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agitées, une solution devcnail nécessaire, et c'était évidemment à l'Eglise réunie en concile qu'il appartenait de la douncr. Il en réBulla que le dogme se compliqua et que les hérésies se constituèreut, car ceux qui avaient avancé des propositions hasardées se soumettaient rarement aui décisions des conciles.

Ces luttes de Chrétiens â Chrétiens, combinées avec celles qu'ils STaienl tous ensemble à soutenir contre le pagnnisme, donnèrent naissance à des ouvrages de polémique Tort remarquahles. Parmi les puissants athlètes qui combailirenl avec le plus de vigueur les ennemis du christianisme, brilla, au premier rang, Quialus Sepiimus Florens Tertullianus, né à Carlhage vers l'an 145 ou 150 de l'ère chrétienne, d'un centurion des troupes proconsul aire s. Il étudia toutes les sciences avec succès, et passait pour l'homme le plus éloquent de son temps dans la langue latine. Il Tut d'abord païen et mena une vie assez licencieuse; mais, depuis sa convereion, il Tut un modèle de régularité. Il parvini bienidi h la prêtrise. Le meilleur des nombreux ouvrages qu'il composa est, sans contredit, son Apologétique. Il y raanie avec un égal succès le rai' •onnement et le sarcasme. Aussi spirituel et presque aussi amusant que Lucien, quand il attaque les divinités du paganisme, il s'élève quelquefois jusqu'uu sublime, quand il expose et dérend la doctrine chrétienne, qui est bien belle sous sa plume philosophique et éloquente.

11 est k présumer que les hérésies que Tertullien combat dans plusieurs de ses autres ouvrages avaient des sectateurs en Afrique. La vivacité de l'attaque indique, en elTet, que ses antagonistes devaient èire près de lui ; il aurait employé moins de Torce contre des adversaires éloignés. Ainsi on peut, sans crainte de se tromper, admettre, je crois, que les doctrines hélcrodoies de Basilide, de Valentin, d'Appefle, et surtout de Harcion, avaient cours en Afrique de son temps.

Basilide et Valentin admettaient une succession de principes parmi lesquels le Dieu des Juifs et des Chrétiens, le Démiourgos, l'être créateur, n'occupail qu'un rang subor^lonné. LesEonsde Valentin sont célèbres dans l'histoire de la philosophie mystique. Jamais le délire d'une imaginaiion brillante et sans règle n'a été plus loin. Basilide et Marcion niaient l'existence réelle du corps de Jésus-Christ, et prétendaient que, durant son séjour parmi les

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hommes, le Yerba n'avait eu qu'une fonne fantastique ; ils rejiN talent, par conséquent, rincarnation. Le Coran dit aussi que ce fqc un faniôme, une apparence que les Juifs mirent en croix» Yalentin et Appelle ne niaient pas l'incarnation réelle; mais ils enseignaient que le corps de Jésus-Glirist était d'une cbair particulière prise on ne sait où, et qu'il ne devait rien au sein qui l'avait porté. Tertullien combat ces deux systèmes dans son Traité de la chair de Jésus-Christ et dans celui de la Résurrection de la chair,

Marclon, contre lequel Tertullien a écrit un traité spécial, admettait les deux principes, et était ainsi le précurseur des Manichéens dont saint Augustin adopta le système dans sa jeunesse.

Tous ces hérésiarques appartenaient à TÉglise d'Orient { mais Hermogèue, peiutre et philosophe stoïcien , appartenait it çell0 d'Afrique. Il soutenait que la matière est éternelle et incréée, que les démons seraient un jour réunis à la matière, et que le corps de Jésus-Christ est dans le soleil. Il était contemporain de Ter^ tullien, qui a composé un traité contre lui.

Tertullien était d'un caractère ardent et emporté. Il le dit luimême dans son Traité de la Patience^ vertu qu'il reconnaît ne point posséder. Les hommes de cette trempe sont extrêmes en tout. Aussi Tertullien, dont la jeunesse avait été fort dissipée, devint plus tard d'une rigidité sombre. Il adopta les principes ou* très des montanisles. Ainsi, celui qui avait combattu avec tant de force Marcion et Hermogène devint hérétique ^ son tour. Cependant rËglise, reconnaissante pour ses services, semble avoir fermé lés yeux sur ses erreurs, et son nom, toujours cité avec respect, fait autorité en bien des cas. Ces montanistes, dont Tertullien avait embrassé la doctrine, furent ainsi nommés de leur chef, Montanus, eunuque asiatique, qui se disait prophète envoyé pour accomplir l'œuvre de Jésus-Christ. Il prêchait la continence la plus complète, et par conséquent la plus opposée aux lois de la nature, faisant ainsi un devoir à autrui de ce qui était pour lui une nécessité malheureuse. Ou ignore l'époque de la mort de Tertullien, mais on sait que vers la.fm de sa vie il se sépara même des montanistes, et qu'il fut le clief d'une secte qui porta son nom, et ne se réunit à l'Église catholique que du temps de saint Augustin.

Tenullien est le personnage le plus remarquable et le mieux

APPËMiice.

tioiinii à6 la priiDÎtive Église (l'AIrUiue ; iiiaîB sa gloîri; uc saurail [aire oublier celle lie deux courageuses fËiiimcs, qui eceJlâreni de leursang les védlés qu'il dél'endil avec sa plumt:. Vivia Perpétua ei Félicilé, l'une reiomed'uDraogilistiDgiié.rauLre pauvre esclave, SouiïrireDl le mariyrtj sous le rèi;nË de Sévèret dans l'amphitéàtredeCarlhage, avec ceue douce et loucijanle résignuUun, celte énergie pudique ei modeste qu'on a» saurail irouver que dans ce sexe né pour la douleur et pour l'amour. Les actes des martyrs contienncut un attendrissant petit écrit de Perpétua sur les évéoemeuls qui précédèreui son supplice, écrit complété jusqu'à sa mort par uue main pieuse el amie. Je ue connais rien de plus saisissant que ces quelques pages. L'Église honore la mémoire de Perpétua el de Félicité , dont Diipuis, dans son scepticisme pédaniesque, a voulu nier jusqu'à l'existence.

Sous le régne de Déeius, l'Eglise, qui avait juui de plusieurs années de repos, fut de nouveau violemment tourmentée. Saint Cyprien était alor^ évéque de Carihagc. Il se mil par la Tulte à l'abri de lu per«écuiion, el, lursqn'elle cessa, ii reparut sur son BÎége. Sa conduite n'avait s^ns doute rien de cauoniquemcnl répréliensible i cependant son auiorilé en Tut affaiblie. Les Cbrétiens qui, moins prudenls que lui, avaient soulTert pour la Toi, ee prévalurent de cet avantage. Les martyre et les confesseurs, s'exagérant les mérites de leurs souffraneefi plus qu'il ne convenait^ l'buraililé clirétienne, crurent qu'ils pouvaient les transmettre à ceux qui, plus faibles, avaient apostasie : en conséquence, ils leur délivraient souvent des billets de réconciliation sans qu'ils se fussent soumis à la pénitence publique, ainsi que le voulaient les lois de l'Église. C'était empiéter ouvertement sur les droits de l'épiscopat. Saint Cyprien s'éleva contre cet abus. On discuta avec Téhémeuce de part et d'autre, el euflu un préire du diocèse de Caribage, appelé Félicissime, leva contre son évéque l'éiendard de la révolte el constitua un schisme qui fit succéder à la persécution de violents orages dans l'Église d'Afrique. A Rome, saint Corneille venait d'être élevé au pontificat. Novat, prêtre de Carthage, ayant été envoyé par les scliismaiiques d'Afrique aux Chrétiens d'Italie, ne trouva pas de meilleur moyen de justiGer la conduite d<-s premiers que de la fairt) imiter par les autres, il se lia avec un certain Novalien, prêtre de Rome, 'lont la conduite pen-

daDt [a persécuiioD avait élé équivoque, et l'engagea i élever aalel contre autel : c'eet ce que lil celui-ci, car il parvint à se faire élire pape par une partie du clergé. Le déiiorilre fat alors à kod comble dans les Églises d'Occident, qui se trouvèrent partagées en deux camps ennemis.

Plusieurs conciles condamnèrent Novatien ; sa conduite pendant la persécution fut rappelée. Alors, pour prouver l'ardeur de son zèle apostolique, il se mit h professer les maximes les plus outrées contre les apostats qu'il condamnait sans rémission. Ainsi ce schisme, qui avait eu pour prétexte la sévérité de saint Cyprien, aboutit ^ la dureté hypocrite de Novatien.

Saint Cyprien eut une autre lutte îi soutenir au sujet du hi^ tëme conféré par des hérétiques. En se plaçant au point de vue chrétien, il est évident que le baptême, étant indélébile, l'hérésie ne l'efface point; et comme cens qui l'ont reçu peuvent le donner, le baptême d'un hérétique est valable. Cependant Agrippin, un des prédécesseurs de saint Cyprien, clTerlullien, avaient soutenu l'opinion contraire, que saint Cyprien adopta. En conséquence, cet évéque voulait qu'un hérétique baptisé par un autre hérétique fût rebaptisé pourrenirerdanslesein de l'Église catholique. Un concile de soixante et onze évéques, tenu à Carthage, confirma celte doctrine. Saint Etienne, qui était alors pontife de Rome, la rejeta. Mais en 255, un second concile de Cartilage, composé de quatre-viugi-un évéques, la proclama de nouveau. A celle époque, l'autoriié des papes n'était pas incontestée, comme elle l'a été depuis. Saint Cyprien , dans son discours d'où veriure de ce concile, se plaignit, même en termes assez peu voilés, des prétentions tyranniques de l'évêque de Rome (1).

La querelle entre Rome et Carthage sur la question du baptême n'occasionna, du reste, point de schisme ; seulement, chacun resta dans son opinion. La question fut plus tard résolue dans le sens de Rome par le premier concile général de Nicée.

(1) SaiDl-Cjprien, Conc. Carth , lellrM 7», Ï3 et T». Fleurj, Eut. eecléi., liv. 17.

Uorcctti, Afrka ehriiUana.

Siint Cypriei) termina par le martyre sa carrière agitée, martyre que ses ennemis lui reprochaienl d'avoir trop souvent évité : il fut di^captié h Carihage, le 14 septembre 358, pendant la persécutioa suBciléepar Valérien, cl mourut <:n homme de Toi et de cœur. Le diacre Poncius a écrit sa vie; ses nomséiaient TbasciusCœcilliis Cyprianus. Il avait d'abord été païen, et ne prit qu'jprès sa uonversiuD le nom de Ceciiius, qui ëiait celui du chrétien qui ie convertit. Ou croit que ce Ceciiius est le même que t'interiocuieur de ce nom daos le dialogue de Minucîus Félix, inlttuié Octavius.

Les ouvrages de saint Cyprien nous sont parvenus ; ils consisteni en quatorze traités et qualre-vingl- trois lettres ; le plus estimé de tous ses écrits est son Irrité de VVnilé de l'Eglite. Dans son Exhortation au martyre, il a réuni contre l'idoiairie tous les passages de l'Ancien Testament qui, d'après les impitoyables lois de Moïse, appellent la mort sur les idol&tres. 11 semble dire, ou pluldt il dit CD elfel aux chrétiens : Ce lonl voi advertairei gui tnéri' leat la mort pour croire ce que vous réfutes de croire. Ainsi, il consacre le principe des persécutions religieuses. C'est un malheur pour sa mémoire, et c'en lut un pour l'Eglise, qui se prévalut trop souvent de son autorité, lorsque, de persécutée qu'elle avait été, elle devint persécutrice h son tour. Tertullleo, plus philosophCt avait écrit à Scapula, procousul d'Afrique : « Nous connaissons

■ la vérité de vos prétendus dieux ; cependant chacun a le droit « d'adorer qui bon lui semble. La religion d'un homme ne peut

■ être ni utile, ni nuisible & un autre homme ; mais la violence

■ ne convient h aucune d'elles : une religion doit être embrassée

■ par conviction et non par crainte. »

Saint Cyprien, malgré cette lâcheuse erreur, n'en est pas moins un des écrivains les plus distingués de l'Eglise. L'Afrique en pro- <tuisU plusieurs dans ce siècle, tels que Miuucius Félix, donluous avons déjà parlé, qui était un des premiers orateurs du barreau de Rome, où il s'était établi; Arnobe deSicc3,dont il nous reste sept livres contre lei genlili, et son disciple Laciance, dont il convient que nous dJsious quelques mots.

L. C. FirmianuE Laciancius ayant étudié à Sicca, on le regarda généralement comme Africain, quoique on ne connaisse pas le lieu de sa naissance. Il fut professeur de rhétorique à Nicomé-

die et chargé eûêutte de l'éducation de Grispos, fils de GonsumiId* Il moarut k Trêves "vers Tan 325. Ses Institations divines sont son principal ouvrage; ce livre, écrit avec pureté et élégance, est un exposé de la doctrine chrétienne et une réfutation sensée et chaleureuse du paganisme. Les théologiens y ont signalé quelques erreurs de foi, ce qui, pas plus que la négation des Antipodes, ne Fempéche d'élre un des plus précieux monumenls des premiers siècles de l'Eglise* Les écrivains de cette époque ont généralement une manière philosophique et élevée de présenter les dogmes du christianisme, qui les fait admettre sans trop de répugnance par la raison. Ils vous font entrer sans effort dans on ordre d'idées où tout se classe et s'explique à la satisfaction de l'esprit et en même temps de ce besoin de mysticisme que, quoi qn^on en -puisse dire, tous les hommes éprouvent plus ou moins. Ceux qui lés ont suivis se sont rarement maintenus à leur hM" leur.

Depuis la mort de saint Gyprien jusqu'à la grande persécution de Dioclétieto, il ne se passa rien dans TËglise d'Afrique qui mérite d'être rapporté. Cette persécution fut la plus terrible de toutes ; il semblait que le paganisme, près d'expirer, eût redoublé de Itereur) comme le lion blessé. Les chrétiens d'Afrique eurent beaucoup à souffrir et déployèrent généralement un courage que la rage de leurs ennemis ne faisait qu'accroître. Plusieurs allèrent au devant du marlyre> excès de zèle qui fut blâmé par Mensurius, alors évéque de Carthage. Quelques-uns cependant se montrèrent faibles et livrèrent les livres saints, dont le gouvernement avait ordonné la destruction ; de ce nombre fut l'évéque de Girthai qui devait un peu plus tard s^'appeler Constantin : enfin la persécution cessa, et la religion chrétienne triompha avec Constantin»

Peu de temps après, Meusurius partit pour l'Italie, où l'appe* laient quelques affaires, et mourut dans le voyage. On procédai son remplacement à Carthage ,* le diacre Cécilien fut élu ; il manifesta l'intention de réclamer certain dépôt d'objets précieux appartenant à l'Eglise, lequel, pendant la persécution^ était tombé entre des mains infidèles. Les coupables, effrayés^ résolurent de le prévenir: ils s'entendirent avec deux prêtres qui avaient été les concurrents de Cécilien pour faire déclarer son élection illégale. Les évéques de Numidie» qui n'y avaient pas été appelés» se

rfttfgèrem do côté dos inéconten(d$ lis ie iTDfidiretit àCArtbage au fiotnbr6 de soixanté^ix, et citèréfit detant euXe^éciliefl, qui re^ fttia de comparatii^. Alors ils déclarèrent son élection nulle^ et nommèrent évéque de Garthage un certain Majôrin^ simple leC'teur, domestique de Lucila, femme riche et Intrigante, ennemie de Géeilien. Telle fut l'origine du célèbre schisftie des donatistes» qui furent ainsi nommés de Douât des Cases-Noires, leur avocat le plus actif, et d'un autre Donat, qui succéda h Tintrus Majorln (1). Cécilien ne céda pas comme ses ennemis Tespéraient ; un concile tenu à Rome lui donna gain de cause et condamna ses adversaires) mais ceux-ci parvinrent à faire entendre à GonstâttUn qu'on leur avait été leurs moyens de défense, et ils Obtinrent qu6 Paf^ Ikire serait jugée de nouveau. Elle le fut dans un concile tenu k AfleS) où les donatistes furent encore condamnés; ils ne se tinrent pas pour battus et en appelèrent à l'empereui* lui-mèDUe, qui les COit^ damna définitivement à Milan, où il réunit les prinelpau^ d'atî** tre eux. Peu se soumirent à cette décision, et le schlstllé a*enra«cina en Afrique, où, dès ce moment, il y eut double Eglise pres^ que partout. A Gonstantine, les donatistes s'emparèrent par violence de la basilique des catholiques, qu'on leur laissa. A la fin, comme les troubles augmentaient en Afrique à cause d'eut^ et qu'ayant été condamnés, il semblait que ce fût à eux à céder le Gouvernement prit des mesures de rigueur: on leur ôta leurs tefli''' pies et leurs lieux de réunion ; Sylvain , leur évéque de Gonstantine, fut exilé; mais ensuite Gonsiantin le rappela. Ge prince, crai^ gnant probablement de s'engager dans la voie des persécutions religieuses, rendit toute liberté aux donatistes, laissant chacun mature de s'attacher à i'évêque qu'il voudrait.

Nous ne Connaissons les donatistes que par les écrits de lenil* adversaires, qui les traitent fort mal. Saint Opiat, évéque dé MÉ^,'

t-ra I t • ' ' — -^^*»^^'«-t-— »«-— > ■ ■ • •>-

(1) Od peut consul ter, pour ce qui coneerne les donttistes : Miot OpttI» ■ qui a écrit leur histoire; saint Augustin, dans plusieurs de ses ouvragit, notamment dans la lettre 185, intitulée de Correetione donaiittorumt les lettres 33, 66, lOO, 105, 134,139; et les actes de la conférence de Garthage; VAfriea christiana de Morcelli; VMûioire ecclétiattique de Fleury, liv. H, XI, XU, XV, XVI, XVll, XIX, XX, XXI. XXII, XXIÏI.

leum, a écrit en six livres l'histoire de ce schisme, que saint An* gusLia comballjl toute sa vie. On reprotlie aux donalisles leurs ilJspositiODS â la violence, et comme les accusalioos portées contre eux sont accompagnées de faits très-précis, il est présuoiable qu'elles ODi quelque chose de fondé. Vers l'an 329, il se forma parmi eux une secte de radicaux, connus dans l'histoire sons le nom de Circoncelliom, qui prêchaient l'égalité et se disaient les défenseurs de la justice ; ils parcouraient en armes les bourgades et les marchés, niellant eu liberté les esclaves, déchargeant de leurs dettes les gens obérés et menaçant de la mort les créanciers récalcitrants. Ils avaient !t leur léie Maxida et Fashir, deux hommes qui, à en juger par leurs noms, devaient appartenir k la race indigène, et qui prenaient le titre de chefs des saints. Les masses étaient malheureuses en Afrique, comme dans le reste du monde romain j les habitauis de la campagne étaient serfs, et le christianisme n'avait encore que faiblement adouci la dureté de l'esclavage domestique : il est donc h croire que les Cireoncelliotu étaient des liommesqul, fatigués d'un joug trop lourd, cherchaient à le secouer. Les écrivains ecclésiastiques ne nous ont présenté que le mauvais côlé de leur hisloirc ; mais la moindre réflexion sutGt pour les classer à côié des compagnons de Spariacus et des Jacques du moyen &ge. Du resle, nous ne nions ni ne justifions les actes de vioiencu qu'on leur reproche, actes inséparables de toute réaction de l'opprimé contre l'oppresseur. De même qne ces actes sont dans la nature des choses, il est aussi dans la nature des choses que ks classes qui se trouvent bien du régime existant fassent taire les dissentiments qui peuvent régner entre elles pour ,M liguer contre les novateurs. C'est ce qui arriva en Afrique i Qu'égard des Ci rconce liions : ks évéques donaiisies et catholiques •les livrèrent au bras séculier ; le Gouvernement fit marcher des *' troupes, et un grand nombre de ces misérables fut tué a Ociavenae. ItA secte les honora comme des martyrs ; mais elle modéra son lèle réformiste, sans cependant cesser d'exister. L'empereur Contuni, après le concile de Sardique, envoya, sur la demande de Gratus, cvéque de Carthage, deux commissaires en Afrique pour examiner les causes des troubles qui agitaient ce pays ; mais leur présence ne fît que les accrolire. Les Circoncellions reprirent lea *^. armes, et le sang coula à Uagaîe, oà une rencontre eut lieu q

4nx et les iroapes. Il y eut à cette même époque un concile h Carihage, présidé par Gralus ; on l'appelle le premier coDciie de Caribage, non qu'il ait élé véritablemeDi le premier, mais parce iqu'il est le premier dont on ait lextueilcmenl les canons. Ce confie régla plusieurs points de discipline et se prononça contre le second baptême, erreur capitale des donaiistes ; les évoques de cetie secte furenl exilés.

Pendant le règne de Julien, les donalisies présentèrent requête your le rappel de leurs évéques ; on le leur accorda, ainsi que la restitution de leurs églises : mais, comme les calholiques , qui ivaient pris possession de ces édinces, rerusaient de les rendre, il fallut employer la violence pour que force resiSt aux ordres de Tempereur. Le sang coula sur plusieurs points, entre autres ^ Le- «elle et surtout h Tipasa de Mauritanie, où le peuple calbolique &t chargé par les troupes ; des femmes et des enfants périrent dans ce tumulte. Dans la suite, Gralien força les donalistes de rendre à leurs adversaires les églises dont ils s'étaient empares ; mais U lutte continua entre les deux partis ; elle était plus acliarnée gne jamais, lorsque saint Augustin vint a paraître. . Auretius Augustinus naquit à Tagasie, ville de la Numidie, d'un yère païen et d'une mère chrétienne ; il étudia d'abord les lettres àMadaure, patrie d'Apulée, et ensuite ^ Caribage, où il adopta ies principes des manichéens. Lorsqu'il eut terminé ses études, il enseigna la rhétorique successivement h Tagaste, à Cartbage et k Milan. Ce fut dans celle ville qu'il reçut le baptême et qu'il abandonna la doctrine des manichéens. Résolu de consacrer h la Tcligion le reste de sa vie, Augustin retourna en Afrique j il y administra l'Église d'Hippone, d'abord comme coadjuteur de Valé- Tius, prélat infirme et fort âgé, puis comme évéque à la mort de ce dernier.

Je ne pense pas qu'aucun de ceui qui ont étudié avec quelque Min la vie et les principaux écrits de saint Augustin se refuse de reconnaître dans cet illustre évéque une des plus puissantes organisations de la race bumaine : amour constant de l'étude, érudition profonde et variée, travail facile, style pur, toujours approprié au sujet et ne se ressentant pas trop des défauts de son siècle, tel est le savant et l'homme de leilres. Connaissance parfaite du tiœur humain, hauteur de vues, esprit d'analvsc, et à côté de cela, m. 33

514 ANNALE8 ÀLGÉtIENNES.

cette aRlmatlon poétique indïBpeosable h F^positlon des vérités iii4nitiTe8, tel est le philosophe et le théologien. Ampur ardent de l'humanité, déBlntéressement de tous les instants, charité parfaite, bienveillance pour les hommes^ alors même qu'il attaquait leurs principes, tel fut le chrétien. Enfin, amour du pays, dignité personnelle, politesse des manières , caractère ferme, doui, enjoué même, tel fut le citoyen, Thomme privé et l'homme pi^ bile.

Mais saint Augustin vécut dans un temps et se troava dans ées circonstances où tant de rares qualités ne purent s'appliquer qu'à des objets infimes. La religion chrétienne était triomphante, et les mesquines querelles des diverses sectes qui la partageaient n'avaient rien de la sublimité de la lutte qu'elle avait soutenue contre les vieilles croyances du polythéisme. La baii>arie commençait k étendre son voile sur le monde romain ; la patrie n'avait plus môme de nom et la société plus de lien : le déchirement de l'empire par les hordes du Nord ne laissait plus qu'une idée commune aux Romains dégénérés, la crainte.

Les écrits de saint Augustin se ressentent un peu, malgré la hauteur de son génie personnel^ de cet affaissement général; on y voit trop souvent des germes de cette modification de l'esprit religieux, qui a reçu un nom que nous laissons au lecteur le soin de mettre au bout de notre phrase, car nous n'osons le prononcer après celui d'un tel homme.

Saint Augustin se fit d'abord connaître dans le monde chrétien par ses controverses avec les manichéens , dont la doctrine l'avait séduit dans sa jeunesse. Cette secte , trèsHrépandue alors en Afrique, avait pour dogme fondamental, comme chacun sait, les deux principes du bien et du mal empruntés de la Perse, qui en avait été le berceau. L'évéque d'Hippone combattit aussi les pélagiens ; cette dispute célèbre a eu un long retentissement dans l'Eglise, car on l'a vue se reproduire dans les deux derniers siècles au sujet du jansénisme. Pelage était un moine de la Bretagne, qui niait la nécessité de la grâce pour le salui. Il était établi à Rome à l'époque de l'invasion d'Alaric ^ il se réfugia à Carthage qu'il quitta bientôt pour la Palestine ; mais il laissa dans cette ville son disciple Celestius.Celui-d, ayant cherché à propager sa doctrine, fut condamné par un concile tenu à Gartbage ; ce-

^endaDt son maître Pelage trouva proieciion en PuleËtine, où ud coDcile, tenu!) Diospolis, mûl pas dlCGculté de l'admeltre h la communion de l'Eglise (1 ), ce qui n'empêcha pas le pape Idoocciii 1'^ de le coodapner. Zoziine, successeur de ce poutife, oe se montra pas d'abord aussi sévère ; mais, voyaut ensuite que la dociriue de Pelage avait été de nouveau censarée par deux autres conciles tenus enArnque(2], il rabandonoaenlièremeDl. Les pélagïens furent dériuilivement condarunés au concile œcuménique d'Ef bèse. Ce fut par suite de celte dispute Ihéologique que saint Âujlo»\ifi composa son Irailé de la grâce et celui du péché origine! ; ^ combattit aussi l'arianisme, qui devait après lui opprimer l'Eglise

^iholique en Afrique ; mais ses efforts les plus constants furent

^rigés contre les doaalisies.

Les donaiisles, protégés par l'usurpateur Cildon, s'étaient lel-

^jlemenl multipliés que, lorsque saint Augiislia commença k écrire j^ntre eux , ils avaient plus de quatre cents évêques ^ mais ils

j^ieot divisés en plusieurs sectes. Comme sur les questions de

*fbi ils ne difléraient pas, ou différaient, fort peu des catholiques, UD rapprochement parut possible h l'évéque d'Uippone. Il ne s'aa^ssait, en effet, pour rétablir l'unité de duclriue, que de reconstiluer celle de l'épiscopat; afin d'atteindre ce but, un concile, lenu ï Canhage en 403, décréta, sur la proposition de saint Au-

jnistin, que, dans chaque diocèse, les donatistes seraient juridifinement sommés de nommer des commissaires pour travailler de

' (1) Le concile de Diospoli» n'adopta pas les erreurs reprochées à Péloge ; •S l'admit à la comniuniDO, parce qu'il donna des explicalions qui psriireDl ,jtîlisrai.'iut«s. Pélige s'tn préfalul ensuite pour taire croire que les Wrea de i^îospoljs Biaieat approuva sa tlaclriiie telle que la prAcbsil Célesiia.

[S] ^'un à Mileum et t'autrs i Canhage, en 4I8. Saint iugii^lin fui l'dme ,j^e re dernier. Ou anathémalisa ceui qui prorcsgaienl : 1° qa'Adim BTBÎt é\é [ail mortel ; 9° qu'il ne faut pas biptiser les nouteau-nÉs, parte que «a enfnnla ne pourraient avoir d'auU-e pêcbé que le pérhË orlEioel, et qoe celui-li n'existe pBi ; 3° que la grdce ne sert que pour les péchés déjï commis et pour aider !i n'en plus commettre ; t' que la grice nous aide à ne point pécber seulement en M qo'elle nous ouvre l'intelligence des commandements, el non en nous donnant directement l'amour el le pouvoir du bka; S* i)-e le 11 lire arbitre peut ^« tourner vers le bien sans la grîce.

bonne foi a?ec des commissaires catholiques à la grande œaTre de la réunion. Mais les donatistes s'y refusèrent et même sepo^tèrent sur plusieurs points à des actes de violence contre les catholiques, surtout à Galama, dont l'évéque catholique, PossidiuSj ami intime de saint Augustin, dont il a écrit la vie, fut horriblement maltraité.

L'année d*après, le concile qui se tenait annuellement à Carthage depuis quelque temps résolut d'implorer le secours du Gouvernement contre les violences des donatistes. Quelques Pères voulaient qu'on demandât à l'empereur une loi qui proscrivit formellement leur culte ; mais la majorité, dont saint Augustin faisait partie, fut plus modérée. Lorsque les députés du concile arrivèrent à Rome pour cette affaire, ils la trouvèrent terminée. L'em* pereur Honorius, déjà instruit des troubles qui agitaient TAfrique, et surtout indigné d'un attentat dont l'évéque catholique de Bagaîa avait été récemment victime, venait de rendre, à la date de la veille des ides de mars, sous le consulat de Stilicon et d'Anthémius (12 février 405), un rescritqui défendait sous des peines sévères toute réunion aux manichéens et aux donatistes, en un mot, qui faisait ce qu'avait souhaité la minorité du concile de Garthage, et, par conséquent, plus que ne demandait la majorité (1). A en croire les écrivains ecclésiastiques, cette mesure aurait eu de bons résultats, et grand nombre de donatistes se seraient ralliés ; cependant la secte n'en fut pas sensiblement affaiblie, car, après la mort de Stilicon, on vit reparaître les donatistes plus violents que jamais; ils pensaient que la mort de Stilicon abrogeait de droit la loi rendue contre eux sous son consulat : mais l'empereur, loin de l'abroger, la confirma par un nouveau rescrit. Cependant ce même prince s'adoucit bientôt dans la crainte qu'ils ne prissent le parti d'Atale, qu'Alaric avait élevé sur le trône impérial. Lorqu'il fat délivré de ce sujet de crainte, il revint à ses premières dispositions et les rendit même encore plus rigoureuses, car les réunions d'hérétiques furent prohibées sous peine de mort. L'empereur ordonna en même temps que tous les évêques, tant catholiques

(l) 450. Cod. Theod. de Hcer.

que donalistes, ee réuiiiraieut puur conk^rer ensemble sur le ré- Ubligsement de la paix de l'Eglise d'Arrique.

La conférence ordonnée eut lieu au mois de juÎD 411 ; deux cent quatre-vingt-six évêques catholiques et deux cent soixaniedix évéques dooaiistes se réunirent à Carltiage. La cause Tui jugée par le tribun Marcellîn, délégué de l'empereur, et débattue par sept évéques de cbaque c6lé. Saint .Augustin proposa que tous lesévËques indisi in clément se déuiissent de leurs fonctions, et qn'il fût procédé à de nouvelles élections. Celait le moyen le pins

' noble et le plus convenable de tout terminer ; mais il [allait pour

' cela nn concours impossible de désiotéressemenls individuels. La proposition, assez faiblement appuyée par la majorité des catholiques, fuirepoussée par leurs adversaires : les donatistes furent con-

• damnés, et il fut déclaré que les lois contre les liéréliques leur seraient appliquées. Plusieurs se soumirent, mais la masse persévéra

' dans le schisme. Quelques prélats pensaient qu'après avoirproscrît l'exercice public <le leur culte et les avoir mis dans l'impossibirité de troubler celui des catholiques, il serait bon de les laisser en

■ repos; mais saint Augustin, qui s'était jusque-là montré si modéré, fut d'un autre avis. Il écrivit & ce sujet au comte Boniface, gouverneur d'Afrique, nue lettre qui est un véritable traité d'intolérance. On voudrait pouvoir douter de l'auib en licite de cette pièce, qui est la 185' du recueil des lettres de ce célèbre évéque. C'est 1^ que se trouve l'inierprétation forcée du CogiU inlrore dont l'Eglise catholique a si tristement abusé dans des temps calamité ux.

Saint Augustin mourut à Ilippooe le 28 août 430, i l'époque de l'invasion des Vandales, et pendant le siège qu'ils avaient mis devant celte ville. Il n'est pas de point de théologie que ce savant prélat n'ait traité. Ses œuvres forment !i elles seules toute une bibliothèque pour celte science ; ses Confeiiions ei son grand ouvrage de Civilale Dei s'y font particulièrement distinguer. Ses lettres sont de précieux documenls, non-seulement pour l'histoire de l'Eglise, mais encore pour l'étude de la géographie ancienne du nord de l'Alrique et celle de la colonisation romaine dans

' celle contrée.

Les Vandales , qui étaient ariens trés-fervents , et dont les dévastations sont devenues proverbiales, traitèrent avec une

5ié ANNALES AtGÉitiÈNNES.

ekiréiue rigueur l'Eglise cathoilique/pendaijt leur d^mittartion ètt Afrique. L'histoire de èette perséctitioff à été écrite |ifâr Yifcltff; étéque de Vite, auteur contemporain. On en trouve afaèsiî qtfelque chosie dati^ Procope. GefiséHc défendit aux càtbbllqdei de flohmier des évèques, de sorte qu'au bout d'une vingtàibë 8'àii* nées tous les sièges furent vacante, à l'esceptîbn de t^ois. Hùilët\t; successeur de Genséric, lèya par la éuite ttiXe déffebse. Il désirait attirer les catholiques par la persuasion. Mais ce indyèlii ne lui ayant pas réussi, il exila tous les évéqueâ, et liotsiiiiiiieltt âaiiit Eugène, évéque de Carlhage. Il leur fit même l'applicaCtttii des lois d'Honorius sur les bérétiqueà. Ainsi teâ UKbôddièi virètit tourner côtitre eùx-métneâ les at*mes qiiHâ ataiêtii fbi'géëi cbiitre leurs adversaires. Gdntainohd, neieu et sticceiS&èbM'Hd'^ loiéric, fit cesser la persécution. Saint Etfgène et les autres eiilâ fiii'etit rappelés ; les églises furent i*ôuteHès. Trasatuobd; <îoi èuccédà h Gontaitiorid, Sob frère, rèbouVela aux cathoIiqiiéS M iiëfense qui leur avait été faite, soûs GébSéric, de nom'biéf 'dèi ëvéques. Il exila en Safdàigne saint Fb^ënce, évéqbë de Rîi^plé, et t|uëlques autres qui dvaiëni été éluâ ihàlgrë cëité défènéé. t badniâ furent rappelés par HildéHc^ suicèesâeur dé Thâàmbiid. Gè prince accorda toute liberté de conscience aibi càtUblicfàër. Mais Gélimer, qui le détrôna, recommença la pèrééciitîon. Eiàfin, en 533, les conquêtes de Béli^airè et la chùîé de la dbtninalibtt dés Vandales firent triompher TEglise catholique en Afrique;

Lés airiens niaient la divinité de Jésus-Christ. Quoique dôddamnée sous Constantin , au fameux concile œumédique dé Nicée, leur doctHne s'était tellement rét)attdue, qu'à l'exception de l'empereur et de notre roi Clovis, tous les tnbna^qttès cfarétiëiiâ étaient ariens. Il est à présumer qu'avant les 4uèrblles d'Ariué et de i^es adversaires, le vulgaire ne se rendait pas bieb bbin|)të de Ce qu'il devait croire touchant l'eSâebce de Jë^it- Christ, dé sorte qu'il tiie semble assez difficile de dire éi là ddëtrîhe d'AriUs fut linè inbovatiôti du le symbole d'udë crbyaiicë déjh existante. Quoi ([|u'il eii soit, il est certain que là inànière àbsblûë dbbt le cbiicile de Nicée trancha la qbeâiiott li'eut pas l'assentiment de la majorité des masses j si l'arîanismë a dispàhi depuis, ce n'est pas, comme le croient les catholiqdés, parce qu'il a dû subir la loi morale qui condatnne l'erreur à d^ffliëer

tôt oa tard devant la vérilé, mais bien parce qu'il s'est foodu dans le màhométisme, auquel il avait préparé les voies.

Là chute de Gélimer n'entraîna pas celle de l'arianisme en Afrique ; seulement, il y fut persécuté au lieu d'y être persécuteur. En 535, une loi de Justinien interdit aux ariens de tenir des asr semblées, d'ordonner des évéques et des clercs, et les exclut des . charges publiques. Les mêmes mesures furent prises à l'égard des donâtistes. L'Eglise catholique triompha matériellement, mais sa gloire avait été ensevelie avec saint Augustin. Cependant saint Fulgence se fit encore remarquer par des écrits qui lui ont fait prendre rang parmi les Pères de l'Eglise ; un autre évéque, appelé Facundus, fit aussi paraître un petit ouvrage qui, d'après le savant Fleury (1), est ce qui a été écrit de mieux sur l'affaire des trois chapitres* Cette affaire, une des plus puériles qui aient agité le sein de l'Eglise, était une vaine dispute soulevée sous le règne de JustinieDj au àUjet de trois auteurs ecclésiastiques morts depuis loiigtempSé Quelques évéques d'Afrique, entre autres Victor Tuaensis, dont nous avons une chroniquCi furent envoyés en exil à cette occasion.

Le pape saint Girégbire dit le Grand s'occupa beaucoup de l'Eglise d'Afrique i k laquelle il parla toujours en souverain spirituel et absolu» Dominius, évéque de Carthage de 584 k 604, lui montra la plus constante soumission. L'Afrique fut la première terre chrétietine qui reconnut complètement la suprématie des évéques de RomC) quoiqu'à d'autres époques elle eût repoussé des prétentions auxquelles elle se soumit alors, non-seulement sans murmure, mais avec empressement. Cette dépendance fut telle que l'on peut dire qu'au moment de l'invasion des Arabes il n'y avait véritablement qu'un évéque en Afrique, celui de Rome. Peu de temps avant ce grand événement, plusieurs conciles furent tenus dans cette contrée au sujet de l'hérésie des monoihélites. Le schisme des donâtistes existait encore, ainsi que nous l'apprend une lettre de saint Grégoire k l'empereur Maurice.

La conquête de l'Afrique, commencée par Abd-Allah-beu-Saad, en 647, sous le kalifat d'Oibman, ne fut terminée que dans les

(i) H% ki, tw. u.

820 ANNALES ALGÉHIENNES.

premièreB années du siècle suivant par Mouça-ben-Noceir, a t celui de Welid-ben-Abd-el-Heleck. Il fallut donc plus d'un demit Biècle aux calires pour goumelire celte conirée h leur empire; nais, chose singulière, ils lui imposèrent plus facilement leur religion que leur joug : c'est un phénomène curieux doDt l'Itistoire I ne présente peulèire que cet exemple.

On sait que le dogme religieux est extrêmement simple chez les I Musulmans. Il n'y a qu'un Dieu, et Mohammed est son prophète: [ ttt voilà la formule, réduite â deux propositions fort simples el- I Jes-mêmes. La première est iocontesiahte ; quant à la seconde, t b raison humaine peut l'admettre sans beaucoup â'efl'orts ; il lui [ nfltt pour cela de considérer cummc prophètes tous ceux que la I Providence à destinés à propager chez les hommes de grandes vérités. Or, Mohammed, qui avait ramené au dogme de l'unité une [ nombreuse nation, était évidemment une de cescréaiures privilégiées. Ainsi, la luconique profession de foi des Musulmans n'avait l rien de choquant pour l'esprit. L'immortalité del'âme, les peines el L JeErécompensesdeTautre vie qui en découlent sont des croyances I communes â toutes les rdigions. L'islamisme offrait de plus des points de contact particuliers avec le christianisme; il admettait les écritures, reconuaissail Jésus-Christ, confessait même le miracle de sa naissance surnaturelle, et, s'il mêlait £i cela quelques erreurs, elles étaient partagées à celte époque par un nombre immense de chrétiens. Lti ariens, par exemple, avaient h l'égard I de Jésus-Christ exactement la même croyance que les Musulmans. Aussi l'islamisme, ^ son apparition, fut moins considéré comme une rehgion nouvelle que comme une secie du christianisme.

Eu Afrique, les donatistcs, qui étaient nombreux, étant persécutés par !c Gouvernement, durent éprouver pour les Arabes celle sympatliie que les opprimés ressentent toujours pour ceux qui les vengent de leurs oppresseurs. Les ariens éiaieni dans le même cas, et, de plus, l'analogie de croyances les rapprochait, ainsi que nous venons de le dire, des Musulmans. Quant aux catholiques, l'empire absolu qu'exerçait directement sur eux depuis quelque lemps l'évêque de Rome les avait réduits à se considérer I comme les diocésains du pape. Lorsque la guerre eut interrompu les relations entre l'Afrique et l'iialie, ils ne surent pas retrouver un centre ; chaque Eglise resta isolée, se dirigeant d'après ses lu-

mières ou ses intérêts, sans s'occuper de l'cDscniblc. Les vacances dao s l'épiscopat ne furent pas remplies, les ordinations de prêtres diminuèrent, et, pour me servir d'un langage approprié à mon sujet, le Ironpeau, Étant sans pasleur, se dispersa. Il n'en était pas de même en S^rie et en Egypte ; % les Eglises, ralliées aux patriarches indépendants de Jérasalem et d'Alexandrie, continuaient à former un tout compacte et à diriger les fidèles dans les circonstances difficiles où ils se trouvaient placés.

Une autre cause contribua à affaiblir celle d'Afrique: les faveurs du riouvcrnement ayant été exclusivement réservées aux catholiques, c'était parmi eux que se trouvaient les hommes les plus riches. Ceux-ci émigrèrent à l'arrivée des Arabes et se répandirent en Espagne, en Italie et même jusqu'en Allemagne, entraînant avec eux ceux dont l'existence était attachée b la leur(l). Ainsi, les rapides progrès que fil l'islamisnie en Afrique s'expliquent, d'un cAlé, par la fusion des hérétiques, de l'autre, pnr l'émigration d'une partie des catholiques et par l'isolement de ceux qui restèrent.

Voici encore une autre considération: le gouvernement grécoromain avait été fort dur pour les hahitanls des campagnes, en Afrique. Une loi de Justiuien avait décidé que l'enfant d'un ad- Kripiiiw, ou colon-sert aiiaché b la glèbe, et d'une mère libre, suivrait la condition delà mère (2). En 537, les possesseurs déterres se plaignirent à Théodore, préfet d'Afrique, des dispositions de celte toi, dont le résultat, disaient-ils, était de dégarnir les campagnes de cultivateurs ; car les hommes déclarés libres quittaient les terres auxquelles ils étaient attachés, et tellement atta-

(l) Horcetti, Africa thrUtiana.

(3) Cad. Juit., fib. XI. lit. 17, ]. M. Celle toi, IdDl en prenaot les imétètt des eutaDls, regardiit cepeaitaiil caming ittégaui les mariages des adleripUtii avec des temine; libres ; elle suppose qu'ils n'aiiifal pu Sirs eoa- Iriclâs que par fraude. Elle permel su mstlre de clillier le mari, de lui retirer SB temme, et le préiieal que, s'il ne le fait pis, st ntgligeoee tournera à BDD détriment. Quaal i YnataM d'un bomme libre et d'une femme adieripdlia, il suiTiit égglemenl la condilian de la iakte, c'esl-g-dire qu'il ébil eitltie. On pcui TOjr sur ces isorles de marliees 11 nofelle XXII, up. st.

chés qu'on ne pouvait les admettre daiis le clei^gé sans ramotlsA^ tiôn de ceui dont ils dépendaient. Ils ajontaient qae Jostinîeff Ini-ffiéme avait modifié cette loi en fateur de la province d'illyrié^ en décidant que les fils do mères libres et de pères aàêeripHtii seraient bien libres avec leurs Choses, mais qu'ils resteraient èOlotis de U glèbe, ei qu'ils né pourraient quitter les terres où ils étaietit dés pour aller en cultiver d'autres. Ces fflainieê furenl transmises à l'empereur Justin, qui les accueillit ei appliqua ^ l'Afrique l'exception accordée par &on prédécesseur aux propriétaires d'Illyrie (1). Il paraît cependant que le rescrit de Justin^ an sujet des colons d'origine mixte, ne fut pas observé, car, sur les plaintes nouvelles des propriétaires, l'empereur Tibère en renouvela les dispositions (2)i Or, ces plaintes furent transmises par Fublianus, évéque de GarthagCi en 581. On voit, d'un autre côté^ le

(1) Yoy. la loi 2 da tiire Vil du petit recueil intitulé : Aliœ atiquot cok" itilutionetf dans le corps de droit romain.

li) Voici le texte du rescrit de Tibère, qui se troÙTe après cëloi dé loéliii dans h recueil précité :

« Consuetum et pecnliare nostrœ mansueludinis reniedium neèessitatibiiè subjectorumnostrorumimponere cupientés, suggestionem firi beatissimi Publiani, antistilis Gartbaginiensium civitalis et possessorum[ejusdem Africane proconsularis provioci», libenter suscepiinus, par quas pragmaticam sanctionem divae mémorise palris noslri pro conditione sobolis ab adscriptitio patra et ingenuâ inatre ad Tbeodorum tune prœfecturam tuam agentem ante tempus emissam firmam illibatamque nostris etiam affâtibiis constitui sttppilcaverunt, ut cultura terrarum permancat, nullâ legè ?6l iuachinatione et ab ea separari valilura. Gonsulentes ilaque coUatoribus Africani traclus sancimns, eamdem pragmaticam sanclionem et ejus disposilionem omnibus modis ex quo data est suas vires babere, et iucertam ei auctoritatem universis dominis terrarum opitulari, ut liberi procreati a matre ingenuâ et pâtre adscriptitio vel côlono rustieitatem palernani cognoscant, et operibus suis eonsuetos reditus bis, quibus supposili sunt, subministrent, deterioris quidem conditionis alieni, ipsius autem cespitis, ubi nati sunt, recedere, et in aliis quibascunqae lotis degere non permissuri, Théodore parens carissime atque amantissime. lUustris îgilur et magnifica auctoritas tua banc pragmaticam sanctioDem in aeternum valituram edictis propositis omnibus habitatoribus AfricaDaram partium innolescat, ut omnibus pateat qualem pro utilitale eorum providentiam gerifflus.

AI'PENDtCR. 52S

pape saint Griîgoirc (1) remercier GeiinaJius, préfei d'Afrique, d'avoir fait rentrer sur les terres que l'Eglise fle Rome possédait di^ns celle province les colons qoi les oTaîenl abandonnées. Ainsi, le clergé, en Afrique, méconnaissant l'espril si ëtidemment déinouralitlue du cbrisLianisnie, se prononçait pour le fort contre le faible. Les Musulmans se préseoiaiem avec des idées plus libérales, lesquelles durent leur faire de nombreux partisans partni ces panvres cultivateurs qui, d'escl.ives de la glèbe, paufaient devenir libres et les égaux en tout des Arabes, seulement en adoptant leurs croyances religieuses. L'esclavage domestique même n'a jamais eu, chez les Musulmans, celte dureté que l'on reprocbeavee raiSOD h la société romaine; cbei eus, non-seulement le fils d'une Temme esclave et d'un père libre est libre , mais encore toute esclave qui conçoit du Tait de son malire acquiert sa lilierié par cela-méme. Un régime comparativement aussi doux était une immense amélioration olierle par les conquérants h ces populations misérables, courbées sous le joug de fer de la servitude de la glèbe, et qui voyaient parmi leurs oppresseurs les telnistres mêmes de la religion qu'ils étaient invités à abandonner. Ensuite la langue latine éiaii peu répandue dans les campagnes où la langue punique dominait, et ceile-ci était si peu étudiée par les classes supérieures, qu'on voit par plusieurs pas- Sages de Aint Augustin qu'il était fort diMcile de trouver des prËlres qui la connussent et qui fassent, par conséquent, en élat de desservir les campagnes. Aussi, il est à croire que les paysans n'avaient sur le cbristianisme que des idées très-confuses (2), et qu'ils éiaieni hors d'état de distinguer eu quoi il dilférait de l'Islamisme. Les avantages matériels que leur offrait celui-ci restèrent donc sans couirepoids murai.

On voit par ce qui précède que bien des causes se réuuirenl pour faire triompher l'islamisme, au sein même des colonies romaines et surtout parmi les populations lybiennes des campagnes. Mais une autre race s'était étendue depuis longtemps dans le

(1) Lettres de «bIdi Grégoire, lii. 1, ip. 79. {■2} A cette époque. bnucoUÂ d'aulr^a populali

nord de rArrUjue. Je veux parler des Maures. Ces peuples, aiasi gommés par les Romains, éiaient d'origine arabe. Oa sail que is des lemps fort reculés les Arabes envahiront l'Egypte. La sririe des princes de cette nation qui ; régnèrent forme ce que les historiens de l'antiquilé appellent la dynastie des RoU-Pasr leurs, expulsée d'Egypte après une dominaiioa de trois siècles ir Thoutmosis, roi de la Thébaïde. Les Arabes, battus sur les Y Itords du Nil par les troupes de ce prince, qui leur coupèrent la p^mraile sur l'Asie, furent contraints de se jeter vers l'Occideal. Sous la conduite de Malek-Arriki-ben-Kis-cl-Carnin, ils errèrent longtemps sur ce vaste continent et finirent par s'établir entre la Hulucha et l'Océan (1). Bien des siècles s'écoulèrent avant qu'ils songeassent à sortir de leurs liniiies (2]. Mais au temps de la décadence de l'empire romain, ils les franchirent et pouasèreni leurs I incursions jusque dans la Cyrénaîque. Les Vandales et les Roi ' nains de ta seconde oceupation eurent de nombreuses guerres h I soutenir contre eux. Ces peuples avaient conservé les mœurs, la L hngue et toutes les habitudes de leurs pères. Ils pratiquaient r nérae la circoncision et la polygamie, quoique plusieurs d'entre e fussent faits chrétiens. On conçoit toutes les lacililés que I «ette Gommuuauté d'origine, de mœurs et de langue, dut donler aux Arabes pour implanter chez eux l'islamisme. Ainsi donc, les musulmans trouvèrent partout en>Afrique un n disposé h recevoir les semences du Coran. Nulle part h liiiiance qu'ils éprouvèrent n'eut pour mobile ta religion, fians k première invasion, celle d'Abd-ÂIlah-ben-Saad, ils n'eurent Taire qu'aux troupes régulières du patrice Grégoire. Dès qu'ils

' (1) NoDS atODs raU«ché ■□ sujet de celle émigrilioD des Arabes dans \p Mrd de l'Afrique 1« récit des écrliaioB de l'antiquité loDcbanl les pmleur^ •onquéraDta de l'Egypte, i ee que ricomcDt les bislori^ns Arabes de Meleli- *- Afriki, par lieu liÈrem eot BcD-ei-Hsquii] daDsUarmol, Léon l'Afrii^ia , Ben- Ealdoun et El-Ksi rouai déjï cité.

(1) Les Romains donnaient le nom de Mauritanie au paya situé h l'orleal da la Mulueba, comme ) celui qui étiil situé à l'occident, sTanl que les Maures eussent Franchi celle ririëre, parce que la partie orieDlile avait été donnée par eu m roi migre Boecbus «pris la cbute de lugurtbi.

les eurent vaincus, le pays se sonmitel leur paya tribut. Le général arabe , qui n'avait pas d'ordre pour occuper la contrée et dont l'armée était d'ailleurs afTaibiie par les maladies, retourna en Egypte cliargé de richesses. Après son départ, le gouvernemeut de ConsUntlnople, indigné du tribut que l'Afrique avait payé aux Arabes, voulut l'en punir en la frappant d'une contribution égale. Mais la province, indignée à son lourde celte prétemion, provoqua elle-même le çiliTe à s'emparer dérinitivement du pays. La conquête marcha d'abord rapidement ; mais une insulte faite par Okba-bcn-Nefih, général des Arabes, h fiessilab, puissant chef indigène qui avait embrassé l'islamisme, amena une révolte dont les suites furent la défaite des Arabes et la mort d'Ok.ba. Son successeur, Zabir^ben-Kis-el-Belaoui, déBl et tua Uessilah. Mais il fut ensuite vaincu et tué lui-même par des troupes envoyées en Afrique de Constanlinoplc. Hassan-ben- Kuman, qui remplaça Zaliir, défit les Grecs et s'empara de Cartilage. Il fut moins heureux contre les indifènes que les Arabes appelaient Berbers. Ceux-ci, réunis sous le commandement d'une femme, ia célèbre Kabina, le chassèrent du pays où pendant cinq ans cette héroïne régna en souveraine absolue. Au bout de ce temps, Hassan reparut i la tête d'une puissante armée. La lutte recommença, et Kabina vaincue périt les armes b la main. Enfin la conquête fut terminée, comme nous l'avons déjà dit, par Mouça-tien-Nocéir. Dans toutes ces révoltes des indigènes, on ne voit pas que le prétexte de la religion ail jamais été invoqué. Kessilah était musulman. Kahina, avant de livrer sa dernière bataille, pressentant le son qui lui était réNcrvé, avait envoyé ses enfants à Hassan-ben-Numan, les recommandant à sa générosité et le priant de leur tenir lieu de père, ce qu'elle n'aurait certainement pas fait, si la religion eût armé son, bras. Ses enfants embrassèrent l'islamisme et eurent des commandements importants.

Cependant il resta encore quelques chrétiens en Afrique. Quoique les généraux arabes eussent favorisé de tout leur pouvoir les conversions que les diverses circonstances que nous avons rapportées rendaient bciles, ils n'employèrent jamais la violence. Les chréiiens qui voulaient persévérer dans leur foi en étaient quilles pour un tribut double de la dlmc payée par les

^S6 ANNALES AM^ÉftlENNES.

mnsolmans. H y ai plus : mille familles copiâtes, et pf(f cpi^séftaeiii fc|irétieiipes , furent envoyées d'Egypte à Tunis ^ q^ tjjte #'étaot trouvée dépeuplée par sui|e 4es 47^^"^!^^ ^^ '^ gfjerr^ (1). G'iest, sans aucun doate^ çjstte pi)ptiçatarUé qui foi^rni^ un pré^xte au patriajrcbe jacobite d'A^P'^^'!^ P9^^ lei^voyer d^s évéques en Barbarie, coinfpe ]^.y^ rapprend (&eprge$-el-M[acin9 abréviai^eur et continnatej^r fl^jÊl-Tatiari. G'éjtait k upe époqne où il n'existait entre cieite fif^niréfi et l'Europe que des relations hostiles. Plus tard, les républiques con^- D^çanles de l'Italie, telles que Pise, Amalfi, iÇénes^ yénise, ep ayant établi de pacifiques, Rome put se mettre en rapport ayec les débris de l'Eglise africaine. Il existe deux fettres de JLéon ÎX, à la date du 17 décembre 1053, adressées à trois évéques 4'4^'' que, où il n'en restait que cinq. Ce pontife l/eur recomij^aada de rAcpnnaî^e celui de Garibagepour leur métropolitain. Le 5 septembre 1(>73| première année de son pontificat, jGIrégoire y^ éçrivijt au clergé et au peuple chrétien de Carnage une lettre de reproches sur ce qu'ils avalent porté devant les autorités aral^ un différend survenu entre eux etCyriaque leur évéqjoe. ]EIn Ip7i6, Je même pape nomma au siège d'Hippone no certain Spjrvandns, élu par les chrétiens de celte ville ejt rjecommai^dé par V^v arabe (2) , qui écrivit à cette occasion au pape en lui envoyant des présents et quelques captifs chrétiens. On voit, par la lettre écrite au clergé par Grégoire Vil, qu'il ne se trouvait p^ alors en Afrique trois évéques pour en ordonner un quatrième. Grégoire écrivit aussi à rjEmir pour le remercier de la projtection qu'il accordait aux chrétiens et le prier de la leur continuer. Ces deux dernières lettres prouvent que, quoique le christianisme ali^t toujours en s'affaiblissant en Afrique, il n'y étai^ pas persécuté. Cependant nous n'avons rien de bien précis sur l'état des chrétiens en Barbarie dans le moyen âge, car les documents que nous venons de citer ne contiennent à cet égard que des généralités. Mais leur position devait être dans cette contrée ce qu'elle était en

(1) Histoire de l'Afrique d'El-Kairouani.

(2) El-Nacer-ben-Mohamnaed-ben-Hammad , soayerain de Bougie, de la dyDastie des Beni-Hammad, la première des rois de Bougie.

APPENDICB.

Sâ7

Espagpe. Or voici la seule persécution, si toutefois on peut lui doDnerce nom, que les cliréliens eurent à supporter daascepays ^* de la part des uiusulmans.

Va cLréiLcn de Cordoue, apo<ilé Parfait, s'étaut mis, dans un excès de faux zèle,à blasphémer publiquement conUre Mobaipiiaed, eut la tête coupée. Â celte époque, on brûlait vifs les liéréliques daDS le monde chrétien. Ainsi la modération était encore du côté des Arabes, même dans celte circonstance. La mort de sainl Parfait ayant poussa les chrétiens â une émulation indiscrète, les invectives publiques contre l'islamisme se renouvelèrent. Les autorités musulmanes engagèrent d'abord les coupables à plus de circonspection { mais n'ayant rien pu obtenir el craignant une révolte des chrétiens, elles se décidèrent à sévir. Ce fut ajnsi qu'un certain Isaac fut mis â mort. Cet homme s'était présenté devant le cadi en lui demandant de l'Instruire dans sa religion. A peine celui-ci eut-il commencé à parler qu'lsaac vomit des torrents d'injures contre le Prophète. Le cadi irrité le frappa. Les musulmans présents lui dirent qu'une pareille conduite envers un accusé était indigne d'un ministre de la Justice. Le cadi reconnut ses torts, et renvoya l'alfaire au kalife qui condamna Isaac à mort. Plusieurs autres chrétiens luretjt misa mort de la même manière, ainsi que le raconte saint Euloge, prêtre espagnol qui a écrit l'histoire de cette prétendue persécution, et qui fut lui-méuie au nombre des martyrs. Tout cela avait, du coté des Arabes, un caraaère politique et non religieux, et de celui des chrétiens un caractère ' de nationalité. Fleury le reconuatt. n C'étaient deux nations distinctes, i dit-il, " comme les Turcs et les Grecs (1). « Sainte Flore, qui fut décapitée â cette époque, était de race musulmane, mais chrétienne par sa mère. Comme les autres, elle invectiva Mohammed. Un nommé Aurélius, né d'un musulman et d'une chrétienne, eut le même sort, bans un de ces jugements du cadi, un moine nommé Georges fut absous parce qu'il n'avait pas injurié Mohammed. Il l'injuria pour être condamné, et il le fut. Quel élaitleplusfanaiiquedujugeoude l'accusé? Sainte Digne, sainte

IColombe, sainte Pompose, pauvres religieuses fanatisées, couru- :

(l) Biliaire eteléiiailique, l\t.

rent ail martyre êa invectivant Mohammed, car on ne ^obteDu^' qu'il ce prix, ce qui met une grande difCéreocc entre l'intolérance -des musutroaDS et celle des chrétiens du moyen %c.

Saint Euloge, qui s'est fait l'historien de tous ces martys, répond daus son ouvrage aux objections de plusieurs Chrétiens qui ne voulaient pas qu'on les reconnût pour tels. «D'abord, disaient ces Chrétiens modérés, ceux qui les mettent à mort ne sont pas des idolâtres, mais des Klusulmans qui recon- < naissent le même Dieu que nous et détestent l'idolâtrie. jEn- Euilo, ils s'exposent d'eux-mêmes à la mort en outrageant une religion dont les sectateurs leur laissent le libre exercice de la leur. » Fleury trouve que les réponses de saint Euloge à ces objections sont faibles ; il dit que l'ancienne discipline de l'Ëglise n'approuve pas ceux qui se présentent d'eux-mêmes, qu'elle défend d'outrager publiquement et sans nécessité la religion établie. Mais il ajoute que, puisque l'Église a reçu au nombre des saints les martyrs de Cordoue et leur historien Euloge , c'est qu'elle avait sans doute de bonnes raisons pour faire une exception eu , lenr faveur. Au surplus, Euloge explique fort bien que, quoique les Chrétiens fussent tolérés par les Musulmans, ils était exposés parmi eux aux plus pénibles bumiliations. L'espoir d'être t6t ou tard secourus par leurs frères de.^ provinces chrétiennes les empAchaii de se laisser abattre par ces bumiliations. Maïs en Afrique, où aucun espoir de celte nature ne pouvait exister, il est à croire .que bien des Chrétiens cherchèrent dans l'apostasie un moyen de Vy soustraire.

Il y avait encore des Chrétiens on Barbarie dans le XII' siècle. Lorsque les Siciliens, en 1148, s'emparèrent de Malieddia, qa'ils appelaient Africa, ils en trouvèrent dans celte ville, où ils installèrent un un évéque qui alla se faire consacrer k Rome (1). Gibbon (2) pense que le christianisme et la succession des pasteurs furent définitivement abolis en 'Afrique par les Almohades, qui chassèrent les Siciliens des lieux dont ils s'étaient rendus maîtres. Cependant, en 1337, le pape Grégoire IX nomma un évéque à

0) GalIlBamedenaDgis, Chr..

(î) Gibbor, lÎT. Bi,

1*49; Canloniie, Bitlmre dt l'Afriqne.

Maroc, qui fut le frère Aguel, de l'ordre des frères mineurs, noa UD évÊque in partibus, mais un évéque réel qui pril possesEioa de son siège {!)■ A celle époque, les souveraîus de Maroc avaient dans )eurE troupes un grand nombre d'aventuriers chrélieos, et peut-être le troupeau du frère Agnel n'était composé que de ces soldats. Cet évêque étant morl, le pape Innocent IV lui donna pour successeur, en 1^46, un autre frère mineur appelé Lopez- Fen)andèsDaÎD(2).ll écrivit en même temps au souverain de Maroc pour recommander le nouveau prélat à sa bienveillance. H désirait que ce prince donnât des places de sûreté aux Chrétiens qui étaient dans ses Etats; mais celui-ci s'; étant refusé, il lai écrivit une seconde fois pour le menacer de défendre îi tout Chrétien d'entrer h son service. Il ne parait pas que ces menaces aient jamais été suivies d'aucun résultat, car les places de sûreté ne furent pas données, et l'on continua h voir des Chrétiens au service du prince inlldêle.

Les traces historiques de l'esîstence du christianisme en Barbarie ne dépassent pas le XIII" siècle. 11 est il croire que le peu de Chrétiens qui y restaient encore, concentrés dans les villes maritimes, passèrent peu à peu en Europe avec les marchands italiens qui fréquentaient ces côtes. Quelques missionnaires zélés tentèrent, U diverses époques, de rallumer dansie nord de l'Afrique le flambeau éteint du christianisme, mais ce fut sans succès. Comme ils n'avaient guère plus de circonspection que les martyrs de Cordoue, dont nous avons parlé plus haut, la plupart curent le même sort. De ce nombre fut le célèbre Raymond Luile, massacré par le peuple de Bougie, en 1315.

Les établissements des Portugais et des Espagnols en Barbarie furent complètement stériles pour la propagation de la foi chrétienne. Les évêchés institués par eux n'eurent d'autres diocésains que leurs soldats et leurs marchands. Sur les points qu'ils n'occupaient pas, il n'y avait d'autres Clirétiens que les esclaves que la piraterie répandait dans le pays. Les Espagnols ont eu

(I) PlearjjliT. BO.

(«] Id., lÎT. 89.

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