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RAPPORT. SUR LES MAUBIES DES CEDRATIERS EN CORSE

Car si l'espèce viigélale dont il s'agit n'est pas bien adaptée aux conditions qui vont l'environner, elle exigera des soins perpétuels et minutieux, et périra souvent en dépit de tous les efibrts. Les conditions de son existence ne se bornent pas, en effet, au sol et au climat; elles compiennent encore la lutte contre les autres espèces animales ou végétales toujours en présence, et toujours prêtes à se développer aux dépens de tout ce qui les entoure. € Rien n'est plus l'acile. dit Darwin, que d'admettre en paroles la réalité de l'universelle lutte des êtres organisés pour l'existence ; mais rien de plus difficile que de l'avoir toujours présente à l'esprit. >

Dans le cas particulier du cédratier, il est hors de doute que dans les nombreuses plantations faîtes récemment en divei's points de la Corse, on ne s'est pas toujours inquiété de donner aux arbres des abris contre la gelée, une aération convenable, des engrais appropriés, enfm une protection sulfisante contre les parasites qui tendent' sans cesse it pulluler à leurs dépens.

Le cédratier parait originaije des provinces méridionales de la Chine. Les rivages du nord de la Méditcn-anée sont déjà pour lui des pays froids, et celte circonstance en rend la culture plus difficile, il en est à peu près de même de l'oranger et du limonier. Aussi n'esl-il pas îàen étonnant que dans certains lieux, ou à certaines époques, ces arbres se soient trouvés dans des conditions par trop mauvaises, et qu'ils aient offert des signes de dépérissement.

Depuis une cinquantaine d'années, divei'ses maladies ont été remarquées dans les plantations du sud de l'Europe, et même, paraîtil, aux Açores et dans l'Inde. Ces maladies, jusqu'à présent fort mal définies, se traduisent soit par la décomposition des l'acines, soit par une sécrétion gommeusc qui s'écoule des fissures de fécoree ou s'accumule dans les fruits, soit par un développement d'animaux ou de végétaux parasites sur toutes les parties de l'arbre.

Je ne parle qui par ouï-dire de la décomposition des racines, car je n'ai pas eu occasion de l'observer en Corse. J'ai fait mettre à nu les racines de plusieurs cédratiers affectés de gOmme ou couverts de fumagine, et je n'ai trouvé aucune trace de pourriture ni de champignon rh^'KOCtone. Cependant il n'est pas douteux que ce cas puisse se présenter. M. V. Rendu l'a signalé, en 1851, dans les plantations d'IIyères, et il attribue surtout à celte cause la destruction des orangers de celte région. {Comptes rendus de l'Académie, t. XXXIll, p. 682.)

336 B. MAILIAT.

La maladie de la gomme esl une afTection beaucoup plus Tréquente, et elle se rencontre sur les orangers et les limoniers aussi bien que sur les cédratiers, seulement le siège des exsudations gommeuses n'est pas tout à fait le môme. Dans tes cédratiers, elles se font surtout dans l'intérieur des fruits ou à leur surface, sans que la tige et les branches en offient aucune trace. Les cédrats ainsi gités sont impropres à aucun usage. Il est à remarquer qu'ils sont tous piqués par des larves, et le plus souvent ils renferment ces larves encore vivantes. Cela tendrait à faire croire que la sécrétion gommeuse esl occasionnée par celte piqûre, et se produirait ailleurs, si on lui donnait issue, par exemple par des scarifications à l'écorcc. Plusieurs fois, j'ai trouvé les cédratiers gommeux blessés près du collet, et il s'y faisait un suintement de ce genre. C'est, paraît-il, de cette façon que la gomme se manifeste sur les limoniers et les orangers; elle sort par les excoriations de la lige ou des racines, et non sur les fruits.

Enfm les arbres malades sont presque toujours envahis par divers parasites. C'est même à leur présence et à leur action nuisible que beaucoup de personnes attribucntl'état de souiïrance qu'on observe.

Ces diverses maladies des orangers ont donné lieu déjà à beaucoup de recherches ; mais on n'a pas encore bien constaté l'efficacilé d'aucun des remèdes qui ont été proposés, .\vant de hasarder, i mon tour, une opinion sur ces questions, j'examinerai les conditions au milieu desquelles ces arbres doivent vivre, afin d'en découvrir, autant que possible, les influences.

Plusieurs de ces conditions sont évidemment nuisibles, et A ce titre elles méritent une attention particulière ; ce sont :

1° Le froid ;

2" Les terrains peu propices;

3° Les parasites.

J'exposerai les principaux faits que j'ai recueillis sur tous ces points, et en même temps je mentionnerai les circonstances diverses qui m^ont paru agir sur la santé et la vigueur des arbres.

Action du froid.

Le froid de l'hiver et les gelées tardives sont bien souvent funestes aux plantations de cédratiers. En général il n'y a de gelées que les

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petites branches, mais de temps à autre le froid plus intense ne laisse subsister que les plus fortes branches, ou même les tiges seulement. Alors il faut trois années pour que les racines redonnent des jets portant fruit, ce qui représente une perle très-considérable. On estime, par exemple, que la gelée du 12 février 187-4 a fait périr jusqu'aux racines plus de trente mille cédratiers dans l'île de Corse : c'est environ la dixième partie des arbres existants. Voici -comment cette quantité se répartit entre les cinq arrondissements :

Cddnlicn C^nlicn

Corle :i 157 1 SU c'e«l-à-dire environ 1/3

BasiL-t ail 307 «5 P30 — 1/8

Calïi 57 516 «541 — 1/12

Ajsccio 15 U7 I 000 — l'15

Sarttnc 9 203 3M — 1 '30

En appréciant, d'après c«s chiffres, les dommages que le froid peut rauser en une seule année, on reste encore au-dessous de la Térité. Car les pieds de cédratiers qui résislent à une gelée ne laissent pas que d'en souffrir plus ou moins ; la lloraison du printemps peut être nulle ou peu abondante, et comme la seconde floraison est généralement ravagée par les insectes, il s'en suit que la récolte de l'année se trouve fort diminuée.

Il serait même possible que l'altération survenue dans la sève fût une des causes de la formation de la gomme ; au moins à-t-on remarqué, dit M. Massimi, que cette maladie est devenue intense après les fortes gelées survenues en 1809 et 1870.

On comprendra cette supposition, en examinant les conditions ■qui favorisent ou qui empêchent les cfl'els destructeurs du froid; plusieurs de ces conditions sont parfaitement expliquées par M. Sachs, et je les rappellerai ici sommairement (1).

Les cellules végétales renferment, comme chacun sait, une ma- ■lière vivante, imprégnée d'eau, et diverses substances qui sont en dissolution; quand le froid les saisit, une partie de l'eau se sépare et se congèle, et lorsque la chaleur revient, cette glace fond ; mais alors, de deux choses l'une : ou bien cette eau de fusion est réabsorbée par les substances qui la contenaient d'abord, et les cellules -continuent à vivre ; ou bien elle n'est pas absorbée, et s' écoulant

(1) Sachs, Traité de Bolaiiiqw, Induction Van Tieghem. Paris, 1S71.

par les lacunes el les déchirures des tissus, nous montre que ceuxci ont cessé de vivre. On peut se faire une idée de ce dernier cas, en soumetlant h la gelée, puis au dégel, de l'empois d'amidon bieo homogène; il ne restera qu'un corps spongieux, mêlé avec de l'eau limpide.

Plus il y a d'eau dans un végétal, plus on a sujet de craindre, pour lui, l'action du froit) ; 11 faut donc garantir surtout les arbres jeunes, et empêcher aussi, autant que possible, le mouvement de la .sève (le se produire trop tôt.

D'autre part, plus le dégel a lieu lentement, plus il y adechances pour que l'eau de l'usion se réintègre peu à peu dans la composition des cellules; il faut par conséquent, après une gelée, empêcher la chaleur de saisir brusquement les arbres, et faire tout son possible pour que le dégel soit lent. Ri&so a vu, en 1811, k Nice, les orangers ne pas souffrir d'une neige abondante, parce que la fonte eut lieu par un temps couvert.

Il n'est pas besoin, du reste, que je prouve plus longuement l'utilité d'abris protecteurs contre le froid ; tout le monde en a senti la nécessité, surtout dans le nord de la Corse.

En général, au cap Corse, on forme autour des cédratiers une enceinte de claies assez hautes et très-serrées, en fascines ou en roseaux; ou bien on adosse la plantation ù une muraille qui supporte pendant l'hiver une légère toiture de branchages.

On a reconnu aux murailles l'inconvénient de réverbérer la clialeur"du soleil, et de provoquer la végétation de trop bonne heure à la sortie de l'hiver.

J'ai observé diyis la plaine de Vescovalo une plantation qui n'a pas souffert, comme les autres, de la gelée survenue en février 1874 ; elle est située dans une petite clairière, au milieu d'une forêt de très-grands oliviers qui l'abritent de tous côtés.

D'après Laurc {1), il faut abriter les orangers par des rangées doubles ou triples de cyprès, qui se répètent à des distances convenables.

Ces rangées d'arbres sont aussi des brise-vents excellents. Dans certains endroits du cap, on tient les cédratiers si bas à cause du vent, qu'il faut ramper dessous à plat-ventre pour les émonder, récolter les fruits, ou piocher la terre; cette proximité du sol favorise aussi

(t) Manuel du ctdlivaltur ^vrarnir"', lonic i, page 332.

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