‹ Annales archéologiques (volume 3)Chapitre 166 sur 240 · PENTUBES EN FER FORGE. — XIll' SIECLE · texte numérisé non relu

PENTUBES EN FER FORGE. — XIll' SIECLE

AU TRÉSOR DE LA CATUiORALB DE SENS.

La porte de la sacristie de la même cathédrale est un peu plus riche : la tige est cannelée et les rinceaux s'épanouissent en grappes de raisin frappées à l'étampe*. Mais les plus riches de ces pentures sont incomparablement celles qui ornent et fortifient les vantaux des portes de gauche et de droite au portail occidental de la cathédrale de Paris. Le fer y est assoupli et modelé comme une pâte, comme une cire molle; il s'iarrondit en rinceaux, il s'étale en feuilles et en fleurs étampées, comme s'enroulent des filigranes sur un vase d'or ou comme des broderies courent sur une étoffe. C'est une œuvre si merveilleuse, que le peuple a fait intervenir le diable Biscofnette (deux fois cornu) dans la fabrication de ces rinceaux. Au commencement de ce siècle, les plus grands savants de l'Académie des sciences, les plus habiles métallurgistes du premier empire, ont fait des mémoires pour prouver que ces tiges et rinceaux de fer n'avaient pas été battus, mais coulés dans un moule. Ils n'en revenaient pas de surprise, ces académiciens illustres, et cependant ils se trompaient. Ce métal n'est pas de la morne fonte, comme celle dont on nous

1. Voir dans les ff Annales Archéologiques », vol. xi, pages 133-136, le dessin et la description de ces deut portes par M. Emile Aiiâ, architecte diocésain et des monuments historiques.

empoisonne aujourd'hui , mais bien du fer vivant et battu sous le marteau. Depuis quelques années, grâce aux études archéologiques, grâce à la renaissance du moyen âge, il existe déjà dans Paris trois ou quatre serruriers qui en forgent et en battent, et qui ne suffisent pas aux commandes. Nous en avons nous-même fait exécuter par un serrurier, qui n'est pourtant pas un grand clerc et qui a réussi à souhait. Dieu donne des secours aux hommes de bonne volonté.

Page 1