‹ Annales archéologiques (volume 3)Chapitre 165 sur 240 · Ovide, « Métamorphoses », livre ii · texte numérisé non relu

Ovide, « Métamorphoses », livre ii

Argent! bifores radiabant lumine valvœ.

Materiam superabat opus : nam Mulciber illic ^quora caelarat médias cingcntia terras, Terrarumque orbem, cœlumque quod imminet orbi, etc.

Cette description , dont je ne donne ici que les premiers vers, est certainement des plus curieuses, môme pour un archéologue du moyen âge; les rapprochements abondent entre ces portes et les portails de nos cathédrales du xiir siècle.

2. Suger, dans « De Administratione sua », consacre un chapitre fort curieux, sous le titre « De Portis fusilibus et deauratis », à ces portes en bronze doré dont il décora, en 4440, les trois baies du portail occidental de l'église abbatiale de Saint-Denis :

« Après avoir appelé des fondeurs et choisi des sculpteurs (ciseleurs), nous avons, avec de grandes dépenses et un grand luxe de dorure, comme il convenait à ce noble portail, élevé des portes principales qui contenaient la Passion, la Résurrection et l'Ascension du Sauveur. Au côté

d'ailleurs, dès le xii* siècle, par des raisons d'économie et d'iconographie, nous avons adopté un autre système.

En France, le cuivre et Tétain sont rares en effet, d'un prix élevé par conséquent, et le bronze n'y fut employé qu'avec épargne. En Italie, on n'a jamais bien su, au moyen âge, appliquer la statuaire à l'architecture. En cela, il faut le dire, les Italiens furent aussi maladroits que les Grecs et les Romains de l'antiquité. En France, au contraire, dès le commencement du XII* siècle, et surtout pendant la durée du xiii* et du xiv% un goût souverain présida au développement de la sculpture historiée sur les portails principaux et latéraux des cathédrales ou abbatiales d'Angoulême, de Poitiers, de Saint-Denis, de Vézelay, d'Autun, de Sens, d'Auxerre, de Chartres, de Paris, de Laon, de Reims, d'Amiens et de cent autres. L'Italie n'offre que des façades plates et dénuées de statuaire ; mais comme l'iconographie est un besoin pour l'œil et l'esprit, on reporta sur les portes ce que nous autres Français avons toujours placé sur les portails. Les parois, les voussures, le trumeau, le linteau, le tympan et quelquefois même, comme à Reims, le pignon de nos portails étant peuplés de personnages , il devenait inutile d'en appliquer encore sur les battants des portes. De là ces battants tout unis, gros madriers, de chêne ordinairement, qui ferment les larges baies de nos portails. Ce n'est plus une œuvre de mouleur en bronze, mais un simple travail de charpentier. Toutefois, sur cette grosse menuiserie, le serrurier du moyen âge, qui est un véritable artiste, étala ses arabesques de fer forgé, comme l'orfèvre étend ses plus fines ciselures sur le nu de ses plus belles œuvres.

droit, nous avons placé des portes neuves ; au côté gauche, des portes anciennes sous une mosaïque que nous avons, contre l'usage, fait exécuter à neuf et incruster dans l'arc (le tympan) de la porte.» — Sur ces battants de bronze, il fit graver les beaux vers suivants, que nous laissons à nos lecteurs le soin de traduire :

Portarum quisquis attollere quaeris honorem, Aurum nec sumptus, operis mirare laborem.

Nobile claret opus, sed opus quod nobile claret Clarificet mentes ut eant, pcr lumina vera, Àd lumen verum, ubi Gbristus janua vera.

Quale sit intus in his déterminât aurea porta. Mens hebes ad verum per materialia surgit, Et demersa prius bac visa luce resurgit.

Noble poésie et qui, dans les deux derniers vers surtout, montre comment du réel on s'élève à ridéal, et par les sens à l'esprit, par l'iconographie au dogme. Il semble aussi que le a Hal&riam superabat opus » des portes du Soleil, dans Ovide, résonne en écho dans ce vers de Suger :

Àurum nec sumptus, operis mirare laborem.

La penture où s'emboîte le gond des portes, au lieu d'être une bande simple et plate, s'allongea en forme de branche et s'enroula en rinceau. L'exemple suivant, n° 146, est Tun des plus simples; il appartient à la porte du trésor de la cathédrale de Sens, et date du courant du xni" siècle. Évidemment, ici, on a songé à la solidité beaucoup plus qu'à la beauté. Il s'agissait de protéger contre les voleurs les richesses du trésor, et l'on a doublé les épais madriers de la porte par des pentures résistantes, peu ouvragées, mais collées et rivées au bois par des clous nombreux. •

Page 1