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la définition de saint Paul, trouver le rapport intime qui lie u faire » et « croire », c'est-à-dire, l'action et la foi.
Quant à l'étymologie de l'Espérance, elle est, à n'en pas douter, donnée par cette vieille et belle devise de je ne sais plus quel chevalier français : tant QUE JE RESPIRE j'espère, « dùm spiro spero ». Ici, il n'y a qu'une voyelle de différence entre jes deux mots et même cette voyelle. Te, sonne comme l't dans le grec moderne et dans l'anglais^. Ce n'est donc pas un rapprochement plus ou moins ingénieux, plus ou moins laborieux ; c'est une identité presque absolue : « spirare » équivaut à c( sperare » , et « respirer» se résout dans « espérer » .
J'ai déjà fait remarquer , à propos de la généalogie des vocables dans le langage humain, que les mots « premiers-nés » étaient toujours ceux qui désignaient une qualité matérielle, un besoin purement physique. L'homme est corps et âme ; mais l'âme n'arrive dans le corps, en quelque sorte, ou tout au moins ne s'y développe que quand le corps est déjà constitué. La création d'Adam se reproduit la même chaque jour et pour chacun de nous. Dieu modela d'abord le corps du premier homme, puis il lui souffla une âme; pareillement le corps se façonne avant tout dans le sein de la mère, puis l'âme vient vivifier cette masse inerte qui l'a précédée. Le corps est une maison, et l'âme ne l'habite que quand cette maison est bâtie. Dans toute la suite de son existence, l'homme commence à nommer ses fonctions matérielles ; c'est plus tard et par comparaison, par métaphore, qu'il « appelle » ses qualités spirituelles. En d'autres termes, tous les mots qui nomment des choses corporelles précèdent les expressions qui caractérisent les spirituelles, et très-souvent, surtout dans les langues mères, ces expressions des facultés de l'âme procèdent directement des mois purement matériels. Je l'ai déjà dit, « penser » sort de « peser », comme une fleur sort de son bourgeon ; c'est la même expression nommant la même action , matérielle dans « peser », intellectuelle dans « penser ». L'homme qui pense pèse avec attention toutes les circonstances d'une idée, afin d'en apprécier la valeur morale , comme celui qui pèse suppute le poids exact d'un objet matériel. Les deux opérations sont identiques, quoique dans un ordre entièrement opposé, et c'est de l'opération matérielle de peser qu'on a tiré le mot intellectuel de penser par la simple addition de la petite consonne n,
U en est de même pour espérer : c'est de respirer qu'il provient. D'abord le corps respire, car il faut vivre avant tout ; puis l'âme se dégage des
4. En grec, Têta se prononce comme Tiota. Bn anglais, deux ê de suite se résolvent en un seul son d'i.
étreintes matérielles et elle espère. Mais la respiration et Tespérance sont deux fonctions identiques, Tune physiologique et l'autre psychologique : Spiro, Spero. On peut dire que l'espérance est la respiration ou la vie de l'âme, et que la respiration est l'espérance ou la vie du corps.
L'Espérance, je le disais dans l'article consacré à la Foi, devrait n'arriver qu'après la Charité : si nous adoptons la généalogie légendaire des Vertus théologales, la Sagesse est la mère de trois filles dont l'aînée est la Foi, la cadette la Charité, la plus jeune l'Espérance. L'Espérance, en effet, n'a pu venir légitimement au monde que quand, sur les fondements de la Foi, la Charité eut construit son édifice de bonnes œuvres. Alors, de ce monument spirituel l'Espérance s'est lentement dégagée, puis elle s'est envolée au ciel pour aller demander à Dieu la récompense promise à la vertu. -
Donc, en parlant de l'Espérance après la Foi et avant la Charité, je ne suis pas l'ordre naturel, mais je garde l'ordre hiérarchique adopté par saint Paul. L'homme est accompagné de l'Espérance pendant son existence entière , depuis sa naissance jusqu'à sa mort, depuis son berceau jusqu'à sa tombe ; aussi les attributs que l'iconographie donne à la seconde des Vertus théologales sont-ils extrêmement nombreux. Ces attributs s'attachent au costume et à l'attitude ; ils caractérisent l'Espérance dans la vie, dans la foi, à la guerre, au jeu, sur la terre, sur la mer, dans l'air, à la mort, au ciel. Enfin, des inscriptions donnent quelquefois l'intelligence ou le développement de ces attributs divers, et, comme pour la Foi, certains personnages historiques ou certains animaux symboliques achèvent d'en compléter la signification.
Costume et Attitude. — Pour gagner plus vite le ciel, l'Espérance se fait légère ; aux portes du baptistère de Florence, elle s'est débarrassée du manteau que portent ses deux sœurs et n'a gardé que sa robe. Cette robe, Dante exige qu'elle soit verte comme l'émeraude ; car le vert, chez tous les peuples et à toutes les époques, a été la couleur de l'Espérance. Au printemps, cette espérance de l'année, la terre s'habille de verdure. Sur l'émail de saint Ghislain (xi*-xii* siècle) , le nimbe de l'Espérance est vert d'eau ; sa robe est teinte en vert jaune ombrée d'un vert plus foncé ^.
A la coupole de l'Ascension, dans Saint-Marc de Venise, l'Espérance a les pieds nus, les bras nus, et sa robe verdâtre est glacée de lumières blanches. A la cathédrale d'Auxerre, l'Espérance s'appelle la Patience 2. Elle a trois
4. Voir ]a « Notice » de M. l'abbé Voisin, déjà citée, sar la châsse de Saint -Ghislain, en Belgiijue.
5. Pagiencia. Elle est en regard du Désespoir, Desperacio, de sorte qu*il n'y a pas lieu de s'y tromper. D'ailleurs, la principale qualité de l'Espérance est la patience en effet. Combien de
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vêtements : une robe, un manteau et un voile. Le voile est violet clair, le manteau pourpre; mais la robe est verte, et la robe, c'est le vêtement principal, le seul vêtement essentiel.
Debout ordinairement et ne touchant à la terre que par la pointe des pieds, TEspérance, comme au baptistère de Florence, est quelquefois assise. Mais tandis que la Foi et la Charité siègent en plein et au repos , l'Espérance se lève, tend les regards en l'air et joint les mains vers le ciel d'où lui vient la couronne promise à ses mérites. Jetez les yeux sur la gravure placée en tête de cet article, et vous verrez que l'Espérance d'Andréa Ugolinî n'est assise qu'à moitié et qu'elle s'avance sur le rebord de la tablette de son siège d'oîi elle va prendre l'essor qui l'emportera au ciel. Comme dans l'oiseau à terre, on voit bien qu'elle a des ailes, et l'on pourrait lui appliquer ce que dit y. Hugo parlant de Lamartine :
Et comme le cygne qui nage On sent qu'il pourrait s'envoler *.
Ses deux mains ne sont pas ici collées l'une à l'autre pour la prière, comme on les voit ordinairement, mais simplement jointes et toutes grandes ouvertes pour saisir la couronne qui tombe d'en haut.
11 est inutile d'insister, comme nous le faisons souvent, sur l'originalité et la beauté de cette figure ; nous engageons les sculpteurs et les peintres modernes h s'en inspirer dans des compositions où soit l'Espérance, soit quelque figure analogue, aurait un rôle. Cet art italien du xiv* siècle , bien étudié et bien connu, serait d'un grand secours aux artistes de notre temps.
L'EspiRANCE DANS LA viB. — L'Espérancc naît avec l'homme, et, dès son berceau, veille sur sa frêle existence. C'est alors surtout qu'elle a besoin de l'assister à chaque heure du jour et de la nuit, pour qu'il échappe à tous les dangers qui le menacent. On peut dire qu'elle remplit à ses côtés l'oflice d'ange gardien. Le berceau, toutefois, est un des rares attributs qui lui soit donné. Jusqu'à présent, je n'en connais qu'un seul exemple, et il est fourni par le tombeau de Juan II, à la chartreuse de Miraflorès, près de Burgos. L'Espérance ( « Esperanza » ) , en marbre blanc et grande comme nature, garde l'un des angles de ce beau monument. Â la main gauche, elle tient une tour dont le sommet est arraché et que couronne un vaisseau dont le mât est
fois, à la vue du mal triomphant, le désespoir ne s'emparerait-il pas du cœur de Thomme, si la patience n'était pas constamment à nos côlés pour nous montrer le ciel où la justice finit par reprendre ses droits?