DE LA VIGNE CARACTÉRISÉE PAR LE PHYLLOXERA
L'école d'i|riciUliira ie HoilpelliM'
Personne n'ignore aujourd'hui qu'un véritable fléau s'est abattu 6ur nos vignobles. Connue d'abord sous le nom de pourrilare des racines, cette nouvelle maladie de la vigne fut signalée pour la première fois dans le Gard en 1863; puis elle s'étendit rapidement dans les départements de Vaucluse, du Gard, des Bouches-du-IUiône; en 1869 elle remonta le Rhône Jusqu'à Valence et vint attaquer au midi le département du Var et celui de l'Hérault; en 1872 eUe s'avança davanl^ dans tous les sens, et aujourd'hui elle se manifeste presque partout, dans le Beaujolais et la Suisse, dans le Bordelais, les Charentes et le Poitou.
En juillet! 868, MM. Pianchon, Bazille et Sahut, délégués pour étudier la nouvelle hialadie, découvrirent sur les racines de vignes malades de la Crau un insecte presque microscopique, le phylloxéra. Cet insecte, sorte de puceron des racines, existe sur toutes les vignes attaquées de la maladie connue alors sous le nom de pourriture, et cette présence, corrélative de la maladie elle-même,
EXPÉRIENCES SDK US V[GNES ITTEINTES PAR LE PHYLLOXERA. 35
a' fait naître plusieurs théories sur l'origine et la cause première du mal, et apparaître une infinité de procédés de guérison.
Le phylloxéra est-il cause ou effet? Si c'est lui qui détruit les racines, qui arrête la végétation et fait périr la plante, il faut le faire disparaître pour détruire le mal. S'il n'est que la conséquence, l'effet d'une ou plusieurs causes, il faut chercher ces causes premières et trouver le moyen de rendre à la vigne sa santé, sa vigueur, et le phylloxéra ne sera pas plus redoutable que ces myriades d'insectes qui, à certaines époques,. attaquent nos cultures.
La première d^ ces deux opinions a encore de nombreux partisans; détruire le phylloxéra est la grande affaire, la chose pressante ; et les insecticides sont encore en grande faveur malgré leur peu de succès jusqu'à ce jour. La submersion des vignes, ou le passage d'une couche d'eau de "10 centimètres d'épaisseur sur le sol pendant 30 à 40 jours a été préconisée par M. Faucon; elle paraît avoir donné en certains points des résultats satisfaisants; mais ceux-ci doivent varier suivant la nature du sol et du sous-sol, la nature des eaax, etc., il faut remarquer en outre que dans bien des cas le pro- <^édé est impossible à mettre en pratique ou ne peut Âtre- appliqué avec économie. Une autre idée s'est encore présentée à l'esprit de feux qui croient au phylloxéra cause du mal : chercher des ce-' pages résistant à l'insecte, végétant avec lui; delà l'introduction de certains cépages américains, quoique, dit-on, ce soient eux qui nous aient importé l'insecte dévastateur. , Toutes ces questions, toutes ces théories ont été abordées, sinon discutées, pendant le congrès viticole d'octobre 1874 tenu à Montpellier. Je neveux pas répéter ici tout cequiaéti';ditetécritsur ces interminables discussions ; je crois voir la vérité ailleurs et je veux simplement ici rappeler au public agricole certaines expériences faites au Mas de Las-Sorres, près Montpellier, et en discuter les résultats.
Le récit de ces expériences a été fait par M. Henri Mares, avec son talent habituel, dans la séance du 28 octobre dernier du congrès viti-, cole. D'une autre part, mes collègues Durand et Jeannenot présentaient un tableau des plus intéressants, des plus instructifs, des expériences qu'ils avaient eux-mêmes dirigées au Mas de Las-Sorres, vigne sud; et la commission départementale de l'Hérault offrait aux membres du congrès un rapport très-circonstancié au sujet de ces mêmes expériences.
( Le 6 juillet 1872, dît ce rapport, les essais furent commences
sur une vigne phylloxéree, désignée sous le nom àe vigne sxid, et cinquante et un procédés y furent appliqués sur des carrés comprenant chacun 25 ceps, séparés de tous côtés tes uns des autres par une double rangée de ceps. Ceux-ci ne reçurent aucun remède, dans le double but d'empêcher que les sul)slances employées dans les divers carrés ne pussent avoir d'influence les unes sur les autres et de servir plus tard de témoins pour les comparer avec les parties traitées. »
La commission résumait les résultats de celte série d'expériences en disant : « Les procédés de guérison expérimentés jusqu'à ce jour n'ont produit aucun effet bieii appréciable sur la nouvelle maladie de la vigne; cependant, d'après les résultats co}islatés à Las-Sorres, il semblerait que, sous l'influence des sels à base de potasse, combinés avec le soufre, ainsi que sous celle de fortes fumures, la vigne malade reprend de la vigueur, mais sans que pour cela le phylloxéra soit détruit, t
1 En 1873, les expériences continuèrent tant sur la vigne sud que sur deux autres vignes faisant partie du domaine do Las-Sorres,
cent quarante procédés furent essayés Les conclusions de
la commission furent que, t sans faire disparaître le phylloxéra , les fumiers et les engrais, surtout ceux qui sont riches en potasse et en matières azotées, ont produit quelques bons effets sur les vignes malades, en activant leur végétation et permettant à leur fructification encore peu abondante de s'accomplir, i
» En 187i, les épreuves faites sur la première vigne, désignée sous le nom de vigne sud, ont été continuées, mais avec cette particularité que les procédés n'ont été renouvelés que sur trente-trois carrés où une amélioration s'était déjà produite.
» Sur ces carrés, les traitements qui étaient répétés pour la troisième fois ne furent même que partiels, et ne comprirent que les- 3/5 des ceps dont se compose chaque carré soumis aux expériences» dans le but de s'assurer de la durée de l'effet des substances employées sur les vignes malades.
* De ces dispositions il résulte que la vigne sud n'a reçu en 1 874,. d'applications que sur trente-trois carrés, et que celles-ci ne se sont étendues qu'à 15 ceps par carré de 25.
> En résumé, les expériences faites jusqu'à présent par la
commission sur les vignes du Mas de Las-Sorres, sont au nombre de 259 et s'étendent sur une surface de deux hectares et demi.
* L'intérêt de ces expériences se concentre sur la vigne sud.
EXP£R[ENCES SGR les vignes ATTEEHTES par le PHYLLOXERA. 3f
^ans laquelle les essais sont en observation depuis trois années et «jui est notoirement atleiote par le phylloxéra depuis quatre ans. >
Le rapport présenté au congrès vîticole se termine par les réflexions suivantes :
1 Cet état de choses fait encore mieux ressortir l'efficacité des traitemenls dont nous constatons les succès, et indique clairement la voie qu'il faut suivre pour conserver les vignes, malgré le phylloxéra, puisqu'on n'a pu jusqu'à présent le détruire complètement.
» Mais, si nous constatons la vigueur nouvelle et le retour à la fécondité d'un certain nombre des carrés traités, nous appuyons aussi sur ce point que le phylloxéra s'y trouve toujours et qu'ils restent ainsi exposés à ses attaques.
> Le danger est donc encore imminent, à cause de la présence de cet insecte.
> Il semblerait, en conséquence, nécessaire de traiter la vigne, sinon tous les ans, au moins tous les deux ans, en s'efTorçant à faire revenir les ceps des points d'attaque pai' l'emploi des moyens les plus énergiques.
> La commission n'a point, dans ce rapport, A indiquer la marche à suivre pour atteindre ce but; celte marche se déduit d'ailleurs de l'exposé des expériences qui précèdent, »
On pourrait se demander pourquoi la commission n'a pas voulu indiquer, en s'appuyant sur ses propres expériences et faisant toutes les restrictions nécessaires, cette marche à suivre pour régénérer les vignes atteintes. Elle aurait pu formuler un ou plusieurs traitements à suivre, au moins à titre d'essais; son rapport ne s'adressait pas seulement aux agronomes instruits qui faisaient partie du 4'ongrès, mais encore à la masse des viticulteurs, qui malheureusement ignorent les premiers principes de la science agronomique.
Ce qui étonne davantage, après les lignes précédentes, c'est la conclusion qui fmit le rapport :
« Beprenant et complétant les termes dont elle s'est servie dans son rapport de 1873, la commission se croit atitorisée à déduire des résultats obtenus en 1874 que, sans faire disparaître le phylloxéra, les mélanges d'engrais riches en potasse et eti matières azotées, surtout quand certains d'entre eux présentent des pro~ priétés insecticides, tels que les mélanges dans lesquels entrent les sulfures et les sulfates alcalins et terreux, les sels d'été des salines, la suie, les cendres végétales, Vamntoniaque, la chaux, ont pro-
38 AVBSTHAII».
duit de bons effets sur les vignes malades, en activant leur végétation, en augmentant leur production et en permettant à leur frwlification de s'accomplir, a
Celle conclusion du rapport de la commission n'est peut-être pas aussi nette, aussi précise que celles données en -1873 et 1872; la qualité d'insecticide attribuée aux sulfates alcalins et terreux, aux cendres, à l'ammoniaque, etc., est [jeut-étrc un peu hasardée. Nous allons essayer, sans parti pris, de faire ce que la commission a voulu laisser au public agricole: déduire des précieux documents qu'elle apportait, des excellents tableaux fournis par MM. Durand et Jeanncnot, la marche à suivre pour enrayer la maladie et faire prospérer la vigne malgré la présence du phylloxéra.
Sl'BSTANCES EHPLOVÉES PAR CEP.
5 kil. de ruinicr, I kil. de ee.niri^», 5 au, 00 gr. de elilorhydrale
5 kiJ. de rumirr. 2 litres de cendres de bois, t/i lilre de cbaux ttrasso
101) gr. de sulfure de patassium, M lilres d'urine humaine
M de liU-c de suie, 1 kil. de sel 750 Rr. de sulfate de fer et ÏU litres humaine
0 litres d'urine de vache, 1, 10 litre d'huile
5 liires d'arine de vaehe, 3,* lilre* de gou-
5 lili-es d'urine de vache
1 kil. de teurieau dnriein
t kil. de lourteau de eoixa
60 gr. sulfate de fer, SUO iir. tourteau de culza, iiU gr. engrais sutfuliiiL'
pour tous res carrés le feuitlai'e était Irùs-vert e l" ù 1",50.
kiloghahues dp. raisins
pas pesé.
pas pesé.
; la longueur des sarmmts v
Remarquons d'abord que, dans trois essais 'où le sulfure de potassium a été appliqué seul, les résultats ont été négatifs; les cendres de bois employées seules ont donné un résultat meilleur, mais il n'y a eu qu'un seul caiTc expérimenté de cette façon; la suie employée seule a aussi donné un bon rendement, mais l'expcnence
EIPËRIENCES^SOR LES VIGNES ATTEINTES PAIt LE PHïLLOUItA. 39
n'a été faite que sur un carré, et quand sur d'autres carrés elle a élé appliquée en mélange avec d'autres substances, on ne voit plus son heureuse influence. Il faut donc passer sur ces expériences douteuses et arriver à celles que le rapport désigne d'une manière toute spéciale et où l'on peut mieux juger de l'influence des matières em-
Le tableau précédent extrait du ti'avail de la commission va servir de base à nos appréciations.
Sans nous attacher à faire ressortir l'action plus ou moins nulle de quelques-unes des substances entrant dans les mélanges ci-dessus, cherchons à nous rendre compte des quantités d'azote, de potasse et d'acide phosphorique apportées. par cep. En prenant la moyenne des analyses connues de ces diverses matières, nous pouvons faire le Il suivant :
AZOTE
POTASSE
ACIDE
RE.NDEKE.NT
pJ«..phori,«».
kihicr.
li'i ■
aw
bi
iO
Iraccs
traces.
ir,
SA
En examinant ce tableau, on est étonné de la faible proportion d'acide phosphorique de quelques-uns de ces engrais, et au contmire de l'énorme .proportion de potasse apportée par eux, surtout pour les n" 38, 39, -40, qui ont donné des rendements très-satisfaisants qui se traduiraient par une récolte de 100 hectolitres de vin par hectare.
Ces résultats me frappèrent tout d'abord, et j'en cherchai naturellement la raison dans la composition du sol sur lequel les expériences furent éiablies. Cette composition aurait dû être déterminée avant les expériences elles-mêmes en plusieurs points. On savait que le sol de la vigne sud était argilo-calcaire ferrugineux; mais c'était une donnée incomplète ; il fallait connaître la proportion de potasse
AEB*VH*OB.
et d'acide phosphorique de la terre. Grâce à l'obligeance de M. Durand, je pus obtenir trois échantillons de la terre de la vigne sud, pris dans une pai-tie qui n'avait reçu aucune fumure depuis douze ans. L'un fut pris à la surface du sol, l'autre à 25 centimèlres de profondeur, et l'autre à 50 centimètres. Pour chacun d'eux je recherchai l'acide phosphorique et ta potasse par le traitement de l'eau régale, en suivant la méthode de P. Gasparin (i), et la potasse immédiatement soluble par la méthode suivie à Grignon par P.-P. Dehérain. Voici les résultats de ces neuf dosages ;