Dbs Guerrois, la « Saincteté chrétienne », pages
2. a Nunc autem manent Fides, Si>e6, Gharitas, tria hec; major autem honim est Gharitas. » Saint Paul, a aux Corinthiens», i, chap. xiii, vers. 43. — La fin de ce verset, c major autem
d'& présent : il est chronologique et hiérarchique tout à la fois. La première en date, mais la moins haute en importance, est la Foi. Cette vertu est effectivement le point de départ des deux autres ; mais elle est inerte par ellemême et du moment qu'elle se met en mouvement et qu^elle passe à Taction, à la vie, elle devient Espérance et Charité. L'Espérance, supérieure à la Foi, est cependant, je ne dirai pas égoïste, mais personnelle; l'Espérance compte positivement être récompensée de sa foi. La Charité, au contraire, ne pense pas à la récompense : elle ne songe qu'à faire du bien aux autres, même à son détriment. Comme Mgr Affre, elle se jette dans la révolution pour la conjurer ; elle monte sur les barricades, sachant bien qu^elle court à la mort, mais espérant sauver la patrie et sauver le corps et Tàme d'une foule de malheureux : a major autem horum est charitas. »
Comme dans la légende, la Charité, la plus difficile et la plus grande des trois vertus, est née la dernière ; elle n'a que neuf ans, quand l'Espérance en a dix et la Foi déjà douze. Elle est la plus jeune en âge, mais la plus haute en mérite. On a cru d^abord, espéré ensuite et l'on a fini par pratiquer le bien.
Toutes trois sont nées de la Sagesse, la Sagesse divine, la sainte Sophie adorée à Constantinople. Une preuve assez curieuse de cette généalogie est founiie par un émail de la collection du prince P. Soltykoff dont nous donnons la gravure. C'est une espèce d'agrafe de chape ou de plaque à clouer sur un reliquaire. Agrafe, sa destination était une noble pensée : porter contre la poitrine et près du cœur les trois vertus principales qui procèdent de la divinité, c'est une des plus belles idées du moyen âge. Plaque d'ornement pour une châsse renfermant les reliques d'un saint qui avait pratiqué, pendant sa vie, les plus hautes vertus, c'est l'application d'un symbolisme élever
Comme cet émail a la forme d'qn quatrefeuille et non d'un trèfle, il a fallu trouver, pour les lobes de la circonférence, une compagne aux trois vertus théologales ; on a choisi la reine des cardinales, la Justice, la plus digne des trois sœurs, leur plus proche parente, si l'on peut parler ainsi. Au centre, d'où rayonnent les quatre lobes, c'est la Vérité. Le Dieu-Homme a dit qu'il était la Voie, la Vérité et la Vie. La Vérité, cet attribut de Dieu, n'est donc pas autre que Dieu lui-même, en sorte que la Divinité, la S^* Sagesse ou la S*" Sophie, c'est la même et unique mère de ces vertus, et nous retombons dans la légende recueillie par le Métaphraste et traduite par Des Guerrois.
horum est Charitas», Mgr Sibour l'avait prise pour la devise de ses armes. Eq récompense de cette belle pensée, le noble prélat aurait mérité de mourir comme Mgr Affre au lieu de succomber sous le poignard d'un misérable prêtre interdit.
Ainsi disposée, cette plaque n'est pas sans analogie avec les représentations du Sauveur entouré des quatre attributs de ses évangélistes. Laissez la Vérité, ou le Christ au centre, comme il est ici, et vous aurez l'aigle de S. Jean au sommet, à la place de l'Espérance ; l'ange de S. Mathieu à droite, au lieu de la Justice; le lion de S. Marc à gauche, où est la Charité; le bœuf de S. Luc au bas, d'où s'élance la Foi. J'avoue que la Justice, qui n'est pas théologale, toute grande qu'elle soit, aurait dû se placer en bas, au lieu de la Foi.
Nous reviendrons ultérieurement sur les attributs des théologales, sur leur iconographie proprement dite ; mais, puisque nous publions cette planche, un des plus anciens monuments où soient figurées les Vertus, il importe de nous y arrêter un instant.
Toutes quatre, même la Vérité, leur mère, sont ailées, pour montrer qu'elles sont de nature angélique et qu'elles descendent du ciel. Saintes, elles ont le nimbe autour de la tête. La Vérité porte épée, bouclier, casque et cuirasse, parce qu'elle combat constamment et défend sans cesse le monde moral ; mais les trois autres jeunes femmes ont le costume civil ordinaire, la robe et le manteau.
La Justice cherche à équilibrer la balance, son unique attribut.
Des longs doigts ouverts de sa main droite , la Foi montre probablement le ciel, d'où elle arrive, où elle conduit. Sa main gauche saisit le bord d'un objet qui ressemble à un boisseau, mais ce boisseau est percé de trous sur ses parois et doit être un crible profond et non superficiel comme ceux d'aujourd'hui. Ce crible, nous le reverrons ailleurs entre les mains de la Foi. Cette vertu, en effet, doit examiner avec soin les dogmes qu'on lui présente, et, loin de les accepter tous en aveugle, elle se donne la tâche d'en faire un choix sévère : elle sépare l'erreur de la vérité, l'ivraie du bon grain. Elle crible avec prudence toutes les doctrines qui lui sont offertes et n'admet que les plus solides et les plus vraies.
L'Espérance tient à la droite une branche remplie de bourgeons, parce qu'elle est certaine que ces bourgeons deviendront des fleurs, et, au moment voulu, à la récompense finale, se changeront en fruits. A la gauche, le sceau divin, timbré de la croix, parce que Dieu a scellé sa promesse de récompense éternelle à ses élus. Dans l'iconographie byzantine, en effet, ce disque, pris souvent à tort pour la boule du monde, s'appelle le sceau de Dieu.
La Charité tient à la main droite un pain en forme de boule et à la main gauche un vase plein de liquide. Elle donne à boire et à manger à ceux qui ont soif et faim. Ce sont deux des six œuvres de miséricorde corporelle qu'elle est chargée d'exercer.
Cet émail, qui doit appartenir à la fin du xi* siècle, ou au commencement du xii% est opaque et champlevé sur plaque de cuivre. Il est un peu pâle pour venir de Limoges et il doit sortir de Técole de la Meuse ou du Rhin. Le dessin n'en est pas , il s'en faut, d'une bien grande perfection ; mais, fort ancien de date, c'est un des monuments les plus curieux pour l'iconographie des Vertus.
Dans un prochain article, nous esquisserons cette histoire iconographique des Vertus théologales, en suivant, comme pour les Vertus cardinales, l'ordre que la chronologie, la géographie et l'analyse nous fourniront à la fois.
DIDRON