‹ Annales archéologiques (volume 2)Chapitre 73 sur 135 · T. wu, p. 337; xviii, p. 1S · texte numérisé non relu

T. wu, p. 337; xviii, p. 1S

5. U a été reproduit dans l'a Album des arts au moyen âge », pi. xxxii.

LA PALA D'ORO, A SAINT*MARC DE VENISE. 2il

nu-pieds et vêtus d'une robe et d'un manteau, lui, au contraire, en costume d'évêque, a les pieds chaussés, et il porte le pallium ou plutôt l'homophore.

Dans la rangée du bas, je note d'abord une charmante figure émaillée, placée immédiatement au-dessous du Christ, au n* 97 : c'est la Mère de Dieu, HP. 6V, seule en pied, de face, les bras étendus, dans cette attitude que les Grecs lui donnent souvent. Ce n'est pas la seule représentation de ce genre qui soit à Saint-Marc : on en voit plusieurs autres en mosaïque et en bas-relief, dans l'intérieur et en dehors de l'église ; j'ai remarqué encore, dans d'autres églises de Venise, des bas-reliefs qui reproduisent le même sujet, toujours empreint d'un grand caractère de noblesse et de simplicité.

Je m'occuperai plus tard des compartiments qui sont près de la sainte Vierge; je passe de suite aux douze figures de prophètes qui sont sur la même rangée :

N* 89. Isaïe.. Son nom est écrit en grec avec abréviations : o UfQtfnmç HGAiAC. Il dit sur un cartel : « Virgo concipiet et pariet filium ».

N" 90. NÂHVM. Il dit : « Sol ortus est et avolaverunt ».

N° 91. HiERBMiÂS. — « Ex Egypte vocavi filium meum ».

N* 92. DANIEL. — « Cum venerit sanctus sanctorum ».

N* 93. o npoçTiTYiç MOHGi. — « Prophetam suscitabit vobis ».

N* 94. lEZECHiHEL (sic) . — « Porta quam vides clausa est » .

N' 100. o np. AAA (pour aabià]. — « + AKOUCON eHFATEP KÊ HAE

KAl KAINON ^ ».

N° 101. HLiAS. — « Vivit Dominus non erit pluvia super terram ». N" 102. ZACHARIAS. — a Ecce Dominus veniet et omnes sancti ejus cum eo » .

N" 103. ABBACVH (sic). — a Si moram fecerit expecta eum » . N" 104. MALACHiAS. — a Ecce dics veniunt dicit Dominus ».

N" 105. O nPO*HTHC COAOMON. — HCO<WAVKOAOMHCIAVTC 2.

Toutes ces figures de prophètes sont fort belles, et, comme elles sont plus à portée, on peut mieux les examiner. L'ornementation en relief ne cache pas tellement les plaques, qu'on ne puisse s'apercevoir que chaque figure est placée dans un encadrement émaillé comme elle. Cet encadrement consiste en une arcade semi-circulaire, ornée de feuilles vertes sur fond blanc, portée par deux colonnettes. L'arcade sous laquelle est placé Salomon diffère un peu des autres, et les colonnes qui portent l'archivolte ont un nœud au milieu.

4. Ixsuoov Ou-^ftTip, xsi t^i, xalxXîvov. — a Audi filia et vide et inclina ». Ps. 44, 41. t, il ao^tft ûxo^o(xrj<riv iflcuTf olxov. — « Sapienlia ffidlûcavit sibi domum ». Prov. ix, 1.

Les prophètes ont la tête entourée d'un nimbe formé par une mince entaille remplie d'émail ; le nimbe de Salomon est entièrement rempli d'émail vert. Cependant, ce prophète est du même style que les autres. Tous ressemblent beaucoup aux peintures des manuscrits grecs, aux peintures en mosaïque. Que l'on quitte un instant la Pala et qu'on lève les yeux vers la coupole qui couvre le chœur, on verra une décoration analogue à la dernière rangée de la Pala : la sainte Vierge, les bras étendus, et treize prophètes, costumés comme ceux de la Pala, entourent cette coupole que domine au sommet une belle figure du Christ. 11 n'y manque que l'inscription o pantocrator, pour se croire dans une église grecque. Les prophètes de la Pala sont nu-pieds, à l'exception de David et de Salomon qui sont en costume impérial ^, mais à qui on a fait des pieds trop petits; à l'exception encore de Daniel, vêtu du costume asiatique, mais dégénéré, et dont le bonnet n'est plus qu'une pointe plantée sur le sommet de sa tête au milieu de ses cheveux frisés. Les prophètes qui font le signe de la parole joignent le pouce à l'annulaire; Isaïe seul joint l'annulaire 6t le petit doigt au pouce.

Revenant aux tableaux qui avoisinent celui de la sainte Vierge, on trouve immédiatement à droite de celui-ci, au n* 96, un doge de Venise, et à gauche, au n'98, une impératrice d'Orient; tous deux sont en pied et tiennent un sceptre. Le doge, comme l'indique l'inscription

OR FAZETRVS DÎ GRA VENDCIE DVX

est Ordelafo Faliero, celui sous le gouvernement duquel la Pala d'Oro a été placée dans l'église. Le costume de ce doge, qui a gouverné de 1102 à 1117, est-il celui des doges de cette époque? Evidemment non : c'est celui d'un empereur ou d'un grand personnage de la cour d'Orient. Les artistes byzantins, lorsqu'ils avaient à exécuter un souverain quelconque, le représentaient d'habitude avec le costume de celui de leur nation. Ainsi les rois normands, qui ont fait exécuter des peintures en mosaïque, en Sicile, y sont représentés avec le costume des empereurs d'Orient. A Venise même, dans les mosaïques de Saint-Marc, au grand portail d'abord, le doge, vêtu comme un empereur byzantin, reçoit le corps du saint apôtre apporté d'Alexandrie; ensuite, dans l'intérieur, le doge (dvx) , en parieil costume, figure dans un autre sujet relatif au transport des reliques du même saint.

4 . Dans les peintures d'un manuscrit de la Bibliothèque impériale de Paris, publiées par Montfaucon (« Bibliolheca Coisliniana ») et mieux encore par M. de Bastard, on retrouve non-seulement les couronnes et les vêtements portés par David et Salomon sur la Pala, mais encore les motifs d*ornements semés sur les manteaux.

Toutefois, il n'est pas facile de se rendre un compte exact de la petite figure de la Pala. Ses vêtements sont assez riches pour être ceux d'un haut personnage, mais ils sont arrangés avec une certaine confusion. La tête est imberbe, nimbée d*un nimbe bleu clair et couronnée. Le nimbe ne peut nous embarrasser, car c'était la coutume en Orient de nimber les princes; mais la couronne est d'une forme qui n'est pas commune. D'ailleurs, cette tête, y compris le nimbe qui l'entoure, forme un morceau à part : elle est mal ajustée dans la plaque qu'elle dépasse, mal ajustée sur le corps du personnage avec lequel elle n'est pas en proportion. Je la prendrais volontiers pour une tête de femme. L'empereur qui régnait à Constantinople, au temps d'Ordelafo Faliero, était Alexis I" Comnène. D'Agincourt en donne la figure tirée d'un manuscrit du Vatican ^; mais ne la comparez pas à celle de la Pala, il n'y entre elles aucune ressemblance.

J'ajoute que la figure émaillée de ce Faliero, dont on peut voir des copies dans les ouvrages déjà cités de Cicognara et de Dusommerard, est la moins soignée de toutes celles de la Pala d'Oro, et qu'elle est simplement entourée sur sa plaque d'une arcature gravée au trait et non émaillée, comme celles de la Vierge et des prophètes.

La figure d'impératrice est moins problématique : son costume se comprend mieux, sa couronne basse à trois pointes se retrouve aux têtes des princesses sur des médailles byzantines antérieures au xii* siècle et même sur des diptyques consulaires. La tête est un peu petite; cependant l'ensemble de la figure, sans être aussi bien peut-être que celles de la même rangée, est mieux exécutée que celle du doge. L'arcature émaillée qui l'encadre est à peu près pareille à celle des prophètes. Cette femme est nimbée d'un nimbe bleu, comme celui de la Vierge; près de sa tête, on lit cette inscription :

EIPI

CTATH

NHET

ATrOT

FENE

CTH

J'ai dit qu'à l'époque où Ordelafo Faliero commandait la république de Venise, Alexis I" Comnène régnait à Constantinople. Cet empereur mourut plus tard que le doge, en 1118, et sa femme, Irène, lui survécut plusieurs années. C'est donc bien probablement l'effigie de cette princesse, je n'oserais dire son portrait, qui se trouve sur la Pala. L'impératrice Irène, femme d'Alexis I«, mère de l'auteur de l'Alexiade, a joué un certain rôle dans l'his-

Page 1