DP, L-ACHAT DES BETTERAVES
La prise d'échantillon des betteraves dont il s'agira de déterminer la densité et le prix, devra être faite très-soigneusement et sur la plus Torte moyenne possible ; on établira une petite râpe rotative mécanique, si c'est possible, pour pouvoir rapei" une vingtaine de betteraves au moins. Dans le même champ et avec la même nature de betteraves, la densité variera beaucoup et surtout variera en raison inverse de la grosseur ; il ne faut donc ni choisir les plus grosses betteraves ni prendre les plus petites, sous peine de léser l'un des deux intérêts. L'échantillon se prendra au hasard au moment où les betteraves arriveront à l'usine.
Il sera utile de renouveler l'essai à peu près tous les jours, pour chaque fournisseur; celte constatation répétée, outre l'avantage qu'elle donne de fournir plusieurs moyennes, est encore nécessitée par les variations considérables de richesse, suivant les circonstances atmosphériques, même lorsque les betteraves sont déplantées, et à plus forte raison lorsque la livraison a Heu au fur et à mesure. de la déplantation. — Il serait absolument inexact d'opérer comme le recommandent quelques personnes sur les champs mêmes des cultivateurs quelques jours avant l'époque de la déplanlation; vers la fin de la végétation, quelques jours de pluie suffisent pour abaisser la densité de 25 à 30 p. 100, et l'inverse peut avoir lieu par la sécheresse.
La densité se prendra i 15* de température.
Si on ne pouvait ramener facilement la température à 1 5° centi- ^des, on augmenterait ou on diminuerait cette densité de */,o de degré par cinq degrés de température, suivant que la température serait aa-dessus ou au dessous de 15°.
S'il était difQcile de faire accepter les déductions ou augmentations de prix indiquées aussi exactement que possible sur notre tableau, on pourrait pour simplifier déduire un franc par 1000 kil. de betteraves par chaque dixième de degré au-dessous de 1050 ou 5 degrés et d'augnjenter le prix de soixaiite-dix câoiimes par dixième de degré au-dessus de 1050.
Il faut refuser absolument les betteraves dont la densité sérail inférieure à 1045 ou A'5 (i).
Enfin en terminant et pour bien appuyer sur le caractère plus comparatif qu'absolu de notre note, nous rappellerons .les Dombreuses études faites par M. Dubrunfaul, études théoriques et pratiques qui ont établi que l'analyse, même complète delà betterave, ne permet pas de préjuger rigoureusement le résultat pratique de la fabrication. Les sets minéraux seuls sont stables, les aoides organiques se modifient et même se créent pendant le travail, suivant les procédés employés, suivant la nature de la betterave. Non seulement de nouveaux acides appai-aissent, mais encore des transformations spontanées de sucre viennent atténuer les résultats et gêner la cristallisation. Aussi nous ne saurions trop répéter que nous avons tenu à discuter une base d'achats k nos yeux înAniment supérieure à celle du poids pur et simple, mais que nous ne voulons pas attribuer à la densité une valeur rigoureuse et absolue.
Ce travail, dans lequel nous avons utilisé des documents recueillis depuis lon^nemps, a été terminé au laboratoire de culture du Muséum, à l'instigation et avec les conseils de M. Dehérain.
SYLVICULTURE
Le forestier qui a le rare courage d'entreprendre une étude sérieuse des maladies si nombreuses et si variées des arbres de nos forêts, se tr&uvé le plus souvent bientôt arrêté par des difficultés insurmontables. Un grand nombre, pour ne pas dire la plupart de ces maladies, paraissent prendre leur origine dans le parasitisme d'un champignon. On ne peut pas raisonnablement exiger du forestier la connaissance approfondie de ces cryptogames, dont quelques-uns seulement sont assez connus pour figurer dans les oiivrc^es pratiques. Peu d'observateurs s'occupent de l'étude des chanipignons qui causent les maladies de nos essences forestières,
(1) Nous ferions de lire un Iravail de M. Papioul lur cette mime question: i p«rt quelques divergences de détail, lea cencluiiausdeH. Ptgnoul m rapprocbeal deaBAtm-
LES MAUDtES DES ARBRES FORESTIERS. Mf
H, il iBut bien le dire, p«i] sont en état de le faire; pour que cette étude ne reste pas stéiile, il faut que Tobservateur qui voudra s'y dévouer soit à la fois savant et praticien, à la fois botaniste et forestier. Ce double talent, M. R. Harti^ le possède au plus haut degré; aussi nous a-t-il paru utile de chercher à analyser l'ouvrage qu'il a récemment publié sous le lilce de Maladies importantes des arbres forestiers, matériaux pour la mycologie et la pathologie végétale, à l'usage des botanistes et des forestiers (1).
Le travail original est précédé d'un aperçu d'une dizaine de pages sur la végétation des champignons en général. On sait que la partie végétative du champignon est représentée par de petits filaments (hyphas) d'uue ténuité exirêmo, enchevêtrés de différentes manières et connue, pour le champignon de couche, sous le nom de i blanc de champignon >. Les botanistes lui ont donné le nom de mycélium. La forme extérieure de ce mycélium peut varier; il est tantôt filamenteux, tantôt floconneux, tantôt dur et sec ou seléreus, tantôt pulvérulent. Aucun champignon ne pftut fabriquer de matière organique de toutes pièces, en empruntant au sol et à l'air atmosphérique les matières minérales dont il a besoin, car la matière verte, qui est l'organe de l'assimilation du carbone des plantes vertes, leur fait totalement défaut. En considérant l'ensemble des végétaux, ^u point de vue de leur nutrition, on peut les diviser en deux grands groupes, les protophyles, plantes à chlorophylle (ordinairement vertes), qui se contentent de matières minérales et forment à l'aide de celles-ci des matières hydrocarbonées et des matières azotées, et les hystérophy tes, iairais vertes et qui ont besoin de matières organiques pour se développer. Les hystérophytes se divisent à leur tour en saprophytes et en parasites. Les premiers vivent aux dépens de matières oi^niques en voie de désorganisation; les vrais parasites vivent sur des êtres vivants en absorbant une partie ou la totalité de leurs sucs. Les rapporta entre parasite et substratum vivant varient; le substratum nourricier (mot peu élégant mais très-expressif) peut porter le parasite sans souffrir lui-môme (les algues qui nourrissent certains champignons thécasporés et qui consUluent ainsi les lichens), il peut souffrir sans que la maladie entraîne la
(1) WiMigt kranUitilen der Waldbaume, BeitrSgt xur Mycologie und Pkylùpathologie fur Bolaniker md Fonlmanntrr von Robert Hartig, Prof, der Bot. on. d. k. prmu*. Font-ckad. %u Seiuladt-EbtTmvM, ele., elc. Berlin, 1874, in^ kvec 16 plinchm.
mort de l'individu , et enfin la mort pept être la euite du paraàtisme.
Pour plus de clarté^ résumons ces divisions en tableau.
PUNIES, Proto^ylei, vertes ou colorées de ma- HysUrophylet san» chlorophïlle, Indinière à masquer la malière verte ; vivent à pendantes de la lumière, l'aide de maliùrcs minérales en dècompo- Ne décomposent pas l'acide carboniqui
»anl l'acide carbonique de l'air sous l'in- de l'air et demandent pour vé^éler dce onfliience de la lumière. lières organique».
taprophytt*. parstiltt.
A une certaine époque de sa vie, le champignon se reproduit, et cela souvent de plusieurs manières différentes. La reproduction peut être asexuée ou sexuelle. Dans le premier cas, le petit organe qui reproduit la plante est un simple peut bourgeon composé génê' ralement d'une seule cellule, qui tombe et germe quand elle se trouve entourée de circonstances favorables; dans l'autre cas, la fécondation donne naissance soit par des spores, soit plus directement â une autre génération qui porte des spores asexuées. Us circonstances varient à l'inlini et se reproduisent avec une constance étonnante dans la même espèce. Dans les champi^ons à chapeaux, par exemple, la fécondation (récemment décrite par M. vatt Tieghem) s'opère sur le mycélium; elle a pour résultat la formation de ce chapeau si connu, et à la face inférieure duquel se développent les spores, au nombre de quatre (rarement deux), sur une même cellule appelée baside.
Le premier champignon dont s'occupe M. R. Hartigest un diampignon à chapeau dont la face inférieure porte une multitude de rayons sur lesquels naissent les spores. (Agaric.)
. A^arïcus (APDÙUuia) melleoB, L.
Le champignon provoque sur les conifères la maladie qui consiste dans la formation trop abondante de résine (résinose), accompagnée de la pourriture des racines (cancer de terre). Elle est connue en France sous le nom de « rond des sapinières ». Elle s'observe sur le pin sylvestre, le pin Weymouth {P. Strobus), le pin noir d'.\u- Iriche, le pin pumilis, le pin maritime {P. ptnaster), l'épicéa, le sapin, le mélèze, à difTéi'ents âges, depuis cinq ans jusqu'au delà de cent ans. La maladie est caractérisée par un écoulement abondant
LES HAUDtES DES ARBKES FORESTIERS. '301
de résine sur la souche et les fortes racines, par un mycélium blanc placé sous l'écorce des racines et de la base du tronc et d'où parlent des filaments bruns noirâtres semblables à des radicelles. A l'œi) nu on peut reconnaître que les glandes résinifères de l'écorce ont un diamètre qui dépasse trois ou quatre fois le diamètre normal ; extérieurement on observe sur l'écorce des pustules hémisphériques en partie crevées et laissant écouler de la téréhent.hîne ; les glandes, peu nombreuses et isolées dans le bois de pin, sont si nombreuses dans la plus jeune zone ligneuse du pin malade, qu'elles constituent des files serrées; il n'est pas rare de voir ces glandes se confondre et former une lacune du volume d'un haricot remplie de résine.
La zone ligneuse externe, surchargée de glandes, est li'ès-étroite ; mais la zone précédente est ordinairement très-lai^e el ne renferme que le nombre normal de glandes. On peut en conclure que ce sont plutôt les circonstances extérieures favorables que les circonstances défavorables qui deviennent le point de départ de la maladie.
La, marche de la maladie est extrêmement rapide, elle entraîne la mort de l'arbre dans l'amiée même de son apparition.
Xie Mycélium de l'A^arioiu melleiu.
Le mycélium de i'Agaricus melleus, qui a été reconnu comme la cause de cette maladie, se distingue du mycélium des autres champignons en ce qu'il revêt lantôt la forme filamenteuse, tantôt la forme de cordons ou de rubans. Le Rhizomorpha fragilis, Roth, avec ses deux formes principales sxibl^ranea et subcorticalis n'est autre chose qu'une des formes du mycélium d'Agariciis melleus. Jusqu'à présent rien ne prouve que ce mycélium ne possède encore d'autres organes de fructification. Il parait même inTraisemblabre que d'autres espèces de champignons possèdent des mycélium qui puissent eue confondus avec le Rhizomorpha fragilis.
Les rhizomorphes sont très-fréquentes partout sur les racines mortes des arbres à feuilles et des conifères, entre le bois el l'écorce des arbres morts, dans les conduits d'eau, sur les vieux ponts, etc. Elles se développent seulement à la base des troncs d'arbres, dans le sol des forêts, ou entre le bois et l'écorce lorsque celte partie de la plante est assez humide. Celles qu'on rencontre dans les galeries
de mines, dans les puits, dans les canaux, y ont été apportées avec les matériaux de construction. Les rhizomorphes ont, en oll'et, la propriété de ressusciter après une période de dessiccation plus ou moins prolongée, aussitôt que l'influence de l'humidité se fait sentir. Librement développées â l'air ou dans le sol, les rhizomorphes prennent une forme allongée, cylindrique, ramifiée, de 0,3-0,5""° de diamètre ; entre le bois et l'écorce elles sont rubanées , aplaties, et les Ramifications sont disposées sur deux ran^s opposés; c'est là l'explication des deux variétés. La couche corticale brune de la forme subcorlicalis est généralement si entièrerapnt soudée au bois et â l'écorce, qu'en séparant ces deux parties on fend la rhizomorphe et l'on voit apparaître le tissu blanc de l'intérieur; le sommet en voie d'accroissement est entouré d'une couche d'un mucilage particulier; toute la masse du champignon est composée d'hyphas serrées, souvent polygonales sur la section transversale dans la couche périphérique ou corticale, plus lâchement unies et souvent anastomosées par des commissures en H à l'intérieur. ■ Ce sont les hyphas de la couche corticale qui donnent naissance au mycélium filamenteux de ce champignon. Immédiatement au dessous du sommet du jeune Rh. subcorlicalis naissent sous un angle droit des fdaments qui traversent la couche mucilagineuse et se ramifient. Ces filaments pénètrent d'un côté dans le liber et l'écorce primaire, de l'autre dans le corps ligneux; dans les conifères ils recherchent surtout les canaux résiniféres et s'y allongent en montant dans le tronc beaucoup plus haut que tes hyphas qui se trouvent dans le liber. Le tissu amylifère qui entoure les canaux est détruit par le mycélium et la place des canaux est indiquée plus lard par de grandes lacunes. Nous verrons bientôt que le développement de ce mycélium explique encore très-bien non-seulement l'écoulenïcnl dé résiné à la souche, mais encore la formation de nombreuses lacddes h résine dans l'écorce ,et le jeune bois.
Le mycélium filamenteux joue de même un rôle très-important là où il se développe sur les afbreS morts et même sur les bois de Construction; les filaments pénètrent dans le bois, s'accroissent avec uiie exubérante extrême dans fes^ vaisseaux et dans d'autres organes, et hâtent ainsi la corruption ; souvent on voit sortir des rayons médullaires et des orifices des vaisseaux de petites houppes couleur de rouille qui ressemblent complètement aux petits faisceaux de poils qu'on voit sur les rhizomorphes.
LES MALADIES DKS AIIBIUIS PORESTŒRS. 301
Il reste à Faire observer que le Rhizomorpha subcorticalis frais se dÎGlingue par une odeur très-a^éable tout à fait identique avec celle de YAgaricus melleus, et par sa phosphorescence Tisible à uûe grande distance dans l'obscurité.
iMi cn^anes de reprodoction,
Depuis longtemps un grand nombre de botanistes se sont attachés à chercher les organes de reproduction des rhizomorphes. Après avoir exposé, dans sa Morphologie et Physiologie des cftam.ptgnonSi les résultats des travaux qui avaient paru jusqu'en 1865, M. de Bary déclare que les observations faites jusqu'à ce journe permettent pas de dire avec certitude à quelle espèce appartient le Rhitomorpha fràgilia.
DeCaDdoUe, Ëschweilar et Acharius croyaient avoir trouvé sur les rhizomorphes des fruclifications de pyrénomycètes, qui n'étaient toutes que des excroissances et des rudiments de rameaux.
M. Fries les prenait encore tout récemment pour un genre de pyrénomycètes portant des périthèques.
M. Otth trouva sur l'écorce du Rh. subcort. de petits corpuscules longs de 3-4'", quiportaientausommet des fructifications semblables à celles des genres Stilbum ou Grapkium ; les avis des botanistes sur ces corpuscules d'Otth sont divisés; MM. Montagne et Gesati, qui les prenaient pour des Slilbum parasites sur le Rhizom. pourraient avoir raison.
Palisot de Deauvûs trottva us Rhizom. dont les extrémités se réunissaient en un xylostroma étendu portant mxPolyporva sur les bords-
M. Caspari après avoir trouvé un Trametespini sur des pins qui portaient en même temps des Rhizom. , croit que le Trametes est la fructification de ce dernier. Il en serait dé même de quelques espèce^ de Polyporus et de VAgariais ostreat-us.
M. Tulasne vit se développer sur le.flftii(im.su6cor(waiis des fru©tifications de Polyporus cvlicularts «t alneus, etc.
MM. Haller, Bai) et I^asch incJiqûeîit une relation entre le /tftizom. et te Xylaria hypoxylon. M. liail a lui-même déclaré depuis qu'il ne peut pas démontrer ta connexion entre ces deux espèces.
M. Fuckel a décrit nouvellement (1870) des péritliècpjes noirs,
hauts de 1 "' et larges d'un demi-millimètre, arrondis à la base, atténués en un bec conique au sommet, et contenant des asques ovoïdes avec8 spores.
M. R. Hartlg doute de l'exactitude de cette observation de M. Fuckel, et croit que le Rhizom, n'a pas d'autre IructiCcation que l'Agaricus melleus.
M. de Bary fait observer avec raison qu'il n'est pas probable que ces caraclères si constants du Rh. fragilis puissent appartenir à plusieurs espèces difTérenles.
Le fait que M. Tuiasne a constaté, relatif à un Xylaria sorti d'un Rhhomorpka prouve qu'il peut exister des' mycélium plus ou moins semblables au vrai Rhizomorpha, mais qui s'en distinguent par certains caractères très-nets.
Les fructifications de VAgarkits melleus se développent au commencement du mois d'octobre, en partie sur la souche des arbres sous l'écorce desquels végète le Rhizomorpha subcorttcalis, dès que celui-ci peut se faire jour à travers les fissures de l'écorce, en partie à l'extrémité des Rhizomorplies dans le sol.
La connwtion de la fructification avec le Rhizomorpha est fiicile à voir quand on enlève l'écorce; elle est très-nettçment représentée dans les figures de M. Hartig.
La position des fructifications sur le Rhizomorpha subterranea varie; tantôt elles sont isolées au sommet de ces filaments, ou un peu au-dessous, tantôt il y en a un certain nombre réunies en un faisceau au sommet des filaments ; la plus grande partie avorte alors, et elles se confondent plus tard en une seule fructification.
Souvent aussi on voit de nombreuses fructiiications sortir latéralement de l'écorce du fdament; quelques-unes seulement atteignent leur développement complet, les autres restent plus petites et dégénèrent en des faisceaux de poils dont il a été question.
Les fructifications avortées restent ordinairement claires sans formerde chapeaux, et se réduisent parfois à des papilles noirâtres.
Tandis que le chapeau s'accroît dans tous les sens par les ramifications multiples de ses hyphas, la coloration brunâtre de la partie corticale ne s'étend guère qu'à la base. Son développement dure de deux à trois semaines, par conséquent bien plus longtemps que celui de beaucoup d'autres grands diampignons des genres Aga^ rtcus, Polyporus, etc. Dans quelques points essentiels, il- s'écarte beaucoup du développement des chapeaux du genre Agaricus.
Dans VAgaricus melleus, comme dans les Agancinées dépourvues de vclamen, le chapeau se forme par oo sillon annulaire d'abord librement ouvert, mais qui se ferme plus tard par la soudure des hyphas marginales du chapeau el du pédicule; c'est ainsi que se forme le vélamen. Le pédicirie prend la forme d'une bouteille longue de 3 à5 centimètres; la tête est relativement petite et sa surlace cuivrée claire est parsemée de petits faisceaux de poils; le pied est blanc et tigré dans sa partie supérieure par des faisceaux de poils foncés. Toute la face inférieure du chapeau est lecouverte par la couche hyméniale formée par des hyphas perpendiculaires à la surface et d^nt le développement inégal produit les rayons ou lamelles en partie incomplets. Au moment où le voile ou l'armilla se détache du bord du chapeau, on ne trouve qu'un potil nombre de basides gai'nis de spores. A côté des basides se trouvent des cellules cyUndriques ordinairement plus petites, mais quelquefois plus grandes, qu'il faut considérer comme des basides (car elles germent comme celles-ci) avortées et non comme des pollinaires ou des anthéridies.
Les spores sont ovoïdes, l'empUes d'un plasma grenu ou de gouttelettes d'huile, et germent déjà aprèsun séjour de 20 heures dans l'eau. Ordinairement elles ne développent qu'un boyau germinalif, quelquefois deux; mais la faculté germinative ne parait être que de trèscourte durée, et il faut semer les spores au moment où l'armtllase détache.
Le chapeau peut devenir très-grand et atteindre jusqu'à 15 centimètres de diamètre.
Le mode de végétation de rAgarictiB melleas.
Ce champignon est peut-éire le plus répandu des grandes espèces. En automne et au commencement de-l'hiver, on voit des groupes de chapeaux jaunes, couleur de miel, dans les forêts de conifères, à la base des troncs d'arbres morts et sur les souches d'arbres abattus ; on les voit aussi par-ci par-là sur le sol libre, et alors on retrouve toujours leur connexion avec des rhizomorphcs qui s'attachent sur une racine ou une souche voisine. Ce champignon peut vivre sur du bois mort; il est par conséquent tantôt saprophyte, tantôt vinû parasite.
Comme saprophyte, le mycélium hâte la décompositioD du bois en envoyant de nombreux filaments à travers les i;ayons médullaires dans le cœur du bois, où ils se ramifient et se nourrissent de sa substance. En différents endroits, les hyphas sortent de ce bois et forment des houppes de tout point semblables à celles des rhizomorphes.
Le champignon a été trouvé surtout sur les souches et les racines du hêtre, du charme, du chêne, du bouleau, du sorbier. Sur toutes ces espèces il avait un caractère secondaire; mais sur le cerisier et le prunier il y a eu contagion manifeste; M. Hartig a observé plus d'une fois, dans les vergers et le long des routes, qu'un arbre mort avec de nombreux chapeaux d^Agaricus melleus est devenu le foyer d'infection pour les arbres voisins. Dans une llle de jeunes cerisiers et pruniers, un arbre a été emporté chaque année sans qu'un seul sujet fût épai^né.
Les observations qui ont été faites jusqu'à ce jour paraissent indiquer que parmi les arbres feuillus les pruniei-s seuls deviennent la proie de VAgaricus melleus, tandis que les autres ne lui servent de demeure que quand ils sont morts. Cependant ces recherches demandent à être continuées et étendues.
Quant à la résinose des conifères, elle se manifeste généralement sur un arbre en apparence très-sain, par la moit d'une racine latérale. Dans les sapinières oîi un ou plusieurs arbres ont déjà succombé, on trouvera des arbres dont quelques racines sont mortes tandis que les autres sont encore à l'état normal.
La mort des racines est amenée par te Rhyiornorpha fragilis, qui pénètre dans la racine et s'étend de proche en proche dans le liber mou; arrivé à la souche, ce parasite l'enlace complètement (entre l'écorce et le bois), et passe de là dans les autres racines. La rapidité avec laquelle le champigoon s'étend paraît être assez, grande (2"°' par jour). Mais les circonstances extérieures, et notamment la température, doivent exencer une influence considérable; sur les jeunes arbres d'environ dix ans, la maladie ne dure pas plus d'un an. Déjeunes pins de six ans infectés artiliciellemenl à la base du tronc vers le 15 juillet 1872, sont morts pendant le mois de mai187â, avec tous les symptômes de la maladie. En partant du collet de la racine, le mycélium s'avance non-seulement sur les racines, mats aussi le long du tronc, à une hauteur d'autant plus grande que l'arbre est plus fort ; son développement n'est arrêté que
LKS MALADIES HBS ARBHES FORESTIERS. SUT
par la mort et la dessiccation de l'arbre; sur de jeunes arbres, la hauteur ne dépasse guère 0", 1, tandis qu'elle peut atteindre 2 mèfres sur les vieux pins.
La mort de toutes les racines entraîne nécessairement In dessiccation de toute la plante ; mais, pendant la maladie, on obsen'c encore d'autres symptômes qui découlent du mode de végétation du mycélium filamenteux dans le corps ligneux. Sans parler de l'état aiïaibli de toute la plante, de la coloration jaunâtre de la petitesse des pousses, etc., tous symptômes qui s'expliquent [«r l'état de la racine, on observe sur la souche et les racines atteintes, un fort écoulement de térébenthine qui s'oxyde, se transforme en résine et agglomère ainsi la terre qui les entoure.
H va sans dire qu'aussi loin que le liber et le cambium sont détruits, il ne peut se former ni bois ni liber nouveaux; mais partout ailleurs, sur une hauteur variable, la faible zone ligneuse qui se développe pendant la maladie est le plus souvent criblée de grandes lacunes à résine. On en trouve également dans l'écorce et dans l'épicéa, elles font même saillie à l'estérieur. Dans toutes les autres parties du tronc et dans les branches, l'anneau ligneux est faible, mais il ne présente rien d'anormal.
Dans les pins infestés artificiellement, l'anneau ligneux ne montrait ces caractères qu'aussi loin que le mycélium du champignon avait pu pénétrer; ce fait montre bien que l'écoulement de résine n'est pas la cause première de la maladie.
Le mycélium ne tarde pas à pénétrer dans les canaux à résine du bois, et il y monte plus rapidement que dans l'écorce. Son influence sur les cellules amyUfères voisines est telle que ces cellules brunissent et se détruisent bientôt : comme les rayons médullaires sont détruits en même temps, la térébenthine doit pouvoir s'écouler latéralement.
Quand la maladie prend son origine sur le collet de la racine ou dans le voisinage, et que le mycélium peut s'étendre en même temps surtoules les racines de l'arlffe, la maladie marche très-rapidemenl vers une terminaison funeste ; les arbres se dessèchent et meurent avec tous les symptômes extérieurs que nous avons exposés plus haut.
La maladie est plus lente quand le parasite attaque d'abord une racine latérale; alors il faut un temps assez long avant qu'il arrive à lu souche.
Au pied des arbres morts dans le courant de l'élé on volt apparnttrc les fructifications au commencement d'octobre; à la fin du même mois, les chapeaux sont complètement développés. Sur les vieux pins sylvestres el lord-weymouth on ne les trouve que sur les troncs coupés entre l'écorce et le bois; l'écorce y éclate trop difficilement pour permettre au champignon de sortir.
Pendant des années on trouve A la place des arbres morts des milliers de chapeaux; le mycélium continue de se nourrir, comme saprophyte, des racines restées dans le sol.
Peu de maladies des vé};étaus sont si maaifeslemenl contagieuses que V Agaricits melleus.
Lorsque les plantes sont serrées comme dans les sapinières, il meurt tous les ans, dans le voisinage d'un arbre mort précédemment, un nombre croissant d'arbres, et il en résulte, dans les plantations les plus vigoureuses, de grandes places nues; les arbres de la circonférence sont morts après ceux du centre. Lorsque les plantes sont moins serrées, la propagation de la maladie est plus irréguliére et elle a plutôt pour effet l'éclaircissement de la plantation.
Le remède pratique contre les ravages de ce parasite est l'arrachage des arbres morts. Il est complètement inutile d'abattre simplement les arbres, parce que les racines qui portent précisément le parasite restentdanslesol. La destruction des rhizomorphes ne devient difllcile ou même impossible que là où ces lilamenls trouvent une nourriture sudisantc dans une multitude de racines mortes. (La suite au prochain fascicule.)