PUPITRE d'bVANGILES. — XIII» SIÈCLE
DANS tILLABD DE BORHBCOUBT.
A côté de ce dessin, on lit :
« Ki velt faire • i • letris por sus lire evangille • ves ent ci le mellor manière que io face • Premiers a par tierre • iij • sarpens • et puis une ais a • iij • compas de seure • et par deseure • iij • sarpens dautre manière • et colonbes de le hauture des sarpens • et par deseure • i • triangle • Apres vous veez bien de confaite manière li letris est • Ves ent ci le portrait • En mi liu des • iij . colonbes • doit avoir une verge qui porte le pumiel sor coi li aile siet. »
En voici la traduction littérale :
« Qui veut faire un lutrin pour lire l'évangile dessus, en voit ici la meilleure manière que je le fasse. D'abord, par terre, il y a trois serpents ; puis, audessus, un plancher à trois compartiments. Par-dessus et en sens différent, trois serpents et des colonnes de la hauteur des serpents. Par-dessus, un triangle.
4. « Album de Villard de Honnecourt, architecte du xiii* siècle », annoté par Lassus et publié par Alfred Darcel. Sur la planche xu est gravé l'ensemble du pupitre qui est décrit p. 84--82 ; sur la planche xliii est gravé le détail de l'aigle armé de sa machine qui est décrite p. 473-174.
Ensuite vous voyez bien de quelle parfaite manière le lutrin est exécuté. En voici le portrait. Au milieu des trois colonnes, il doit y avoir une tige qui porte le pommeau sur lequel l'aigle est placé. »
Cette tige était un axe vertical autour duquel l'aigle tournait à volonté. Mais outre ce mouvement général, le cou de cet aigle s'abaissait, s'élevait, se tournait par un système de poids, de poulies et de cordes placés à l'intérieur. A la planche 43, on voit l'aigle, équipé ainsi, avec cette légende : « Par chu fait om dorner la teste del aquile vers le diachene kant list la vengile. » C'est-à-dire : « Par ce moyen on fait tourner la tête de l'aigle vers le diacre quand il lit l'Évangile. »
Textes et dessins vraiment précieux, puisqu'ils expliquent, au xiir siècle, celui de Lobbes qui est du ix*. A Lobbes, la tête de l'aigle servait d'encensoir; dans Villard de Honnecourt, trois figurines de bronze sont debout, sur des rinceaux qui partent de la tige; ces petites figures tiennent des encensoirs qui pouvaient être creux et oii l'on pouvait, par conséquent, mettre des charbons pour y brûler l'encens. L'aigle de saint Jean, le plus sublime des attributs des évangélistes, domine tout le lutrin; mais, sur le plateau triangulaire d'où l'aigle s'élance , sont assis les trois autres évangélistes qui écrivent le texte que" le diacre semble chanter sous leur dictée. A la partie inférieure, les deux plateaux, l'inférieur à lobes, le supérieur triangulaire, portés sur des dragons que Villard appelle des serpents, forment deux marches, deux degrés, et rappellent que le lutrin, où l'on chante les graduels (« ad gradus »), doit en effet s'élever sur une, deux ou trois marches.
Il y aurait bien peu de modifications à introduire dans ce lutrin de Villard pour en faire un très-beau et très-complet lutrin moderne en bronze. Lassus l'avait si bien compris ainsi que, dans son projet pour Notre-Dame-de-4a- Treille, à Lille, c'est le lutrin de Villard qu'il mettait au milieu du chœur. Ce que les intrigues d'une part, et.la mort de l'autre, l'ont empêché de réaliser, puisqu'on lui a enlevé le prix qu'il méritait si bien, nous espérons avoir le temps et l'argent pour l'exécuter un jour; car c'est ainsi que nous coulerons en bronze le premier lutrin en style du xiii* siècle qui pourra nous être commandé.
En décrivant ce lutrin de Villard, M. Alfred Darcel en signale un autre, assez analogue, qui existe encore à Messine :
« Dans la cathédrale de Messine il existe un lutrin en bronze, un peu différent de celui-ci, qui.se divise en cinq branches. Les quatre branches latérales portent chacune un pupitre formé par un des animaux évangéliques, les ailes déployées, qui est réservé à l'évangéliste dont il représente le sym-
BRONZES ET ORFÈVRERIE DU MOYEN AGE. Ui
bole. La branche centrale est surmontée d'un pélican qui domine l'ensemble^. »
A Lobbes, il n'est question que de l'aigle ; dans nos lutrins en dinanderie des XV* et xvi* siècles, on ne voit également que l'aigle sur les ailes duquel on pose les livres liturgiques; mais, dans Villard, l'aigle est accompagné des trois autres évangélistes, et, dans le lutrin de Messine, aux quatre évangélistes est ajouté Jésus-Christ sous la forme du pélican. C'est à ce motif ainsi complet qu'il faut donner la préférence, car, soit au pupitre des évangiles, soit au lutrin du chœur, ce n'est pas seulement l'Évangile de l'aigle ou de Saint Jean qui se lit, mais c'est encore toute la doctrine parlée ou écrite par le Sauveur, par les autres évangélistes, par les auteurs des Épîtres, par les pères et docteurs de l'Église, auteurs des homélies et des leçons. Un pupitre complet devrait dire tout cela, mais au moins doit-il faire place aux quatre évangélistes et non pas à un seul. Un des beaux motifs de pupitre de cette dernière espèce est celui de San-Giovanni-for-Civita, à Pistoia, dont voici une petite réduction :