‹ Annales archéologiques (volume 2)Chapitre 93 sur 135 · a Annales Archéo1ogique9 », vol. xx, pages S · texte numérisé non relu

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d'argent, en partie doré, où Ton reconnaît facilement un bras et une main tenant Tanneau d'un encensoir. Ces vestiges indiquent une troisième figure d'ange, de même style et de mêmes dimensions que celles représentées ici. Pourquoi ces trois figures, au moins, n'auraient-elles pas fait partie d'une pièce d'orfèvrerie détruite, dont les fragments auraient été plus ou moins ingénieusement uti 1 isés ?

La petite bordure en argent, d'un si joli dessin, et qui est figurée à la droite de TA, garnit le revers des anges et n'a aucun rapport avec eux.

Le revers de l'A ne présente pas absolument la même ornementation que sa face principale. Les deux montants sont, il est vrai, recouverts de filigranes, mais d'un dessin beaucoup moins couvert et moins riche. La base porte des fragments de provenances diverses. Quant au cercle du sommet, il est de la plus grande richesse. Il se compose de deux parties: une plaque en vermeil repoussé mesurant 0T123 de diamètre, et une pièce d'applique formée d'éléments divers. La gamituî*e inférieure en vermeil est légèrement repoussée; elle présente comme ornement un tore qui circonscrit une série de quatorze oves barbares, disposés circulairemènt. la pièce d'applique se compose d'une intaille antique sur cornaline, ènchâsséô au centref de deux anneaux concentriques en filigràneg, bordés et séparés par un jonc strié. Autour rayonnent treize médaillons circulaires, et un médaillon tréflé, en tout quatorze, dont la sertissure est garnie extérieurement d'une baguette striée. Enfin, une petite boule, couverte de filigranes tordus, est fixée à chaque médaillon dans le prolongement du rayon qui joindrait son centre à celui de tout le système.

L'intaille antique, d'un bon travail, réprésente une Victoire, ailée, debout, un pied posé sur un bouclier, écrivant sur un second bouclier qu'elle tient appuyé à son genou. Devant elle est un arbre auquel une cuirasse est appendue.

Les filigranes des deux anneaux sont plats et striés sur la tranche, fixés à leur extrémité par un petit clou à pointe sphérique, et liés ensemble, en certaines parties, par une petite bande d'argent posée à plat. Le fond est maté à l'outil.

Les médaillons circulaires sont garnis alternativement d'un émail- cloisonné et d'une rosace formée de huit boucles en filigrane tordu, rayonnantes d'une perle centrale. Le médaillon du sommet, en forme de trèfle, est garni d'un émail cloisonné, de sorte qu'il y a sept émaux et sept rosaces. Le champ du trèfle est occupé par une croix en émail blanc, posée sur deux volutes de même; ie tout séparé, par un fil d'or, du fond qui est vert translucide. Cinq autres médaillons présentent des croix à redens en vert translu-

cide, se détachant sur des fonds blanc, jaune d*ambre, bleu lapis ou azuré et gris perle, opaque ou translucide. Le sixième est décoré d'une rosette centrale à six lobes, cantonnée de trois trèfles et de trois cercles alternés, se détachant en jaune sur un fond vert, lobé lui-même par six contre-lobes bleus.

Les petites boules sont séparées en deux zones par deux filets filigranes, et recouvertes sur chaque hémisphère de huit boucles de filigrane tordu qui partent des pôles pour descendre à l'équateur, si Ton nous permet d'emprunter à la géographie une image familière à tous. Une perle d'or est fixée à Tun des pôles; l'autre pôle est soudé au médaillon.

Le revers de la base est garni de plaques d'argent prises au hasard. L'une, longue de 0" 078, haute de 0" 050, figurée au-dessous de la face de l'A, est couverte d'un ornement en repoussé qui est bien ordinaire dans l'ornementation des manuscrits carolingiens. Ce sont ces enlacements habiles de lignes, tantôt droites, tantôt courbes, qui nous semblent indiquer une persistance de Tart mérovingien sous les importations de l'art antique. La plupart des beaux manuscrits de l'époque de Charlemagne offrent des majuscules dont les épanouissements rappellent l'ornement que nous publions. Peut-être fautil voir en celui-ci un des plus anciens spécimens de l'orfèvrerie purement nationale.

Un autre fragment du revers a été taillé dans une inscription qui garnissait jadis le haut d'un crucifix. C'est la légende ordinaire : ms nazar[envs] REX [iv]deo(rvm), étagée en cinq lignes. Les E et les S y sont carrés et les A sans traverse, ce qui nous semble être un signe d'origine carolingienne. Les lettres ont O^OIS de hauteur, d'où l'on doit inférer que la figure du Christ avait une certaine élévation, 0"40 environ, si nous adoptons les proportions indiquées par le crucifix et l'inscription du reliquaire de Pascal U. Est-ce là un fragment du plus petit de ces deux grands crucifix donnés en 817 aux abbayes de Conques et de Figeac? Au lieu de l'une de ces images du Christ, plus grandes que nature, faut-il nous contenter d'un ensemble qui ne mesurait pas plus de soixante centimètres? Alors l'A n'aurait pu en faire partie.

Un ornement quadrillé, en forme de trémies juxtaposées, est appliqué au-dessus de l'inscription , sur le champ libre du fragment. Un ornement pareil , — celui qui est représenté à la partie gauche de notre planche d'ensemble, — garnit .la tranche de l'A & l'intérieur et extérieurement autour du cercle qui le termine à son sommet. Cet ornement, protégé par sa position, doit appartenir à la fabrication primitive. Le fragment d'in-

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scription et le reliquaire sont-ils, pour cela, de même époque et d'un même ouvrier? Mais ce même ornement se retrouve sur le reliquaire de Bégon ^, dans le champ des bustes qui le décorent. Alors, faut-il faire les trois monuments contemporains, et reporter à la fin du xi* siècle ce que nous présumions être du IX*?

La. question se complique, si Ton examine la tranche extérieure de TA. On y voit cloués les deux fragments mutilés de Tinscription représentée en demi-grandeur au-dessous du revers de la tête de TA.

Cette inscription, obtenue au repoussé, est celle-ci :

ABBAS FORyAVIT BEGO RBLIQVIAS QVE LO[cAVIT] . . . SSVM DOMIM QVE GRVX G. . .

Ces lettres, barbares et liées entre elles, sont absolument semblables, quant à la forme, à celles du « Reliquaire de Bégon », bien qu'elles en diffèrent par les dimensions. Si elles ont toujours occupé la place où nous les voyons aujourd'hui, il faudrait alors faire honneur de ce reliquaire au grand abbé qui fut le réédificateur de l'abbaye de Conques. Mais comment concilier la barbarie de l'inscription qui porte son nom avec le grand goût et la délicatesse de tous les ornements qui datent de la fabrication primitive du monument que nous étudions?

Parmi ces ornements, il en est sur lesquels nous devons insister : ce sont ceux qui accompagnent l'intaille antique. Les émaux translucides des médaillons ne peuvent fournir aucune date positive, car ils doivent avoir été fabriqués en Orient à toutes les époques et envoyés dans tous les ateliers d'orfèvrerie pour y être montés au gré de chacun, du viii' au xiv* siècle. Mais les médaillons ornés de rosaces en filigranes ont une grande ressemblance avec les mêmes ornements qui garnissent le revers de la croix suspendue au centre de la plus belle des couronnes trouvées à Guarrazar^. Cette croix est de la seconde moitié du vu" siècle, et rien n'empêche que nos médaillons ne soient des premières années du ix*.

Ce n'est donc point sans une grande hésitation que nous nous prononcerons sur l'âge de l'A de Charlemagne. Il ne nous est point encore prouvé que le filigrane combiné avec les pierres ait été employé, comme nous le voyons ici, dès le temps de Charlemagne et de ses successeurs. Les couronnes de Guarrazar, bien antérieures, il est vrai, ne montrent point trace de ce

2. Musée de rhôtel de Cluny. — Voir une gravure du revers de cette croix dans la n Description du trésor de Guarrazar » par M. Ferdinand de Lasteyrie, page 9.

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