‹ Annales archéologiques (volume 3)Chapitre 44 sur 240 · CANDÉLABRE DE S. BKRNWARD, DU X*-Xϰ SIECLE · texte numérisé non relu

CANDÉLABRE DE S. BKRNWARD, DU X*-Xϰ SIECLE

A UILDESIIEIH. — HAUTEUR, 40 GE.NTl U £ TR ES.

A Hildesheim (roya.ume de Hanovre), on en voit deux que fit exécuter le saint Eloi de l'Allemagne, saint Bernward, évêcfue de Hildesheim de 993 à 1021. L'inscription suivante, gravée sur le bord du bassin et du pied de l'un d'eux, dit positivement que le prélat fit exécuter ce candélabre en fonte; mais elle est, du reste, pleine d'obscurités :

-h BERNVVARDVS . PRESVL . CANDELABRVU . HCC . + PVERVM . SWM . PRIMO . IIVIVS . ARTIS . FLORE . NON . AVRO . NON . ARGENTO . ET . TAMEN . VT . CERNIS . CONFLARE . IVBEBAT

A LA PREMIÈRE FLORAISON DE CET ART, LE PRELAT BERNWARD ORDONNAIT A SON ENFANT DE FONDRE CE CANDELABRE, NON EN OR, NON EN ARGENT, ET CEPENDANT TEL QUE TU LE VOIS.

Le sens le plus clair est celui-ci : — A la renaissance de l'art de la fonderie, l'évêque Bernward ordonna à son élève de fondre ce candélabre en « électrum », métal composé d'or et d'argent, mais qui n'est ni de l'argent ni de l'or. — Ceux qui l'ont vu : M. Th. King, qui vient d'en publier la gravure ^ ; M. l'abbé Bock, qui vient de l'étudier sur place, M. le docteur Kratz, qui l'a gravé et décrit 2, s'accordent à dire qu'il est en argent; l'or, s'il y en a, entre

1. g Études pratiques de rarchîtccture », volume 11, Hildesheim, planche ix.

2. (( Der Dom zu Hildesheim », pages 31-34 du texte, planclie iv, Ggure % de l'atlas.

dans la proportion oîi Tétain s'allie au cuivre pour faire le bronze. Ainsi Tâge, la composition, la forme, la dimension de ce candélabre en font un objet des plus curieux*.

Le chandelier suivant, postérieur d'un siècle h celui de Hildesheim, n'a de même que 40 centimètres de hauteur; mais il est incomparablement plus riche. Bronze anglais, il fut fondu par l'abbaye de Glocester, puis donné à la cathédrale du Mans par un Thomas de Poché ou de Pocé. On lit, sur la banderole qui se déroule en spirale autour de la tige, que l'abbé Pierre et son doux et dévot troupeau donnèrent ce candélabre à l'église Saint-Pierre de Glocester :

+ ABBATIS PETRI GREGIS ET DEVOTIO MITIS &IE DEDIT ECCLESIE SCI PETRI GLOEGESTRE.

L'administration de l'abbé Pierre date, à ce qu'il paraît, des douze premières années du xir siècle. Dans l'intérieur du bassin, une inscription fort ancienne, mais assez mal gravée, dit que Thomas de Pocé a enrichi de cette œuvre les propriétés de l'église du Mans, mais on ne sait à quelle époque :

+ IIOC CENOMANEXSIS RES ECCLESI.E POCIKNSIS THOMAS DITAVIT.

Mis au rebut par les chanoines du Mans, ce candélabre tomba dans le patrimoine d'une famille dont l'un des membres en obtint la concession à vil prix et qui l'a vendu ensuite près de 20,000 francs à M. le prince Pierre Soltykoff qui en est aujourd'hui l'heureui propriétaire. Le nœud est occupé par les attributs des évangélistes; mais l'ornementation du pied, de la tige et de la cuvette est des plus étranges : c'est un enchevêtrement de quarante deux monstres et de neuf hommes qui font rage. Les bétes hurlent et mordent; les êtres humains, qui sont complètement nus, abandonnent en pâture ou à d'affreuses caresses tous les membres de leur corps, de la tête aux pieds, à ces bêtes cruelles. Ces enlacements monstrueux se remarquent, mais avec plus de sobriété, sur la plupart des chandeliers et candélabres romans. On y a vu le vicieux aux prises avec le vice animé et vivant. Il est à peu près certain qu'on a eu raison et le distique gravé sur le bandeau qui termine le bassin du candélabre justifie celle explication.

+ LVCIS ONVS VIRTVTIS OPVS DOGTRINA REFVLGENS PREDICAT VT VICIO NON TENEBRETVR HOMO.

4 . En passant dernièrement à Hildesheim, M. l'abbé Bock l'a fait mouler en plâtre pour me renvoyer. J'ai rintention de le faire exécuter prochainement en bronze.

« La dette des lumières est la pratique de la VQrtu. La doctrine lumineuse de rÉvangile engage l'homme à fuir les ténèbres du vice^. »

Ainsi, dans le bas, le vice, les ténèbres; mais, au sommet, la lumière qui est la vertu physique, comme la vertu est la lumière morale de Tàme.

Vingt mille francs, c'est bien de l'argent, mais cette œuvre de bronze est unique, et il faut féliciter le noble étranger, ce généreux ami de l'art, qui a voulu lui faire une place honorable dans sa riche collection. Si le nœud était plus arrêté, plus nettement marqué, nous ne ferions aucun reproche à ce candélabre qui nous semble un chef-d'œuvre et que nous cherchons en ce moment à reproduire scrupuleusement en bronze doré, pour nos églises romanes du xii* siècle.

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