DÉTERMINATION DE LA VALEUR NUTRITIVE DE L'AJONC
L'ajonc marin ou jaunel est, parmi les plantes dont la végétation estsponlanée en Bretagne, celle qui mérite le plus de fixer l'alten- Uon des agriculteurs; ceux-ci n'ont, du reste, eu garde d'y manquer. Tous les agriculteurs bretons tiennent l'ajonc en grande eslime, ne lui trouvant guèi-e d'autre défaut que la difficulté de sa manipulation.
Il ne faudrait pas conclure, de ce que l'ajonc croit spontanément, que l'on peut se dispenser de soigner sa culture ; cette plante est délicate pendant sa jeunesse, elle redoute alors aussi bien les gelées tardives, que les rayons trop ardents du soleil ; mais dès sa seconde
année une plantation d'ajoncs peut fournir d'abondantes récoltes , d'autant plus précieuses qu'elles donnent en novembre, décembre, janvier et février un fourrage vert, très-riche en principes utiles, comme je vais le montrer plus loin ; et, à pareille époque, toutes les autres légumineuses ne peuvent être consommées qu'à l'élat sec.
La préparation de l'ajonc s'opère encore d'une façon presque primitive dans mainte métairie de Bretagne. Le pilage dans les auges est une opération trop longue et trop fatiguante; l'emploi du hache-ajoncs qui se substitue de plus en plus au pilage ne saurait trop être recommandé.
Au commencement de février, j'ai recueilli les rameaux d'un an dont je donne l'analyse plus loin. Ces rameaux, préalablement coupés au hache-ajoncs rotatif ont été desséchés dans une éluve à courant d'air dont la température fut maintenue plusieurs jours à 100 degrés. J'ai obtenu ainsi la proportion d'humidité qui est de 53 pour 100. Sur la matière ainsi desséchée et réJuite ensuite en une sorte de farine, à l'aide d'un petit moulin portatif, j'ai fait toutes les opérations qui m'ont amené à assigner à l'ajonc la constitution suivante :
• Humidité 53,000
NaliÈrei minéralet 1,347
Hiitiëres graues 1,11 B
Haliire cellulosique 11,!I37
Eitractirnon aioté ' 26,397
Malière azotée 6,310
Une analyse incomplète des cendres y a révélé la présence de
SubsUnces «iliibles daus l'eau (sulfates, chlorurGS, CJirbonatei. et Uitces de phog^ihates el de silicates alcalins 49,307
Subilances solublcs dans racide nitrique (carbonates et pbosptiates alcalino -terreux, oxyda de Ter, (races de sulùtes, elc *7,5I0
Silice insoluble dans l'acide nitrique 3,183
Si l'on tient compte du rendement des ajoncs, qui peut s'élever i 30000 kilos ù l'hectare, on est forcé de reconnaître que l'ajonc est ane plante des plus précieuses. Voici une anecdote à ce sujet :
Un concurrent pour la prime d'honneur dans le département du Morbihan emmena la commission de visite pour lui montrer, disaitil, une luzemière dont le rendement était plus élevé que 14000 kilos de foin sec à l'hectare; la commission eut un moment de désappointement en se trouvant en présence d'un cliamp d'ajoncs. Ce
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conearrent avait pourtaot raison, car si sa récolte annuelle était de 30000 kilos à l'hectare, il n'y obtenait pas moins de
1893 kilo» de milièret aïolées, 335 kiloi de matières graues, 1919 kilo» de nialièrw extrielii'M nnn azoUei.
Alors qu'en se rapportant aux tables de Kubn on trouve que 14000 kilos de foin sec ne fournissent que
1190 kilai de matières azotées, iVt kilos do matières graiw», 5363 kiloa de matières exlractivea non azatèci.
Si l'importance de l'ajonc comme fourrage est incontestable, elle ne Test pas moins comme engrais : dans toutes les mélairïes on le répand sur toute la surface des cours pour qu'il y soit écrasé; celle niéUiode, qui peut, au premier abord, paraître irrationnelle, esl pourtant Irès-juslifialile par l'économie de pilt^e qu'elle procure. Une expérience comparative du promoteur des progrès agricoles en Bretagne, M. Rierfel, directeur de Grand-Jouan, a établi, il y a longtemps, que l'ajonc pilé, additionné de phosphate, produisait le même effet qu'un même poids do bon fumier de ferme également addilionnè de phosphate.