‹ Annales algériennesChapitre 6 sur 119 · LIVRE XXXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXII

leur territoire. Les Hachem, conduits par le frère et les oncles de TEmir^ se décidèrent alors à se Jeter dans le Chot où plusieurs périrent; les autres n'atteignirent qu'avec des peines infinies les premières eaux douces que l'on rencontre au delà. Plusieurs d'entre eux ne tardèrent pas à revenir sur leur territoire avec Tautorisation du général Lamoricière^ qui rentra à Mascara le 18. Abd-el-Kader, qui avait reparu auprès de cette ville pendant son absence^ s'en éloigna de nouveau et se porta chez les Flitta. Il avait cherché à attaquer les Bordjia^ mais il en avait été empêché par uu mouvement que firent sur TOued- Hillil les troupes de la garnison de Mostaganem. Cependant il ramena à lui une partie des Hacbem-Cberaga qui venaient de se soumettre lorsque le général Lamoricière marcha sur Takdemt. Celui-ci, à peine revenu de la poursuite des Hacbem-Garaba, se remit aux trousses des Cheraga, courant ainsi des uns aux autres, les premiers lui échappant toujours pendant qu'il était occupé à ramener les seconds et réciproquement. Ce mouvement de vaet-vient, plusieurs fois renouvelé, résume exactement les opérations de la division de Mascara en 1842.

Ce fut le lendemain même de son arrivée, c'est-à-dire le 19 juin, que le général Lamoricière sortit de nouveau de Mascara pour courir après les Hachem-Cberaga. D s'avança jusqu'à Godjilab sans pouvoir les atteindre, et rentra à Mascara le 26 juillet, après avoir fait couper et enlever les moissons de plusieurs tribus récalcitrantes.

A peine le général Lamoricière était-il rentré à Mascara ^ qu'Abd^l-Kader reparaissait dans le pays d'où il s'était éloigné. Le 13 août, ce général apprit que l'Emir avait maltraité quelques tribus récemment soumises, pillé la ville de Frenda, et qu'enfin il était campé à Me-

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droussa. Malgré r'extrêmc chaleur, le général n'hésita pas à se remettre en campagne, quoiqu'il lui en coiîtàt beaucoup d'arracher ses troupes, dans une saison aussi défavorable, au repos qu'elles commeuçaient seulement à goùler, et qu'elles avaient mérité par tant de fatigues. Il s'arrêta quelques jours à Médroussa où des délachemenls de nos anciens alliés de l'Yacoubia, ainsi que des Sedania et autres vinrent le joindre. Il s'avança ensuite jusqu'à la position de Torich, sur le plateau du Sersou, en avant de Takdemt. L'Emir observait ses mouvements en se tenant hors de sa portée ; mais dès que la colonne française, qui ne pouvait toujours avancer, commença à rétrograder vers le nord, il s'en rapprocha et pendant trois jours il tirailla avec noire arrière-garde. Le 1" septembre, le général Lamoricière repassa la Mina ; l'ennemi s'étant engagé entre lui et celle rivière, il le fit charger par sa cavalerie qui lui tua quelques hommes; ce petit combat arrêla l'Emir, Le général rentra à Mascara le 5 ; mais il laissa sur l'Oued-Adad le colonel de La Torré, avec quelques troupes pour proléger les Sedama el ceux des Hachcm qui étaient revenus à nous.

Le général d'Arbouville n'était pas resté oisif pendant que le général Lamoricière opérait dans le sud de la province. Parti de Mostaganem le 18 août, il se porta dans le pays des Flitta. Le 23, sa cavalerie [attaqua les Oulad- Sidi-Yahia à qui elle enleva du butin et fil une cenlaine de prisonniers. Le 28 , le général arriva à Krenag-el- Guelta sur l'Oued-Riou où il séjourna le 29. Le 30, il se remit en marche pour revenir sur ses pas. Bien que, sous l'administration du général Bugeaud , nos troupes fussent devenues extrêmement mobiles, et que leurs besoins eussent élé restreints jusqu'aux dernières limites des for-

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S humaines , il était cependant impossible de les main- [ tenir toujours en action. ]1 fallait donc, à des époques prévues, les ramener sur les bases d'opération. Mais l'expérience avait appris à nos généraux à dissimuler ces mouvements rétrogrades, par des marches circulaires qui, jusqu'au dernier moment, laissaient les Arabes en doute I sur leurs intentions. Le général d'Arbouville agit coofor- I Dtément à cette tactique ; néanmoins il fut attaqué dans Lsa marche du 50 par une réunion assez considérable I d'indigènes, qui lui tua et lui blessa quelques hommes, I mais qu'il n'eut pas cependant grande peine à repousser. I Le 51, on se battit encore un peu à son arrière-garde. 11 I suspendit son mouvement le 1" et le 2 septembre; il le I reprit le 5, et fut de nouveau attaqué le 4 au défilé de [ Sidi-Thifonr où il y eut un engagement assez vif. Le 5, [ nouveau combat auquel mit fin une charge vigoureuse L conduite par le lieutenant-colonel Sentuary. La colonne I- arriva le même jour sur la Mina ; le 7, elle rentra à Mos- LlRgauem.

Le général Bugeaud s'était rendu dans cette ville. 11 I y réunit les trois maréchaux de camp de la province d'O- ' tan oij, si ce u'est à Tlumceu, la marche des affaires paraissait redevenir un peu embarrassée. Après une conférence de quelques heures, il les congédia. Le général Lamoricière se rendit aussitôt sur l'Oued-Addad, où il . avait laissé le colonel de La Torré. Y ayant réuni toutes I ses forces, il les conduisit h la position de Torich, où il attendit quelques jours les Harar et Karoubi, chef des Oulad-Kbalif, à qui il avait écrit de venir l'y joindre. 11 était en relations amicales avec l'es tribus du sud depuis sa marche sur Godjilah. Il apprit à Torich qu'Abd-el- Kader était sur la Djediouia; néanmoins, au lieu d'aller

l'y chercher, il préféra se mettre à la poursuite des populations éroigrantes, qui composaient une masse de plus de 30,000 individus, y compris les Hachem-Cheraga. Il espérait qu'Abd-el -Kader, pour les défendre, viendrait à lui, et qu'il se laisserait engager dans une affaire décisive. La colonne française , accompagnée d'un grand nombre d'auxiliaires arabes, prit donc cette direction. Elle bivouaqua aux sources du Gbélif, le 24 septembre. Continuant ensuite sa marche dans des régions sauvages, et presque sans eau, elle arriva, le 30, à Taguin. Cette localité est à soixante lieues de Mascara, sur la route d'Aïn-Madi. C'est une oasis précieuse pour les Arabes de ces contrées désolées. Les Harar, les Oulad-Khalif, les Oulad-Cbaïb, les Nouaïl, qui en sont voisins, âe la sont souvent disputée par les armes. Les Oulad-Khalif y ont possédé un petit fort qui est maintenant en ruines. Les populations émigrantes avaient une telle avance, que, renonçant à les poursuivre plus loin, le général Lamoricière revint vers le nord. Nos auxiliaires, tant en allant qu'en revenant, enlevèrent une immense quantité de grains des silos qui se trouvèrent sur leur passage. Le 8 octobre, l'armée étant arrivée dans le bassin de l'Oued-Riou, à Aïn-Terrid, près des ruines de Loba, Abd-el-Kader, qui ne s'était pas encore montré, vint subitement à paraître. Il tomba sur les auxiliaires dispersés à la recherche des silos; mais ceux-ci furent promptement secourus par les Douair du général Mustapha, et plus encore par les chasseurs d'Afrique et par nos spahis réguliers, conduits par le lieutenant-colonel Sentuary et par le commandant Montauban. L'ennemi, chargé avec fureur et poursuivi pendant près de trois lieues par ces deux officiers supérieurs, eut cent hommes tués ; vingt-six prisonniers et

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deux cent chevaux restèrent entre nos mains. Abd-el* Eader4)ea-^bali^ un des aglias de l'émir^ fut pris. L'émir lui-même, dont le cheval s'dbattit^ courut les plus grands dangers.

L'armée passa la journée du lendemain à Loba. On s'occupa ensuite pendant quelques jours à vider les silo9 du pays. Ciomme la contrée est extrêmement fertile, on y trouva plus de 8^000 charges de chameau. Les Arabes^ soumis ou censés Tèlre, accoururent de toutes parts pour s'en gorger. Le chef d'Ain-Madi, le fameux Tedjini, qui s'était rais en correspondance avec le général, envoya 2,000 chameaux pour enlever, lui aussi, sa part de butin. Il est à croire que les populations émigrantes en enlevèrent également et qu'elles rentrèrent ainsi dans une partie de leurs biens.

Abd-d-Kader^ que nous venons de voir en scène le 8 octobre, n'avait pas suivi le mouvement de M. Laraoricière : convaincu que Témigration avait assez d'avance pour ne pas être atteinte , il était resté entre rOuenseris et le Cbélif. Il dominait de là, de toute son influence, la nombreuse tribu des Flitta, où nos généraux avaient bien obtenu quelques soumissions partielles et momentanées, mais qui, en masse, n'en était pas moins encore un foyer de résistance. Le général d'Arbouville s'y porta le 18 septembre ; il y fit du dégât. Le khaiifa Abd-Allah lui ayant ensuite donné avis qu'il était menacé dans la vallée du Chéiif, il se rabattit de son côté en descendant la vallée de la Djediouia, au débouché de laquelle il eut, le 25, un petit engagement de cavalerie contre les Sbiah , qui s'étaient de nouveau rattachés à l'Émir. Après cela, il revint sur la Mina, où plusieurs fractions de tribus aoumises s'étaient concentrées. Il fut con-

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traint de s'y arrêter quelques joui's, pour faire veuir de Mostaganem des approvisionnemenls dont il avait besoin. Pendant ce temps, Abd-ei-Kader, voyant le {général Lamoricière fort loin et le général d'Arbouville arrêté, se jeta sur le gros village ou plutôt la petite ville d'El-Bordj, à laquelle il mil le feu pour punir de leur défection les Bordjia, dont elle peut êlre considérée comme la capitale. Quelques jours auparavant, il avait fort maltraité la partie soumise dcsSedama. Après son expédition d'El-Bordj, il revint chez les Beni-Ourak, d'où il était parti pour l'effectuer. Il quitta ce poste de nouveau pour aller inquiéter la mnrehe du général Lamoricicre à son retour de Taguin, et ce fut alors qu'eut lieu l'affaire de Loba dont nous venons de parler.

Le général d'Arbouville, après avoir reçu de Mostaganem le convoi qu'il en attendait, ravagea pendant plusieurs jours le pays des Flila. A la fin d'octobre, il était à Mostaganem, et le général de Lamoricière à Mascara. L'Emir, plus fatigant que redoutable, était revenu ch,ez les Beni-Ourak, d'où il observait leurs mouvements, ayant d'ailleurs à s'occuper de ce qui se passait derrière lui, dans la province d'Alger et celle de Titlery.

Le général Lamoricière ne resta pas longtemps en repos à Mascara. Sur la nouvelle qu'Abd-el-Kader menaçait de nouveau les Sedama soumis, il partit, le 27 octobre, pour se porter à leur secours. Il s'établit à Mechara- Assa, à cinq lieues à l'ouest de Takdemt. Il y resta jusqu'au IS novembre. Pendant ce temps, la tribu des Kralfa fit sa soumission. Le 18, le général rentra à Mascara ; mais il laissa trois bataillons sur l'Oued-el-Alid.

Dès le 22 novembre, le général Lamoricière, instruit qu'Abd-el-Kader avait reparu chez les Flitta, se remit en

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