‹ Annales archéologiques (volume 2)Chapitre 51 sur 135 · A VENISE · texte numérisé non relu

A VENISE

Depuis quelques années, des ouvrages spéciaux, des revues scientifiques et notamment les « Annales Archéologiques » ont publié plusieurs inventaires de trésors d* églises cathédrales, collégiales, conventuelles et paroissiales de notre pays. Ces documents nous ont initiés aux richesses considérables qui étaient réunies dans les établissements religieux et dont bien peu de pièces ont échappé à une destruction dont les causes sont trop connues pour qu'il soit besoin de les rappeler. Mais s'ils sont utiles et intéressants sous plusieurs rapports, ces inventaires donnent rarement une idée de la forme, du style, de Tépoque et de la provenance des objets qu'ils enregistrent. C'est surtout pour les teuvres de fabrication orientale que les explications font défaut. Cependant, les relations entre les Grecs du Bas-Empire et les Occidentaux, depuis la fondation de Constantinople et les croisades surtout, ont dû amener en France une grande quantité d'étoffes, de pièces d'orfèvrerie, d'ivoires et d'objets de travail divers. A une époque où les investigations archéologiques se portent avec ardeur sur les émaux en général, on aimerait à trouver dans les vieux inventaires quelques détails sur ceux provenant de la riche et industrieuse Byzance; mais on les y cherche en vain. D'un autre côté, si l'on veut étudier les originaux mêmes qui peuvent encore exister, il n'est pas toujours facile de les voir ; d'ailleurs , ils sont rares aujourd'hui, sauf à Venise, ainsi qu'on peut en juger par l'aperçu, tout incomplet qu'il soit, que je vais donner avant d'arriver à l'ancienne chapelle des Doges.

En France, où l'on a tant de facilité pour examiner et étudier les émaux de Limoges dans les collections publiques et particulières , on a constaté la pré- XX. 22

sence d'un bien petit nombre d'émaux grecs. A Poitiers , il existe un fragment de reliquaire de la vraie croix ^. A Paris, une plaque faisait partie de la collection du feu comte Pourtalès-Gorgier; elle a été reproduite, avec les couleurs, par M. J. Labarte^.

L'Angleterre serait, quant à présent, plus pauvre que nous encore en émaux grecs : on n'y trouverait qu'une petite croix pectorale provenant de la collection Debruge-Duménil*. Une croix pareille est au musée de Copenhague*. Une croix plus grande est dans une église de Novgorod ; elle a été publiée avec les couleurs dans l'ouvrage sur les antiquités de l'empire de Russie, et il y a tout lieu de croire que ce pays possède plusieurs autres monuments de ce genre *.

L'Allemagne est riche en fort beaux émaux byzantins. A Munich, il y a une grande plaque représentant le crucifiement ; elle a été publiée avec les couleurs par MM. Becker et de Hefner-Alteneck^, et de plus une couverture de manuscrit ornée de seize médaillons émaillés, publiée aussi avec les couleurs par M. Labarte^. L'Autriche possède la couronne de Hongrie et le

4 . L'abbé Texier a publié un ancien dessin, qui représente le reliquaire entier, dans son mémoire sur les a Ëmailleurs de Limoges », pi. ii, n<* 4. Troyes possédait une croix>reliquaire émaillée, sur laquelle M. Tabbé Coffi net a publié quelques détails dans lexix* tome des a Mém. de la Soc. acad. de Troyes ». Amiens possédait un beau reliquaire grec de la vraie croix, en forme de triptyque, orné d'environ dix>neuf figures émaillécs; il n'en reste, je crois, que le souvenir et une description intéressante donnée par le savant Ducange dans sa dissertation sur le chef de saint Jean. L'émail grec, qui ornait cette dernière relique, a également disparu comme tant d'autres.

Page 1