‹ Annales agronomiques (volume 2)Chapitre 229 sur 253 · LE BLÉ ET L*AVOINE AU GUÂMP D'EXPÉRIENCES DE GRIGNON EN · texte numérisé non relu

LE BLÉ ET L*AVOINE AU GUÂMP D'EXPÉRIENCES DE GRIGNON EN

du sol, OU a encore obtenu pendant cette année très favorable 16 q. m. 1, correspondant à 22 hect. de 75 kilos.

Si on admet que la récolte en France ait été, cette année, de 142 millions d'hectolitres obtenus sur 7 millions d*hectares, ce rendement serait de 20 hectolitres, c'est-à-dire encore moins que n'a donné la parcelle 53 restée sans engrais depuis 1873.

Les deux épis carrés ont été cultivés dans des conditions à peu près semblables et j'ai été étonné de la faiblesse relative de leurs rendements ; pendant une année aussi favorable, nous aurions dû dépasser 50 hectolitres; en 1888, pendant un été pluvieux comme celui de 1894, très avantageux à nos terres filtrantes de Grignon, la récolte, sur quelques parcelles, s'est élevée à 60 hectolitres.

Avec les fumures distribuées à la parcelle 14 à 67, on aurait dû monter plus haut que 37 quintaux métriques correspondant à 50 hectolitres.

Les seules récoltes qui aient atteint les chiffres tout à fait élevés sont celles du blé d'Australie que nous cultivions pour la première fois à Grignon. Devant ces différences entre les rendements relativement faibles de Vépi carré et abondants de V Australie, je me suis demandé si l'habitude qu'ont les cultivateurs de renouveler de temps à autres leurs semences, n'était pas justifiée, et si en semant constamment du grain provenant des cultures du champ d'expériences, même trié avec soin, on avait moins de chances d'obtenir des rendements élevés qu'en empruntant ces semences à un autre domaine. J'ai semé à l'automne de 1894, de l'épi carré provenant de Capelle, où M. Florimond Desprez a établi sa station expérimentale et en échange de l'envoi qu'il a bien voulu me faire, j'ai adressé à M. Desprez de l'épi carré provenant de Grignon; il sera curieux de voir si ces deux espèces passant d'un domaine à l'autre fourniront des récoltes plus fortes que celles qu'on obtiendra des mêmes variétés semées sur les terres dont elles sont originaires.

Fumures et arrière- fumures. — Les variétés cultivées à Grignon en 1894y n'ont donné de fortes récoltes qu'à la condition d'avoir été placées sur des sols enrichis par la fumure précédente et, en outre, d'avoir reçu des fumures directes; si, en effet, nous réunissons toutes les parcelles qui ont satisfait à ces deux conditions, nous trouvons, comme moyenne des rendements des épis carrés : par* celles 14, 15, 67 et 70 : 37 q. m. 1, correspondant à 50 hectolitres

580 P-P. DEHÉRAIN

environ ; pour V Australie à 42 q. m. 5 par les parcelles 87, 88 et 89, c'est-à-dire à 56 hect. 6^ et pour le Daltel, parcelle 82 à 33 q. m. 8 correspondant à 45 hectolitres.

Si on se borne à placer le blé sur une forte arrière-fumure, mais sans lui donner directement aucun engrais, on obtient beaucoup moins ; c'est le cas pour 13 : 31 q. m. 5, pour 18 : 32 q. m. 5, pour 81 : 23 q. m. 8. pour 84 : 31 q. m.

Une fumure directe du blé placé sur un sol appauvri ne produit pas grand effet; 49 donne 27 q. m., 57: 25 q. m. 9,51 : 21,5, 58: 25, 81 : 23,3. Je Tai dit depuis longtemps, la fertilité ne s'improvise pas.

Il est très important, à mon avis, de se bien pénétrer de cette idée que la fumure directe du blé présente deux écueils que le cultivateur doit éviter ; si cette fumure est copieuse, les chances de verse sont grandes, si elle est modérée, elle est inefficace, à moins qu'à son action vienne s'ajouter celle d'une bonne arrière- fumure. Les cultivateurs de betteraves qui n'hésitent pas en enfouir pour leurs racines de bonnes doses de fumier de ferme, ont de grands succès, quand ils font succéder à ces betteraves du blé qu'ils soutiennent avec un peu de fumier ou du nitrate de soude.

Travaux supplémentaires. — J'ai essayé, pendant l'hiver et au printemps de 1894, de donner à quelques parcelles, des hersages supplémentaires, Teffet en a été médiocre. Si on compare 56, qui n'a reçu aucun travail supplémentaire, à 50, qui a été hersé plusieurs fois, on voit que 50 surpasse 56 de 2 quintaux ; 50 surpasse même d'un demi-quintal 49, qui a reçu 150 kilos de nitrate; mais ce sont là des différences fortuites ; en effet, nous trouvons des exemples inverses, ainsi 60 et 81 donnent les mêmes récoltes et cependant 60 a été hersé et 81 ne l'a pas été.

Ce travail à la fourche imitaut la herse n'exerce donc pas une influence sensible sur la récolte, et en y réfléchissant, je crois en comprendre la raison : pour que la nitrification s'établisse dans un sol, plusieurs conditions sont nécessaires, la trituration seule ne peut agir, si les autres conditions ne sont pas remplies, et parmi elles, la plus importante est sans contredit, l'humidité; or, si on remue une terre avec une fourche, qu'on pulvérise la couche superficielle, on a grande chance de la dessécher; en effet, elle ne peut plus recevoir les eaux souterraines, la capillarité est rompue, et si la pluie se fait attendre ou si elle est rare, la couche remuée

Page 1