III
466 ANNALES AtGÉRlENNES.
dateur ; ii ii*en esi que le re.slauraieur. Cependant, mainteoamt qu'il a paru, il ne sudirait pas, pour éire Musulman, de l'éire comme l'éuieut les patriarches x il faut encore reconnattre et confesser la mission de Mohammed ; aussi celte formule célèbre: // n'y a de Dieu que Dieu^ et Mohammed eet Venvoyé de Dieu, est la base de la foi musulmane. Ces deux propositions sont ce que les Arabes appellent les témoignages , les confessions ; il surfit de les prononcer avec conviction pi»ur devenir llusulmao. La circoncision n'est pas , comme le vulgaire le pense parmi nous, le signe matériellement caractéristique de ceite religion : c'est un usage emprunté des premiers Arabes, usage d'înstitutiou divine, si Ton veut, puisque Dieu le prescrivit à Abraham, mais dont le Coran ne uit pas un mot, et que, pour celle raison, beaucoup de docteurs ne regardent pas comme indispensable (i). Cependant les Africains y tiennent extrêmement ^ aussi l'anciiBu gouvernement algérien, qui recevait souvent du Levant des soldats iocirconcis, avait soin de les faire circoncire k leur arrivée.
ixous avons dit que la croyance au jugement dernier est le ciu' quième article de foi de Tislamisme i il comprend toui ce qui esi relatif à la vie future. L'islamisme, admeiiani nos Écritures, a sur la création et la chute de l'bouime la luéme doctrine que uous. On lit dans le Coran, verset 170 de la sourate vu , intitulée El- Araf:
« Lorsque ton Seigneur fil sortir des fils d'Adam, de leurs te rt* ius, leurs descendants^ et qu'il les fit témoigner contre eux- « mêmes, il leur dit : £si-cc que je ne suis pas votre Seigneur ? a lis répondireni : Oui, nous l'avouons. Cela fut fait de peur qu'au
(1) Quelques Musulmans fout remonter jusqu'à Adam Tusage de la circooeision ; ils disent que ce premier homme, désespéré d'être chassé du paradis par suite de sa faiblesse pour sa femme, voulut se défaire de la partie de son corps qui donnait à celle-ci tant d'empire sur lui ; mais que, par les conseils 4'uu auge, il se décida h n'eu saaitier quei-eUe portion dont 8e débarrassent encore les Inifs et le» Musulmans. Celle indécente opinion pourrait passer pour une plaisaolerie à la Voltaire, mais lea Muaulmam ne plaiHoieBt jamis lor de tels au jets.
> Jour ilu jugemeni ils ne diseol ; Nous éliona igoorauls »ur
tes conimeniaieurs eipliqueni ce passage en disuDt que Die» mir h AdaiD tous les bommes qoi devaient dusceniire de lui, il les réunil dans uue immense plajLc, et que là ils s'engage' , not !) adorer loujoiirs te Seigneur. Il y a dans cette manière de prësealer l'humaoîlé comme une simule nulle uue peusée furt Jwlle qui, vn effaçaut l'Individualisme, se prête inerveilleuseineul >'Il la solidarité de l'espèce humaine, ei par suite au dogme du pé- 'é originel: aussi, on la rapprocha ni de ce quia élé dil plus hnit snr l'Immaculée coitueplioD de la Vierge, on pourrait en conclure que ce dogme est admis par l'islamisme, si le Coran ne ^sait paï rormellemeiil qu'Adam se réliabitiia lui-même par son ,ïftpentir. ^
Ceux qui, par leur foi et leurs actes, auront mérité le salui .éiernel, guûieronl des plaisirs sans Bu dans te paradis. Mohammed c:(plique la nature de ces plaisirs d'une manière matérielle qu'on lut a souvent reprochée : il peint de frais jardins, de lieaux ;fieuves qui tes arrogent, et surtout ces ravissantes houris qui .enivreront les élus d'amour et du volupté) mais le Corau ajuuie :t là que des paraboles qui pourront scandaliser les ^fidèles, mais dont lescruyanls comprendront t>ieu le sens. Voici X6 passage, qui fait suite au premier où Mohammed parle des .kouris :
• Dieu ne rougit pas de prendre pour sujet d'une parabole un « mouclii:ron ou quelque cliose de plus relevé. Ceux qui sont f croyanis savent que la vérité vient de leur Seigneur j mais les ■ inSdèles disent : Que veut dire Dieu avec cette parahole ? » .yerseï 24 de la Sourate ii, intiluiée : la Vache.
Ceci me parait assez clair; mais il n'en est pas moins certain lue par ces images matérielles des plaisirs sensuels Mohammed tt voulu parler h la chair chez un peuple singulièrement encliu i Hfimour physique. Le correctif est à t'adresse des sages et des cri, •.tiques. Au demeurant, en ailmettant, comme le fait le Coran, la résurrection de la cliair, il faut bien un peu songer à sa saiisfao- I. Aussi ou ne voit pas trop ce que nus élus feront de leurs tsorps dans le paralis des chrétiens, qui ne promet que des plait\n intelleciuels. Pour qu'on n'accuse pas celui de Uohammed
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i)e u'éirc qu'un lupanar, nous devons ajouter que ceux de l'esprit n'en sont p:is eiclus ; car en lêie des félicUës de l'autre vie se irouve la conietnplailon éiernelle de la sagesse divine.
L'enfer, lieu de lonrments destiné aux réprouvés, est aussi décrit par le Coran au moyen d'images maLérieiles ; mais les feux allégoriques de ce séjour redoutable éranl de lotîtes les religions, nul n'a songé ii formuler ïi cet éeard la moindre accusation de matérialisme contre Mobanimed. Au surplus, la plus grande peine de l'enfer est, d'après les Musulmans comme d'après le christianisme, toute morale : c'est la séparation d'avec Dieu, Fark. Les Uuaulmans disent qu'il y a sept élBgi;g ou sept degrés de lournenis en enfer ; le plus terrible est réservé aux hypocrites.
Enire l'enfer et le parudis, les Musulmans placent un séjour jnlerméiliaire destiné aux &mcs qui ne sont envoyées ni dans l'un nt dans l'aulrc : ils l'appellent oTaf. Comme le Coran s'exprime assez vaguement 3 cet égard, les uns en font un purgatoire comme le nôtre; les autres des limbes, oii ils envoient les justes qui ont Técu dans l'ignorance de l'islamisme.
La lin du monde, la résurrection et le jugement dernier, sont expliqués par les Musulmans b peu près comme par les cbré-
II est assi ï difâcile, dans toutes les religions qui enseignent le jugement dernier f t universel, de se rendre parfaitemeni compte de ce que devieui l'Dnie dans le temps qui doit s'écouler entre n séparation d'avec lecorps et ce jugement. Nous admettons que le païadis, l'enlèr ou le purgatoire luisent immédiatement ouverts ^ maislanécessilc du jugement dernier en est u éce^F ai rem en t amoindrie.LeCoran dit simplement qu'S la mort l'âme est portée devant l'Ëiernel. A défaut de paroles plus explicatives, les iliéulogieus musulmans pensent que chaque bomnie, après son décès, sera examiné et Inierrogé par les deux anges Menhir el Aekir, et que, scion son ëial, l'âme, attachée dans tous les cas au tombeau jus* qu'au grand jour de la résurrection, sera dans la gloire ou dans les ténèbres, sorte d'anticipation i son sort dcfinilir r^lé par le jugemenl. Celte inierpréiaiion, fort embrouillée du reste et irétpeu salisraisante, se préie merveilleusement à la croyance aux revenants et aux vampires, qui, en cfret, est Irës-répan^D^B OrienL
AI'PEMilUE. 409
Ctist ici le lieu de relever une erreur qui, quoique rérulée bien des fois, ne laisse pas d'éire encore en crétlil cliez le vulgaire parmi les clirélicrs occidentaux, savoir, que le Coran ne f;iil pas panicipcr la femme à la vie fulnre : ce livre présente des pas- Uges saillants qui prouvenl le contraire très- forme Ile ment. En -Voici quelques-uns :
■ Ils entreront dans les jardins d'Eden avec leurs pères, leurs femmes et leurs enTatits qui auront été jnsles. • —Verset 23 de
'hSourale iiii, intitulée : le Tonnerre.
» Les Musulmans et les Mu.sulmanes. lescroyaniset lescroyaoles, les obéissants el les nbéisEanies, les picnx et les pieuses, les palientset les patientes, leii humbles des deux se^es, ceux et celles qui font l'aumAne, les jeûneurs et les jeûneuses, les conservateurs et les conservatrices de la chasteté, ceux et cellea qui se souviennent souvent de Dieu, Dieu leur promet le pardon et une [;runde récompense, u — Verset 35 de le Sourate XXXIII, intitulée : Itî Confédérés.
■ Quiconque aura fait le bien, homme ou femme, et qui sera cropnt, entrera dans le paradis, n — Verset 43 de la Sourate
XL, intitulée : le Croyant.
voilï assez, je pense, pour démontrer la fausseté de l'as- ■criion que nous réfutons ; néanmoins, il faut avouer que la potilion spirituelle de la femme a pu purailre équivoque, même ï des Musulmans. On racQiile ï ce sujet qu' un juur le Prophète, étant entré dans une tente d'Arabes, y trouva une vieille femme tout en pleurs, et que, lui ayant dcniaudc la tanse de sun chagrin, elle répondit qu'on venait de lui lire les versets du Cnran relatifs houris, et qu'il lui parai^satl manifeste, d'après ces passages, que tes vieilles femmes ne trouveraient pas place pour elles dans le paradis. Le Prophète répondit qu'en effet il en serait ainsi, et la pauvre femme redoubla ses pleurs; alors il reprit en souriant:
■ Rassurez -V DUS, ma mère: il est vrai que tes vieilles femmes
■ n'entreront pas en paradis, mais c'est pane <[i>'elles redevien-
■ drout jeunes avaut à'y entrer. ■ Eu l'II'cI, les docteurs pensent que tes femmes rcssusciteronl toutes avec l'ftge de seiïe ans ) quant aux hommes, ils en auront tons irenic-lrois.
Nous voici arrivés au plus rednuiiible des articles de foi de
l'islamisme , celui du décret jde Diep coda et eader^ cada^ lorsqu'il est seulement en Dieu, et cader lorsqu'il se manifeste par l'évjénemeDK .Ce n'est pas sans raison que je rappelle redoutable, car il touche de bien près h la prédestination absolue, dogme glacial et terrible qui^ une fois admis, 6te toute «moralité aux actions de Thorame et toute activité à son intelligence. La conciliation du libre arbitre de l'homme avec la puissance, la prescience et la bonté de Dieu, a fait et fera toujours le désespoir d^ philosophes et des théologiens. Le grand saint Augustin, dont le nom se présente tout naturellement à la mémoire lorsqu'oii veut aborder cet effrayant sujet, semble parfois vous faire toucher au but; son éloquence entraînante, son raisonnement puissant vous saisit, vous élève : on croit arriver, puis on sent que la parole manque à votre guide ; on ne fait qo^entrevoir la solution, et Ton retombe dans l'abtme de doute d'où l'on croyait pouvoir sortir. Mais que dis-je, doute ? disons plutôt impassibilité de démonstration , car le phénomène ontologique existe bien réellement. Il est impossible que Thorome ne soie pas libre, et il est impossible que Dieu ne soit pas la toute-puiss^mce, la toute-science et la toute-bonté, comme il est impossible q^e |'azimptoie rencontre jamais l'hyperbole, bien qu'il soit impossible qu'elle n'en approche pas toujours: c'est l'identité des contradictoires d'Hegel.
Nous ne'reproduirons pas ici, même succinctement, la controverse des docteurs musulmans sur le libre arbitre et la prédestination. Ces deux dogmes contraires peuvent être également soutenus avec des passages du Coran, qui est loin d'être d'accord avec lui-même à ce sujet ; voici, je crois, comment cette confusion peut être expliquée : Mohammed^ comme prince et chef de parti, voulant exalter le courage des siens, se mita prêcher le fatalisme, au moins en ce qui concerne le moment de la mort. Le Coran dit :
« Le terme de la vie de tous les hommes est fixé ; ils ne peu- « vent en avancer ni en reculer l'heure. » — Verset 32 de la Sourate VII, intitulée : El Araf.
Cela posé, le Prophète fut logiquement conduit à étendre ce fatalisme aux événements de la vie temporelle, et enfin à la destinée des ftmes dans la vie future. Mais là il fpjL souvent obligé de
revenir sur ses pas, efTrayé drs conséquences de sa doctrine. Ce passage désespérant de la Sourate ii , verset 28i : Dieu pardonne à qui il lui plaît et il frappe qui il lui plail , ve passage, dis-je , dut être adouci par d'autres qui le m tigent ; mais il en reste encore de si terribles en faveur de la prédestination, que, d'après une ancienne tradition, Mohammed aurait dit tiii-méine que la lecture de ces passageslui ava't fait devenir les cheveux b'ancs avant l'âge. Pour nous résumer, nous dirons que le dogme de la prédestination est loin d'être généralement reçu par les Musulmans de nos jours, et que même dans aucun temps il n'a réuni toutes les opinions. Le tableau de l'empire ottoman, de Mouradja d*Osson, cite un fetona du muphti de Constanlinopie qui le repousse en termes formels. Quant au fatalisme que j'appellerai terrestre, celui qui règle If s événements ici-bas, les Musulmans le professent très-positivement ; il est pour eux, sans aucun doute, une cause puissante de stagnation, mais aussi il est la source de la plus admirable résignation dans le malheur. Cette résignation, cette patience, cette aptitude pour la douleur est un des beaux côtés de l'islamisme, qui même en a pris son nom (1). Le Coran est rempli à ce sujet de fort beaux passages dont la lecture est vraiment consolante dans l'adversité. J'avoue n'avoir jamais In sans en être vivement touché cette salutation des anges aux justes à leur arrivée dans le paradis: Salut sur vous, parée que vous avez souffert avec patience.
Tels sont les six articles de foi de l'islamisme : celui qui les admet est Musulman. Nous n'avons rien dit de quelques croyances métaphoriques, telles que la balance dans laquelle Dieu pèse les actions des hommes, et le sirat. pont étroit comme le tranchant d'un sabre, sur lequel il faut s'engager pour arriver en paradis, mais que les justes franchissent seuls, tandis que les coupables, qui n'y peuvent conserver l'équilibre, sont précipités dans l'en-: fer ouvert au-dessous. Quelques intelligences grossières prennent à la lettre ces allégories.
(1) Ce ruot sigoitie obiiisiaDce, soumission, résigDatioD,
Les quatre fondeDients de rislamîsme qu'il nous reste à considérer constituent la partie de la religion abada que les Musulmans appellent le culte Din, doni la première prescription est la prière, second fondement de Tislainisme, la foi, dont nous venons de parler, étant le premier :
« Fais la prière, car la prière éloigne de ce qui est honteux. « Fixer ses idées dans le souvenfir de Dieu est une chose im- «r portante. » — Verset 44 de le Sourate xxix, intituléâ : VAraignée.
Tel est, en eflet, le caractère de la prière, laquelle est plutôt un acte d'adoration et de recueillement qu'une demande adressée ^ l'Etre tout-puissant, qui a In science pour connaître nos besoins légitimes et la bonté pour les satisfaire, sans que nous les lui demandions. C'est dans ce sens qu'en parle Jésus* Christ, c'est dans cet esprit qu'il a composé TOraison dominicale, la première, la plus belle, la plus philosophique des prières.
Il est d'obligation pour tous les Musulmans de prier cinq fois par jour ; l'acte que l'on accomplit en priant s'appelle salak. La salah se com[k)se toujours d'un certain nombre de rieat; on appelle ainsi une série de formules, d'attitudes de corps et de prosternations qui se reproduisent toujours de la même manière, et qui, bien loin d'élever h Dieu le vulgaire de ceux qui s'y soumettent, sont admirablement propres à le plonger dans l'odieux bourbier du bigotisme, contrairement aux intentions de Mohammed, si dignement exprimées dans les paroles que nous ayons rapportées plus haut. Le fidèle se place d'abord debout, les mains élevées, puis il abaisse les mains le long des cuisses, puis il fait une inclination, ce qu'on appelle proprement ricat ; il se redresse, et ensuite fait une prosternation la face contre terre, sedjed; il se redresse de nouveau, mais seulement sur les genoux ; il fait une seconde prosternation et enfin se relève, ce qui est la fin de cet admirable exercice. Dans ces diverses attitudes, il récite de courtes formules religieuses que nous jugeons inutile de reproduire et qui sont appelées tebkiVj tesbiah, sena, taoux , Umi et tahmed. On commença par le Falah (introït),
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qui est la premiète Suuraie du Coran, ilniii le fidèle doit réciter on ;iulre passage à son cbuix, nidis conienant au rmiliis iroiâ verscis. Voilii à peu près ce qui couBlilue un ricat ; muis il existe des variatues selon les sectes, donl les rituels diiïèrent un peu.
Il n'y a que des hoinmea vraiment supérieurs dont l'intelligence puisse résister k ce système de niaiseries renouvelé cinq fois par jour : aussi un dévot nuisulmau est, en général, la honte lie l'humanité suus le rapport intelleciuei. Il n'existe pas de pratique plus radicalement abrutissante dans aucune religion.
Les heures canoniques de la prière sont : l' le matin, lebah, depuis l'aurore jusqu'au lever du siileil ; 2° midi, d£or; 3° l'aprèsmidi, aiier, lorsque l'ombre du cadran est douhie de la hauteur au styleii" le coui'bcr du soleil, mo^Araâ; 5° la Hn du crépuscule, ocAa. 11 y a encore une salah de la nuit appelée eheba-ouiter , mais elle n'est pas aussi obligatoire. Quand elle est pratiquée, on la fail babituelleraeni inimédiLilenieut après l'acha, afin d'avoir la nuit libre. C'est ainsi que , dans nos campognes, nos bons curés chantent les vêpres h leurs paysans tout de suite après la messe.
L'heure de prier est indiquée du haut des minarets par des ministres du culte appelés maueddin. L'appel à la prière, aden, est ainsi conçu : Dieu e»t grand : j'altfste qu'il n'y a de Dieti qut Dieu; j'alUtte que Mohammed esl le prophète de Dieu. Ven«i à la prière, venet au timpte du salut. Dieu tit irés-grand. Il n'y a de Dieu que Dieu. Mohammed est le prophète de Die». A l'appel de l'aurore, on ajoute ; La prière eu préférable au lommeil. Les moiieddin ont une manière de psalmodier l'aden qui lunce leurs parûtes à des dislances prodigieuses. Dans le silence de la nuit, dans ces moments qui précédent le réveil de la nature, rien n'est plusmajeslueuiquecc religieux appel qui convie tout un peuple k se réunir dans un acte d'ador;ilion devant l'Etre des êtres : c'est autrement imposant que nos cloches.
La galab peut si^ faire en particulier, mais il esl prëfér.ible, quand on le peut, de la bire en commun dans les lemples. Il y a obligation de faire ainsi celle du Dzor du vendredi, qui est le jour saint des Musulmans, k moins qu'on ne soit trop éloigné de la mosquée pour pouvnir y aller et revenir coucher chez sol. Les lemples sont des mesiljld ou des djama, plus considérables que
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les mesdjid. Parmi les djama, on distingue celles qu'on appelle khotaba, qui répondent à nos paroisses. C'est là que se fait, le vendredi, la khotba, enpèce de prône qui se termine par des prières pour le souverain.
Outre les prières des heures canoniques, les Musulmans zélés en font de surérogaloires. Ils doivent prier uussi avant et après les repas, et en général avant tout acte de quelque peu d'importance, mais en peu de paroles, par une formule uniforme qui est le bism Allah , au nom de Dieu clément et miséricordieux , formule qui est pour les Musulmans ce que le signe de la croii est pour les chréiienç. Après le repas ils disent t Grâce à Dieu, maUre de Vunivers! Il y a encore des prières que l'on doit faire lors d'événemenls extraordinaires, tels, par exemple, que les éclipses ou quelques catastrophes de la nature. Les Musulmans ont presque tous des chapeleis, tesbiah» dont ils roulent les grains dans leurs doigts en marmotani les quatre-vingt-dix*neiif noms qualificatifs de Dieu, noms qui correspondent à ses stttribut^» On conçoit tout ce qu'uq pareil exercice, presque eonliavel chez des dévots oisifs, a dVugourdissant pour Tesprit.
On se prépare à la prière pour les ablutions oudouou , dont Tordre et )a forme sont régljps par les rituels. On se lave les pieds jusqu'à la cheville, les bras jusqu^au coude, le visage, la bouche et la léte, eu prononçant certaines paroles consacrées. Le but matériel de ces ablutions est tout simplement la propreté, mais il y euire aussi une idée vague de purification morale. Les catéchismes musulmans font plusieurs divisions des diverses souillures qui rendent les purifications nécessaires, tellement que, si le cas, se présente après les ablutions terminées, mais avant ou pendant la prière, il faut tout recommencer, soit que la souiilure ail eu lieu sur le corps ou sur les habits, soit qu'elle ait eu lieu sur l'emplacement qu'a choisi le fidèle pour prier. Toutes les sécrétions du corps, à l'exception des larmes et de la muco* site du nez, souillent $ il en est de même de l'attouchement d'un cadavre, lie celui d'une femme qui a ses menstrues, ducoU même lég^l et non suivi d'émission, etc. Les souillures majeures exi* gfgnt une lotion complète du corps. Les femmes y sont surtout obligées après leurs menstrues et après leurs couches. Les rubriques musulmanes entrent sur tout cela dans les détails
les plus mioutieux et les plus ridicules ; elles disent même commeqt on doit procéder à un acte de propreté qui chçz nous n'a paru se prêter à la didaciique qu'au drolatique, héros de Rabelais. Tels sont les pitoyables écarts de Tesprit humain, lorsqu'il rabaisse la religion à de puérils détails : l'islamisme, où la chair paraît toujours dominer l'esprit, devient un manuel de baigneur; le christianisme, où c'est le contraire, une espèce de code de malpropreté. Je me rappelle avoir lu une vie de sainte, où op la louait grandement d'être arrivée jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans sans s'être jamais lavée. L'horreur de l'eau est encore de nos jours un signe caractéristique de nos dévotes. Â défaut d'eau, les abipiions légales peuvent se faire avec du sable ou de la terre. Il y a aussi des dispenses qui sont de droit, tant pour le nombre et la longueur des prières que pour les ablutions eu faveur des voyageurs, des niilitaires en campagne, des malades, etc., etc. Celte liste des .dispenses s'est tellement accrue, qu'on peut dire que les Musulmans qui font régulièrement la salah ne forment plus qu'une très faible minorité; il en est même beapcoupqui ne sauraient pas ta faire. Les gens pieux, mais raisonnables, ont cru trouver un accommodement : cVst de réunir toutes les prières en une ou en deux an plus, le matin et le soir. Sans l'espèce de tolérance qui s'est introduite à cet égard, le monde musulman ne serait composé en entier que d'ascétiques idiots.
Les morts sont lavés avec soin avant d'être ensevelis \ ce n'est qu'après cette puriGcation qu'on peut les porter à la mosquée, QÙ l'on prie potir eux. Le cercueil est porté par les assisianis, auxquels se joignent les passants, car Mohammed dit que celui qui porte un mort seulement quarante pas obtient la rémission d'un péché.
Les cimetières des villes sont en dehors de leur enceinte, mais en général beaucoup trop près ; on y voit des tombeaux ()uelquefois somptueux. Les cimetières des tribus arabes ou kbaîies n'offrent pas le même luxe de sépulture; mais cependant la plus humble tombe y est marquée au moins par quelques pierres qui indiquent aux familles la place qu'occupent ceux qu'elles ont perdus.
îfts Musulmans croient que les prières pour les morts leur sont utiles dans l'autre vie; que l'intercession des saints est surtout très-efficace devant Dieu, ce qui prouve encore unç fois qu'ils
sont loin d'avoir des idées bien arrêtées sur la prédestination. Cette confiaoce dans l'intercession des saints, qui est commune aux Musulmans et aux catholiques, n'a rien qui, au point de vue religieux, puisse choquer trop onveriement la raison. Elle découle naturellement de cette belle doctrine de l'unité de la race humaine, d'aprè.' laquelle on peut admettre que Dieu pèse dans la balance de sa justice le bien et le mal général, plutôt que le bien et le mal particulier, tant que le coupable ne s'est pas volontairement et violemment séparé par l'égoîsnie du crime du grand tout dont il faisait partie.
Les ministres du culte musulman n'ont point le caracière sacré de ceux de la plupart des autres cultes \ ils ne sont même rêvé* tus d'aucun caracière particulier qui les dislingue spiriluellemeot de la foule. Ils n'ont ni ordination ni institution canonique ; ce sont moins des prêtres que des fonctionnaires nommés et révocables par le pouvoir temporel. Ces fonctionnaires sont,'en commençant par les moins élevés :
1» Les mekaîm, sorte de bedeaux chargés des soins matériels du temple ;
2^ Les moueddin ou crieurs, chargés d'appeler les fidèles à la prière ;
3° Les imam, qui, dans l'ordre hiérarchique, répondent à nos desservants. Ce sont ceux qui dirigent la salah quand elle se fait en commun, qui assistent aux funérailles, aux circoncisions, aux mariages, etc.;
4** Les khaiib, chargés dans les mosquées khoteba de faire le prône dont nous avons déjh parlé ;
S"" Les cheikhs, chargés du ministère de la parole et des saintes lectures ;
6° Enûn les muphtî, qui,parle rang, répondent à nos évoques.
Il n'y a de muphli que dans les villes d'une certaine importance, et ils sont attachés aux grandes mosquées, dites royales, qui sont les cathédrales des Musulmans. Dans les capitales, le muphli porte le titre de cheikh-el-islam, mot à mot chef de l'islamisme ; sa plus auguste, sa plus importante fonction est de prononcer sur les questions doutous<*s de théologie et de jurisprudence qui lui sont soumises. Ses décisions, appelées fetoua^ doivent être toujours précises, courtes, exprimées autant que possi-
ble par un oui ou p»r ud non, el mises par êcril ^ la suite île Ih demande. Ces feloua, qui onl sonveni une îminensuinDuence eu politique et en aitmiiiisiraiion, sont réunis en recneil dans les grands siégea i^l (orinenl jurisprudence.
Duns les petites mosquées il n'y a que des Jmam el des nioiieddit). Celle quai IIIi;:i lion d'îinan si; doom: au rcsie h tous ceux qui dirigent la prière couimuue : car il laul bien remarquer que ce droit n'appartient pas exclusivcmeni aux iniam des mosquées. D'abord, it CEt avant lout droit régalien, et te souverain peut l'exercer soîl par lui-même, snjt par ses délégués. Tous les luinislres du culte placés au-dessus des imam ordinaires, ainsi que les cadis qui en foot aussi partie, quoique spécialement chargés de l'administrai ion de la justice, peuvent, quand il leur convient, se constituer imam. L'imam ordinaire peut, de son côté, se (aire remplacer par un liilcle quelconque pour c:iuse d'empêchement ou de quelque souillure qu'il viendrait i> coDlracler au moment de la prière; enlin, It défaut d'imam de mosquée, les fidèles réunis pour la prière commune désignent un d'eux pour remplir ces fonciirins. Les femmes ne suni nullet::ent exemptes de la prière, quoique quelques personnes l'aient cm parmi nous. Il est vrai que les jeunes ne doivent pas fréquenter les nm^qiiées, parce qu'il pourrait en résulter des désordres ^ mœurs, ou au moins des distractions pour les hommes, et qu'ensuite elles pourraient ■'y trouver dans une période d'impureté; mais, lorsque \'&%e a écarté ces deux inconvénients , les mosquées leur sont ou-
L'iolérieur des mosquées (1) est toujours fort simple, quelle que soii d'ailleurs la magninceuce architecitirale de l'édilice. Au (oud est le mikrab qui lient la place de l'auicl. Ce n'est qu'une nielle dont l'unique destination est d'indiquer la direction de La Mecque, point vers lequel tous les fidèles doivent être tournés dans leurs prières. Celle direction sainte est ce que les Arabes appellent leur kibtah. A droite du mihrab est le siège du cbeikii ;
(i) Le mat franjnis [aaE<|uée ti pignol mnqitïta
il de l'arabe medjii ta ptutnt par l'ci-
à gauche la tribune des moueidin, et un peu plus en dedans de la nef la chaire ou member. Le sol de la uNisquée est couvert de nattes et de tapis. Des cierges sont à côté du mihrab, et des lampes sont suspendues aux voûtes. Des inscriptions tirées do Coran couvrent ordinairement les murs.
Les ministres du culte musulman n^ont point de costume particulier, même dans rexercice de leurs fonctions. Cependant, comn»e ils appartiennent au corps des eulema ou docteurs de la loi , ils portent ordinairement l'énorme turban blanc qui distingue ceux-ci.
^ Il y a à chaque mosquée des fontaines et des bassins pour les ablutions, et une salle de lecture appelée maksoura. C'est là que le mupbti siège, quand il y en a un. On appelle medretsa les collèges où l'on enseigne la théologie et le droit , sciences presque inséparables chez les Musulmans. C'est de là que sortent les eulema. Tous ces établissements sont entretenus par les revenus des biens-fonds qui y sont inaliénablement attachés. On les appelle habous en Barbarie, et ouakef dansie Levant, mots qui ont la même signification et veulent dire engagé, lié, arrêté, ce qui en indique la nature. L'étude de la législation des habous est la partie la plus compliquée et la plus difficile du droit musulmau. Noii-seulemeut les mosquées et les collèges, mais toute corporation cl tout établissement d'utilité publique, ont ou peuvent avoir des habous.
Nous n'avons point compris dans la hiérarchie cléricale les marabouts, qui en eflet n'eu font point esseniiellement partie, et dont nous parlons ailleurs. Ils peuvent y occuper un rang comme tout autre j mais ceci est indépendant de leur qualité, qu'ils ne doivent qu'à leur réputation de sainteté ou à leur naissance. Les femmes mêmes peuvent mériter ce titre : car, si les Musulmans ont leurs saints, ils ont aussi leurs saintes qu'ils ne vénèrent pas moids. Parmi les chapelles ou couba de marabouts qui couvrent le sol du nord de l'Afrique, on en voit un grand nombre qui appartiennent à des saintes, surtout dans la régence de Tuuis. Ceci est encore une preuve que l'islamisme u'a pas eu la grossièreté siupide et impie de refuser une âme à la femme et de rendre ainsi Thumanité boiteuse.
Outre les marabouis, qui sont en général des gens graves et
etiuBidéraWtB, on «ull par-''.!, par-là, daas le nonl de l'Arriquu, ■tue ligues- un s Je cm riiuïlii|iies à l'ulie réulle ou l'cûile que l'un appulle fakir uu deroukka. Ce sont les saioU de la cuQ^iille, Borle (le cyniques niysUques qui puuveut ge permellpe impunémenl les plus moDslrueuiei énoriiiités, et même, chose éirange ! les plus mauilesles Iransgressious it la lui religieuse. L'upioioD es[ que Dieu, eu les appelaot plus paniuiilièremeiil à lui, les a déchargés de luuie ol)llnatioii et a sauullilé d'avance -tous leurs caprices. Uq m'en a cilé uu qui, k Tuuis, accolait les reiumes eu pleiua rue. Les passants le cuuTraieat respectueusemeui de leurs buuruous peudaui l'accuni plisse me ni de cet acte édiiiaut. Ces excès, tout lerresirus, découlent cepeudaut de la duciriiie exagérée du l'exu^e, du l'amour mystique de Dieu, l'acbak. L'Iii^luire de touieii les religions en louroit des exemples. Uurale cuuiutude qui établit que, lorsque i'&iue s'est bien inlmiemcDt liée à Dieu par l'amour, elle u'a plus à s'euibarrasser des lurpiiudea du corps, gueuille luUérable qui n'a plus dès lurs aucune action sur elle.
Les derouiches du uord de l'Arrique sout des individus isoles 4]al ue vivent pus eu communauté cumule ceux du Levant. Uais ils g'entrctienneul comme eui d'aumône et de ^ueuserie. Il y a cependant dans lu nord de l'Afrique uue assuciaiiuu qui resc^emUle asicz aux cuminunaulés de derouiches du Levant. C'est celle des aîssauua, uu disciples d'Aissa. Cei Aîssu, qu'il nu laui pas cunfoudre avec Aissa, Qls de Marie, était uu uiarabuut dout les pré- ' dicatiuus ailiraienl toujours une luuie nombreuse avec laquelle il errait de toul côié. Un jour qu'il avait conduit tiou auditoire dans une couirée qui n'olirait aucune ressource pour la vie, tuus vualaieni l'abandon lier. Mais il leur Ult ; — Mangez ce que vuus trouverez i tout vuus sera nourriium. — Aussitôt ils se mirent à manger de la terre, des pierres, des feuilles épineuses de cactua, des serpents, des scorpions, etc. Depuis ce temps ils furmeni une congrégation dont les membres out la l'acullé de dévorer les substances les moins propres k l'alimeniation. Voilà la légende- Dans le lait, ce sont de trè^liabiles jungleurs qui font des choses vraiment surprenantes. Leurs exercices sont eClrayauis, Une musique i mesure précipitée et une danse convuUive les meiteui d'abord dans un état de fureur qui, s'il n'est pas naturel, est au
moins fort bien joué. C'est alors que leur cbeikh, après les avoir rendus dociles par Tapposiiion des mains, leur présente ce qu'il veut leur faire dévorer ou lécher. Ils broient et avalent du verre, des feuilles de cactus hérissées d'énormes épines, des reptiles venimeux, etc. Ils manient et lèchent du fer rouge, et jouent avec des serpents, comme les Psyles qui, dans l'antiquité, habitaient les mêmes contrées^ ef dont ils paraissent avoir conservé les traditions. Je crois même qu'on pourrait voir en eux les héritiers directs et sans interposition de ces mêmes Psyles, et considérer comme un mythe le fameux marabout Âissa, malgré les circonstances très-précises que l'on raconte de sa vie.
Il y a des aîssaoua dans les principales villes du nord de l'Afrique. Ils vivent de ce que leur donnent les curieux et les dévots qui assistent à leurs exercices appelés hadra. Ils sont souvent mandés d:^ns les maisons particulières pour le soulagement des malades, car on croit que leur musique infernale et leurs contorsions éloignent les mauvais génies , auxquels les Africains attribuent une grande panie des maladies.
Outre l'association des aîssaoua, il existe dans le nord de l'Afrique une foule de confréries religieuses assez semblables à ces conTréries de pénitents dont les niaiseries ont souillé et souillent encore le catholicisme dans le midi de TEurope. Elles ont toutes pour patron un marabout, dont elles suivent la doctrine, et adoptent ce qu'elles appellent la rose. Notre honorable collaborateur (1), M. E. de Neveu, a publié sur ces confréries une brochure fort intéressante iniilulée : Lfs Khouan (frères), ordres religieux des Musulmans de V Algérie, Nous y renvoyons le lecteur. Les liens qui unissent les khouan ne sont que de misérables exercices de bigoterie. Cependant ces confréries peuvent tirer des circonstances une certaine importance politique, quand il s'agit de courir sus aux Chrétiens. Pour ce qui est de leur influence morale, elle est généralement des plus abrutissantes. Le Musulman de bonne foi, je n'entends pas le rusé et le politique, qui s'afïilie à une rose, fait un pas de plus vers cet état d'imbécillité
(I) De la Commission scientifique d'Algérie.
complète, résultai inrailliblc de la dévotion outrée, plus chez eux GDcorti que chez dous.
Il existe cependant un ordre qui ne mérite pas ces reproches, et qui nous a paru diiïérer eu tout de ceux dont parle M. E. de Neveu. C'est celui des medania. D'après les renseignemeniG que j'ai pu recueillir, ces khouan tireraieut leur origine des Tameux Wabites de l'Arabie par un certain Sidi-el-Arhi qui, depuis la dispersion de celte secle par les troupes de Mébemet-All, se réfugia dans le Maroc avec quelques-uns de ses compagnons. A sa mort, qui arriva peu d'années après, la petite église qu'il avait fondée se voyant tracassée par la police du pays, se mit ï errer & l'aventure dans le nord de l'Arrique, sous la conduite d'un ceriain Moliamnied-el-Medani. Après bien des aventures, elle trouva, en 1830 ou 1831 , it Mezuraie, dans la régence de Tripoli, le repos qu'elle cherchait. Mohammed-el-Medani, son chef, s'y établit, et c'est en pariant de là que ses disciples travaillent depuis vingt-trois ans ï propager les principes de la secte.
Ces principes sont le déisme pur, mais un déisme moins froid que le déisme philosophique ; car les medania admettent le culte, qui est pour eux celui des mahométans, mais sans esprit d'exclusion. Ce n'est guère que piir une espèce de concession qu'ils veulent bien prononcer le Mohammed Raoul Allah, après l'avoir fait précéder de Allah ila Allah, répété quatre-vingt-dixneuf fois, afin de btcn établir la difrérence entre le principal et l'accessoire. Du reste, ils mettent avant la foi les bonnes œuvres, qn'ils pensent suffire au salut, sans acception de religion, et prêchent la fraternité et l'égalité entre tous les hommes, quelle que soit la croyance reliijieuse. Tels m'ont paru être les medania d'après les déclarations de tous ceux que j'ai interrogés, ol d'après l'opinion que l'on a d'eux dans tous les paya où on en trouve ; mais, pour êtce bien fiKé à cet égard, il faudrait interroger le cheik Mohammed-el-Medani, ce que je n'ai pas eu occasiou de faire. J'ai seulement vu son fils, qui, étant de passage dans une ville où je me trouvais, vint me faire une visite pour me remercier des sympatbies que, dans plusieurs circonstances, j'avais témoignées pour la secte.
Il y a beaucoup de medania dans les États de Tripoli et de ils commencent & s'introduire en Algérie, où l'adminia- III. 31
48S ANNALES AI^GÉIOENNES.
tratioa française fera sagem^nl ^ bien les aceueiiliv i ear^ ^il y • un germe de rénovation au sein du monde muiulinaQ, ca ikuit je doute encore, c'est è coup sur \k qu'il fout le cbercb^r*
Les Musulmans n'oqt que deux fêtes dans l'anoéa : la premîèrf » dite petite fête, se célèbre à la fin du Bamadan qu'elle lenni^as elle tombe, par conséquent, au premier jour de cheval. L^ d^rée canonique n'en est que d'un jour, mais le peuple la célàbre pe9^ dant trois. La seconde est la graqde fête, dite aussi fête dq sacri»* fice, parce que, ce jour-la, tout chef de famille est t«nu d'offrir on sacrifice ; c'est ordinairement un mouton qu'on immole. Les gens peu aisés peuvent se réunir jusqu'au nombre de sepi pour l'offrit en commun. La grande fête tombe le 10 du mois de Dhou-el-Hadja, et par conséquent soixantendix jours après la petUe $ elle dure ({uatre jours. Ces deux fêtes sont connues des Ëurpp^eM sops le nom de petit et grand Beiram, qui est l'expression turque» 0«|re le s;^crifice obligatoire, les musulmans ont des sacrifices suréroga* toires et des sacrifices voiifs, selon la dévotion de chacun. Tous sa font hors des mosquées, dans des jardins ou des maisons partie»* libres, ou enfin en plein champ. Celui qui offre le sacrifice est luit même le sacrificateur : une partie de la victime doit être distrif buée aux pauvres, le reste est mangé par la famiti^. Rien n'/^ brûlé, la part des pauvres étant censée celle de Dieu, La fête du sacrifice fut instituée en commémoration de celui d'Abraham. En 996 de l'hégire , 1588 de i. C, l'empereur des Turcs Mourad III institua la fête de la naissance de Mohammed, le miloud. On la célèbre le 12 du mois de rabi-el-oual, mais elle est plus civile que religieuse.
Les Musulmans ont dans l'année sept nuits qu'ils appellent ht* nies, et qui exigent des actes particuliers de dévotion de la part des fidèles.
La première, qui est celle du rabi-el-oual, est la nuit de la naissance de Mohammed ;
La deuxième est celle de sa conception^ eUregaîb; elle tombe au premier vendredi de radjeb ;
La troisième, qui est celle du 27 de ce même mois de radjeb, est la nuit du voyage céleste de Mohammed ^ nous en avons déjà parlé }
La quatrième est dite lila Beraouaî : dans cette nuit, les anges
gltr<K^s reaoaveUem les Hvros pu ils ipscrivent les aetîons des hQaunes^ et Fange de la mort prend celui où sont inscrits les noms de C0UX qu'il dQttfrapper dans l'année ; elle tombe au 15 du mol^deçl^a^n;
Lft cinquième nuit, terrible et mystérieuse, est celle du 27 de Ramadan f on l'appelle la nuit du décret. Il doit s'y passer des choses épouvantables , mais on ne sait pas trop quoi ;
La sixième et la septième nuit sont celles qui précèdent la grande fête et la petite.
. Le frpis}ème fondement de l'islamisme est, avons-nous dit, 1-aum^nes Taumône est pour les Musulmans, non-seuleu^ent une l^ne œuvre, mais encore une œuvre obligatoire. C'est un impôt $acjré dont la loi religieuse règle jusqu'à la quotité. De nos jo^s, la philosophie critique, qui n'a rien épargné, a aussi voulu analyser la charité ; elle y a trouvé un encouragement à la parère, et, par ^uite, uq obstacle au progrès et au développement ô^ l'industrie. Des écrits certainement fort ingénieux ont été publiés à ce sujet ; nous sommes loin de nous plaindre de cet empiétement du froid raisonneiuent sur le domaine du cœur et de l'ijOLtuition; car il en est résulté, pour tout esprit droit, la conviction que, dans la donnée de l'Inégalité des conditions qui est in-^ hérente à la société humaine, la charité, c'est-à-dire la bienveillance active du supérieur pour l'inférieur, du fort pour le faible, du riche pour le pauvre, e^t le seul moyen de sécher bien des larmes, de prévenir ou de réparer bien des inlbnunes. Avant de proscrire la charité, il faudrait organiser une société où elle ne fût pas nécessaire. Mais Dieu le voudrait-ii P Ëntre-t-il dans ses vues que les vertus du cœur deviennent inutiles ici-bas, qu'il n'y ait désormais dans la plus noble de ses créatures que quelques froids et suspects raisonnements de statistique vulgaire ? La charité a ses abus sans doute ; mais Dieu considère la main qui donne et oon celle qui reçoit.
ToutMusulman est tenu défaire l'aumône, appelée légale, xekat^ sur ison argent, son bétail, ses marchandises et ses récoltes. Elle est
9t ANNALES ALGËRIEHNES.
'fsée sagDellenientii21/2pDur100surles irois premiers objetsi is l'obligation ne comnieoce que lorsque l'on possède une cer-
' iBinc quantité de biens. C'est la valeur de 20 pièces d'or ou de SOO d'argent pour les espèces, les bijoux et les marchandises. Quant au bétail, il faut avoir, pour être soumis à la lekat, 5 chameaux, 30 bœufs ou 40 moutons, sur quoi on doit donner en bé-
I tail la valeur jugée représenlalivc du 2 1/2 pour 100. Par eïempte, 1 mouton sur 40, 1 mouton pour 5 chameaux. Les récoltes doivent le dixième ; c'est ce qu'on appelle achour ou dlme.
HaintenanI, il est à remarquer que les gouvernements musulmans perçoivent eux-mËmes la lekat ; de sorte qu'ils ont converti en impôt l'aumône légale^ se fondant sur ce que cette inslimiioD ■yantpour but l'utilité générale, c'est à eux, comme représentsnls de Ia société, ï en régler l'application; et comme l'Etat est le premier pauvre, c'est à lui, en déGnilive, que l'on fait l'aumône. Tous les antres impôts sont d'iiistilution humaine, et les hisioriens arabes citent avec de grands éloges plusieurs princes qui se soDt
I bit un scrupule d'y recourir, ne croyant pas pouvoir exiger antre ebose que ta zekat.
Il y a ï faire sur ce sujet une remarque qui nous parait être de quelque importance : c'est que la zekat, quoique devenue impôt direct, ayant toujours nn caractère religieux chez les Musulmans, il est dans la nature des choses qu'ils aient une répugance de conscience ï la payer aux gouvernements étrangers ï leur religion, •DUS la domiuaiion desquels ils se trouvent placés par la conquête. Quelle que puisse être leur soumission, leur résignation même, il est impossible qu'après s'être acquittés de cette charge ils eu éprouvent, comme compensation morale, la satisfaction qui résulte de l'accomplissement d'un devoir religieux à la sainteté duquel on croit ^ ils peuvent même ne pas se croire libérés aux yeux de
- Dieu. Ce n'est pas, certes, que l'islamisme défende de faire l'aumOne aux infidèles ; mais l'aumône légale devenue impOt n'est plus cela : elle s'applique h l'État, ï l'état chrétien, h cet ôtre eallecttf qui résume pour les musulmans toutes les antipathies religieuses, sans qu'aucun sentiment d'aiïection individuelle vienne tes affaiblir. On fera bien l'aumône à un chrétien, mais on ne voudrait pas la faire au christianisme. La conclusion à tirer de ceci, c'est qu'Userait prudent, dans tous les pays musulmans con-
APPEMlICe. 485
qoispardes puissances chrélicnncs, de changer l'3Bsit:l(c et la dénotninatioa des impAu basés sur la zekat (1).
Outre laiekat, tes Musulmans doivent faire, après le Ramadan, des aumônes eitraordio aires; enfin les auniAaes libres y sont recommandées comme le meilleur moyen de salui. Aussi tes musulmans ne sont point dépourvus de charité ; mais c'est une charité un peu Tastueuse, comme celle du Pharisien. Il y a loin de Ih li la modeste et pudique tendresse pour le pauvre du véritable chrétien.
Les Husulmaos riches sont généralement portés h Taire, soit de leur vivant, soit par testament, des fondations qui ont pour but le soulagement des pauvres et l'utilité publique, tels que hôpitaux, fontaines, etc.; une partie notable des revenus des mosquées a cette destination. Un établissement qui s'étend sur la totalité des pays musulmans raérile surtout de Gxcr l'attention : c'est la vaste dotation des villes saintes, La Mecque et llédine. Partout où l'islamisme est professé, ces deux cités sont propriétaires d'haboug, dont une partie des revenus est afTectée aux pauvres des localités oli ils se trouvent. Le surplus est emvoyé aux villes saintes et sert à l'enlreiien des temples et ii celui des chérjrs.qui y sont très- Domhreui. Il y a, dans les grands centres de population, des administrateurs généraux de ce domaine sacré ; ils sont nommés par les souverains dont ils sont sujets, et ont sous leurs ordres des oukils, DU procureurs, et tous les agents nécessaires à leur gestion.
Les distributions de secours ne se font pas indisiinclement a tous les nécessiteux qui se préseolenl ; il faut, pour y avoir part, , être inscrit d'av.ince sur une liste où l'on ne doit porter que ceux qui ont des droits réels b la commisération de l'administration. 11 y a sans doute des abus comme dans tout ce que font les hommes, mais tel est le principe, lequel, comme on le voit, est le même que celui qui est admis dans nosbureuxde charité en France. Le Gouvernemenl fait porter d'ofOce, sur la liste dont nous venons de parler, pour des sommes qu'il détermine, ceux de ses anciens
(1) U. le marichal Bugeaud y aviilsongé. Voir le livre XLI du Aimalei.
serviteurs que Pftge ou les infirmités ont éloignés de ractltitS^ te qui leur constitue une peiision de retraite.
Le Bit-êl'Mal, chambre des biiens, est un établistetnefll H peu près de même nature, mais purement local. Cette cliamlfre se compose d'un directeur ou président appelé Bit-el-Madj, â'ttttMtfi et d'un certain nombre d'assesseurs. EHe est chargée de Isi Miâltie el de l'administration des successions vacantes, Jusqu'à la rétt* nion définitive au domaine de l'État, de la perception des droits de succession, quand il y a lieu, et de la curatelle des suotesslons dévolues aux absents. Les recettes sont divisées en deux parties; l'une est versée au trésor public, l'autre est destinée aux pautrés . et aux frais de sépulture des pauvres et des étrangers. Bien entendu que, pour le Bit-el-Mal, ainsi que pour La Mecque et Md« dine, les frais d'administration sont avant tout prélevés.
Le quatrième fondement de l'islamisme est le jeûHe. Dtihtùt toilt le mois de Ramadan, qui est le nëuvièthe de l'année, lés HniSttlmans sont assujettis à uti jeûne extrêmement sétère, puisque consiste à ne prendre aucune espèce de ttoui^riture, sôit solide^ ^oit liquide, depuis le lever jusqu'au coucher du soleil. L'usîige du tabac, soit fumé, sôit pris en poudre, leur est également idterdit dans ce temps d'abstinence. Il en est de même deâ (uiN fums. Un musulman ne peut non plus se livrer aux plaisirs amoureu!K pendaiit le jour, même avec sa femme légitime. La simple fornication et, à plus forte raison, l'adultère, sont considérés dans ce saint temps comme des énormités sacrilèges ; les femmes les plus galantes ont souvent elles-mêmes des scrtipules à cet égard.
L'année musulmane étant lunaire, ainsi que chacun le sait, les mois n'y suivent pas, coïkinie dans l'année solaire, l'ordre des saisons. Ils parcourent tous les signes du zodiaque dans une période de trente-trois ans ; par conséquent, le Ramadan peut tomber en été comme en hiver, ce qui fait que la durée du jeûne n'est pas uniforme, puisqu'elle suit celle du Jotir, qui varie d\iprès Va saison et l'élévation de la latitude. Au delà du cercle polaire, il deviendrait matériellement impossible, si l'on voulait rester dans les prescriptions littérales de la loi, qui évidemment n'a considéré que l'Arabie, où il y a peu de différence entre la durée du jour et celle de la nuit, quelle que soit la saison.
Atlx yéut ^e là raisod absolue, la pratiqdè du jeûne n'a Ken
APPENt)IGE. 487
qui ptilsde constituer un mérite poilr l'homme auprès de la Divinité; ttiais^ tomme exercice de lutte contre la chair, à laquelle il est évident qiie l'homme doit savoir résister au besoin, pour' itopllr dignement ie double rôle que lui assigne sa double nature, en conçoit que plusieurs codes religiettx aient pu le prescrire. En 16 (Considérant sous ce point de vue , l'esprit même ie plus froid et te pltii^ positif doit parvenir aisément à le dégager de l'enveloppe de superstition, avec laquelle il se présente d'abord à l'exameil philosophique. L'argument voltairien, qu'un estomac vide né peut pas être ni plus ni moins agréable à la Divinité qu'un estomac plein, n'est plus alors qu'une plaisanterie plus ou moins avouable par le bon goût.
Les Musnhnans sont observateurs très-scrupuleux du Ramadan ; ee n'est même que lorsqu'ils ne peuvent faire autrement qu'ili ont recours aux dispenses légales accordées aux voyageurs et aux malades» La dispense n'est du reste jamais absolue, car le dispensé est tenu, dès qu'il le peut, à jeûner pendant un nombrd de jours égal au temps pendant lequel il a rompu le jeûne* Celui qui viole ie Ramadan, sans être dans le cas d'exemption prévit parla loi^ doit un jeûne expiatoire de soixante jours, plus lesi Jours de remplacement.
Le jeûne du Ramadan n'a rien de bien pénible pour les gehS riches, qui peuvent en éluder la rigueur en faisant dii jour là nuit et de la nuit le jour ; souvent même ils passent cette niiit en débauches, bien que la religion, pour prévenir cet abus, impo^ atlx fidèles, pour toutes les nuiiâ dii radaman, une fort longue prièire appelée teraoui. C'est dans le mois de ramadan que les tersets dii Coran commencèrent h être révélés.
Ghactth sait que la chair du pourceau, les jeux de hasard, le vin et tontes les liqueurs fermentées, en général, sont sévèrement interdites aux Musulmans. Cette prohibition est parfaitement observée pour la chair du pourceau, qui leur inspire une véritable horreur ; quant aux vins et aux liqueurs fermentées, les esprits forts parmi eux ne se font pas grand scrupule d'en boire i quelques personnes pensent même que Mohammed n'a voulu défendre que l'excèSi 11 paratt que cette interprétation a prévalu dans un temps parmi \éii Arabes d'Espagne.
Les Musulmans doivent encore s'abstenir de totité espèdô dé
reptile et da sang des animaux. D'après cette dernière défimse ils ne doivent manger que de la. viande d'animaux égorgés» dont le sang par conséquent a été répandu. Il fout que la bête ait été tuée par un Musulman, ou au moins par un kiiabi^ homme du livre, c'est-à-dire par un Juif ou un Chrétien, ainsi désignés à cause de leurs livres saints, que les Musulmans admettent; cependant l'habitude qu'ont les Européens d'assommer les bœufs fait que les Musulmans répugneraient à se pourvoir de viande dans des boucheries chrétiennes, non à cause de la religion du boucher, mais à cause du mode d'abatage.
Il y a dans les observances légales relatives h l'alimentation de l'homme établies par les codes religieux des prescriptions dont l'explication peut se trouver sans doute, soit dans l'hygiène appliquée aux climats où ces codes ont été promulgués, soit dans des considérations d'ordre et de police ; mais toutes ont Ténorme inconvénient de tracer, entre les sectaires et le reste du genre humain, la ligne de démarcation la plus sensible pour les esprits les plus vulgaires et par conséquent pour le plus grand nonÂre. Presque toujours un aliment nouveau offert aux besoins do peuple réveille en lui je ne sais quelles idées de souillure et d'impureté ; la pomme de terre elle-même, dont il fait actuellement une si grande consommation, a assez longtemps excité ses répugnances en France : il semblait qu'elle n'était pas digne de son estomac. Les gens du commun, transportés dans les pays étrangers, se font beaucoup plus difficilement que ceux d'un rang plus élevé à la nourriture du pays. J'ai vu en Afrique, dans les premières années de l'occupation, des domestiques européens s'indigner de ce qu'on leur servait du couscoussou, ce mets fondamental des Arabes, quoique leurs mattres vinssent d'en manger à leurs yeux (1). Or , si à ces répugnances slupides viennent se
(1) Tout ayant sa raison d'être, la répugnance de Thomme pour les aliments non? eaux doit avoir la sienne. Tous les animaux éprouvent une répulsion instinctive pour les substances vénéneuses, quand elles ne sont pas déguisées. L'homme n*est pas dans ce cas, mais il serait possible que la nature ait voulu lui donner, comme équivalent, Hiorreor de tout les aliments encore inconnus.
Joindre des idées religieuses, l'homme i qui on voit manger ces mêmes substaaces que la religion prohibe parati tout aussitôt aussi impur qu'elles ( ce n'est pas de la haine, ce n'est pas de l'aversion, c'est plus que cela, c'eïl du dégoût qu'il inspire.
Il ne faut pas chercher ailleurs que dans les prohibitions alimeutaires le maintien dans les Indes de ce monslrueui système des castes, qui est un si énorme obstacle au progrès. C'est h la mâme cause que doit être attribuée la perpétuité de la secte juive, qui, au sein de l'Europe, présente l'aflligeant spectacle d'une réunion d'hommes étrangère i la société au milieu de laquelle elle vit, même dans les États où des lois indulgentes lui offrent une fraternité qu'elle repousse.
Nous voici arrivés au dernier des fondements de l'islamisme, qni est le pèlerinage de La Mecque. Ce pèlerinage est bien antérieur ik Mohammed i car de tout temps le temple de La Mecque a éié en grande vénération chez les Arabes ; le Coran en fait une obligation une fois dans la vie ^ tout Musulmau, à qui sa sanié et £a fortune le permettent. Ceux qui ne le peuvent faire doivent y suppléer par des aumânes proportionnées h leurs facultés. Le Hu- -inlman qui a accompli le saint pèlerinage porte toute sa vie le titre de hadji, pèlerinj litre qui est en grande estime. Le pèlerinage au tombeau de Mohammed, il Médine, n'est pas obligatoire ; cependant la plupart des pèlerins raccomplisseni en revenant du premier.
Les Musulmans font aussi de fréquents pèlerinages aui tombeaui de leurs marabouts. Plusieurs de ces saints ont, comme les nAtrcs, de certaines spécialités s l'un donne la pluie, l'autre le beau temps; celui-ci procure des maris aux filles, celui-l^ rend les femmes fécondes, etc. En général, on retrouve dans les basses régions de l'islamisme les mêmes superstitions que dans nos campagnes : les femmes ont surtout, chez les Musulmans comme chez nous, beaucoup de ferveur pour les saints; elles leur brûlent des cierges, leur font des vœux, tout comme nos dévotes.
Tel est l'ensemble des dogmes, du culte et de la discipline de l'islamisme. Cette religion a ses hérésies comme la n6tre : la scission la plus marquée est celle qui existe entre les sounnites cl les chiites. Ces derniers rejettent la sounnah et regardent comme illégitimes les trois khalifes qui ont précédé Ali, gendre
l90 ANNALES ALGÊfitfeNNBS.
dd prophète. Les soiionites, ainsi nommés de la sounbâh, ^û*\]!ê admeuem, se cdtisidêf ebt comme les seuls orthodoxes. Dans lé Ùit, ils ont sur lents adversaires Tatantage d'une tràtlsMssldn hot) interrompue, avantage de même nature que celui que les Catholiques ont chez nous sur les Protestants.
Les sonnnites se subdivisent en quatre sectes ou é<:olë^, ttMitèiS quatre récbnnttes pour orthodoxes.Ge sont celles des docteurs Habott- Hanifah-ben-Tabet, Aboù-Abdallah-Mâlek-Beti-ÂdS , Ahméd-Sëhflanbal, et Âbou-Abdallàh-ben-Edris dit GhafTei. Elles oe difTé-^ rent que sur quelques points secondaires de théologie, de culte et de discipline, trop peu importants pour que nous nous en occd*^ pions ici. Les Musulmans de Tempire ottoman Sont sbuhniteâ. Le^ Turcs suivent la secte d'Hanifah, qui est celle dd GtaûcN^Seighédr ; mais les indigènes dU notd dé l'Afrique soht de la secte dé Malek.
Les Musulmans sont, en gédéral, fort attachés à leur religion, lis pensent même généralement que la foi seule met à l'abri des peines éternelles, et que le vrai croyant, quelle qu^ait été sa conduite, ne fera en enfer qu'un séjour plus ou moins long, mais toujours limité. Celte doctrine, que quelques passages du Coran nous semblent condamner, tandis que quelques autres l'appuient, est volontiers admise par le vulgaire, dont elle flatte tes passions et la vanité religieuse. Elle diminue nécessairement la force que donné aut principes moraux la crainte des châtiments de l'autre vie, bien qu'après tout un enfer même temporaire soit chose assez redoutable. Mais le mal n'est pas là exclusivement ; il consiste principalement en ce que la morale est mise au-dessous de la foi , c'est ce qui ouvre la porte en même temps à la superstition et aux actions mauvaises. Dès les premiers temps de l'islamisme, les motazélites ou séparatistes, qiii repoussaient déjà la prédestination, s'élevèrent également contre cette doctrine perniciedse. Dans le nord de l'Afrique^ les Beni-Mzab et les habitadts de l'tle de Djerba sont de cette secte, de l'école de Bou-Ali-Mohâtkiiiied- Beti-Abd-èl-Ouhab^ dont les descendants existeUt encore dans lé Mtab, oà ils sont en grande cofasidéiration. Où les appelle aussi
Appendice. ildl
Kboiiatnèâ, pài'ce que, voulant rester étrangers au principal sujet de dissidence étitre les chiites et les sounniies , ils rejettent lès quatre premiers khalifes, et ne commencent qu'au cinquième la série légitime dti khalifàt. Leurs prihclpès, relativement à Teiceliencé de ia tnorale, sont si bien codnus, que les autres Musulmans disent d'eux : Ils caférisenl pour ctiu$e dépêché, c'est-îi-dire qu*à leurs yeux le malhoiinêie homme, te péchëùi* ndh repentant n^a aucun avantage sur l'idfidèle, Gafer. C'est déjà beaucoiij[) qtië de mettre la morale au moin& sur la même ligne que la foi. Aussi, il est M remarquer que les Rhouamès forment la populatiôh la pltis honnête du nord de l'Afrique, tandis qu'il est impossible de méconnaître un grand affaissement dit sens moral partotit oCi le principe contraire prévaut, non-seulemeilt Chez les Musulmane, mais encore chez ceux des Ghréiiensi où les abus dès pt*àii^ués extérieures ont dénaturé dans l'esprit des masses tes dlvihs th" seignements du Christ.
Lés règles de morale tracées pair le Cbfaii sôht, au reste, fort belteé et fort pures. Ce sont, à tout prendre, cètteâ dé l'Evanglté, de sorte que nous n'avods rien de particulier à dire à ce sujet (1 j. Gepeiidant, comme le Coran h^est, dans bieti des cas, que l'exprèssiôti dë^ besoins politiques de soti adtèur, qui était encore plus
(1) D'Herbelot donne une analyse fort curieuse d*un ouvrage de morale musulmane. L'auteur de ce livre, prenant pour texte ces paroles du Coran : « Dieu a étendu les mers sur la terra et donné aux hommes le génie de construire des vaisseaux pour qu'ils puissent les traverser », dit qu'il y a dans ce passage, outre le sens littéral^ un sens mystique; que les mers sont les maux et les passions de la vie, et que les vaisseaux sont les vertus. Il en comiite cinq principales, savoir :
La confiance en la Providence, avec laquelle on traverse la mer dés sbins de la vie et Ton se met Tesprit en repos;
La résignation à la volonté de Dieu, avec laquelle on traverse la mer des afflictions pour arriver au rivage de la joie ;
La modération, qui fait traverser la mer dé Pànibition et de l'atiiricé et conduit à la terre de la sagesse et de l'austérité ;
ta prière, qui sert è franchir là mer ténébreuse de l'igttdrjihcè et conduit l'âme au séjour de la lumière et de la vt'aië scibileé;
La cootDtnptatidD d« l'bnitfi de DièUi qui edildalt tèWiS i^i à li^b^tieUips
chef depariiqueiuoralisie.il fait des appels continnels^ ta force, prêche la guerre coDire les infidèles, et établit cette doctrîae saa-
■ vage, d'après laquelle les Musulmans regardent ea principe irae ennemis tous les peuples qui ne pensent pas comme eux
1 en matière de religion. Mohammed Tut conduit i\ par les persé-
. entions qui lui furent suscitées. Il ne fit qu'accepter, noas le
k croyons bien, les conditions d'existence que les circonstances lui
■l, créèrent. Aussi, ce que nous disons est moins une accusation que
^fllouE portons contre lui qu'un fait que nous constatons-, fait qui
^ mettra toujours la doctrine toute de douceur et d'amour de l'Evan-
' .gile bien au-dessus du belliqueux Coran.
Le Husulmanpur, tel qu'il était endoctriné pour la conquête, tel qu'il sortit pour envahir le monde des rochers et des sables de iFArabie, ne devait taire que deui contrées de la terre : il appe-
'• hit l'une la maison de riiiamiimei c'élail tout ce qui itait au pouvoir des Musulmans ; l'autre, composée de tout le reste du
, , genre biimaîn, était pour loi la maiton de la guerre. Musulmans u ennemis, voilb te principe dans toute sa brutalité. D'après cela, la guerre contre les infidèles, le Vjead, est sainte et obligatoire. Les croyants qui y succombent sont martyre (1), et les portes du paradis leur sont ouvertes, le martyre effaçant toutes leurs butes. La guerre ne doit se faire que pour ia propagation de la foi. Cependant on ne doit pas contraindre d'une manière absolue les infidèles à embrasser l'islamisme, car il faut que la conversion •oit sincère pour être agréable à Dieu. Par conséquent, on doit laisser un milieu entre l'extermination et l'islamisme, Ce milieu «at la soumission et l'acquittement du tribut. On ne doit jamais commencer une guerre sans sommer l'ennemi d'embrasser l'islanisme ou de payer ce tribut. S'il accepte la première condiiion, il passe sur-le-champ de la maiton de la gwrre à la maison 4e l'Ulamitme, et aucune différence n'est faite entre lui et les aa-
vrt snr lu mer de li mulliplicitâ des étru au pdrt oii ils seront tous réunii «noa.
Tout c«li est beau, on oe peut le nier ; mais le leeleur remarquera qa'tl B^j * p» nn mot sur tes vertus sociales.
(■} Ce mot tigBiGe proprement témoin, comme le mot grec martyr.
, sans vouloir embrasser l'islamisme, il se soumet cependant, il devient sujel raya, ei raojenDaDt le tribut kharadj, il conserve sa liberté in>lividuelie ei ses biens. S'il repousse également l'iglaniisme et le tribut, les armes eu décident. La guerre doit cooiiDuer jusqu'à sa soumissioa ou son extermination. Ou peut néamoins lui accorder des trêves, mais jamais de paix définitive. Dans tous les cas, la parole donnée doit élre sctu- I puleusemeni observée.
Ce fut d'après ces principes que les Arabes Drenl leurs conquê- I tes. Du reste, ils déployèreot dans leurs guerres de la grandeur [ M de la géDérosiié. On a souvent cité l'ordre du jour d'un de I leurs premiers khalifes, lequel coDiient des prescripiious très- , Itumaines, aussi propres à conserver la moralité des troupes qu'à prévenir la dévastation des pays conquis.
La guerre contre l'infidèle est donc foroiellemeut prescrite par Mohammed, qui a prononcé ces terribles paroles : Tues lei attocianti partout oà vous les irouverex, — verset 5 de la sourate ix, iniilulée le Repentir.
Dans ce passage il est manifeste cependant, d'après ce qui précède et ce qui suit, que Mohammed, par le mot auocianU, ne désigne que les Arabes idolâtres avec lesquels il était alors en 1 guerre. Il les appelle associants, parce qu'ils donnaient des assot clés à Dieu, puisqu'ils étalent polythéistes. Mais les Musulmans regardent aussi les Chrétiens comme associants, à cause du dc^me . platonique de la Trinité que ceux-ci ont adopté. De sorte que j l'anaihème du Prophète arrive jusqu'il eux, sinon directement, au . moins indirectement. Néanmoins, plusieurs passages du Coran I semblent établir, d'une manière irréfragable, que les Chréiiens et ' même les Juifs peuvent être sauvés dans leurs lois. Sur quoi il est bon de remarquer qu'il l'époque oi^ tontes les questions de la na- ^ lure de celle-ci étaient traitées chez nous du point de vue de la théologie chrétienne, les uns se sont basés sur ces passages pour faire à Mohammed un reproche d'indifférentisme religieux, el que d'autres ont cherché h les expliquer de manière !i le laver de ce reproche ; tant l'esprit d'exclusion paraissait alors être de la nature de toutes les religions positives. Quoi qu'il en soil, voici ces passages que nous mettons sous les yeux du lecteur : ■ Ceux qui ont cru, ceux qui suivent la religion juive, les Chré-
« tiens, les Sabéens, quiconque aura cru ep Dieu et 9^ jour « dernier, et qui aura fait le bien, tous ceux-là en recevront lai « récompense de leur Seigneur. Ils seront sans crainte et saQ$ « affliction. » — ^Verset 594e la sourate ii, intitulée ^a Vdche.
tf Point de haine en matière de religion. » ^-^ Yerset 251 die la même sourate.
« Que )e peuple de TÉvangile soit jugé conforo^émeot k ce que « Dieu a fait descendre dans l'Ëvangile. Ceux qui Qe jugeront pas « d'après ce que Dieu a fait descendre seront prévaricateurs. » — Verset 51 de la sourate y, intitulée la Table.
Lorsque Ton cite ces passages à des Musulmans, ils sont d'abord ébranlés, et j'en ai vu même plusieurs sur lesquels ils produisaient beaucoup d'effet. Mais plusieurs aussi, sans pouvoir les récuser, ne paraissaient pas convaincus cependant de la tolérapce philosophique de leur pirophète, et ils avaient raison ; car voici un passage décisif que leurs docteurs ne manquent pas de citer ;
« Quiconque suit un autre culte que l'islapiisine, ce culte ne c sera pas admis de Lui (Dieu) , et celui-là sera, dans l'autre « monde, au nombre des perdants. » — Verset 79 de la sourate ni, intitulé la Famille d'Amran,
Nous avons déjà fait observer que le livre de Mohammed fourmille de contradictions. Les premiers passages que je viens de citer, mis en regard du dernier, en sont une preuve bien convaincante. En voici une autre : Le Coran admet le Pentateuque et l'Évangile comme livres inspirés. Il semble, d'après cela, que l'on pourrait en invoquer l'autorité en discutant contre les Musulmans. Eh bien ! point du tout : cette autorité, ils la déclinent en disant que nous avons corrompu les textes, et des passages du Coran leur en donnent le droit.
Quelle que soit cependant l'implacable rivalité des religions, elles offrent toutes l'espérance d'une fusion complète dans l'avenir. D'après une croyance propagée d'abord par les 4^hiites, mais généralement admise par les sounnites, Jésus-Christ doit reparaître avant la fin du monde pour terrasser le Génie du mal et réunir en un seul faisceau tous les peuples et toutes les sectes. U sera accompagué, dans cette auguste mission, du prophète Ëlie et du mystérieux Mohammed-Abou-Cassem^ le douzième imam. Pour bien comprendre ceci, il faut savoir que, dans toute la ri
èL
giieçr de« pri^dpeç» rimamat » c'est-à-dire la réuniop des deux spPTie|ra|iieté3 temporelle et spirî^ielle, ne devrait .app^r^pir c|tt'è po descendant d'AU par Fatima, fille du Prophète. Ali fut I^alii^, ainsi que sop fils Hassan, qui abdiqpa ; mais la deçcepdaqce d'Ali par Hussein, son second fils, en laquelle résidait la iégjtiniité de l'imamat, ne parvint pas au pouvoir ; elle fut même souvent persécutée par les kalifes régnants : enfin cette branche s'éteignit avec Mohammed- Abou-lCassem, le douzième imam, qui disparut de ce monde à Tâge de douze ans. Mais la tradition por^e qu'il UjS mourut pas, et que sa mère le cacha dans une caverne îpcQppue, où, miraculeusement conservé, il attend le moment de rq)^rattra aux yeux des hommes pour assister Jésus-Christ dans s^ seconde mission.
Il y a dans toute cette légende quelque chose d'élevé et d'ha-^ sanitaire qui la rend respectable. Laissons, laissons aux peuples ces croyances consolantes qui leur font espérer que les barrières qi^ des haines insensées, de vaines disputes ont élevées entre eui;, seront un jour renversées. Après tout, qui peut dire que ce ne soit pas là la vérité? £t alors qu'importe la forme?
Depuis que les Musulmans, complètement débordés par la puissance et la civilisation chrétiennes, se sont vus contraints à reconnaître en tout la supériorité de l'infidèle, ils ont bien été forcés de modifier dans la pratique leur superbe droit des gens. Mais il ne faut pas se dissimuler que la religion, comme ils l'entendent, entretient toujours dans le fond de leurs âmes cette vieille pen** sée, que la guerre contre les non-Musulmans est pour eux un devoir. Cependant il ne faut pas non plus s'exagérer la force de ce préjugé, qui, dans bien des cas, cède à l'intérêt, à des considérations politiques dominantes, et même aux affections personnelles ; car enfin, quelle que soit la puissance des préventions religieuses, des relations d'amitié sincère ne sont pas impossibles entre Chrétiens et Musulmans. Toutes ces causes font qu'à diverses époques on a vu quelquefois les deux drapeaux réunis. De nos jours, des parties considérables du monde musulman sçpt phieées sous la domination chrétienne. Si les belliqueux habitants do Caucase luttent avec acharnement contre celle de la Russie, on ne peut dire que la religion en soit l'unique cause, car d'au? ur«a populations musulmanes non moins guerrières se sopt com-
496 àlfHALES ALGÉRIBlIlfBS.
plétemeDt asdmilées \ ce Tiste empire, qui eo a tiré tPeieelleBts régiments. Dans l*Iode, l'Aoglelerre compte plusieiun millîoBS de sojets de cette religion complètement soumis. Enfin, en Algérie, si la France a éprouvé de viTCS rénstances partieDes, il n'en esl pas moins vrai que de nombreux exemples prouvent que les répugnances ne sont pas invincibles. A toutes ces con^éraiions il convient de joindre la doctrine du fatalisme, qui, si le monde chrétien et progressif continue d'empiéter, comme il est évident que c'est sa tendance actneUe, sur le monde sutionnaire de Hslamisme, disposera merveilleusement les Musulmans à se soomeltre à la volonté divine manifestée par la déeomposîiioo ioeontestabie de leur existence politique. Alors les hommes à nature molle, à intelligence engourdie, comme le sont généralement ces misérables Maures des villes de TAfrique, se concentreront en eoxmémes, s'engloutiront plus que jamaisdans leur nullité, éloignant d*eux toute pensée d'action ; mais les hommes d'Àiergie et d'activité chercheront à prendre place dans le nouveau régime qui lemr sera ouvert, et alors bien des choses qui paraissait des utopies deviendront réalisables.
Aux croyances que les Musulmans puisent dans le Coran et dans les traditions ils joignent souvent des superstitions que la religion condamue , oo au moins ne sanctionne pas. C'est le sort de tous les peuples. Pour ne parler ici que des habitants du nord de PAfrique, nous dirons qu'ils ont beaucoup de confiance dans la vertu des talismans, ulasem , qu'ils appellent Heurs^ et dans les prédictions de la sorcellerie. Ce sont ordinairement des femmes qui donnent la bonne aventmre ; on les appelle Gtnuuuuu Elles appartiennent généralement à une confirérie, ou plutôt à une race connue dans le pays sous le nom de Béni-Addès. Je n'ai pu l'étudier avec assez de soin et de suijie ; mais tout ce que f en ai vu me porte à croire qu'elle se rattache essentiellement à ce que nous appelons en Europe bohémiens, gitanes, zingari, dont elle a les uKBurs et les mystérieuses industries.
Les Africains croient encore aux revenants; ils croient surtout qifils afleciionnent les salles de bains, et ils pratiquent des exordsmes pour les en éloigner. Les sorts, les mauvais regards, les malices du diable, qu'ils croient déjouer par Pempreinte d^me main ouverte contre les murs des maisons; les miracles des saînls
qui ont Tendu des rochers immenses d'uii coup de sabre, sauié à dieval des vallées eniières, etc., eic, en un mol, louies les supersiitioDS vulgaires de notre monde se retrouvent dans celui-ci. J'avais formé le projet de faire un petit recueil des légendes des marabouts, mais je me suis aperçu que ces merveilles se trouvent textuellement pour la plupart daosnos Vies des saints, et je n'ai pas voulu empiéter sur le domaine des l^ollandistes.
Une croyance tout Si fait propre aux Musulmans, et surtout aux
Arabes, est celle aux génies, Djenoun, où notre littérature du
moyen Age paraît avoir puisé sa gracieuse mythologie des fées.
Elle est, du reste, autorisée par le Coran. Ces génies , qu'il faut
bien se garder de confondre avec les auges, descendent, d'après
la tradition, d'Adam comme nous, mais non de la même manière.
Je vais tikcher de me faire comprendre : Adam , après sa faute ,
resta longtemps séparé d'Eve ; ce fut un châtiment que Dieu lui
infligea. Sans cesse occupé du souvenir de sa compagne, brQlant
d'amour et de désirs, il la retrouvait dans des songes consolateurs
où rien, rien que la coopération de ta femme, ne manquait aux
suites ordiaaires de la volupté. De ces embrassemenls incomplets,
uù Adam ne pressait dans ses bras qu'un fantôme créé par son
amour, naquirent les génies. Ils ont un corps extrêmement subtil
ethabiluellement invisible; ils sont divisés en deux sexes, comme
la race humaine dont ils ont les formes, et doivent il leur origine
toute d'amour un tempérament de feu. Ils vivent auprès des
■Aommes, dans leurs maisoos, sous leurs lentes, mais il n'est pas
lonné it tout le monde de les voir ; on y parvient par certains pro-
[ cédés dont on peut bien penser que je n'ai pas le secret. Mais
I l'épreuve est dangereuse ; car la surprise que cause leur vue est
I telle, que très-souvent on en meurt ou on eu devient fou. Celui
1 qui résiste à cette secousse peut passer une vie fort heureuse avec
s êtres enchanteurs- Si un génie femelle vient b se prendre
E J'amour pour lui, la brûlante sylphide le comble des plus exqui-
)s voluptés, sans qu'il se donne le moindre souci. Mais deux in-
I .convénients sont attachés à celte félicité : d'abord, la fille de l'air
it extrêmement jalouse ; au premier indice d'înfiJéliié ou même
litlle froideur, elle tord le cou a son terrestre mari ; ensuite on ne
>eut vivre de bien longues annéesdans cette union trop ardente:
Ij^Wt Titan dans les bras de l'Aurore, avec une mort prémaiurée
4m ANNAL8S ALOÉIUENNES.
en perspective au iîeu d'une vieillesse auiieipée, mité âii IIKHlIS éternelle^ Les génies masculins honorent aussi \tê fetùillèS 6t leurs faveurs, mais c'est plus rare^
Les Africains sont tellement entêtés de leurs DjenmiA Ott %é^ nies» qu'il y en a qui m'out juré en avoir vii« Un de mes v^idUlfl, il Alger ) qui vivait d'une manière très-solitaire et sans mojfefift d'existence connus, passait dans tout le quartier pour être uit & Que de ces merveilleuses créatures. Enfin cette croyance eai jusqu'à un certain point contagieuse pour les Européen» , oalr tin d'eux, qui paraissait |ouir de toute sa raison, m'a dit être per^ suadé de l'existence des Djenoun, et m'a paru croire en avoir dés preuves* De plus, un disciple de Saint-Martin a fait le voyage d6 l'Algérie uniquement dans. le but de se mettre en relation avec eux. Je ne sais s'il y a réussi; mais, ce qu'il y a de certfidn, c'ett que cette croyance^ tout extravagante qu'elle parktl} répond ce>> pendant à un besoin du cœur et même de l'esprit. Pourquoi^ ei effet, l'échelle progressive des êtres créés et intelligenta s^iN réteraitr-elle à nous ? Pourquoi n'y aurait-il rien au delà ? Pour*quoi, après être parvenus^ au moyen d'un appareil tout maté^ riel de verres grossissants, à percevoir des ôtres organiques de rexistence desquels nous n'avions aucun soupçog f pourquoi, dis-je, après cela nierions-nous â priori celle de certaine» in*telligences supérieures ? A le bien prendre, l'absurde ne com*mence en ceité matière que quand on sort de la théorie pour entrer dans l'application ; comme pure hypothèse^ les Djenoun» A chers à l'Afrique, ne sont pas plus ridicules que tant d'auties choses.
Nous avons cherché avec impartialité et bonne fol, âaflé l*anih> lyse que nous venons de taire de la religion musulmane et à mesure que le sujet nous y amenait, quelle était l'action tndnile que tel ou tel point de cette croyance devait exercer sur les sectaires. Nous avokis d'abord reconnu le principe d'immobilité qui résalle de l'universalité du Coran, tout à la fois code religieux, civil et politique. Nous avons trouvé, dans ce mélange du sacré et du profane, tm obstacle immense au progrès^ proveuunt de 6e que la
' d«cMM religieuse, immuable de sa oatore, a comniuDi(Tué par sonconiaci sou îmmuabiliié ans choses huniainee, qui uc peuvent progresser (|u'en se modirianl. Enlrani ensuite ilans un exainnn plus approfondi, nous avons fait ressortir les inconvénienls qui rdfiulient, pour l'inielligence des Musulmans, de l'eicès des praiîques extérieures, pour sa moraliié, de la prééminence généraleineai accordée n la Toi sur les œuvres, et pour ses rapports avec les peuples d'une autre croyance, de ce superbe esprit d'exclu- Eion qui est le caractère le plus disiini^lif de l 'Islamisme. Gomme Gorreclil , nous n'avons trouvé que des coufiidératioDS puisées dans la nature de l'homme pris inilividuellemeot: nous n'avons pu en tirer aucune de l'organisation sociale des Etats musulmans: aussi sorames-nous persuadé qtie les races soumises k l'islamiîme ne peuvent être régénérées que par le joug de la conquête des Européens, c'est-à-dire en cessant d'avoir des gouvernements inusultiians. Il ne faut pas se faire illusion à cet lîgard, malgré les réformes apparentes qui ont eu lieu en Egypte et dans l'Empire ottoman, tout Etat mabomélan qui sera fort, qui se le croira seulement, sera eutiemi plus ou moins déclaré des chrétiens et de ieur civilisation ; celui qui sera faible dissimulera avec eux, leur Asprnulera peut-être quelques améliorations matérielles dans "espoir de su fortifier, mais le fond restera le même. Chez cei, le senti mem de sa faiblesse amoindrira nécessairement ce tupide mépris que professent généralement les Musulmans pour W chrétiens ; mais ce sera au profil de la haine, qui n'en sera que
Dégageons maintenant le Coran de son caracièra religieux, et considérons-le simplemeut comme constitution politique et corps du lois civiles et criminelles. L'autorité absulue qu'il assura ii Mohammed, en sa qualité de prophète et d'^nvoiré de Dieu, fut d'abord transmise à ses premiers successeurs dans toute son étendue. Le litre de khalife ou lieutenant, que prirent ceux-ci, indiqua par sa modestie même que le pouvoir suprême, continuant après la mort du prophète £i résider cependaui en lui, ne pouvait être ni modifié, ni amoindri. Un despotisme intense, quoique souvent éclairé, fut la conséquence nécessaire de cette proclamation de principe. Lorsque, plus tard, l'imiié du kli:ilifiit ie, les cbels des divers Ëlak' indépendants qui s'êievëreni
lui les ruines da grand empire n'bésiièrent pas & aUribner a puissance royale, doui ils s'emparèrent, le même degré d'exiention. Les popuiaiioas niusulmaoes elles-mêmes ne l'ont jamais GomprUe autrement : lorsque le joug leur a paru trop lourd, elles ODt changé de maître ou ont clicrché, dans ta constitution primilive de la tribu, dans l'anarchie même, un refuge contre les excès du despotisme ; mais jamais il ne leur est venu dans l'esprit que le pouvoir royal pût être conslilulioiineliement et légalemeut limilé. Ainsi donc, les Musulmans ne peuvent trouver l'unité que dans le despoliame, et la liberté que dans le morcellement et l'anarchie, extrémités également funestes au développement de la civilisation.
Les prescriptions de législation civile qui se trouvent éparses dans le Coran, et qui servent de base au droit musulman, ne devant être considérées ici que sous le rapport de leur action sur les mceurs, se divisent naturellement en deux grandes catégories; celles qui sont relatives à la consiiiulion de la famille, et celles qui sont relatives à la constilulion de la propriété, ces deux fondements de la société civile.
Il est incontesiahle que Mohammed a considérablemeni améliora la constilulion de la famille orientale ; avant lui, la polj^amie était sans limites, la femme sans droits et la puissance paierneile sans homes. D'après le Coran, un homme ne peut avoir que qnaire femmes légitimes ; il est vrai qu'il peut, sans tran>>gresser, jouir de ses esclaves, si celles-ci y consentent. Ceci parait ëlre «pendant une pari encore trop large faite aux appétits charnels et il l'inconstance des sens; mais il ne faut pas perdre de vue que, dans la pratique, la monogamie est la règle et la polygamie fexceptioo, ainsi que nous en avons lait la remarque dans un ^ précédent Mémoire. Ensuite, pour ceux qui ne s'arréient pas aux ts, mais qui veulent pénétrer au fond des choses, il est manifeste I qu'en réalité la pluralité des femmes ej^isic pour le moins autant , dans le monde chrétien que dans le monde musulman; seulemenl, n'y éiant pas sanctionnée par les lois, elle y est moins décente et beaucoup plus féconde en désordres. Il y a surtout pour l'homme dans cet éiai de choses un inconvénient des plus graves : c'est un amoindrissement forcé de dignité, résultant des petites ruses, des petits mensonges qu'il est obligé d'employer pour cacher ses fai-
APPENDICE. KOI
bteBsegbBaramjllelËgale. ChczleàMusuIiiiiiiis, rien de semblable; personne n'a le droii d'enlrer dans les secrets de sa couche ; il légalise ses inconslauces par un nouveau mari ag«, par l'acliaE d'une jeune esclave, et nul n'a de compte à lui demander. Il demeure grave et digne à ses propres yeux ei à ceux du public. Sans doute, il faut savoir résister k l'entraînement et ^ l'inconstance des sens; mais comme il est malbeiireuaemcnt manifeste que les choses ne se passent pas toujours ainsi, la dii^nité personnelle gagne à un régime où ces sortes de faiblesses ne peuvent être ni précédées, ni suivies de circonstances plus ou moins dégradantes. Aussi la graviiéduchef de ramille, la considération elle respect dont il convient qu'il reste entouré, sont, en général , plus solidement établis cbez les Musulmans que chez nous. Cet état de choses lui permet d'exercer autour de lui un conir61e moral, une sorte de nugistraiure patriarcale qui supplée en bien des cas à l'imperfec tion des institutions sociales.
Avant Mohammed , le sort des femmes était horrible cbez les Arabes, et leur malheur commeni;ait avec leur vie. Le père avait le droit de mettre h mon les lilles qui lui naissaient et qu'il ne voulait pas élever. Ces tristes créatures étaient enterrées vivantes. Le Coran lit disparaître cet usage atroce. Sans diminuer l'autorité légitime du chef de famille, il la lit cependant entrer dans les bornes de l'humanité. Les femmes furent appelées à l'hérédité du sang, dans une proportion moindre, il est vrai, que les hommesi mais sous un régime oti, grâce ii la faculté de polygamie, toute fille est à peu près assurée de se marier, ce désavantage est compensé par le douaire que le mari est obligé de constituer â sa femme, Enlin, ta femme a une part légale à la succession du mari, ce qui n'a pas lieu cbei nous, où l'on voit quelquefois de pauvres veuves livrées Ji la discrétion d'enfants ingrats, ou laissées complètement sans ressources par d'impitoyables collatéraux. Le douaire dont la femme conserve toujours la propriété et que le mari doit lui escompter en cas de répudiation est un correctif utile ^ celte brutale faculté accordée k l'bomme de renvoyer une épouse, même chaste et exemple de toute faute. Ce droit sauvage, bien autrement avilissant et funeste pour la femme qae la polygamie, se trouve ainsi considérablement gêné dans son exercice.
La séquestration des femmes, (juoiqu'un peu exagérée par nof
502 ANNALRS ALGtelBNNES.
peintres de mcears orientales, et presqve Dolle chei les 1 cependant assex de réalité pour donner à elle aeole à PeiiiteBe^ des Musalnians cette teinte morne et ennuyée qoi lai ôte «ne grande partie de son actîTiié. Mais il ne faudrait pas en aceoser le Coran, car elle eiistait en Orient de temps immémoriah
Maintenant, que conclure de la constitution de la Camille et de l'état de la femme dans le monde musulman , sinon qo^ls assurent h rhomme, considéré comme chef de famille, une portion infiniment plus importante que chez nous, mais qu'ils nuisent essentiellement au développement général ?
Passons à là constitution de la propriété. Quel qu'on ait pu dira et écrire dans ces derniers temps sur ce sujet k Poccasion de fAl* gérie, il n'en est pas moins vrai qu*en droit elle ne dlfTère pas essentiellement de ce qu'elle e'^t chez nous. Seulement, les habl* tudes nomades d'une grande partie des populations musulmanes, les abus du despotisme, la rendent infiniment moins solide et beaucoup plus vague dans la pratique, surtout pour les propri^és foncières. La propriété immobilière étant de nature à se sous-> traire plus facilement à ces inconvénients, est aussi celle à laquelle les Musulmans s'attachent le plus. Mais c'est précisément cdle*là qui offre raliment le plus séduisant k cette passion antisociale par ses instincts égoïstes qu'on appelle ravarîce. Chez nous la science du crédit public et de Taction des capitaux est parvenue à utiliser cette vile passion elle-même. Nos avares ne thésaurisent plus, ils placent. Mais chez les Musulmans, la loi proscrivant en termes formels non-seulement ce que nous appelons l'usure, mais encore toute espèce d'intérêt, les capitaux accumulés restent improductifs, disparaissent même souvent, ou ne servent qu'à satis. faire des penehants individuels.
Quant aux lots criminelles, elles punissent, conoM partout, les attentats contre les personnes et les propriétés; mais elles soBt dominées par un principe funeste : la société musulmane se prend pas, comme chez nous, l'initiative de la répression des erioMS particuliers. Elle laisse aux individus lésés le soki d'en poursaivie la vengeance. Ils peuvent, à leur choix, appeler sur la tète da coupable la rigueur des lois au se conieater d'une foaupnnruiaa pécuniaire.
AiiUH, toiUdans les lois musulmanes tend à exagérer l'iodivi-
fl au dépeaï de la sécunto, de l'ordre et du développement des masses. Il est impossîbla qu'une société aiesi coDstiiuéa ne soit pas absorbée par celle où le principe contraire prévaut; sera-ce un bien, sera-ce un mal ? N'impone, l'arrÊi esi poné. Aa surplus, l'absorption peut se faire de plusieurs manières i quand je dis plus baut que les Musulmans ne peuvent être régénérés que par la conquête, c'est en adraeUani que les Gouvernemenls qui lei tégissent voudraient resier Musulmans) il n'en serait peul-élrs pas de même, s'ils cesfaieat de l'être. Qu'arriverait-il, par eieniple, si le sultan de Stamboul adoptait la religion de la majorité ds B£S gujelE d'Europe? Il est à présumer que l'empereur de Russi et le roi Otbon seraient les premiers k le savoir.
raOlBE m L'EGIISE D'AFRIOllE
Be l'flxtlBcttoH du Ghristlanlme en Bai>lwrte.
De tontes les contrées chrétiennes conquises par le sabre des Husnimans, la Barbarie est !a seule d'où ic christianisme ait cornplélement disparu. Suus la domiiialion des Arabes il se maintint en Espagne, non-seulcmenl dans la partie de la population qui conserva son indépendance politique, mais encore dans les provinces soumises au joug, du reste assez doux, des émirs. Il eiiste encore en Egypte, en Syrie et dans les autres parties de l'empire, des 0£maTili,-<. Si iloiic il a disparu de la Barbarie, cela n'a pu tenir qu'à des causes particulières agissiinl en deliors des lois générales qui, partout ailleurs, ont réglé l'action de l'islauiisue vain-
504 ANNALES ALCËRIENNES.
qaeor snr le GbrïsiïaDisme va'iDcu. La recberche de ces causes est
le but principal de ce mémoire. Mais nous devons la Tarrc précéder
de quelques éludes sur l'audcime Église d'Afrique. Peut-ëire y
Irouverons-nous en germe quelques éléments de la solution du
problème.
Le berceau de l'Eglise d'Afrique, qui Tut si briilaote de foi et de science, est entourée de ténèbres comme son tombeau. On ne sait û le christianisme arriva dans cette belle contrée par Home, ou «'il y fnl directement apporté de la Judée par ceux des habitants de l'Afrique qui , ainsi que le rapporte saint Luc, assistèrent aui prédications des Apôtres (1). Cette dernière opinion est la moins suivie. Le savant Morcelli (2) se range de la première et rejette celle de quelques auteurs grecs, qui donnent Simon Zelotes pour apôtre aux Africains (3). Quoi qu'il en soit, il est certain que le christianisme pénétra de bonne beure en Afrique, puisque, dès le ll'siècle, il y avait desChréliens jusque chei les Gélules (4). Sous le règne de l'empereur Pbilîppi'j c'est-i-dire vers le milieu du siècle suivant, il y eut à Lambèse un concile de quatre-vingt-dix évéques, concile qui condamna un hérésiarque nommé Privât (5). Cette grande quantité d'évêqu es dénote les progrès qu'avait faits le christianisme k celte époque. Malheureusement, l'indiscrète curiosité des Chrétiens les poussant sans cesse h des investigations pour le moins oiseuses, l'Église avait déjà été pins d'une fois forcée de prendre parti dans des questions irritantes et délicates. La plupart de ces questions auraient pu éire laissées dans l'ombre sans danger pour la foi (6) ; mais, dès l'instant qu'elles étaient
(I) Atla da Apàtrel. cb. 3, v. 10.
(3] Afriea ehriiliana. c. t.
(3) Terlnlliiiius, ad Judaat, c. 1.
(t) Lea Arabes disent que cï (ut saint Milbieu, El-Eaii da l'Afrique.
(S) Saint Cjpri CD, lellre I>9.
(e) Saint Auguslin, quoique assez porté ani subtJIJlis Ihéologiqoes, lemble Etre lui-m£me de cet aiis, car, après nioir p«rlé de certaines questiona ardues dans M tG9* lettre, il ajoute: nNan, si propler eoBBOlDsClirisliis mor- ■ luus est qui certl inlelligepiiâ poasunt isla discarnere, pi labortoiDi. »