IV. — GonoltiBÎons
La série 11, qui était privée de potasse, a fourni dans toutes les cultures un résultat uniforme et très-frappant.
Lorsque la potasse manque l'accroissement de la plante est arrêté, et ni la soude ni la lithine ne peuvent remplacer la potasse dans ses fonctions physiologiques; la lithine exerce même une action délétère. L'arrêt de développement est dû à l'incapacité de la chlorophylle de produire de l'amidon, la jeune plante végète d'abord aux dépens de l'amidon de réserve contenu dans la graine; mais celui-ci consommé, elle persiste dans un état d'inanition parfait qui rend même inutiles les autres aliments minéraux. Quand on ajoute ensuite de la potasse à ta solution, la plante commence immédiatement à se ranimer; il se l'orme de l'amidon dans les grains de chlorophylle; l'aillux des matériaux élaborés vers le cône de végétation parait se rétablir et les organes végétatifs se développent régutièremcnt. La forme sous laquelle on présente la potasse à la plante ne parait pas èti'e importante. Avec tous les sels de potasse
ROLE PHYSIOt-OGIQUE DU POTASSIUM DANS LES VÉGÉTAUX. 19T
que nous avons employés, les grains de chlorophylle engendrent de grandes quantités d'amidon. Il nous est donc permis de tirer de nos expériences les conclusions suivantes :
Les grains de chlorophylle n'engendrent d'amidon autockthone que soiis l'influence de la potasse, quelle que soît d'ailleurs la forme sous laquelle cette base se présente.
Quant à l'accroissement ultérieur de la plante, qui repose sur l'écoulemenl régulier de l'amidon formé dans la feuille, la nature du sel de potasse paraît au coniraire exercer une influence notable. Les plantes élevées dans des liquides contenant la potasse à l'état de sulfate, de phosphate et même d'azotate, dénotent bientôt des sjraptômes palhologiques qui reposent en dernière analyse sur l'accumulation de l'amidon dans les feuilles et par conséquent sur la rupture de l'équilibre entre la production et la métamorphose de l'amidon. Ces phénomènes peuvent apparaître à différents âges et de lA dépend le port différent affecté par les plantes malades; lorsque la maladie intervient avant l'allongement, la plante devient touffue et rameuse. L'amidon entassé au commencement dans la tige est iiTégulièrement consommé et ne se remplace pas, de sorte qu'il y a dans la distribution de l'amidon des irrégularités caractéristiques; linalcment il n'y a plus d'amidon dans l'axe, tandis que les feuilles sont surchargées. Quelle est maintenant la cause de cette maladie ? Comme elle s'est monti-ée dans tous les cas d'une même série de cultures, nous croyons pouvoir admettre qu'elle réside dans la composition chimique du milieu. Elle est très-intense dans le sulfate et le phosphate de potasse, beaucoup moins dans l'azotate, et les plantes traitées par le chlorure de potassium sont tout à fait normales.
Les résullats des recherches chimiques concordent parfaitement avec les observations morphologiques; la formation de matière végétale dépend de la présence de la potasse et le chlorure est le sel le plus favorable; ce n'est pas le défaut de potasse qui cause l'accumulation de l'amidon dans les feuilles, mais uniquement la combinaison dans laquelle la potasse est engagée ; après le chlorure de potassium, l'azote de potasse est le sel qui agit le plus favorablement; est-ci; parce que cette combinaison est plus favorable par elle-même? On pourrait croire que la plante ayant besoin d'une quantité d'azotate très- considérable relativement aux quantités de sels minéraux et ne trouvant cet azote qu'à l'état d'azolate de
potasse, absorbe ce sel en très-grando quantité. Peiit-fitre l'atotâte de potasse cst'il décomposé dans le î;iic cellulaire avec forinatiôtï de chlorure de potassium, car le chlorure de calcium ne manqué paa dans les cpIIuIcs et la chaux devenue libro peut s'unir à l'acide oxalique qui est três-généralement répandu dans la plante. (1)
Ces recherches sont donc une confirmation d'im certain poids pour les travaux de l'un de nous sUr Vimporlance du chlora dans l'organisim végétal (2). Le chlorure de polassium est non-fleulemcnt la meilleure forme sous laquelle on puiRse oITrir le potassium du snrrasin, mais aussi la meilleure forme Bous laquelle on puisse lui oflVir le chlore {comparativement aux chlorures de calcium, de sodium ol de magnésium).
Les plantes auxquelles le chlore fait défaut ne continuent pas moins à fabriquer de i'nmidon dans leurs feuilles; cet amidon s'accumule aussi dans toutes les parties de la tige, où il sert ft praduiro des quantités anormales de cellulose, de lignine, de suber, maia d'où il ne se dirige pas vers les fruits.
On a souvent prétendu, en s'appuyant sur des essais de grands culture (3), que le sulfate de potasse est préférable au chlorure, avec lequel los betteraves produisent moins de sucre et les pommes da terre moins de fécule. Mais le sol ne pourrait-il pas jouer iol un rôle particulier et opérer des combinaisons et des décomposUiona que nous ne connaissons pas? Nous ne serions pas étonnés d'arriver A des résultats contraires en cultivant ces plantes dans l'eau. ¥,n ajoutant à un sol décomposition complexe du chlorure de potassium, il peut se former du chlorure de magnésium nuisible aux plantes et du chlorure de calcium', la force absorbante du sol pour ces deux sels est d'ailleurs tiès-faible et ils ne tarderaient pas & tîltrer dans le sous-sol.
Voici donc enfin les réponses aux questions que noua nous étions proposées au commencement de ce travail.
1 . Dans une sotution privée de potasse, mais contenant tous lu
(I) Le< nuleurs supposenl probablement comme le Tail M. EmmerlinK {Lattdio, Ytrt. Stal., Istl) que l'axotato de i^hau^ csl décompasi! par de Vxdàe oxaliquo libre et qiio l'acide niotLiiue devient le point de départ des mallères albumlnoïdes.
(i) Lamiw. Veriudu-Stal., VIE, 1S05, p. 371
(:i) Heniicberg, Hobbe u. Sirohmmn. Landui. Veri.'Slal. Jakrttb. /Ur, IS6T, p. <S, 118. Voyei en oiilre, plus loin les expérience» qui ont été faite* avec les mêmes liqueur» sur le lepidùtm tatùmm (creuon alénois) , et dans leiqoeUes le lulfkle de potesM a éU le plus AiTorable A la plante-
HOLE PHTStOLOOIQnt DU POTASSIUM DANS LES f ËGËTAtlX. 199
avtm lelt nécesmires à la vêgélatU>n, la plmte se comporte comme dam Veau puN; elle n'assimile pat et n'augmente pas de poidi, parce que tans potasse il «e se forme pas d'amidon dans les graine de chlorophylle,
S. Le chlorure de potassium est la combinaison de polasiium là plut favorable à la végétation du sarrasin. L'atotale ttepotasse s'en rapproche le plus ; le sulfate et le phosphate de potasse causent tôt ùu tard uni maladie particulière gui consiste dans l'accumulation passive de l'amidon dans les feuilles.
3. La soude et la Hthine ne peuvent pas remplacer Ifi poiasie; Ut soude ett cependatU simpletnent inutile, tandis que la lithine est nuisible.
Toutes ces expériences, sauf celles de la liUiine, ont étô répétées au laboratoire de culture du Muséum pendant les années 1874 ii 1875. Les résultats sont d'une constance remarquable, 01 cette maladie dont parlent las autours allemands n'a pas tardé à so montrer avec tous ses caractères si singuliers dans ki plantes qui avaient reçu U potasse sous la forme de siill^te ou de phosphate. Dans lu chlorure de sodium, le sommet de végétation paraît comme ootié; la plante ne profite pas plus que dans un milieu privé de sais alcd' lins. Cet effet s'est reproduit dans nos essais sur te cresson alénoîi ; les plantes qui ont reçu du chlorure de sodium n'atteignent pas un poids sec supérieur à celui que présentcntcellcs qui ont été complélement privées de sels alcalins, mais là s'arrête l'analogie ; le sullhte s'est montré plus favorable que le chlorure, et ce résultat inattendu montra qu'il faut se garder de gi'néraliser des résultats de cette na> ture en tes transportant d'une espèce végétale à une autre. Tout le monde sait que des plantes dilTérentes demandent une culture tout & fait différente.
Qu'il nous soit permis d'ajouter une petite observation relative à la composition chimique des milieux employés par NM. Nobbe, SchrœdeF et Erdmann. Comparons entre elles les deux solutions I et III.
I Sulble <lfl magnéiie 1 éq. Sulfalede niacnësie 1 éq.
Chlamre de potassium i iq. A^^aUlc de poLisae 4 éq.
I Aïotate de chaux 4 cq. Ml Chlorure de calcium i éq.
Phosphate de pousjo K Aeide phusphorique Iracea
Pbo»pbate de fer Y Phosphate de fer Y
SUO Fr. KOMKG, «. «Cn(B»BR et K. EBVNAIClIf.
En laissant <lc côté le phosphate de potasse, l'acide phosphoriqua libre, le phosphate de fer, qui ne s'y trouvent qu'en très-petite quantité, ces deux liqueurs sont identiques; dans un liquide où le chlorure de potassium et l'azotate de chaux se trouvent réunis, équL- Talent pour, équivalent, il doit se former : 1° du chlorure de potassium, 2° du chlorure de calcium, 3° de l'azolate de potasse, 4' de l'azotate de chaux. Il en est de même des autres liqueurs, mais là les phénomènes sont plus complexes à cause des varialions de la dose. Une partie des résultats obtenus dans ces espériences et notamment le numéro 2 des conclusions demandent une inlerprétalion différente de celle des auteurs. On ne peut pas dire que telle combinaison de potasse est plus favorable quand il y avait dans la liqueur une multitude de combinaisons de potasse, comme dans la série V où il y avait du phosphate, du sulfate, du chlorure et de l'azolate de potasse. Les auli^urs attribuent la maladie obsenée {accumulation d'amidon dans les feuilles), à ce que la potasse s'y trouve à l'étal de phosphate. Ne faut-il pas attribuer plutôt cet effet à l'énorme quanlité d'acide phosphorique qui s'y trouve, 5 équivalents (!), au lieu des traces qui exislenl dans les autres solutions?
Il en est de même de la série IV, qui renfenne A é<iuivalents d'acide sulfuriquc, tandis que toutes les autres n'en renferment qu'un seul équivalent. 1^ deuxième conclusion, qui dit que le chlorure de potassium est la cnmbinai.son la plus favorable à la végétation du sarrasin, etc., ne doit donc être acceptée que sous réserve et elle demande h être confirmée. Nous ne doutons pas qu'il n'y ait des plantes qui supportent mieux de grandes quantités d'acide phosphorique et d'acide sulfurique que ne te fait le sarrasin et nous ne sommes donc nullement étonné, ni des résultats différents qu'ont obtenus en 1867 MM. Nobbe ot Sirohmann dans la culture des betteraves et de la pomme de terre, ni de ceux auquels nous sommes arrivés dans les expériences sur le cresson alénois auquel nous avons fait allusion plus haut et qui seront prochainement l'objet d'une note plus délaillée.
Trailuit de raltcmand, par J. Vesode.
DOSAGE VOLUHËIRKtUK DE L'ACIDE CAIIttONIQUE.