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Annales algériennes

te général d« Rumi gny en Afrique.— Mohammed-ben-Abilallah-Oolad Sidi-Chirk se révolte conlre l'Émir.— Occupaiion de Tlemcen. — Le général Lamoricière à Mascara.— Soumission de lous les pays situés entre Mascara el ta mer." — Expédition de Frenda. — Soumission des Irihus du ChéliEinférieur. — Guerre du général Bedeau contre Abd-el-Kader dans l'arrondissement de Tlemceo. — PaciScation de celte contrée que TËmir est obligé d'abandonner. —Administration du général Bedeau à Tlemcen. — Expédition du général Lamoriciëre à Sfide. — Expédition de Toriche. —Expédition de Godjilah. — Eipédilion de Taguin. — Abd-el-Kader incendie El-Bordj. — Affaire de Loha. — Courses chez les Flitta,

' Vers la fin de l'année 18il, M. le général Bugeaud demanda un congé de quelques mois que le soin de ses affaires privées lui rendait nécessaire. Le Gouvernement le lui accorda sans difficulté ; mais, pensant qu'il y aurait quelque inconvénient à laisser, pendant son absence, un commandement aussi étendu que celui de l'Algérie entre les mains d'un simple maréchal de camp, il crul devoir envoyer de France un lieutenant général pour remplir l'intérim. M. de Rumigay , qui s'était fort bravement conduit dans la campagne de 1840, fut désigné. Ce chorx ne fut dicté, à ce qu'il parait^ que par une pensée de bienveillance pour cet officier général, qui approchait de

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l'âge OÙ, d'après la toi, il devait entrer daos le cadre de réserve, et que l'exercice, quelque court qu'il fût, d'un commandement en chef aurait permis de soustraire à cette nécessité. Mais l'opposition affecta de ne pas voir la chose ainsi : les journaux de ce parti proclamèrent que ce n'était pas à un simple intérim qu'était appelé M. de Rumigny; qu'il allait remplacer définitivement M. Bugeaud, dont ils se prirent à faire l'éloge , ajoutant qu'il était tombé en disgrâce uniquement parce qu'il faisait trop bien en Algérie. Pour bien comprendre la manœuvre (le l'opposition dans cette circonstance, il faut savoir que, peu de temps auparavant, une feuille quotidienne STait publié des lettres attribuées au roi Louis-Vhilippe, et que, parmi ces lettres, il eo était une dont le but au- ■ rait été de faire espérer à l'Angleterre que la France ne ploaiserait point l'Algérie. Cette lettre a été conslam- [ ment désavouée; mais, serait-elle authentique, qu'il ne [ serait pas extrêmement logique d'en conclure que le l Gouvernement ait réellement nourri de secrètes pensées d'abandon. Il est, en politique, bien des cas où nn homme d'Etat présente des espérances qu'il est loin de vouloir réaliser ; mais l'opposition voulut prendre la chose du plus mauvais cûté, et, s'appuyant sur celte pièce, elle considéra le prétendu rappel de M. Bugeaud comme un commencement d'abandon.

Le général Bugeaud, de son c<)té, n'était pas sans inquiétude: M. de Rumigny, en arrivant, soit présomption, Boit indiscrétion , laissa échapper quelques paroles qui ^mblaient donner de la consistance aux bruits que l'on ilisait courir; il fit si bien que le gouverneur général, craignant de perdre la place en la quittant, ou choqué de l'apparence et de la simple supposition d'uae disgrice.

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déclara brusquement qu'il renonçait à son congé et qu'il ne partirait point. M. de Rumigny, devenu inutile, déclara à son tour qu'il attendrait h Alger les ordres du , Gouveroemeal.

Pendant que cette sorte de lutte entre ces deux officiers généraux occupait le public algérien et l'égayait quelquefois par des scènes d'un haut comique, la province d'Oran était le thédtre d'événements qui eurent aussi leur côté ridicule. Muley-Cheik, agha des Grossel pour Abd-el-Kader , supportait avec peine l'autorité de Bou-Haraidi ; celle autorité lui devint même si odieuse que, pour s'y soustraire, il résolut de se révolter contre l'Émir, dont il n'avait jamais reçu que des bienTaits. Afiû de pouvoir opposer à l'influence religieuse d'Abd-el-Kader une influence de même nature, il mit en avant un certain Moharamed-ben-Abdallah, taleb de la Zaouïa de Sidi-Yacoub, parent des Oulad-sidi-Cliirk. Avec le nom de cet homme, à qui il affecta de laisser le premier rang, il parvint à attirer à lui une partie des Beni-Amer et des gens des montagnes de Trara. Le colonel Tempoure, commandant supérieur d'Oran, instruit de cet événement par Mustapha-ben-Ismaël , avec lequel Muley-Cheik et Mohammed-ben-Ahdallah s'étaient hâtés de se mettre en relations, entra aussitôt en campagne pour soutenir cette levée de boucliers. Il cul, le 25 décembre, une entrevue avec ce dernier près de Tisser ; Mohammed avait avec lui 200 cavaliers, et annonçail en avoir laissé un bien plus grand nombre à Seba-Chiourk. Le colonel, ébloui par cette dignité extérieure dont les Musulmans d'un certain rang savent s'envelopper, entrainé d'ailleurs par l'exemple de MusIapha-ben-Ismaël, qui paraissait croire à la réalité de cette nouvelle puissance, et peut-être aussi

rendu un peu crédule par le désir fort naturel de terminer à lui seul une affaire importante, le colonel Tempoure, dis-je, vit dans Mohammed-ben-Abdullah un antagoniste redoutable pour Abd-el-Kader, et conclut avec lui une espèce d'alliance verbale, offensive et défensive. Ils se séparèrent ensuite fort satisfaits l'un de l'autre; mais comme le temps était extrêmement mauvais , que les troupes que le colonel avait avec lui souffraient beaucoup de ces horribles pluies d'Afrique , qui sont moins des pluies que des torrents, cetui-ci se hâta de leur faire reprendre le cbemin d'Oran. Aussitôt que ce mouvement de retraite se fut manifesté, les Aghouat, peuplade du Sahara établie chez les Beni-Amer, se disposèrent à quitter aussi le pays. Ces Arabes s'étaient déclarés pour Mohammed-ben-Abdallab, mais leur qualité d'étrangers leur faisait craindre d'être abandonnés par leurs voisins lorsqu'Abd-el-Kader viendrait à reparaître; ne voulant donc pas rester exposés à sa vengeance, ils suivirent les troupes françaises jusque dans les environs d'Oran , où ils s'établirent. Cette émigration aurait dû faire comprendre au colonel Tempoure que son alUé n'était pas aussi puissant qu'il voulait bien le croire ; cependant, toujours bercé des mêmes illusions, il n'en resta pas moins convaincu qu'il venait de susciter à Abd-el-Kader un rival capable, à lui seul, de le réduire au néant. Pendant quelques jours, il ne fut question que du nouveau sultan : c'est le titre sous lequel on voulut bien le désigner. Les rapports relatifs à son apparition sur la scène politique étant arrivés à Paris en même temps que les lettres concernant l'affaire du général de Rumigny, le ministre invita le gouverneur général à se rendre dans la province d'Oran, et h coiiDer pendant son absence le commande-

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ment des troupes de celle d'Alger à M. de Rumigoy, qui, de cette manière, ne paraîtrait pas n'avoir fait qu'une simple promenade en Afrique.

Le général Bugcaud arriva à Oran par mer le 14 janvier. Après la rentrée du colonel Tempoure, Abd-el-Kader qui, pendant que cet officier tenait la campagne, était resté enfermé à Tiemcen , avait fait invasion chez les Beni-Amer, comme l'avaient fort Lien prévu les Aghouat, et en avait enlevé les principaux cheiks. Le prétendu sultan , tremblant à son approche, avait jugé prudent de chercher un refuge auprès des Français avec le peu de monde qui était resté auprès de lui. C'est ainsi que se terminèrent, et son régne et les illusions, fort excusables du reste, de M. Tempoure. Pour ne pas laisser les troupes et les indigènes de la province d'Oran sous l'impression d'une entreprise avortée et ridicule, le gouverneur général résolut de marcher lui-même sur Tiemcen. A cet effet, il partild'Oran, le 2-4 janvier, avec une brigade assez forte. Il ne rencontra sur sa roule que les difficultés que lui opposèrent quelques rivières grossies par la pluie, et peu de jours après, il arbora sur le Méchouar le drapeau français qu'il en avait fait descendre quatre ans auparavant. La ville avait été abandonnée la veille par Abd-cl-Kadcr et par la population ; mais, dès le lendemain, quelques familles commencèrent à y rentrer. Du 2 au 5 février, le général parcourut les environs de celte place pour rassurer les populations des campagnes, et les détourner de suivre l'Émir dans sa retraite; ces Arabes ne lui montrèrent que des dispositions pacifiques; mais ils assurèrent qu'ils ne pourraient faire une soumission complète qu'autant que les Français occuperaient Tiemcen, et les mettraient ainsi à l'abri des attaques de l'Émir. Le gou-

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Terneiir s'y étant décidé appela de Mostaganem le général Bedeau, à qui il confia le commandemenl de ce point important. Il avait pris avec lui, en partant d'Oran, le malheureux sultan de M. Tempoure, pensant pouvoir en tirer quelque service ; mais ce personnage ne parvint à rallier qu'une soixantaine de cavaliers, tant les esprits s'étaient promptement détachés de lui. Cependant le gouverneur rétablit à Tlemcen avec le titre de khalifa. Dans les commencements, il fut plus embarrassant qu'utile au général Bedeau, qui enfin lui fit comprendre que sans plus se mêler de rien, il devait vivre en paix et en joie au moyen du traitement qui lui avait été alloué, ce à quoi il parut se résigner assez philosophiquement; mais plus tard, on l'engagea à aller (aire le pèlerinage à laMeeque(l).

Avant de quitter Tlemcen, le général Bugeaud alla ravager le fort de Sebdou, situé ù deux très-petites journées de celte ville, à l'entrée du pays d'Angad. Il y arriva le 9 février; Bou-Hamedi l'avait évacué la veille; on y trouva sept pièces de canon, dont deux avaient été récemment fondues à Tlemcen. Le gouverneur, plein d'une juste confiance dans l'habileté de l'officier entre les mains duquel il remettait le pays nouvellement conquis.

(1) HoIiammei].ben-AbdaUah , ayant quitté la Mecque et .s'éiant mis ea relalions avec les Turcs, ceuK-ti résolarenl de l'employer à troubler l'Algérie , après la révolnlioo i]e Février, où ils crurent voir ULie cause d'affaiblissemenl pour nous. En 18i9 , Ils le firent parlir pour la Tripolilaine, où il arriva avec Tzzel-Pacba, gouverneur de celle province. De Tripoli, Mobammed-bea-Abilallah se rendit par Gadamès dans le Sahara algérien , où il a en effet causé du trouble. Ctsi lui qui a été dé^lgoë, dans ces deroiers lempe, sodb la qualificaliou de cherif d'Ouargla.

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