EN STTLE DU X1II« SIÈCLE. — HAUTEUR, 75 CENTIMÈTRES
Ce bras, on peut le fixer dans chaque travée, à droite et à gauche, et contre chaque pilier des nefs, bas côtés, chœur, sanctuaire et chapelles des églises. On demande souvent un vaste système d'éclairage; celui-ci peut varier presque à l'infini et produire une masse éblouissante de lumière.
Mais l'appareil de luftiière,.le plus compliqué et le plus extraordinaire que le christianisme ait inventé, est celui qu'on appelle la couronne ardente. L'apôtre saint Jean dit dans l Apocalypse : — « J'ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle. Enlevé en esprit par un des sept anges sur une montagne grande et haute, j'ai vu descendre du ciel, par ordre de Dieu, la sainte cité de Jérusalem, parée comme une épouse ornée de son époux. Elle brillait de l'éclat de Dieu, et sa lumière ressemblait à celle d'une pierre précieuse, de jaspe ou de cristal. Elle avait un mur grand et haut, percé de douze portes; dans ces portes, douze anges avec les noms gravés des douze tribus d'Israël. A l'orient, trois portes, trois au nord, trois au sud et trois à l'occident. Le mur s'étageait sur douze assises où étaient gravés les noms des douze apôtres de l'Agneau. Établie sur un plan carré, la ville avait en largeur, longueur et hauteur les mêmes dimensions ; elle était construite en or pur, semblable à du verre pur. Le mur d'enceinte, construit en jaspe, était orné de pierres précieuses de tout genre : au premier étage, jaspe; au second, saphir; au troi-
sième, calcédoine; au quatrième, émeraude; au cinquième, sardonyx; au sixième, sardoine; au septième, chrysolithe; au huitième, béril; au neuvième, topaze;. au dixième, chrysoprase ; au onzième, hyacinthe; au douzième, améthyste. Chacune des douze portes était une perle. La place de la ville était en or pur et comme en verre transparent. Pas de temple dans cette ville ; c'est le Dieu tout-puissant et l'Agneau qui est ce temple. Cette ville n'a besoin de soleil ni de lune, car la clarté de Dieu l'illumine, et l'Agneau lui sert de lampe. Les nations marchent dans cette lumière, et les rois de la terre lui apportent honneur et gloire. Ses portes ne se ferment pas pendant le jour, et il n'y fait jamais nuit ^ » .
Voilà un programme assez difficile à rendre en bronze, même en argent, en or et en pierres précieuses. Mais le moyen âge a fait l'impossible, et l'on peut dire que les fondeurs, les orfèvres et les joailliers des xii* et xiii* siècles ont égalé cette incomparable poésie. Le Dante a lutté, nous l'avons vu, contre les bronziers du candélabre de Milan; les orfèvres allemands et français ont lutté à leur tour contre la poésie de saint Jean. La France possédait un certain nombre de ces Jérusalem de métal; toutes, sans exception, ont été détruites, fondues en gros sous ou en pièces de cinq francs. Il ne nous reste plus qu'un ancien dessin fort insuffisant, restauré par M. Viollet-le-Duc^, de la couronne de lumière à douze lobes, douze portes et quatre-vingt-seize cierges, qui pendait au milieu du chœur de l'église abbatiale de Saint-Remi de Reims ; mais, par bonheur, la couronne d'Aix-la-Chapelle et la « Jérusalem lumineuse » de Hildesheim pendent et brillent encore dans les cathédrales de ces deux villes.
Celle d'Aix-la-Chapelle, qui a huit mètres de circonférence, est octogonale comme l'église même; elle paraît descendre de ce dôme de Charlemagnc, comme de la voûte du ciel. Il est fâcheux que la forme du monument ait imposé cette forme de la couronne et ait empêché de traduire exactement le texte de l'Apocalypse; mais à Hildesheim la traduction est plus rigoureuse et notre regret doit être moins vif. C'est le terrible empereur Frédéric Barberousse qui ût au xir siècle, en signe de paix, pour son salut et celui de sa femme Béatrice, ce cadeau à la vierge Marie spécialement honorée dans la cathédrale d'Aix.
Des vers, gravés et émaillés de brun sur les courtines des murs de cette ville de métal, nomment le donateur, expriment le but du don et décrivent la forme matérielle et symbolique du monument que voici :