‹ Annales agronomiques (volume 2)Chapitre 132 sur 253 · ia · texte numérisé non relu

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Août. . .

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L'inspection de ce tableau montre que la combustion de l'humus est d'autant plus active que la température du sol est plus élevée. Nous pouvons en conclure que dans les pays chauds, l'humus ne doit pas s'accumuler dans le sol; Boussingault avait déjà

ANNALBS AOliONOMIQOBB.

remarqué, il y a plus de quarante ans, qu*on ne voit pas de tourbières sous les tropiques; pour en rencontrer, il faut monter à 4,000 mètres, sur les plateaux des Andes. Dans le sol des forêts vierges de ces chaudes contrées, on trouve encore de l'humus, mais c'est grâce à Tépaisse couverture des végétaux, et à la très grande humidité qui s'y maintient, et qui s'oppose à réchauffement de la terre.

M. Jacob Cordemoy*, dans une lettre adressée à M. Dehérain, et relative aux cultures de la canne à sucre à la Réunion, rappelle que le sol qui portait, il y a quarante ans encore, des forêts vierges, était d'une extrême fertilité à cause de Tépaisse couche d'humus qui le recouvrait. Depuis que ces forêts ont été défrichées pour planter la canne, l^humus disparaît et avec celui-ci la fertilité. Des planteurs cherchent à la rétablir en laissant le sol se couvrir spontanément d'épaisses lianes de la famille des légumineuses, rhumus reparaît, grâce à elles, parce qu'elles protègent le sol contre les ardeurs du soleil et lui fournissent d'abondants débris végétaux.

On a cru longtemps que l'humus soluble était assimilé par les végétaux, telle était notamment l'opinion de Th. de Saussure, et il n'y a guère qu'une cinquantaine d'années que le célèbre chimiste allemand Lîebig, et d'autres physiologistes, à sa suite, ont professé que l'acide humique n'est pas absorbé par les plantes, qu'il ne leur sert pas de nourriture; d'après cette école, s'il a quelque utilité pour la végétation, c'est à cause de sa nature spongieuse qui lui permet de retenir l'eau indispensable aux plantes ; c'est aussi à cause de cette production continue d'acide carbonique à laquelle sa combustion donne naissance ; le gaz acide est pris par l'eau circulant à travers la terre, la rend capable de dissoudre les éléments minéraux qu'on trouve dans les plantes, et qui n'existent dans le sol qu'à l'état insoluble, tels que la chaux, la potasse, l'acide phosphorique. Selon ces physiologistes, l'acide humique ne pénètre pas dans les racines des plantes; étant colloïdal, il ne partage pas les propriétés des substances cristallines ; quand il est dissous, il ne traverse pas les membranes végétales.

Il est permis de remarquer cependant que l'acide humique, sur lequel ils opéraient, était violemment extrait de la terre, par des

lavages préalables avec un acide pour enlever la base terreuse sur laquelle il se trouvait fixé, et ensuite par la dissolution dans un alcali. Ce traitement altérait sans doute la composition de la substance. Dans ces dernières années, en effet, M. Petermann ^ a fort bien montré qu'en soumettant directement à la dialyse la terre végétale elle-même, il passait à travers la membrane une matière organique de couleur ambrée, fortement azotée.

Après l'admirable découverte de Bonnet, de Priestley, dlngen bouse, de la décomposition de Tacide carbonique de Tair par les plantes à chlorophylle, soumises aux radiations solaires, on a été porté à ne plus considérer ces végétaux verts que comme des appareils de réduction, qui ne sont capables d'utiliser que les corps complètement brûlés, tels que Tacide carbonique, phosphorique, nitrique , sulfurique et l'eau , pour édifier leurs tissus composés de carbone, phosphore, azote, soufre, hydrogène et oxygène.

Nous objecterons à ces considérations qu'un végétal n'est pas complètement constitué de matière verte remplie de chlorophylle. Il y a d'abord un nombre infini de plantes qui n'ont pas de chlorophylle comme les champignons, et qui, pour vivre, sont obligées de s'assimiler des matières organiques toutes formées. Les végétaux verts eux-mêmes ne contiennent la chlorophylle que dans leurs tissus aériens et seulement à la surface de ces tissus. Les racines et les portions internes de la plante ne peuvent pas décomposer Tacide carbonique, et sont bien obligées de se nourrir de la matière organique élaborée par les cellules à chlorophylle; s'il leur arrive encore d'autre part de la matière organique à un état convenable, elles l'utiliseront.

N'avons-nous pas continuellement sous les yeux les bourgeons qui reçoivent leur nourriture du restant de la plante, et les graines en germination, où nous voyons une jeune plantule qui, tout en effectuant le travail chlorophyllien, reçoit encore une nourriture organique carbonée provenant des cotylédons.

On a exagéré en divisant le règne végétal, strictement en deux classes, en disant que les plantes sans chlorophylle comme les champignons sont obligées de s'alimenter avec la matière organique, tandis que les plantes vertes doivent se passer de celte matière

organique et chercher leur carbone dans Tacide carbonique de l'air.

Il n'est pas absolument vrai, M. Winogradsky l'a démontré, que les êtres sans chlorophylle ne peuvent pas décomposer Pacide carbonique, car le savant russe a vu le ferment nitrique emprunter à la combustion de l'ammoniaque l'énergie nécessaire pour réduire l'acide carbonique, et pour en extraire le carbone nécessaire à la constitution de ses tissus.

Il est encore bien plus facile de démontrer que les plantes de la deuxième classe, les plantes vertes, qui possèdent la faculté de réduire l'acide carbonique avec l'aide de la lumière solaire, sont également capables d'utiliser des produits carbonés tout formés pour l'élaboration de leurs tissus.

C'est la démonstration de cette deuxième proposition que nous essayons de présenter dans ce mémoire.

VÉGÉTATIONS SANS l'iNTËRVENTION DES MATIÈRES ORGANIQUES

Il est incontestable qu'un très grand nombre de plantes ont été cultivées, et qu'elles ont prospéré, bien qu'on ne leur ait donné pour aliments que des substances complètement brûlées. Nous n'avons qu'à rappeler les innombrables expériences déjà réalisées sur le sable ou sur l'eau, où le végétal n'a jamais trouvé de matière organique. Mais ce n'est que grâce aux soins continus de l'expérimentateur que le végétal a été amené à maturité.

Sans parler des nombreuses cultures en milieu stérile, de M. Boussingault, de M. Georges Ville, des physiologistes allemands, je rappellerai qu'en 1877, M. Dehérain, en collaboration avec M. Frémy, a fait végéter, dans le jardin du laboratoire de physiologie végétale du Muséum, des betteraves placées dans des tonneaux remplis de sable, ou d'un mélange de sable et de calcaire, ne contenant pas de matière organique ; les terres étaient seulement arrosées avec des dissolutions de sels minéraux. Ils ont obtenu des racines pesant de 700 à 800 grammes et contenant jusqu'à 18 p. 100 de sucre*.

J'ai moi-même fait venir de la luzerne dans des pots de fleurs contenant 5 kilos de çravier constitué pour un tiers de gros cailloux et pour les autres deux tiers de sable passant à travers un tamis de 4 millimètres de jour ^ Celte luzerne provenait d'un fragment de racine dont le poids sec était 2 grammes, que j'avais enterré dans le gravier à la fin de l'automne. J'arrosais avec de l'eau de fontaine contenant en dissolution de petites quantités de chlorure de potassium et du phosphate de chaux.

En juillet, je pus couper sur ce pot une récolte de luzerne qui, sèche, pesait 88 gr. 5.

Un deuxième pot rempli de la même façon de gravier et ensemencé comme le premier me donna, en trois récoltes successives, 66 gr. 9 de luzerne sèche. Les racines de la plante, lavées à grandes eaux pour enlever le sable, pesaient, après dessiccation, 30gr.9. Il s'était donc formé, dans l'espace d'une année, sur 5 kilos de gravier, 95 gr. 8 de matière organique dont tout le carbone venait de l'air.

Cette plante occupait une surface de 3 décimètres carrés : sur 1 hectare, nous en aurions eu 330,000. Mais admettons que nous n'en ayons eu que 100,000, notre récolte aurait été de 9,580 kilos de matière sèche, dont tout le carbone, au moins 4,500 kilos, aurait été enlevé à l'air et fixé sur la surface d'un hectare.

Le nombre de cultures réalisées ainsi en l'absence de la matière organique est immense, mais elles ne prouvent pas que si les plantes Pavaient eue à leur portée, elles n'en auraient pas profité.

Il importe donc de passer en revue les cultures qui ont été réalisées comparativement avec ou sans matière organique.

CULTURES COMPARATIVES EXÉCUTÉES AVEC LA MATIÈRE HUMIQUE OU LE FUMIER d'ÉTABLE ET AVEC DES ENGRAIS MINÉRAUX

M. Dehérain, l'année même où il cultivait des betteraves dans des tonneaux remplis de sols artificiels, sans substance organique, avait disposé, au jardin du Muséum, des cases de végétation renfermant des terres de nature différente: V du sable de rivière;

t. AnnaleêlagranomiqueSf t. XV, p. 529.

358 E. BRÉAJL

2** de la terre franche des environs de Paris. Ces cases avaient été fumées richement, à raison de 400 kilos d'azotate de sonde et 400 kilos de phosphate de chaux à Thectare.

Malgré cette fumure très abondante^ les rendements furent bien dififérents, suivant la nature de la terre. Sur le sable, on obtint 20,400 kilos de betteraves et 68,000 kilos sur la terre franche (le tout rapporté à Thectare). La richesse saccharine pour 400 de matière était égale dans les deux récoltes \

Ke pouvons-nous pas de suite conclure que c'est Thumus, si abondant dans les terres franches, qui a causé l'excédent de récolte?

 Pappui de cette affirmation, rappelons les résultats obtenus par Corenwinder avec deux betteraves élevées Tune, dans le sable exempt de toute trace de matière organique, et l'autre, dans un égal volume de bonne terre de maraîcher. La betterave du sable était régulièrement arrosée avec des solutions nourricières contenant toutes les matières utiles à la plante, nitrate de potasse, sulfate d'ammoniaque, phosphate ammoniaco-magnésien, chlorure de potassium, phosphate acide de chaux, silicate alcalin, etc.

La betterave du sable put atteindre un poids de 490 grammes, elle contenait 12.26 p. 100 de sucre. En tout 60 gr. 07 de sucre.

Celle qui avait vécu sur l'humus pesait 1 kilogr. 145, elle contenait 10.60 p. 100 de sucre et 121 gr. 37 de ce corps.

Pour bien apprécier l'effet produit sur les végétaux par la matière humique, je prierai le lecteur de vouloir bien m'accompagner à travers les champs d'expérience de Griguon, sur lesquels, depuis dix-huit ans, M. Dehérain a recueilli tant d'observations instructives*.

Commençons par les cultures continues de maïs-fourrages qui sont faites de 1876 à 1882, comparativement sur des champs annuellement fumés au fumier de ferme à raison de 20 à 80,000 kilos à l'hectare, et sur des champs fumés à l'engrais chimique à raison de 400 kilos de nitrate de soude ou de 400 kilos de sulfate d'ammoniaque et de 400 kilos de superphosphate.

Le tableau ci-joint nous donne les récoltes annuelles.

ALIMENTATION DBS VÉGÉTAUX PAR LUDMDS BT LES MATIÈRES ORGANIQUES 359

Champs d'expérience de Grignon, maâs-fourrage vert, récolté annuellement par hectare en kilogrammes.

NNÉBS

Fomier de ferme.

Engraii chimique.

Moyenne de 7 années . . .

Examinons les récoltes obtenues avec d'autres plantes :

Récoltes obtenues par hectare^ comparativement avec

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