ENCENSOIR ITALIEN DU XV« SIÈCLE
En fait de gothique, Tltalie retarde peut-être de cent ans sur la France, et rencensoir ci-contre, qui daterait du xiv® siècle chez nous, peut bien, venant de l'Italie, appartenir au xv% Exécuté à la fin du gothique et dans un pays où le gothique n'était pas né et ne vécut pas d'une vie régulière, cet encensoir rappelle le xii* siècle par ses arcades intersectées ; le xiii% par ses rosaces polylobées; le xiv% par ses moulures, rondes encore, mais tournant déjà au prismatique; le xv' enfin, par le reste de ses détails. Comme les Allemands, les Italiens du moyen âge furent éclectiques et mêlèrent tous les styles et toutes les époques. Cet encensoir est en cuivre battu; mais sur chacun des six pans de sa cuvette sont cloués des quatre- feuilles émaillés que M. le comte de Laborde, armé d'une foule de textes, appelle avec juste raison des émaux d'applique. (« Notice des émaux du Louvre », Glossaire, pdssim et surtout au mot « Émail de plite » , etc. » ) Ces rondelles d'émail sont en effet a appliquées » , comme des pierres précieuses, sur les parties nues de la cuvette. Cet encensoir en tour, quoique fabriqué à une époque de décadence, est d'une forme et d'une dimension qui en rendraient aujourd'hui l'usage assez commode. Le couvercle en est peut-être trop élevé et la cuvette trop basse; mais il suffirait d'une modification légère pour l'approprier à nos besoins actuels.
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Les « Annales » commencent à compléter les séries déjà entamées, notamment la section des encensoirs; cependant, nous en publierons encore une dizaine ; après quoi nous pourrons défier tous les autres recueils d'être, sur ce point, aussi complets que le nôtre. — Grâce aux recherches de M. le baron de La Fons, nous pouvons passer de cet encensoir des vivaats aux encensoirs des morts, si Vosx peutparlei* ainsi. M. de La Fon^ nous écrit donc, à propos des vases à encens jetés dans la fosse durant les funérailles :
« M. l'abbé Cochet et d'autres antiquaires se sont déjà occupés des vases trouvés dans les tombeaux et forés, pour la plupart, après la cuisson. M. l'abbé Cochet pense, avec raison, qu'ils ont servi de cassolettes le jour de. l'inhumation,, et il ajoute que cette coutume était surtout en honneur aux xiii% XIV' et xv* siècles , mais qu'il a des preuves qu'elle a duré jusqu'au xvi* et mémej'usqu'aa xvu*. En effet, deux testaments, que nous avons découverts à Guise, en 1815 , nous font connaître que le même usage existait encore au XVII" siècle, en Picardie.
« Par le premier, qui remonte à l'année 1610, Claude Lescarbotte , après avoir déclaré qu'il veut et ordonne « estre faict et attaché ung tableau de bois « avecq la fermeture, et que en dedens dudict tableau soit peinct en huille « ung crucifix , et, sur la couverture et feuillet dudict tableau par le dedens, « peinct son ymaige et de feue Anthoinette Amory, sa femme, de costé et « d'autre, avecq leurs enffans, comme dedens, en la parroy de l'église Sainct- « Marcq (Saint-Médard), au cœur, au' costé droict. » 11 ajoute immédiatement : qu'il veut aussi « que les treize jeunes garçons orphelins qui , à ses « obsèques, porteront chacun une torche de trois quarterons de cire, tiennent (( chacun ung pot avec encens, »
« En 1617, Jehan Thelinge veut « qu'il y ait treize torches du poids d'une « livre; qu'elles soient portées par treize enffans mais, orphelins, avecq treize « pottelletz, où il y ait du feu et de l'encens, qu'ils jetteront dedens ma fosse. » (Archives de l'église Saint-Pierre de Guise.)
« Il est donc probable que l'on trouvera dans les tombes de Picardie un plus grand nombre de vases que dans celles de Normandie, qui n'en recelaient le plus souvent que deux ; le nombre quatre étant le maximum. Nous remarquerons aussi que ces vases n'étaient pas placés avec soin à la tête et aux pieds du défunt, mais jetés tous en même temps sur son cercueil, alors que le glas funèbre retentissait encore, et que le prêtre achevait la dernière prière, ce qui., suivant nous, devait être beaucoup plus imposant.
« Le baron db la FONS-MÉLïCOCQ. »