‹ Annales archéologiques (volume 2)Chapitre 56 sur 135 · TE C MO C · texte numérisé non relu

TE C MO C

J'ai déjà parlé d'un médaillon de saint Eugène, et je crois en avoir vu d'autres encore. Je me souviens qu'étant perché sur une trop courte échelle, ou je me tordais le cou pour tâcher de déchiffrer les inscriptions, mon attention fut fixée par la répétition du nom de saint Eugène. Il me venait à la pensée que ces médaillons auraient pu être rapportés par les Vénitiens, à la suite d'une de leurs expéditions guerrières ou commerciales à Trébizonde, dont ce saint était le patron très- vénéré^. Je cherchais si je ne le verrais pas à cheval, comme sur les monnaies de cette ville ; mais ce fut en vain. Presque toutes les figures des médaillons de cette partie de la Pala sont en buste, quelquesunes en pied ; mais aucune n'est à cheval.

Enfin, dans la bordure ciselée par les Vénitiens, et qui encadre toute la partie supérieure de la Pala, j'ai encore compté dix-neuf médaillons émaillés.

1. La Bibliothèque publique de Turin possède un curieux document qui constate les relations ayant existé entre les deux peuples : c'est une bulle de Jean Alexis Gomnène, empereur de Trébizonde, pour un traité d'alliance et de commerce avec les Vénitiens. Ce document a été publié parPASiNi^ «Codices manuscripti bibliothecs régis Taurinensis», i, 222.

Avant de passer à ia partie inférieure, je veux dire quelques mots sur les procédés employés pour l'exécution des émaux que je viens de signaler. Ils sont, comme je Tai dit, de ceux qu'on est convenu d'appeler « cloisonnés».

Chacun des tableaux à sujet, chacun des personnages isolés formant tableau ou médaillon, a été exécuté à part, sur une plaque d*or ou d'argent doré, et tout Tespace que les sujets ou figures devaient occuper a été fouillé profondément. Dans ces cases ainsi préparées, l'orfèvre a rendu les linéaments du dessin par de petites bandelettes d'or très-minces posées sur champ ; ensuite les émaux de différentes couleurs ont été placés entre ces interstices, puis le tout a été mis au feu, etc. A ces détails, que je puise dans l'excellent ouvrage de M. Labarte, et qui ont été donnés au sujet de la Pala elle-même ^, j'ajouterai que les grandes plaques de la partie supérieure de notre retable sont, il m'a semblé, exécutées non-seulement par le procédé du cloisonnage, mais encore et en même temps par celui du champlevé ou de la taille d'épargne. Ainsi, pour rendre les ailes et une partie du vêtement de l'archange Michel, on a creusé la plaque de façon à laisser d'épaisses cloisons destinées à faire le contour de certains détails qui pussent s'apercevoir mieux et à quelque distance, et chaque entaille a été remplie ensuite par de l'émail. La même observation doit s'appliquer aux inscriptions qui donnent le nom de l'archange 6t qui désignent les sujets des autres plaques, comme aussi aux ornements des sépulcres dans le tableau de l'Anastasis, et à d'autres détails « à effet ». Je recommande cette particularité à ceux que ces questions intéressent, et qui pourraient étudier la Pala plus commodément et plus complètement que je

n'ai pu le faire.

Julien DURAND.

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