‹ Annales archéologiques (volume 2)Chapitre 103 sur 135 · ff Feuilles d'Automne », ix · texte numérisé non relu

ff Feuilles d'Automne », ix

cassé ; ie vent a décoiffé la tour et le vaisseau, mais l'espoir n'est pas encore perdu. De la main droite, elle pose une ancre sur le berceau d'un enfant, l'ancre qui sauvera le jeune être, qui le fortifiera contre les dangers et lui permettra d'accomplir sa vie entière.

L'Espérance dans la foi. — Très-rarement aussi on met un livre aux mains de l'Espérance, et cependant, pour l'homme de bien, la Bible est principalement le gage du bonheur passager dans ce monde et des félicités permanentes dans Tautre. Â Couches (Eure) , sur le vitrail du Triomphe de la Vierge, daté de 1555, l'Espérance tient un livre ouvert ; et à Bruges, rue Pré- aux -Moulins, à la maison A 6-90, bâtie en 1657, un livre fermé. A Gonches, TEspérance se rassure en relisant les promesses qui lui sont faites ; à Bruges, elle en est certaine et elle les sait par cœur.

L'EspiÊRANCB A LA GUERRC. — Le succès dos batailles et la vie des combattants appartiennent aux hasards et aux incertitudes ; c'est donc là surtout que doit régner l'Espérance. Au portail occidental de la cathédrale d'Amiens, l'Espérance tient dans un écusson un étendard de guerre dont la hampe est terminée par une croix à deux traverses (xiii* siècle) . Le drapeau de la patrie et la croix de la religion, double motif pour compter sur la victoire. A la cathédrale d' Auxerre, sur les hautes verrières du sanctuaire, l'écusson ne porte pas une croix, mais TAgneau de Dieu, c'est-à-dire Jésus-Christ sous l'apparence de son principal symbole. Ainsi le Créateur même de l'Espérance se donne à son fidèle au milieu des chances incertaines du combat.

L'EspMrance au jeu. — C'est profaner la sainte Espérance que de Tappe- 1er à nous soutenir dans nos plus viles passions. Au xur siècle, on n'en avait pas abusé de la sorte ; mais, au xvi% on n'a pas eu cette réserve et, sur les stalles de Saint-Bertrand de Comminges (1537-1539) on voit, aux pieds de l'Espérance, trois dés à jouer , marqués des points de bonheur. Je ne serais pas étonné qu'on trouvât un jour, dans des manuscrits à miniatures, des dominos ou des cartes offrant les meilleures chances du jeu. Du reste, il existe un jeu de dés qu'on appelle le « Jeu de l'Espérance » et c'est à cela, sans doute, que s'amusent ou que font allusion les stalles de Saint-Bertrand de Comminges. Comme revers grossier à cette noble devise, que nous venons de prendre pour épigraphe, je noterai cette autre devise, qui me paraît un peu socialiste, et que j'ai lue sur une sculpture recueilHe au musée archéologique de Nancy : J'espère avoir. Si c'est la devise de la famille aujourd'hui impériale de Lorraine, cette famille en est bien punie, car elle est en train de perdre le peu qui lui reste encore. Ce « J'espère avoir » , dans la bouche de gens qui vont tout céder, me rappelle cette devise des rois de Hollande : Jb

MAINTIENDRAI; ciî héraldique également fort mal tenu, car la Hollande a dû lâcher toute la Belgique.

L*EspéRANCE SUR TERRE. — Ici les attributs sont nombreux: la bêche, la faucille, la branche ou le bouquet de fleurs, le rameau couvert de bourgeons ou de fruits, la corne d'abondance, la ruche d'abeilles.

Avec la bêche ou la charrue, on ouvre le sein de la terre et on lui confie des semences qui pousseront, on en a l'espoir, en herbe, en blé, en fleurs, en fruits, que l'on cueillera avec la faucille ou la serpette, et dont se rempUront les cornes d'abondance. Le manuscrit de l'Aristote de Rouen donne à son Espérance trois faucilles, ce qui est assez rare, et une bêche, ce qui est assez commun. On voit notamment cette bêche à la main gauche de l'Espérance sculptée sur les stalles de la cathédrale d'Auch (1528).

Dans le chant III du « Purgatoire » , Dante dit : • Par la malédiction des torches éteintes (par l'excommunication).... l'amour divin n'est pas tellement banni, qu'il ne puisse revenir, tant que l'espérance est verte et peut donner sa fleur ». Le rameau vert, le rameau couvert de bourgeons ou de fleurs est en effet l'un des principaux attributs de l'Espérance. Il fut même, chez les Hébreux, le signe infaillible de la volonté divine. C'est par le rameau fleuri, entre onze bâtons restant secs et morts, qu'Aaron fut reconnu pour grand-prêtre des Juifs, et c'est par le même bâton, chargé de feuilles et de fleurs , que saint Joseph fut désigné pour être l'époux de la sainte Vierge.

L'Espérance, qui prend le costume vert, n'est pour ainsi dire qu'une plante vivante, qu'un désir humain appelé à fleurir et à porter des fruits. Aux chapiteaux du palais ducal de Venise, au tombeau de saint Augustin à Pavie, au bénitier de Pistoja, l'Espérance tient à la main un bouquet de fleurs. A Pavie, en outre, cette jeune et charmante Vertu est couronnée de fleurs comme une mariée toute fraîche et qui ne voit encore que le sourire de la nature entière. Au tombeau de saint Pierre Martyr, à Milan, elle tient à la main gauche une tige, une espèce de corne d'abondance, écailleuse comme le tronc d'un palmier et d'où sortent une multitude de feuilles et de fleurs. A Bruges, au pignon de la maison rue Saint-Jacques, numérotée D i-ll, ces fleurs, changées en fruits, environnent cette déesse chrétienne, l'automne de nos vertus, d'une guirlande des plus savoureuses, au milieu de laquelle elle est

assise.

L'Espérance sur mer. — Les hasards de la mer sont aussi nombreux et aussi redoutables que ceux de la guerre. Si le premier qui tenta les flots sur une barque dut, suivant Horace, avoir une triple cuirasse d'airain autour du

cœur ^9 il faut que le marin d'aujourd'hui en ait encore une au moins simple, et peut-être double. Mais l'Espérance aide au courage de l'homme sur l'eau : elle lui offre une voile pour profiter du vent, une ancre pour modérer la tourmente, un fanal pour le guider au port, et le port lui-même pour s'y réfugier.

L'Espérance consiste principalement à avoir confiance, même contre toute raison, et surtout quand on ne peut presque rien pour conjurer soit un malheur soit une ruine. Pour ce motif, l'Espérance en mer est une vertu bien plus puissante que l'Espérance sur'terre, car rien n'est plus mobile ni plus désespérant que les flots. Le xiii* siècle , aux portails des cathédrales de Paris et de Chartres, se plaît à donner à l'Espérance la voile d'un navire pour attribut, et cette voile, nous la retrouvons encore au xvi* siècle sur le tombeau remarquable de Lalaing, qui enrichit le musée municipal de Douai. Mais, à la Renaissance et pour la même raison, cet attribut s'est complété par une ancre. L'Espérance appuyée sur son ancre est une image si commune et même si vulgaire, qu'il est inutile d'y insister beaucoup : nous la voyons ainsi aux stalles d' Auch (1528) ; aux stalles de Saint-Bertrand de Conmiinges (1537-1539); è. l'hôtel de ville de Mulhouse (1552); au bas-relief du musée de Cluny , où les trois théologales et la Prudence accompagnent un fleuve (1555); à la fontaine Saint-Laurent de Nuremberg (1589); à cinq maisons différentes de la ville de Bruges (1600-1667). Sur les stalles d'Auch, l'Espérance tient une ancre de la main droite, la plus forte des deux mains et la plus capable de résister aux tempêtes, et une bêche de la main gauche. C'est l'Espérance à la fois sur mer et sur terre. Au musée de Cluny, elle tient son ancre de la main gauche ; mais, de la droite, elle saisit le câble qui s'attache à l'ancre et, des deux mains, elle s'oppose ainsi aux orages. Â la maison de Bruges, rue Saint-nJacques, N* D i-ll, l'Espérance tient solidement et immédiatement son ancre avec ses deux mains, pour lutter de toutes ses forces contre les flots qui se déchaînent. Au tombeau de Juan II de Castille, à Miraflorès, près Burgos, l'Espérance étend delà main droite une ancre sur un berceau, pour protéger la frêle existence d'un enfant. De la main gauche, elle porte une tour dont le vent des tempêtes vient d'arracher le sommet et elle couronne ce donjon avec un vaisseau dont le mât, quoique brisé par l'ouragan, recèle cependant encore l'espoir de la vie. A Bruges, sur la grande

1, Illi robur et acs triplex

Circa pectus erat, qui fragiiem truci

Commisit pela go ratem Primus HoaACE, a Odes », i, 3.

place, à l'hôtel du « Panier d'or », l'Espérance tient une ancre de la main, gauche, et de la main droite, un oiseau qui va se sauver dans l'air. Le vent, qui détruit les tours et brise les vaisseaux à Miraflorès, fait, au contraire, le salut de l'oiseau à l'hôtel de Bruges.

Le phare et le port, qui complètent si bien les attributs du vaisseau, de la voile et de l'ancre, devraient, sur les bas-reliefs et dans les peintures, accompagner la figure de l'Espérance ; jusqu'ici, je n'en ai pas encore rencontré d'exemples.

L'Espérance dans l'air. — Le prisonnier, qui espère sans cesse recouvrer sa liberté, a trouvé un emblème dans l'oiseau en cage qui, guettant un oubli de son geôlier, attend que la porte s'ouvre pour se sauver dans l'air où nul ne pourra plus le reprendre. La miniature d'Aristote en offre un des plus charmants exemples dans cet oiseau, moitié serin, moitié chardonneret, qui ne demande probablement qu'à s'échapper.

Cet oiseau est fréquent sur les maisons sculptées de Bruges ; mais il n'est captif que sur la main de l'Espérance et non dans une cage, en sorte que sa liberté est plus sûre et plus prochaine. Je ne citerai que la maison de la grande place (place des Halles) , qui porte le nom d'« Estaminet au duc de Brabant ». L'Espérance y tient une ancre de la main gauche et, sur sa main droite, un gros oiseau qui va s'envoler. A l'hôtel de ville de Mulhouse, l'oiseau est plus petit et huppé; il est à la main gauche de l'Espérance qui le retient à peine.

Une autre espèce de petit oiseau, c'est l'abeille, dont l'existence est si délicate et qui compte sur l'air, sur les tièdes haleines du printemps, pour récolter la cire et le miel dont l'homme fait un si grand profit. Le petit être ailé ne vit, pour ainsi dire, que dans les douces ondulations de l'air échauffé parle soleil. Le manuscrit d'Aristote est le seul, à ma connaissance, qui ait mis une ruche d'abeilles à la main de sa rustique Espérance.

L'Espérance a la mort. — A l'école des Beaux-Arts, dans la seconde cour, sont . appliqués contre les murs des bas-reliefs du xvf siècle provenant du château de Gaillon. Parmi ces bas-reliefs on distingue la Foi qui tient une croix, et probablement l'Espérance armée d'un crible à la main droite et d'une bière à la main gauche. Je dis probablement, parce que les inscriptions, à supposer qu'il y en ait eu, n'existent plus. Cependant, comme la Foi et la Charité accompagnent indubitablement cette troisième Vertu, il est à présumer que cette femme au crible et à la bière est bien une théologale et non pas l'une des cardinales. Près de là une femme, en arabesque, est saisie par la Mort qui l'entraîne ; ainsi s'explique la bière que porte sa voisine. Au tombeau de Lalaing , du musée de Douai , l'Espérance, caractérisée par la

voile qu'elle tient à la main, porte de l'autre main une tête de mort. Si l'on a besoin d'espérance, en effet, c'est surtout quand la mort arrive. Ya-t-il, oui ou non, une autre vie, et cette existence passagère n'est-elle que le vestibule d'une vie sans fin; ou bien, l'homme mort, tout est-il fini ? Le dogme de l'immortalité, la clef de voûte de toutes les religions, a été la grande préoccupation de la religion chrétienne. Dans les catacombes, sur les plus anciens sarcophages chrétiens, sont reproduits à satiété, on peut le dire, les images et les emblèmes de la résurrection et d'une vie éternelle. Noé reçoit la colombe qui lui apporte, après le déluge et la mort universelle, le rameau de l'espérance; Élie est enlevé au ciel, tout vivant, par des chevaux célestes ; Daniel, dans la fosse où l'on a voulu le faire dévorer, est respecté par les lions les plus féroces ; les trois jeunes Hébreux sont épargnés par les flammes, où les a jetés Nabuchodonosor ; Jonas sort intact des entrailles du monstre marin ; Lazare sort vivant du tombeau; la Samaritaine s'abreuve à la source qui rejaillit dans la vie étemelle; le phénix, emblème de la résurrection, perche sur le palmier incorruptible. A aucune époque on n'a prêché la résurrection d'une manière plus obstinée, si l'on peut parler ainsi, et plus saisissante. Aussi , à côté de Noé, d'Élie, de Daniel, des trois Hébreux, de Jonas, de Lazare, de la Samaritaine, on voit Job, la personnification humaine de l'espérance, proclamant, devant sa femme et ses amis, que son Rédempteur est vivant; que lui, Job, ressuscitera au dernier jour, et que, revêtu de nouveau de sa chair, il verra son Dieu dans l'autre monde ^. Du reste, cette espérance dans la résurrection et dans une autre vie se chante tous les jours à la fin du « Credo » : « J'attends la résurrection des morts et la vie du monde futur » . Tout notre office des défunts est rempli de cet espoir qui se résume dans cette phrase de la (c Préface des morts » , pleine de concision et de beauté : u Yita mutatur, non tollitur ».

Ainsi, entre les mains de l'Espérance, la tête de mort attend la peau qui doit la recouvrir de nouveau, selon l'énergique expression de Job, et la bière est comme une hôtellerie où l'on se repose entre une arrivée récente et un prochain départ, entre la sortie de ce monde et l'entrée dans l'autre. Enfin, on attache des ailes aux épaules de l'Espérance, conmie Ugolini l'a fait à la figure que nous donnons en tête de cet article, pour qu'elle passe plus rapi-

4 . a Scio enim quod Redemptor meus vivit, et in novissimo die de terra surrecturus sum, et rursum circumdabor pelle mea, et in carne mea videbo Deum meum ». — Job, xix, 25-26. — Je ne suis pas un exégète et je n'ai pas qualité pour rechercher si cette traduction de la Vulgate est bien exacte; il me suffit de savoir que Fart chrétien a toujours ainsi compris ce texte et considéré Job comme Tapôtre antique de la résurrection.

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dément de ce monde dans Tautre. Il faut le dire, pour aller si haut et si loia, les ailes modelées par Ugolini, comme celles peintes par Giotto à TArena , sont un peu courtes et manquent de puissance. En France, nos figures ailées du moyen âge sont beaucoup mieux pourvues; la petitesse des ailes est un caractère de Tart gothique de l'Italie *.

L'Esp]£rancb ad ciel. — Mais , arrivé dans l'autre vie, on espère y être heureux; on compte qu'une existence entière d'honnêteté et de vertu, passée sur terre et traversée presque toujours par des souffrances et des malheurs qu'on croit immérités, sera enfin récompensée. Du ciel descend une Couronne vers laquelle se précipite l'Espérance, comme sur notre planche gravée; comme aux peintures de l'Arena de Padoue; comme au tombeau de l'arche* vôque de Pise, Pietro Ricci (H18), dans le Campo-Santo; comme sur l'ivoire italien, qui appartient à M. E. Hawkins.

Cette dernière Espérance est debout pour atteindre plus tôt la couronne qui lui descend du ciel. Elle ressemble beaucoup à celle d'Andréa Ugolini : même nimbe h six pans, mêmes ailes courtes, même geste des mains. Toutefois son costume est trop lourd ; elle est trop chargée de draperies et son manteau, ample et traînant, doit l'empêcher de s'envoler à l'aise. Ugolini a mieux raisonné son symbolisme. Le sculpteur de cet ivoire, comme le modeleur du bronze de Florence, a mis la couronne presque dans les mains de 1* Espérance. Quelquefois cette couronne, comme au tombeau des Scaliger, à Vérone (132S- 1335), est déjà arrivée sur la tête de l'Espérance où elle doit rester pendant l'éternité. Assez souvent on place aux mains de l'Espérance la palme qui symbolise la récompense finale ; lorsqu'on a espéré jusqu'à la fin de sa vie, on a bien le droit d'avoir la palme des ^martyrs. Aux mauvais bas-reliefs du portique de Saint-Sulpice de Paris, l'Espérance est appuyée sur son ancre; mais, entre les mains du génie qui l'accompagne, génie qui est son âme, pour ainsi dire, le sculpteur a placé une grande palme de martyre. Quelquefois, plus fréquemment encore, Dieu , sous la forme d'un soleil rayonnant, puisque le soleil est la forme visible de la divinité, se montre à l'Espérance dans un coin

1 . Je dis de l'art gothique italien, ou, pour préciser davantage, de cet art qui date des xiu«, XIV* et x\' siècles; car, aux xi* et xii', les anges portent, en Italie, des ailes larges, épaisses, longues et qui, rabattues, tombent presque à terre. Voyez les mosaïques du baptistère de Florence, de Saint-Marc de Venise et des vieilles églises de Rome; voyez surtout les mosaïques de Ravenne et les portes en bronze de Sant -Angelo au mont Gargano. Il est vrai qu'à ces mosaïques et bronzes, rinfluence byzantine est manifeste, et que les byzantins ont toujours donné une grande envergure aux ailes de tous leurs anges. Avant la fin du xiii* siècle, les ailes des anges italiens sont Ion* guos; après le xiii*, elles sont courtes; mais, à la renaissance et dès le xv* siècle, elles aiment ^ reprendre leur large et ancienne envergure qu'elles tenaient des byzantins,

du ciel, comme pour se donner à elle en étemelle récompense. Au tombeau des Scalîger non-seulement la face rayonnante du soleil occupe l'arcade où l'Espérance, ailée et couronnée comme une reine, regarde au ciel ; mais la même figure de Dieu visible est sculptée sur l'agrafe du manteau que porte la jeune Vertu. Au palais ducal de Venise, chapiteau 29, dans un coin du bas-relief où l'Espérance tient une rose, brille la tête d'un enfant, couronnée de rayons, ainsi qu'on représente ordinairement le soleil en Italie. Au tombeau en bronze du pape Sixte IV (H33), dans Saint-Pierre de Rome, l'Espérance, bras nus, tête nue, pieds nus, joint les mains et regarde au ciel d'où partent des rayons droits comme ceux du soleil. Cette lumière divine, qui brille sans cesse au-dessus de la tête de l'Espérance, rappelle ce souhait des vivants qui revient sans cesse dans l'office des morts pour les pauvres défunts qui nous ont précédés : « Lux perpétua luceat eis ».

Symboles humains et zoologiques de l'Espérance. — J'ai nommé plus haut les personnages de la Bible qui symbolisent TEspérance : Noé dans Tarche et surtout Job sur son fumier. Dante, je l'ai déjà dit, a fait de saint Jacques Majeur l'apôtre de l'Espérance*, comme de saint Pierre, celui de la Foi et, de saint Jean l'Évangéliste, l'apôtre de la Charité. Ces trois disciples accompagnèrent seuls Jésus-Christ au Thabor et furent témoins, avec Élie et Moïse, de la transfiguration. Le symbolisme raffiné du xiir- XIV' siècle aura voulu voir dans les trois apôtres la représentation des vertus théologales, et, comme saint Pierre appartient plus particulièrement à la foi et saint Jean à la charité ou à l'amour, il restait l'espérance qu'il a bien fallu donner à saint Jacques. Je ne vois pas, jusqu'à présent, d'autre raison meilleure à donner de cette attribution spéciale; je répète, néanmoins, que saint Jacques est le patron des voyageurs et des pèlerins, et que l'espérance est une des principales vertus dont les pauvres voyageurs doivent être constamment pourvus.

J'ai déjà nommé le phénix comme le symbole zoologique de l'Espérance; il Test au même titre que l'aigle est celui de la Foi. Dante, au chant xxiv de « l'Enfer», dit :

« Les grands sages prétendent que le phénix meurt et renaît quand il est près de son cinquième siècle. Il ne se nourrit ni d'herbes ni de blé pendant sa vie , mais d'amomum et des pleurs de l'encens, et le nard et la myrrhe forment son dernier lit. »

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