‹ Annales archéologiques (volume 2)Chapitre 92 sur 135 · Vol. XVIII, page · texte numérisé non relu

Vol. XVIII, page

2. Dans Ticonographie byzantine, les anges sont en général nu-pieds lorsqu'ils sont en mission, et chaussés lorsqu'ils sont près de Dieu, en repos. Leur chaussure varie : elle consiste quelquefois en bottines, et c'est peut-être là l'origine des bottines que portaient les diacres de la cathédrale de Messine, comme le raconte l'abbé Sestini dans ses lettres traduites par Pingeron^ Paris, 4789; cf. tome i, page 318

N"" i/t7. Les Vénitiens enlèvent le corps de saint Marc : TOLLiTva beatys

HARCVS ALEXANDRIA.

N* l/i.8. Le corps de saint Marc est transporté à Venise : uic befeettr

CORPVS SANGTI MARGI.

N* 149. Les Vénitiens reçoivent dans leur ville le corps du saint apôtre :

HIC SVSGIPITVR ETIAM BEATVS MARCVS.

Ces tableaux sont pareils pour la grandeur, le style et la finesse d'exécution, à ceux de la rangée supérieure, n"* i09 et suivants, représentant des sujets de TÉvangile; ils doivent sortir du même atelier.

La partie inférieure de la Pala d'Oro est, comme la partie supérieure, entourée d'une riche bordure ciselée, faisant partie de Pomementation vénitienne ajoutée au xiv* siècle. Elle se compose de feuillages, de rinceaux et de quelques médaillons. Dans cette bordure on a incrusté vingt médaillons circulaires émaillés dont je vais parler avec plus de détails. Différents de grandeur et de travail, ces médaillons n'ont pas été faits pour la place qu'ils occupent; on les gardait comme des objets précieux provenant sans doute pour la plupart de la conquête ; on les a utilisés en les fixant sur la Pala , comme des bijoux et ornements précieux, pour augmenter la richesse et la valeur de ce monument. Quinze de ces médaillons représentent le Christ, des saints en buste et des symboles religieux.

Au n"" 163, le Christ en buste bénit de la main droite, qu'il étend à côté de lui, et tient de la gauche un livre sur lequel j'ai lu : rb g (rex gloriae).

Aux n""' 16i, 162, 16/i, 165, les symboles des quatre évangélistes accompagnent le roi de la gloire. Chacun tient un livre ouvert, sur lequel est écrit le commencement de son évangile. L'homme de saint Matthieu: «Liber gen »; le lion de saint Marc : « Ecce mitto »; le bœuf de saint Luc : « Fuit in die »; l'aigle de saint Jean : « In principio ». J'ai été frappé, en considérant de près ces cinq médaillons, de la différence qui existe entre leur exécution et celle de leurs voisins : ils sont loin d'avoir la finesse de ceux-ci, et ils ne m'ont pas fait l'effet d'être des émaux byzantins.

Au n** 156, la mère de Dieu, MP ev, est figurée de côté.

Au n"" 159, le grand Constantin OA T

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NCT O AN C

est de face. Nimbé et couronné, il tient une croix ; sa couronne est un simple bandeau avec pendeloques.

Au n* 167. L*archange Michel avec son nom en grec.

Sur les médaillons n'' 150, 151, 152, 160, 166, 168, mes notes font à peu près défaut; je crois cependant me rappeler qu'ils représentent tous des figures de saints.

Le médaillon n"" 155 offre un sujet symbolique ainsi composé : un arbre, aux branches déployées, se termine dans le haut en forme de croix ; deux paons sont perchés dans les branches de l'arbre ; deux serpents, dont la queue entortille le pied de l'arbre, suivent le contour circulaire du médaillon et placent leur tête au pied de la croix. Ce médaillon, ainsi que les cinq qui restent à signaler, se font remarquer par la délicatesse de leur exécution et l'élégance du dessin.

Les cinq derniers sont, au n* 153 : un empereur à la chasse, nimbé, couronné, Toiseau au poing; monté sur un cheval brun lancé au galop, il serre de près un lièvre poursuivi par un chien.

Même sujet sur le n"" 15/i, avec cette différence que le cheval de l'empereur est blanc.

Au n"" 158, c'est encore un empereur à la chasse.

Au n"" 157. Deux griffons grimpant et se tournant le dos ; entre eux, au centre, est une tête couronnée ; le champ du médaillon est semé de fleurs et d'autres ornements.

Enfin, au n"* 169, ce sont des ornements arrangés en forme de bouquet.

Les quatre-vingt-seize plaques ou médaillons émaillés que je viens de décrire sont, je le répète, sauf cinq (peut-être), des ouvrages grecs. L'iconographie, le style, l'exécution, tout le prouve. Lorsque j'aiexaminé ces différents morceaux les uns après les autres, je n'ai conservé de doute que pour les cinq médaillons représentant le Christ entre les quatre symboles évangéliques. Ces derniers émaux sont-ils grecs, italiens, français ou allemands? sont-ils cloisonnés ou champlevés? Je ne saurais le dire : le temps m'a manqué pour les étudier. Les inscriptions latines, qui sont nombreuses sur la Pala, ont embarrassé quelques archéologues; ils se sont demandé si elles n'auraient pas été exécutées à Venise. Je n'affirmerais pas que quelques-unes, surtout celles qui sont simplement gravées, n'ont pas été faites à Venise ; mais, quant à celles qui accompagnent les sujets et qui sont faites en caractères cloisonnés, il est évident qu'elles font partie intégrante du travail de rémailleur.

Les circonstances qui ont accompagné des travaux de ce genre, à une époque aussi reculée, resteront probablement toujours inconnues, et l'on pourra faire pour les expliquer toutes sortes de conjectures. Ainsi, lorsque

quelques lignes d*une ancienne chronique m'apprennent que Didier, abbé du Mont-Gassin, fit la commande, à Gonstantinople, d*un parement d'autel en or pour son église, avec des scènes de TÉvangile et des miracles de saint Benoit, patron de l'abbaye, je peux bien supposer avec raison, ce me semble, que cette commande était accompagnée d'instructions parmi lesquelles devaient se trouver des indications sur les sujets de la vie de saint Benoit et des inscrip* tions explicatives de ces sujets. Je pourrais en dire autant à l'égard de plusieurs portes en bronze qui existent en Italie et même à. Venise ; mais, pour appuyer mes opinions, je devrais entrer dans de trop longs développements sans sortir du champ des conjectures. Je reviens donc au positif.

L'armoire renfermant la Pala d'oro est ornée, sur sa partie postérieure, de peintures à fonds d'or, divisées en plusieurs compartiments ou tableaux dont voici l'explication sommaire : Saint Georges; saint Marc; Jésus-Ghrist en croix entre la sainte Vierge et saint Jean Tévangéliste; saint Pierre; saint Nicolas ; saint Marc envoyé à Alexandrie par saint Pierre ; saint Marc guérissant le cordonnier Aniane; saint Marc visité par Jésus-Christ dans sa prison ; saint Marc apaisant la tempête qui avait assailli le vaisseau portant son corps à Venise; saint Marc apparaissant dans son église à l'endroit où reposait son corps et dont on avait perdu la trace; translation des reliques du saint de ce même endroit à l'autel majeur. Ces peintures furent exécutées sous le doge André Dandolo, ainsi que le constate cette inscription : o Magister Paulus cum Lucâ et filiis suis pinxerunt hoc opus anno iSlxli^- »

Avant les réparations qui furent faites à la Pala, il y a un peu plus de vingt ans, la partie peinte de l'armoire se trouvait par devant; c'est encore à cette époque qu'on fixa à demeure la partie supérieure de la Pala, qui était repliée sur la partie inférieure et ne se relevait qu'au moyen d'un mécanisme 2.

4. Leonardo Manin, « Momorie storico-critiche intorno la vita, translazione e invenzioni di S. Marco». In Ycnezia, 4835.

9. M. J. Durand me permet de compléter les inscriptions relatives à la Pala; je les ai relevées à Venise en 4854. Lies peintures en style grec, à fonds d'or, placées derrière la Pala, sont signées ainsi :

MCA • PAVLVS • CV • LVCA ■ ET • lOHE • FIUIS • SVIS • PINXERVNT • HOC • OPVS •

Elles sont datées de 1345, t% du mois d*avril :

M • CCG • XLV • MS • APLIS • DIE • XXU •

La restauration de la Pala est consignée par cette inscription peinte en lettres d'or : Tabvlam • intvs • servatam • opère • gemmis • avro • longe • pretiosam - arae • q • roarci • evangelistae • olim • impositam • temporis • inivria • vindicatam • svmma • q •

D'autres Pala byzantines existaient autrefois à Venise et aux environs. Ainsi, au maître-autel de l'église San-Polo, la Pala était un triptyque en argent qui provenait, disait-on, de l'église Sainte-Sophie de Constantinople. La Pala du maître-autel de l'église « Santa-Marîa-Mater-Domîni » était, dit-on encore, un ouvrage byzantin en argent doré et ciselé, représentant, en vingt et un compartiments, des sujets de la vie du Christ et les douze apôtres. Ces deux monuments ont disparu lors de l'invasion française en 1797, La Pala du grand autel de l'église de Torcello était composée de quarantedeux plaques ou tableaux de petite dimension en argent doré et ciselé en relief, représentant Jésus-Christ (ic xc) disant sur un cartel : « Ego sum lux mundi »; la Mère de Dieu (mp ev), douze apôtres, des anges, des prophètes tenant des passages de leurs prophéties écrits en latin ; des saints et des saintes spécialement vénérés à Venise; toutes ces figures accompagnées de leur nom en latin. Vingt-neuf plaques furent volées en 1805. Les treize autres sont encore dans l'église ; mais, placées au-dessus de la porte du chœur, on les voit fort mal et j'ai vainement cherché, pour mon compte, dans cette pauvre église, le moyen d'en approcher. J'avais cru y distinguer de loin quelques ornements émaillés ; mais tous ceux qui en parlent et qui s'accordent à les considérer comme une œuvre d'orfèvrerie byzantine, ne font nulle mention d'émaux.

Julien DURAND.

diligentia • vetvsto • splendori • restilvtam • additis • pictvris • qvibvs • tabvla • ipsa • clavdebalvr • cvratores • basilicae • marcianae • hoc • in • loco • spectantibvs • commodiore • erigendam • decrevervnt • a • mdcccxlvii •

MM. les marguilliers de Saint-Marc sont bien bons de dire dans lear inscription qu'ils ont ainsi placé la Pala d'Oro pour la commodité des spectateurs. C'est si commode que, pendant deux semaines de séjour à Venise, il m*a été absolument impossible de voir ce monument, et, à plus forte raison, de Tétudier. 11 a fallu que M. Durand fût protégé par quelque chanoine pour pouvoir faire cette étude, et encore notre collaborateur dit-il plusieurs fois combien il lui fut incommode et même difficile d'arriver à ce résultat. [Note de M. Didron.)

L'A DÉ CHARLEMAGNÈ

Parmi les reliquaires les plus singuliers qu'il nous ait été donné de voir, nous devons compter, celui qui passe, à Conques, pour avoir ité offert à Tancienne abbaye par ^empereur Charlemagne lui-même^ Suivant la chronique de Conques, appelée' le « Liber mirabilis », Charlemagne aurait fondé un certain nombre d'âhbaryès, vingt-deux apparemment, auxquelles il aurait envoyé un reliquaire affectant la forme de Tune des lettres de l!alphabët alors usité. La lettre A serait échue naturellement, suivant le chroniqueur, à Tabbaye du Rouergue que Pépin avait restaurée et enrichie ^. Une autre lettre de l'ai-

phabet existerait encore, dit-on, dans le trésor d'une église allemande. Mais

on n'a su, ni nous dire le nom de l'église, ni nous* désigner la lettré de Talphabet, de sorte que, jusqu'à preuve contraire, nous doutons fort de ces faits. Ils nous semblent indiquer ui^ système administratif qui n'était giière:^ ces époques reculées. Nous ne nions point pour cela Torigine royate ou iwipériale de l'abbaye de Conques restaurée; car l'Astronome, qui vivait sous Lôttis le Débonnaire, compte celle-ci parmi les vingt-six monastères restaurés ou fondés parxîe roi dont il a écrit l'histoire. Aussi, en 817, Conques était.compté, dans le recensement des monastères d'Aquitaine, parmi ceux qui remplaçaient le service militaire par des oraisons en faveur de l'empereur. Ce serait donc au triste Louis le Pieux plutôt qu'à son terrible père qu'il faudrait attribuer l'envoi de TA encore conservé dans le trésor de l'église de Conques.

1. Voir les a Annales Archéologiques », vol. xvi, pages 77 et t77; vol. xx, page 215.

2. « Cui monadterio Conchas, prima inter monasteria per ipsum fundata, tribuit literamalphabeti A, de auro et argento ibi relinquens et suis magnis privilegiis ditans ». — « Liber mirabilis ». Bibliothèque impériale, fonds des manuscrits, recueil de Doat, n"* 14S et 444. Copie faite en 4667 sur le manuscrit original qui existait alors à Rodez.

Mais nous pourrions trouver ailleurs , quoiqu'à la même époque, l'origine de ce monument d'orfèvrerie.

En 816, l'abbé Aigmarus, qui gouverna Conques pendant trente-deux ans, à partir de la troisième année du règne de Louis le Pieux, fit de nombreux dons d'orfèvrerie aux deux monastères de Conques et de Figeac, placés sous la même administration. Entre autres, il donna deux grandes images du Christ en croix, en argent orné d'or et de pierres précieuses *.

Ne se figure-t-on pas immédiatement deux de ces grands Christs vêtus et cloués sur la croix, exécutés en orfèvrerie, comme les églises de Toulouse, d'Amiens et de Lyon en conservent encore? Or, au ix* siècle, l'Alpha et l'Oméga accompagnent presque toujours la croix, suspendus à ses bras. Qu'y a-*t-il d'impossible à ce que le reliquaire aujourd'hui existant soit l'Alpha du crucifix exécuté par les ordres d' Aigmarus? Remarquons, en effet, que sa traverse inférieure, sa base, pour mieux dire, n'est point de même travail que le corps de la lettre, non plus que les deux anges qu'elle porte. Les plaques d'argent qui la recouvrent ont été arrachées à d'autres reliquaires et indiquent un arrangement subséquent. Ainsi, dans l'origine, la lettre pouvait être ouverte et suspendue par son sommet, au lieu de reposer sur une base. Notons de plus que les manuscrits carolingiens nous donnent souvent des A majuscules dont la traverse se réduit aux deux appendices intérieurs que l'on remarque au reliquaire de Conques; preuve, ce nous semble, de la haute antiquité que nous assignons à celui-ci.

Avant d'examiner si le caractère du monument justifie les affirmations de la (( Chronique » ou nos hypothèses, décrivons ce dernier. Nous en donnons, sur une planche, une vue générale réduite à un peu moins d'un tiers, et un fragment, de la grandeur de l'original, sur une autre planche. Ce fragment est le revers du cercle qui en forme la tête.

L'A de Charlemagne a G*" /i25 de hauteur totale et G"' liOO de largeur à sa base. Il est en bois de chêne, recouvert de plaques d'orfèvrerie en argent doré.

Un anneau circulaire , dans lequel est enchâssée une grosse 'lentille en cristal de roche, forme son sommet. Un étrier à trois branches et partant d'une étoile centrale, le tout en cuivre doré, a été ajouté après coup pour maintenir et protéger le cristal de roche. Cette pièce est enchâssée dans une première sertissure formée d'une foule de petits anneaux à jour juxtaposés.

4. « Inter alia ornamenta, magnas duas crucifixi vultus imagines fecit opère argentario, auro, lapidibus que pretiosis adornatas : quarum majorem Figiaci, ad designandam loci prserogativam. minorem Gonchis posuit ». — Mabillon, a Âcta sanctorum ordinis sancti Benedicti », t. ii.

Autour» règne un large ornement annulaire formé d*un rang de pierres cabochons, enlevées pour la plupart, alternant avec des filigranes d*une rare élégance de dessin. Un jonc tordu borde le tout extérieurement.

Les deux montants de la lettre sont couverts de pierres cabochons de deux grosseurs et de deux formes. Les plus grosses, qui sont ovoïdes, occupent la ligne médiane de la haste : les plus petites, hémisphériques pour la plupart, sont alignées sur chaque bord dans les intervalles laissés libres par celles du centre. De cette façon, deux pierres alternent avec une pierre unique, disposition dont on retrouve l'indication constante dans les miniatures de toutes les époques, du ix* au xiii* siècle. Le champ laissé libre est garni de rinceaux en filigrane qui forment encadrement aux sertissures; filigranes striés et aplatis avec fond maté à l'outil. Les pierres employées sont l'améthyste, le grenat rose pâle, l'agate laiteuse, herborisée ou veinée, le cristal de roche, l'émeraude et la cornaline.

La base, ajoutée croyons-nous après coup, est recouverte, comme on le voit, de lames d'argent doré et repoussé, qui n'ont point été fabriquées pour la place qu'elles occupent aujourd'hui; car elles sont trop larges et trop longues. L'ouvrier, quelque peu barbare, qui les a clouées là, les avait arrachées sans doute d'un reliquaire où elles devaient former bordure. D'après leur style, d'après la vigueur des stipules qui sortent des rinceaux, d* après la forme des fleurs qui s'épanouissent dans chaque volute, nous supposons que ces fragments sont de la première partie du xii* siècle.

Deux anges, en argent repoussé, doré par parties, ont été fixés sur des morceaux de chêne qui se dressent au-dessus de la base. Ces anges ailés , nimbés et pieds nus, vêtus d'une robe et d'un manteau, portent des encensoirs fermés. De plus, celui de gauche tient de sa main gauche une botte sans couvercle, destinée à contenir l'encens, boîte analogue à celle que nous avons déjà vue sur le bénitier de Milan. Nous appelons l'attention des lecteurs sur la forme des encensoirs et principalement sur les chaînes demi-longues, sur le pavillon qui les relie et le crochet qui sert à prendre et porter tout l'appareil. Les cheveux, le cercle du nimbe, les manteaux et l'encensoir sont seuls dorés, le reste est en argent. Comme cette dorure est d'un tout autre ton que celle de l'A, nous supposons que ces anges sont une addition, comme la traverse où ils posent, et qu'ils peuvent provenir d'un autre reliquaire. Rappelons-nous, en effet, que le reliquaire de Pascal II, déjà décrit^, nous a montré, parmi ses restaurations, une inscription repoussée sur un fragment

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