant par là une économie^ on ne peut pas arriver à un résultat pécuniaire plus avantageux avec des rendements plus faibles et des vins d'une plus grande valeur marchande.
C'est à l'expérience culturale à trancher cette question.
Les nitrates employés à haute dose n'ont pas seulement pour inconvénient d'entraîner à une forte dépense, ils favorisent le développement des mauvaises herbes, dont la destruction nécessite des façons fréquentes. On peut aussi leur attribuer en partie, en même temps qu'à la pratique de la submersion elle-même, le développement rapide des maladies cryptogamiques, qu'il faut combattre par des traitements répétés.
Mais ces conditions anormales de la végétation de la vigne, qui l'exposent à ces atteintes, sont peut-être une des causes pour lesquelles il faut soutenir les vignes par d'abondantes fumures.
Nous voyons que, dans les apports d'engrais, on s'est presque exclusivement occupé de l'azote. L'acide phosphorique est donné