H. — RELIQUAIRES-PHYLACTÈRES
Dans un article précédent *^ nous avons essayé d'établir que les reliquaires de la famille de ceux que nous publions encore en ce moment étaient jadis plus spécialement appelés « Phylactères ». Aujourd'hui, sans rentrer dans cette discussion, nous allons nous contenter de décrire les deux pièces d'orfèvrerie que M. le comte de TEscalopier a bien voulu confier au directeur des « Annales archéologiques » et à M. Varin, qui les a dessinés et gravés avec autant de bonheur et de verve que celui déjà publié par nous.
Examinons d'abord le phylactère qui se trouve à gauche dans chacune de nos planches où nous en voyons deux représentés de face et de revers.
En plan et sur la face, il est formé d'un carré qu'enveloppent de toutes parts quatre lobes circulaires égaux, placés sur l'angle; au revers, il est formé également d'un carré , plus grand que celui de la face , accosté d'un demi-cercle sur le milieu de chacun de ses côtés. Ces demi-cercles forment des lobes égaux à ceux de la face , qui la recouvrent. Les diagonales du carré postérieur sont ainsi recouvertes par les axes du carré antérieur, de telle sorte que les sommets du dernier apparaissent dans l'angle curviligne formé par la rencontre des lobes, deux à deux. Une garniture en métal , ornée d'une pierre sertie en relief, recouvre sur la face, mais dans un plan un peu plus reculé que celui des lobes , ces sommets du carré du revers. Le contour de chaque reliquaire se trouve ainsi composé de quatre demi-cercles , reliés et séparés par les quatre sommets d'un carré.
Toutes les pièces métalliques sont clouées sur une âme en bois de chêne, épaisse de trois centimètres, et tapissée latéralement par une feuille d'argent fort mince.
Le carré intérieur de la face sert de base à un tronc de pyramide , recouvert sur ses faces latérales de feuilles de métal (argent doré) , sans aucun dessin. La base supérieure, circonscrite par un cordon de cuivre tordu et doré, est ornée de filigranes et de huit pierres cabochons, entourant un cristal de roche cabochon, de forme semi- ovoïde, avec arête saillante dans le sens du grand axe, placé au centre , et suivant une des diagonales du carré. Les filigranes, composés, pour chacun de leurs éléments, de deux fils tordus et aplatis, et non de fils plats striés à la lime, sont d'une grande richesse de combinaisons et de volutes. Un cordon tordu garnit à sa base la sertissure de chacune des pierres, sertissure composée d'une simple feuille de métal.
Les quatre lobes, formés d'une feuille de cuivre, portent chacun trois pierres cabochons placées en saillie; l'intervalle des pierres étant décoré de branches feuillagées, gravées en réserve sur un fond maté au ciselet et occupant seulement le centre de chacune des pièces de métal , fixées par quatre clous au bois qu'elles recouvrent. Le revers est formé d'une seule feuille de cuivre; sa décoration présente des figures géométriques et des feuillages en réserve sur un fond ciselé. Deux des quatre lobes montrent chacun une branche feuillagée se repliant en volute et donnant naissance à son extrémité à un bouquet de feuillages. Dans les deux autres, ce sont deux pousses vigoureuses qui partent d'un fleuron central, et s'épanouissent à droite et à gauche en donnant naissance à des feuilles trilobées. Une large bande dessine les contours du carré où s'appuient les quatre lobes. Un cercle y circonscrit un second carré ayant ses diagonales sur les axes du premier. Enfin, une rosace à feuillages radiés, naissant d'un petit anneau central, occupe le champ de ce carré, tandis que de doubles palmettes garnissent les quatre champs triangulaires déterminés par le carré extérieur et la circonférence du cercle qui lui est inscrit.
Toute cette ornementation luxuriante est ciselée d'une main habile et ferme, tandis que les ciselures du second phylactère indiquent la main d'un apprenti.
La face de ce phylactère est formée, en plan, d'un carré aux côtés duquel s'appuient, en suivant toute leur longueur, quatre quadrilatères rectangles. Quatre petits carrés garnissent les angles rentrants formés par la rencontre des quadrilatères, deux à deux. Le carré central, formé d'une feuille de cuivre doré, est occupé presque entièrement par un gros cabochon hémisphérique en cristal de roche, dont la sertissure à feuilles trilobées est cerclée d'un jonc tordu. Un bouquet de feuilles à trois lobes, gravé en réserve et d'une main assez maladroite, occupe chacun des angles du carré.
Les quadrilatères latéraux sont ornés chacun de cinq pierres cabochons , une au centre, les autres à chacun des angles. Ces pierres, qui ont dû souvent être ou visitées ou changées , sont fixées dans des sertissures trèsmutilées et informes, tandis que celles qui subsistent encore à peu près intactes sont lobées à leurs bords.
Le champ de chaque quadrilatère, circonscrit par un cordon tordu en cuivre doré, est orné de filigranes de même matière. Ceux-ci, faits d'un seul fil assez gros formé par la conjugaison de deux fils plus petits et aplatis au marteau après avoir été tordus , sont distribués symétriquement , de façon à former des dessins réguliers composés de volutes successives, naissant les unes des autres. Ces filigranes, qui montrent une main moins habile que dans le phylactère précédent, accusent un dessin assez lâche. Du reste, ils sont
fixés par les mêmes procédés de soudure consolidée par un clou à tête sphérique traversant Toeil de la volute.
De simples feuilles de métal recouvrent les quatre petits carrés des angles. Une de ces feuilles est ornée d'une bordure ciselée suivant deux de ses côtés ; mais, soit que cette garniture provienne d'une autre pièce d'orfèvrerie, soit que, ayant été détachée, elle ait été remise en place par un ouvrier négligent, l'ornement qui s'y remarque n'a point été placé dans le sens nécessaire pour la circonscrire extérieurement.
Le revers, formé d'une plaque de cuivre doré, a été ciselé, conmie nous l'avons dit, par une main très-inhabile : inhabile dans l'exécution, inhabile dans le plan. En effet, ces quatre petits carrés, qui apparaissent sans grande utilité sur la face, ne sont point justifiés par l'économie de l'ornementation du revers. Il nous semble que les prolongements des côtés extérieurs de ces carrés eussent dû servir de base pour la distribution de ses ornements, ainsi que les autres phylactères nous en ont donné l'exemple, tandis qu'ils ne servent à rien et se raccordent mal avec le parti adopté qui imite à peu près les divisions de la face. Une petite bande lisse circonscrit la plaque entière en épousant toutes ses anfractuosités , puis une autre bande semblable dessine le carré central. Celui-ci est orné, dans son champ, de deux branchages partant d'un même fleuron, placé au milieu de l'un de ses côtés, se croisant pour donner naissance à une volute enroulée en sens opposé, puis se contournant en sens contraire pour se terminer en une seconde volute affrontant la première.
Les deux branches croisées et enroulées, qui ont formé la première partie de l'ornement central, se répètent sur chaque quadrilatère. Puis deux feuilles trilobées, adossées, séparées par une fleur dont les trois sépales sont euxmêmes lobés, partent de chaque angle du carré central; mais rien ne séparant ces quadrilatères des petits carrés qui leur sont adjacents, toute cette ornementation a un caractère indécis et vague, bien digne de la main qui l'a exécutée. Rarement nous en avons vu de plus maladroite, et ce devait être un ouvrier à ses débuts que celui qui a tracé avec tant de roideur cette feuille lobée d'un seul côté qui, sortant sans cesse d'elle-même, forme presque l'unique élément de ces rinceaux, d'où l'inhabileté seule exclut la monotonie.
L'étude des œuvres inférieures nous aide à mieux apprécier les œuvres supérieures que le moyen âge nous a léguées. Puis, autre utilité, cette plaque nous montre , par les repentirs ou traits effacés que nous y rencontrons, que l'ouvrier traçait lui-même les motifs de son ornementation sur le métal, car il était le plus souvent le créateur et l'exécutant des œuvres qui sortaient de ses mains. Alfeed darcel.