RAPPORT SDR LES UAUDIES DES CÉDRATIERS EH CORSE. 33T
On attribue frénéralement la production de la gomme à la piqûre des fruits ou des Qeurs par les larves dont on vient de parler. Mais, il est k présumer plutôt que ces insectes occasionnent seulement l'écoulement de la gomme préexistante. En attendant qu'on trouve un moyen d'empêcher la formation de cette gomme dans la sève, on pourrait essayer d'en déterminer l'écoulement par les fissures de l'écorce, en pratiquant des scarifications sur la lige et les principales branches : c'est ce qu'on fait pour les cerisiers, qui sont sujets aussi à devenir gonimeux dans des circonstances assez analogues à celles déjà indiquées pour les cédratiers.
Rien ne s'oppose, du reste, à ce qu'on détruise les larves qui occasionnent la gomme des fruits. Pour cela, au lieu de laisser tomber sur la teiTe les fruits gorameux et les fleurs à demi rongées, il faudrait les récolter soigneusement et les passer à l'eau bouillante; on détruirait ainsi d'immenses quantités de larves, d'œufs et de chry-
D'après les descriptions qui précèdent, il est facile de reconnaître que le ver du cédrat et son papillon appartiennent à la famille des pyralides, et forment une espèce voisine des teignes. En atten* dant qu'on en fasse une détermination exacte, je désignerai ce papillon sous le nom de teigne du cédrat.
Pucerons. — Les lleui-s et les jeunes pousses de cédratier sont souvent envahis par des légions de pucerons noirs ou verts ; on en voit sur les pieds les plus vigoureux, mais ils ne paraissent pas tour porter de préjudice bien considérable.
Cétoines. — Les fleurs du cédratier sont fréquemment rongées par des cétoines extrêmement nombreuses; j'ai rencontré sur un même arbre la sticlique, la quadriponclvée, la morio, la fastueuse: ce sont ces insectes qu'on appelle en Corse les mouches noires des cédrats. Leurs dommages ne sont pas trés-considérables; au surplus, il est facile de les détruire, car ces insectes tombent lourdement à terre quand on agite légèrement les arbres, de bon matin, exactement comme cela se pratique pour les hannetons ; et on peut les tuer ainsi en grand nombre.
Thrips. — On aperçoit h la face inférieure des feuilles de cédratiers, de petites insectes de couleur fauve ou noire, qui n'ont pas un millimètre de long, et qui marchent avec agilité ; quelques-uns sont aptères, mais la plupart ontquatre ailes longues, étroites, el garnies de longs cils. Ce sont des thrips. Leurs six pattes sont terminées
AiniAUS ACHONomouES. H" 3. — 3. t. — Si
par des ampoules adhésives; elles sont de couleur claire bltnefaâlre, de même que les antennes. Celles-ci ont cinq articles gros et couils, sans compter le mamelon sur lequel cbacuoe est implantée; l'article terminal est noirâtre au bout, et porte une longue pointe.
La bouche est un suçoir court, que je n'ai pas étudié en détail; il est caché sous ta télé, presque contre le stemuBi, à peu près comme chez certains hémiptères.
Le premier anneau du thorax est bien détaché, les deux aulres sont presque soudés complètement easemble. L'idnlemen se renfle jusqu'au troisième anneau, puis diminué graduellement jusqu'au neuvième, qui est i la pointe. Les ailes, rassemblées l'une contre l'autre au repos, ns forment qu'une bande étroite couvrant enviroa le qnart de la laideur de l'abdomen; ^es s'étendent jusque sui- le siuème anneau seulement.
Ces animaux sont si petits qu'ils ne semblent pas capables, malgré leur nombre, de causer de bien grands préjudices.
Kermès, fourmis, etc. — Outre les insectes dont on vient de parler, oo peut en rencontrer encore divers autressur les cédratiers.
Il n'est pas rare d'y trouver plusieurs soitcs de kermès. Je ne les ai pas observées d'une manière ^éciale.
Il y a aussi presque toujours des fourmis, qui sont en quèle de pâture, et viennent récolter les excrétions sucrées des [mcerons et des cochenilles : la présence de fourmis indique presque infailiUement celle de quelque hémiptére exploité par ce parasite d'un nouveau genre.
D« la fttmttgue.
Un grand nombre de cédratiers ^ommeux, situés généralement dans des endroits trop humides ou trop abrités contre le vent, présentant à la face supérieure des feuilles une végétation crj'ptogamique noire, qui ressemble à un dépôt de suie ou de fumée, quand on l'examine sans le secours du microscope : c'est ce qu'on appeQe le noir ou la fumagine (morfée des Italiens).
Turpin, Léveîllé etTuIasne, dont tout le monde connaît les beaux travaux et les magnifiques publications sur les cryptogames, ont décrit avec détail la fumagine ; ces derniers ajoutent que les autres
RAPPORT SUR LES HALIMES HS CteHATEERS EN CORSE. 339
fumaitines lear oat paru être tes mêmes. J'ai ea eflel recoimu dans ceUe du cédratier les mêmes fwiBes qu'on trouve dessinées dans la planche XXXIV de leur ouvrage : Selecta fungorum atrpologia, tome II ; j'ai vu te mycélium avec ses filaments et ses g;emmes ; les spenoogonies avec leurs spermaties; les pycnides remplies de spores; enfin les spores des asques éparpillées f»r la rupture des périthécies; ces dernières m'ont cependaBl échafq)é et je n'ai pas eu occasion de les rechercher depuis.
Je ne saurais donc mieux faire, ce me semble, que de résumer ici la description donnée par MM. Talasne.
Les fumagines sont de petits champignons du groupe des sphériacés. Ils présentent toujours : 1* une membrane ténue, adhérente au tissu de la plante nourricière, et formée de cellules blanches oléifères ; 2° sur celte membrane, un mycélium noir, à filaments flexueux, cloisonnés, dont le diaraèlre est de 8 à 10 millièmes de Diillimèlre ; 3* sur ces filaments naissent çà et là des gemmes, amas de cellules noires rappelant l'aspect des tubercules; et des liges ou bâimis, qui surgissent jusqu'à 1/10 de millimètre de haut et portent un nombre considérable de conidies, on spores ayant 5 millièmes de millimètre de diamètre. On ne trouve que ces éléments quand le champignon végète mal, mais lorsqu'il trouve des conditions pn^ices il développe d'autres oi^aoes de fructification, appelés conceptades. On s'en aperçoit à sa couleur opaque, d'un noir velouté ; de plus, il est rugueux au loucher, et adhère beaucoup moins à la plante nourricière. Les rugosités sont précisément des conceptacles, et il y en a de trois sortes : les f^pennogcmies, les pycnides et les périthécies. Ce sont des anaas, relativement très-volumineux, de cdlules verdâtres, formant des cylindres allongés, ou des mamelons renflés en boule. A l'intérieur de ces cyUndres ou de ces boules se forment des productions spéciales : la première sorte donne des spermaties, corpuscules très-ténus, de 3 à 4 millièmes de millimètre de long; la deuxième sorte, des stylospores, corps ovales, cloisonnés, n'ayant pas beaucoup plus de 10 à 15 millièmes de millimèlre; enfin la troisième sorte contient des thëqucs ovoides (40 à 60""" de long, sur 20 à 25""" de large) où l'on voit (î ou 8 spores.
Les cellules oléifères, les filamenls, les gemmes, les tiges noires, les stylospores, les endospores et les conidies, tout cela germe et se développe quand les conditions sont favorables.
Ces conditions se rencontrent précisément sur les arbres envahis par les pucerons, les cochenilles et les kermès : c'est ce qui a fait croire à beaucoup de personnes que les fumagines se nourrissent da liquide sucré excrété par ces insectes ou de la sève épanchée de la plante qu'ils ont piquée. Mais il est constant qu'on en rencontre de parfaitement développées sur des arbres exempts de ces insectes parasites. Tout porte à croire, par conséquent, que leur nutrition s'opère par l'adhérence de leurs cellules avec celles de la plante nourricière, et aux dépens des sucs de cette dernière.
Tels sont les faits constatés et décrits par MM. Tulasne. Je n'aurai que bien peu de chose à y ajouter.
Nous pouvons remarquer, d'abord, que la fumagine est toujours sur la face supérieure des feuilles, qui est justement celle où peut transsuder te miellat; en outre, elle ne va jamais se fixer sur les arbres exposés au-vent, et peu ou point arrosés, tl faut donc que la surface des feuilles présente un certain état d'humidité ou de viscosité, pour que le champignon puisse y vivre : peut-être les sucs de la plante doivent-ils ôtre dans un état quelque peu anormal, voisin de l'état où ils sont exsudés sous forme de miellat. Cette hypothèse expliquerait pourquoi ces arbres sont recherchés par les hémiptères suceurs, qui se trouvent coïncider avec la fumagine. Dès lors, il n'y aurait qu'à remettre l'arbre dans un état normal pour voir disparaître du même coup la fumagine aussi bien que les insectes.
Du reste, il importe peu, pour le praticien, que les parasites soient cause ou effet de la maladie de l'arbre. Ce qu'il faut, ce sont des récoltes de fruits. On les obtiendra sûrement, en donnant d'une part les soins convenables à l'arbre pour le fortifier, et en détruisant, d'autre part, les insectes et la fumagine par tous les moyens possibles. C'est exactement ce que font aujourd'hui les viticulteurs pour le phylloxéra.
La fumagine se détache spontanément des arbres pendant l'hiver, quand le froid est trés-\if; mais ce remède est pire que le mal, puisqu'il gèle souvent l'arbre lui-même.
U y en a heureusement un autre, qu'on peut appliquer très-facilement et qui donne d'excellents résultats : c'est d'asperger de lait de chaux, avec un gros pinceau, toutes les plaques de fumagine; le champignon est tué. Ce procédé a été recommandé en 1858 pour le noir des oliviers, par M. Companyo, de Perpignan. On l'a utilisé depuis pour les orangers, la vigne et toutes les plantes que le noir
RAPPORT SUR LES HAUDIES DES CÉDRATIERS EN CORSE. Ul
peut envahir : on en trouve une liste nombreuse dans un mémoire de a. Lejourdan, inséré au Bulletin de ta Société d'Agriculture des Bouches-du-Rhâne (avril, 1864).
D« la gromma.
De tout ce qui précède, il résulte assez clairement que les maladies des cédratiers en Coi-se se réduisent au fond à une seule : la gomme. Quand l'arbre est gommeux, il dépérit; les parasites l'envahissent, son écorce s'esfolic; peut-être même la pourriture des racines sur\'ienl-elle comme phénomène consécutif de cet état morbide; j'en dirai autant des rhizoctones.
Conséquemment, tous nos efforts doivent tendr,e à découvrir la véritable nature de l'escrétion gommeuse, afin de mieux la combattre.
Admettons qu'elle puisse, comme on l'a déjà dit, survenir après les époques de gelées, ou sur les arbres noyés d'eau stagnante; noQS ne saurons pas, pour autant, comment elle nait dans le végétal. Des recherches anatomiques pourraient seules nous instruire i ce sujet et nous apprendre si elle est un produit d'excrétion normal, développé parfois outre mesure, ou si elle résulte de la désoi^anisation des cellules. A défaut de telles recherches, je me bornerai à signaler un fait assez remarquable : c'est que toutes les conditions que nous regardons comme des causes probables de sécrétion gommeuse, offrent un point commun; elles supposent loulos un excès d'eau dans les cellules de l'arbie. Après une gelée, par exemple, ou à la suite de variations brusques de température il peut rester de l'eau séparée du protoplasma dans beaucoup de cellules, ainsi que l'indique la théorie de Sachs rapportée plus haut. De même aussi, les terres irop arrosées ou peu perméables doivent fournir un excès d'eau aux racines. Nous sommes ainsi amenés àcetle conclusion, savoir ; que les arbres deviennent gommeux, parce qu'on ne tient pas les terres assez sèches.
Cette idée n'est point en contradiction avec les conclusions des auteurs qui ont étudié celte matière; elle est au contraire en concordance avec la plupart.
Ainsi, Risso «t Poiteau attribuent la maladie de la gomme an passage subit des arbres dn chaud au Troid. Celle transition ne peut èlre funeste que quand il y a surabondance de sève.
Caruso appelle cette maladie apoplexie lympltatique et il croit qu'elle rcsulte d'un défaut d'équilibre entre l'évaporalion par les feuilles, et l'absorption par les racines. C'est dire, en d'autres termes, que les arbres souffrent d'un excès d'eau.
La commission chargée par le gouvernement italien d'étudier la maladie de la gomme, en Sicile, en 1868, a reconnu positivement la mauvaise influence d'une humidité excessive autour des racines {Rapporio délia Commtsswne, etc., pages 13 et 16).
J'ai déjà cité, Â l'appui de la même opinion, les faits énoncés par M. Silvcstri.
Enfin M. Tomabene, dans le même rapport, afîirme que la maladie est une conséquence inévitable de la culture forcée, parce qu'elle emploie une surabondance d'eau et d'engrais. Les cuttivatenrs, dit-il, ont à choisir entre deux systèmes : avoir des arbres qui durent longtemps, avec de petites récoltes; ou avoir de fortes récoltes, et perdre bientôt les arbres parla gomme.
Ce qu'on vient de dire des irrigations excessives, on peut le répéter pour les engrais appliqués sans mesure. L'un ne va pas sans l'autre, car on n'arrose que pour faciliter l'absorption des engrais. C'est donc une trés-raauvaîse pratique, que d'entourer les cédratiers et les orangers en général, de plantes potagères, ou de cultures qui exigent l'eau et les engrais en grande quantité. Ce fait a été parfaitement constaté par la Commission sicilienne dont on a parlé plus haut, et aux environs de Grasse, M. Marcy l'a reconnu cgalemenL
L'abus des engrais est surtout dangereux quand on les applique à l'état frais, et demi-liquides; ils s'échauffent beaucoup en se décomposant, et s'ils touchent les racines, comme cela n'est que trop fréquent, ils font pourrir les radicelles el allèrent la sève de l'arbre. A ce sujet, le professeur Schultz-Schulzenstein, cité par M. Goeze dans son mémoire sur les orangers, s'exprime en ces termes : c D'après mes recherches près du lac de Garde, la maladie débute par les racines, et les feuilles ne tombent qu'après. La pourriture des racines a commencé par wne exfoliation de l'écorce, maladie que j'ai décrite au journal d'horticulture de Koch (mars, 1861). Comme cause occasionnelle de la maladie des racines, j'ai reconnu les fumures excessives de fumier de vache et d'âne, qui échauffent
RAPPORT SDR LES 1UUME& BES CÉDRATIERS Elt CORSE. US
fortement la terre. Ces fumiers provoquaient une floraisoD extraordinaire, avec une telle quautité de fruits qu'un arbre en portait plusieurs milliers en un an; mais ensuite il devenait malade. Le sol, malgré une bonne' irrigation, était infecté de pourriture, et il fallait le remplacer par de la nouvelle terre. >
Malgré tous les témoignages qui précédent, il ne faudrait cependant pas croire qu'une telle opinion soil admise unanimement par tous les savants.
Ainsi, M. Decaisne a pensé que l'appauvrissement du sol, par les lavages des irrigations, pouvait être la cause de la maladie des orangers d'Hyères (Voir : Flore des serres, 185i-55).
M. Goeze croit qu'il faut chercher cette cause dans la présence d'un champignon, qui existerait sur les racines. D'autre part, il signale, comme plus réfractaires à la maladie, les bigaradiers, et tout ce qui est grelTé sur eux : ce serait là Vespéce mère, qui infuserait une nouvelle vigneur aux variétés affaiblies par les croisements. Mais il est inutile, à mon avis, de recourir à l'hypothèse d'un affaiblissement par les croisements, les greffes, ou les boutures pour se rendre compte de ia résistance spéciale que présentent les bigaradiers à la maladie de la pourriture des racines et à celle de la gomme. Il sulFit d'admettre que leurs racines absorbent l'eau moins facilement que celles des orangers à fruit doux, et des cédratiers. Quant à l'existence d'un champignon, elle me semble possible, mais comme etfet secondaire du mal , ainsi que je t'ai déjà expliqué pour les autres parasites.
L'idée d'une régénération par le retour à l'espèce mère est assorément fort séduisante, mais en fait, beaucoup moins utile qu'on ne pourrait croire. Elle suppose premièrement que les espèces ont dégénéré, ce qui n'est pas prouvé le moins du monde. En second lieu, elle nous conduit, en vertu de l'influence du sujet sor la greffe, à la perte des variétés les plus estimées, dont la création a coûté beaucoup de temps et <Ie peines.
Néanmoins il se peut que la greffe sur bigaradier puisse être utile, pour les limoniers, par exemple. Dans un Rapport adressé en 1874 à M. te ministre des affaires étrangères, M. Héritte, consul de France à Messine, fait mention de la vigueur et de la beauté desarbres ainsi obtenus ; mais on ne peut pas encore apprécier la qualité de leors fruits, parce qu'ils n'en porteront que dans quelques années.
Pour ce qui regarde les cédratiers, l'expérience a été faite ea Corse. MM. Vallesi, habiles cullivaleurs à Vescovato, m'ont appris qu'il en résulte des fruits durs, de couleur foncée, mauvais pour la confiserie, et par suite, impropres à la Ycntfe.
Des greffes sur mandariniers n'offriraient sans doute pas cet incoDvénient. Ce serait un essai à faire.
Avant de rien conclure d'une manière positive sur les diverses questions que nous venons d'examiner, il faudrait faire encore de nombreuses expériences. Actuellement, on ne peut guère donner que des règles provisoires, h litre de Simples conseils. Sous celle réserve expresse, il est permis d'exprimer tes propositions suivantes :
I. La gomme des cédratiers vient d'une altération de la sève, Celle altération peut résulter : 1' du froid qui a saisi les arbres; 2* d'irrigations excessives ; 3° de l'application d'engrais trop abondants ou à action trop rapide.
II. On fera bien de protéger les arbres contre les variations de température, par des abris de cyprès, par des paillassons, et par •des buttages.
III. On gouvernera les irrigations d'après le degré de perméabi- 4ité du sol. Si on soupçonne le sous-sol de contenir de l'eau stagnante, on fera des fossés d'assainissement très - profonds (où les racines ne puissent aller sep!on{;er); ou bien on renoncera à cultiver cette teiTc en cédratiers, pour en cbercher une plus propice.
IV. On emploiera des fumiers bien consommés et des engrais i action lente.
V. On détruira par l'eau bouillante les fruits gommeux, et les fleurs attaquées par les larves du papillon du cédrat.
VI. Si la gomme survient faiblement, on essayera de la dériver sur les tiges*, en y faisant des scarifications, comme c'est l'usage (tour les cerisiers. Si elle est trés-intense, on déchaussera le pied pour constater l'état des racines, cl on comblera le trou avec l'une -des substances qui paraissent exercer une action favorable, comme sont tes morceaux de charbon, la houille, les pierres, les débris de
RAPPORT SDR LES HAUDIES DES CtoHATIERS EN CORSE. 3J5
démolitions, la terre mélangée de gypse, ou de cendres, ou de suie, ou de chaux.
Yll. On élaguera les branches qui rendent les arbres trop toulTus, et gênent la circulation de l'air. Ensuite on jettera du lait de chaux sur les parties noires de fumagine, et on nettoiera avec un chifTon imbibé de benzine les points envahis par les cochenilles.
Pour compléter et, au besoin, corriger les conclusions précédentes, je rapporterai dans l'appendice qui suit, celles qui ont été formulées par la Commission sicilienne, en 1868, et par les savants professeurs de Catane en 1874. J'en laisse, bien entendu, à leurs auteurs tout à la fois le mérite et la responsabilité.
1. GondnaioiiB du rapport de la commisBioii nommée par 8. E. 1« miniatro d« l'agricnltore et du commerce d'Italie, poor étudier la maladie dei orao^ers en Sicile :
FiLiPPO Parlatore, président; GiAco»o Sacchebo, j ^^^t,
SeBASTIANO de LlCA, )
GmsEPPE Inzenca, secrétaire rapporteur.
i. Pour la mulliplication cl la plantation des orangers d'espèces et variétés quelconques, on devra renoncer absolument à la méthode des boutures ou marcottes (vulgairement cavigghiuna).
â. On choisira des bigaradiers ou orangers à fruits amers, pour y greffer les espèces et variétés dont on veut former la plantation, ou qu'on veut mettre à la place des pieds qui manquent.
3. En greiïant sur bigaradier les variétés que l'on a choisies, on recommande de placer la grelTe sur le sujet aussi haut que possible, soit dans la pépinière, soit en place, et de ne pas suivre l'ancienne coutume des jardiniers, qui font la greffe tout près de terre.
A. L'oranger i fruits doux, ou oranger de Portugal, étant le seul dont la qualité ne se détériore pas notablement quand on le reproduit par ses propres graines, on pourra le multiplier de cette manière, sans le greffer, on bien on le greffera sur bigaradier.
5. Pannï les nombreax procédés que les praticieDs ont essayés pour arrêter la dilTusion de la maladie d'un arbre à l'autre, et en prévenir la ruine totale, on recommande celui qui consiste à tailler avec le fer la partie malade jusqu'à ce qu'on trouve l'écorce et le bois bien sains, et à luter la plaie avec l'onguent de Saint-Fiaere, ou une pâte d'argile et de bouse de vache.
6. Pour appliquer le procédé susdit, il est nécessaire d'exercer une surveillance intelligente et assidue sur tous les arbres, afm de les traiter aussitôt que la maladie se manifeste, et ne pas attendre qu'elle soit invétérée et répandue dans l'intérieur et autour de la tige ou des piîncipales branches.
7. Les cultures potagères d'été, et celles de plantes annuelles qui exigent l'arrosage, ne peuvent être sans danger associées à celle des orangers, parce que cela prédispose au développement de la maladie, ou aggrave celle-ci quand elle existe déjà.
8. Dans les jardins nouveaux, où l'on est obligé par des raisons économiques de tirer parti de la terre, en associant des cultures à production rapide, et propres à la vente, on exclura les plantes potagères d'été pour y substituer, en association avec les orangers, des plants de vigne isolés ou en treille, pour le vin ou pour la table ; cette pratique se voit déjà en certains endroits.
9. L'irrigation et les engrais, qui sont indispensables aux arbres pour les rendre vigoureux, cl les faire fructifier régulièrement, doivent être appliqués avec modération ; on ne doit pas, par avidité du gain, livrer la terre à une culture forcée.
10. Une inQuence défavorable est exercée, d'une manière évidente, par l'humidité qui reste stagnante autour des racines dans le sous-sol, faute d'une perméabilité suffisante. Pour arrêter ou diminuer les dégâts que cause la maladie, ce sera toujours une excellente chose d'enlever cette eau stagnante de dessus les racines, au moyen de canaux d'écoulement, ou fossés, plus ou moins profonds selon la nature et la disposition des terres; ces fossés traverseront les jardins pour les débarrasser de cet excès d'humidité, ou la faire descendre plus bas que les racines.
11. Ces canaux d'assainissement ne pourront jamais être que trèsutiles dans toutes sortes de terrains, même dans les jardins qu'on n'arrose pas, mais qui sont inondés en hiver. On doit les considérer comme d'une importance eitrème et vitale pour les terrains où
IL\PPOItT SUR LES HjUJDfES DES QEDRATIERS EN CORSE. 34T
l'aigle domine, qai sont peu pennéables, et plats, comme les teires ■4e Barcell<ma et de Mdazso.
1â. OnpourraitctHiseiller, comme plus économique, une pratique qui diffère de la précédente et qui conduit au même but, pratique encore inconnue en Sicile, mais bien digne d'y être introduite par quelque propriétaire zélé et intelligent, pour améliorer les conditions hydrologiques des terres : c'est celle du drainage tel qu'il se bit dans d'autres pays.
(Paknno, le 1 octobre 1868.)
n. Conclttsioas des rapporte adresBéa A S. E. le minùtte de l'agricnltar«, de lindnrtrie et du commerce d'Italie, le 10 man ISH, relatâTement à la maladie de la gomme, par UM . SUvea^ et Tomabène, professeure à l'Institut techmqne de Cataae.
CONCLUSIONS DE H. SILVESTHI :
1° Sur la nature des terres prises dans les jardins où les orangers sont prospères et vigouretix, coviparées aux terres des plantations atteintes de la maladie.
Les premières ont un coefficient d'imbibition supérieur; un coef- Gcicnt hygroscopique supérieur ; un poids spécifique moindre.
Analysées mécaniquement, les premières offrent des éléments plus menus, plus homogènes, d'une nature mixte : sable, calcaire et argile. Les autres, qui sont moins propice*, présentent des éléments plus gros, formés de roches siliceuses, ou d'arçile, ou de silice et d'argile.
Les premières sont riches en carbonates, tandis que les autres en renferment peu ou point ; il en est de même pour le chlore (à l'état de chlorure), des acides sulfurique et phosphorique(à l'état de sulfates et de phosphates), de la chaux, qui est très-abondante dans les premières, et rare dans les autres. Enfin les premières sont presque trois fois plus riches en potasse, soude et alumine, et un peu plus pauvres au contraire en matières organiques (1).
2" Sur les différences chimiques qui peuvent exister entre les diverses parties des orangers sains et des orangers malades.
Le tissu ligneux des limoniers sains présente un poids spécifique
(t) Vair la tablMn, pafe 331.
Stë E. M&iim.
sensiblement supérieur à celui qu'on trouve aui limoniers malades : ceux-ci montrent dans l'intérieur de leur tige des lâches blanches disséminées çà et là. On a vu par le tableau inséré page 3âl les différences de composition que présentent les cendres des arbres sains et des arbres malades.
Les substances solubles dans l'eau, l'alcool et le sulfure de carbone, sont moins abondantes dans le tronc des limoniers sains; c'est le contraire pour les feuilles et les racines, comparées aux feuilles et aux racines des arbres malades.
Le poids total des substances minérales contenues dans le tronc, les feuilles et les fruits des limoniers sains, est beaucoup plus grand que celui qui correspond aux limoniers malades.
Dans les cendres des plantes saines, les sets alcalins (soude et potasse), la chaux et la magnésie, l'acide phosphorique sont en quantités plus grandes que dans les cendres des plantes malades.
Dans les plantes saines (tant le tronc que les feuilles et les fruits), on trouve moins d'azote que dans les plantes malades.
3° Sur la nature de l'exsudation gommeuse gui accompagne la maladie des orangers.
La gomme provient de l'épaisslsscment d'une exsudation gommeuse ou visqueuse qui sort à l'extérieur en s'ouvrant un passage à travers l'écorcc. Elle tire son origine du tissu jeune de la zone génératrice lequel se désagrège, et du cambium qui se transfomie ; on y trouve en effet une matière gondt'c, transparente, élastique, insoluble (bassorine) ; et une matière soluble (arabine) ; et de plus des cellules, les unes complètes, les autres incomplètes et en voie de destruction, des paquets de trachées et de libres, ainsi que des globules de matière verte.
La gomme épaissie a une couleur jaune rougeàtrc, un poids spécifique 1,4637 à 16' c. (le même à peu près que celui de la gomme arabique et de la gomme adragantc), La gomme pure contient, pour 100 parties en poids, 97,8 d'arabinc soluble dans l'eau, et 2,2 de bassorine insoluble, susceptible de se gonfler dans l'eau. On y trouve en outre, 0,087 pour 100 de matière soluble dans l'alcool absolu: 0, 871 pour 100 de matière soluble dans l'étlier; 1,6 pour 100 de matière soluble dans le sulfure de carbone : toutes ces matières exlractives ont l'aspect vcrdiltre, et les caractères de la chlorophylle amorphe.
La gomme des limons soumise à l'analyse a fourni pour 100 en