LIVRE SXIIX
OU khouîiB, comme ils s'appellent entre eux, n'esl qu'un tissu de petites praliquee superslilioiises et absurdes sans (lucuoe espèce de portée ; mais il en est qui ont en outre un corps (te doctrine dont l'influence sur la politique esl incontestable : tels sont les darkaoua, vrais radicaux, qui pensent que les hommes ne peuvent, sans pécher horriblement, reconnaître d'autre souverain que Dieu, et les disciples de Muley-Ta'Jeb, qui semblent avoir pour mission ^e réveiller la baine contre les Chrétiens partout où elle paraîtrait vouloir s'affaiblir. C'est à cette dernière confrérie, dont le chef habite le Maroc, qu'appartenait Mobommed-ben -Abdallah. Né k Taroudant, ville de cet empire, il vivait depuis qtieluucs années Tort obscurément dans le Dahra, lorsque, vers le commencement de 1845, il se mit à prêcher la guerre sainte chez les Oulad-Younès, Il se disait le sultap qui, d'après une prédiction deMuley- Ttiïeb, devait reconquérir l'Algérie sur les Chrétiens. « Je suis celui qui doit venir à l'heure indiquée par les f^ prophéties, » répétait-il sans cesse, « k l'heure de la « délivrance. » D'oii les Arabes l'appelèrent le matfre de ykêfire, qualification sous laquelle est désigné le libérateur promis. Le surnom de Bou-Maza lui vint d'une çbèvre, d'autres disent d'une gazelle, qu'il avait appri- ■voiséo, et dont il se servait, comme Sertorius de sa biche, - pour faire croire qu'il recevait, par l'intermédiaire de cet animal, des avertissements célestes. Cet imposteur néanmoins, ne comptant pas exclusivement sur le fanalismo de ses coreligionnaires pour se former un parti, promit de combler des biens de ce monde ceux qui se rangeraient sous SCS drapeaux; et comme le pillage des richesses des Chrétiens qu'il leur montrait en perspective était chose eliauceuse et éloignée, il oCTrit ^n outre h leur cupidité le
pillage plus facile et plus assuré des Musulmans qui avaient reconnu notre autorité et reçu de nous des emplois. El-Hadj-Cadok, kaïd de Mediouna, Bel-Kassem, un des cheiks des Sbiah, furent les premières victimes de sa politique. Ces deux hommes furent massacrés et leurs biens pillés. Bou-Maza étant parvenu par de semblables moyens à réunir cinq à six cents hommes convenablement armés, se porta vers Oriéansville, Le colonel de Saint-Arnaud, instruit des progrès de l'insurrection, marchait de son côlé à sa rencontre. Ils se joignirent, le 14 avril, k Aïn-Meran, OÙ Bou-Maza fut complètement battu. Un tel échec, reçu en dépit de ses pompeuses prédictions et la première fois
' qu'il se trouvait en face des Chrétiens, semblait devoir être mortel pour lui en ouvrant les ycus aux fanatiques qui le suivaient ; mais il n'en fut pas ainsi. Le colonel de Saint-Arnaud, poursuivant ses avantages, se porta au cœur mèûie du Dahra, chez les Oulad-Younès, berceau de
[ l'insurrection, où le général Bourjolly se rendit aussi avec les troupes de Mostaganem, de m^me que le commandant Canrobert avec celles de Tenez. Il y eut là, le 18 avril, un petit combat dans lequel deux des nôtres étant tombés entre les mains de l'ennemi, furent brûlés vifs par les Ebaïles. Ce fait est rapporté par un témoin oculaire qui
[ paraît fort impartial à l'endroit de ces sortes d'actes,